‹ Descartes [microform]Chapitre 63 sur 94 · IV · texte numérisé non relu

IV

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« Omnia mechanice », tel fat le principe de Descartes : ce fut avant lui celui de Léonard de Vinci. « La Mechanica, a écrit Léonard de Vinci, e il paradiso délie scientie mathematiche per che con quella si vieno al frutto

mathematico ^ »

Ce fut aussi le principe de Leibnitz et il redevient celui de la science moderne. « La seconde tendance de Leibnitz, dit M. HannequinS, est née de Tadhésion qu'il donna très jeune et une fois pour toutes, sans jamais s'en départir dans la suite, à ce principe des modernes, ou selon son expression habituelle, des novateurs, que tout clans la nature se fait et par conséquent doit s'expliquer exclusivement ;?^r magniiudinem figuram et motum, principe dont il donne encore cette formule concise : omnia mechanice. Parla Leibnitz se classe dès l'âge de quinze ans parmi les philosophes et les savants modernes et répudie d'une manière beaucoup plus définitive qu'il ne le pense lui-même, resprit de la scholastique et de la science antique. » Nous ne saurions ici comparer le dynamisme de Leibnitz au pur mécanisme de Descartes : l'idée de force ajoutée à l'idée de mouvement. Nous ne croyons pas nous tromper en disant que le mécanisme cartésien

1 Cité i>ar M. Duliem, Statique, vol. 1, p. 15.

2. la philosophie de Leibnitz. Revue He Métaphysique, novembre 190G.

DU MÉCANISME

est plus conforme aux idées régnantes de la physique. « Nous concevons clairement, a dit en effet Poinsot, qu'un corps peut exister en repos; nous ne supposons pas qu'il ait besoin de mouvement pour exister. »

(( S'il est en repos, il y demeurera toujours, à moins qu'une cause étrangère ne vienne l'en tirer; car, comme le mouvement ne peut avoir lieu que dans une certaine direction, il n'y aura pas de raison pour que le corps se meuve d'un côté plutôt que de tout autre; et, par

conséquent, il ne se mouvra point

« Or la force est une cause quelconque de mouvement. » Un psychologue pourra nous enseigner que la notion de force, impliquant à la fois celles de substance et de cause, nait de la conscience que nous avons d'être nous-mêmes le principe de nos déterminations et de nos actes; éprouvant pour mouvoir un de nos membres, pour soulever un corps étranger, une résistance, nous attribuons à la matière une force contraire à la nôtre. Aussitôt, on le voit, commence la confusion des termes. En mécanique, une cause quelconque de mouvement sera toujours un mouvement antérieur; et, dans le monde matériel, la force répond à l'irréprochable définition de M. Poinsot : elle est une cause quelconque de mouvement. En nous, ce qui fait que nous ne sommes pas une substance passive et que nous sentons la cause efficiente de nos actes, n'a rien de commun avec une cause quelconque de mouvement.

Le mot de force, cause de mouvement, n'est employé que par abréviation en mécanique. On raconte que

M. Briot disait : « L'expression MV"- désigne du poids et de la vitesse ; mais je ne vois rien là qui signifie force. » Est-il pour les phénomènes physiques une autre explication que l'explication mécanique? Non. Expliquer un phénomène physique, c'est voir en lui, hors de nous, Tapplicaiion de la raisonnable logique que nous découvrons en nous-mêmes : cette logique se déploie dans l'espace et dans le temps, qui sont les formes générales de la perception des phénomènes sensibles; et ces formes générales deviennent le seul objet sur lequel portent nos raisonnements. La physique est mécanique ou elle

n'est pas.

« La véritable connaissance des phénomènes, dit M. Gustave Le Bon S n'a commencé que lorsque la science acquit un langage dégagé de toute appréciation personnelle. Elle n'y réussit qu'en passant du qualificatif

au quantitatif. »

La formule est excellente. Rouge, bleu, chaud ou froid, sonore, sont des appréciations personnelles. La science s'établit non pas sur les relations des choses avec nous, mais sur leurs relations entre elles : et toute mesure que nous leur appliquons est mécanique, en ce sens qu'étant prise dans l'espace et dans le temps, elle ne saurait porter que sur des grandeurs et des mouvements.

M. Le Bon semble confondre plus loin changement et mouvement. Ce n'est pas à la vérité en souvenir, ni à la manière des scholastiques. « La structure de nos

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