Lodgc, Electricity, p
DU MÉCANISME
imagine-t-on très bien les molécules fixées et résistant à la force qui les plie, en faisant ressort en arrière? La réalité ne ressemble peut-être pas plus à la feuille d'étain courbée, que les molécules de l'eau courante ne ressemblent à de petites anguilles.
Les gens de mon âge ont déjà vu naître et périr deux ou trois théories chimiques. Devrons-nous croire encore longtemps à l'existence de soixante collections, soixante peuples d'atomes intangibles et insécables, constants en poids, constants en nombre, car pas un ne se perd ni ne se crée, constants en leur habitude de vivre troupes et mariés, deux à deux ou en plus grand nombre, à l'état moléculaire; soit entre eux, dans les corps simples, soit en contractant alliance avec d'autres atomes appartenant à d'autres corps; et alors occupant toujours le même volume gazeux? Tout cela ne parait plus aussi certain qu'au temps de Wurtz.
Mais quel était donc le jugement de Pascal auquel se réfère M. Bertrand? Car plus d'un jugement de Pascal est sévère pour Descartes. Voici celui dont il s'agit :
c< Les principes, il faut dire en gros. Cela se fait par figure et mouvement, car cela est vrai. Mais dire quel et décomposer la machine, cela est ndicule, car cela
est incertain et pénible. »
Pascal avait raison. L'important c'est le principe même de Pexplication mécanique. Les détails peuvent être oiseux ou hasardés. Mais de grands physiciens, de nos jours, ont pu donner prise au même reproche.
Il nous semble que M. Henri Poincaré juge Maxwell
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DD MECANISME
absolument comme Pascal jugeait Descartes. Maxwell a voulu donner des phénomènes de l'électricité une explication mécanique ; c'était agir sagement, car « tout se fait par figure et mouvement » ; mais il a aussi voulu « démonter la machine ». Et alors, dit M. Poincaré : (( La structure compliquée qu'il attribue à Téther rend son système bizarre et rébarbatif; on croirait lire la description d'une usine avec des engrenages, des bielles transmettant le mouvement et fléchissant sous l'efiort, des régulateurs à boules et des courroies. »
M. Poincaré ajoute : « On arriverait sans doute à imaginer un mécanisme donnant une imitation plus ou moins parfaite des phénomènes. Mais si l'on peut en imaginer un, on en pourra imaginer une infinité d'autres. »
Et il dit encore : « Il est oiseux de chercher à se représenter dans tous ces détails le mécanisme des phénomènes électriques. Mais il est très important que ces phénomènes obéissent aux lois générales de la mécanique..., lois indépendantes du mécanisme particulier auquel ils s'appliquent. »
Et voici justement le langage que Pascal tient à Descartes. Dites que tout se fait par figure et mouvement, car cela est vrai; mais ne prétendez pas démonter tous les rouages de la machine. Les termes seuls ont changé un peu entre le temps de Pascal et celui de M. Poincaré.
Si maintenant on voulait en appeler du jugement de M. Joseph Bertrand et, par un examen minutieux, cher-
cher dans les Prtîicipes des concordances avec les idées de la science la plus moderne, l'examen fournirait, nous en sommes convaincus, les résultats les plus féconds et qui seraient tout à l'honneur de Descartes. Il dépasserait les limites de cet ouvrage, et surtout celles de nos connaissances. Essayons cependant d'indiquer quelques traits généraux.
L'éther, cette matière qui remplit les cieux et au sein de laquelle la matière moléculaire, celle des mondes, ne parait que comme les grains de poussière qui voltigent dans une chambre, doit par nécessité posséder des qualités difficilement conciliables entre elles, et qui embarrassent fort les physiciens.
Les uns lui re fusent toute densité parce qu'il n'oppose aucun frottement et ne gène aucun mouvement. Il y a un demi-siècle Hirn a montré que si l'éther avait même le millionième de la densité de l'air contenu dans le tube de Crookes, le frottement d'une substance si raréfiée suffirait à produire une altération séculaire d'une demi-seconde dans le mouvement de la
lune*.
Mais d'un autre côté l'éther transmet les vibrations lumineuses à une allure de 300.000 kilomètres par seconde. Ce qui, d'après Lord Kelvin, exige qu'il soit incompressible et même solide. « C'est un solide élastique remplissant l'espace-. »
Et M. J. J. Thomson, expliquant la gravitation et