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Contingence des lois naturelles ^ p

DE LA CONTINGENCE

identique) en sensations de chaleur ou de son. Nous savions que se brûler ne ressemble pas à entendre ; et nous pensions que toujours les ondes de l'étendue mobile, plus ou moins courtes et rapides, ou longues et lentes, venaient battre à diverses portes de notre sensibilité. Supposition illégitime. Il faut supposer au contraire que le chaud ou le sonore nous sont apportés tels quels et tout formés de l'extérieur ; car autrement s'ils provenaient tous les deux d'une source homogène, il faudrait sans doute supposer deux consciences créant l'une le chaud et l'autre le sonore.

Faudra-t-il donc aussi supposer deux consciences pour la joie ou la douleur? Ou bien est-il plus admissible que la joie et la douleur existent déjà toutes faites dans les choses extérieures, comme ces deux figures de Puvis de Chavannes, la bonne et la mauvaise nouvelle, qui volent à travers les monts, le long des fils du télégraphe ?

Une haute autorité contemporaine peut être ici opposée à M. Boutroux. Voici comment dans les « Données immédiates de la conscience » s'est exprimé M. Bergson : « Précisément parce que nos sens perçoivent ces phénomènes, rien n'empêche d'attribuer leurs différences qualitatives à l'impression qu'ils font sur nous et de supposer derrière l'hétérogénéité de nos sensations un univers physique homogène. »

Voici une circonstance (et nous aurons à en signaler d'autres) où M. Bergson ne se montre point anti-cartésien. Un univers homogène, c'est l'hypothèse du

DE LA CONTIXGENCE.

Mécanisme. L'hétérogène, les différences qualitatives commencent avec les impressions éprouvées par nous. Si la chaleur, la lumière et toutes ses couleurs, le son, et aussi probablement les saveurs et les odeurs, les Impressions enfin que nous ressentons en présence de runivers, devaient constituer une physique descriptive, qualitative, concomitante et superposée à la physique' mathématique, Thomas Reid aurait eu tort de séparer ces qualités en primaires et secondaires; et il faudrait supposer existants hors de nous la peinture, les concerts et les parfums, aussi bien que les mouvements de Tunivers.

Il faudrait aussi demander à Descartes, à propos du célèbre passage sur le morceau de cire, pourquoi Tétendue et le mouvement demeurent, alors que toutes les autres qualités ont été supprimées.

Kant aurait eu grand tort aussi de déclarer formes générales de notre perception, et existant à priori, les seules formes de l'espace et du temps. Tous les objets étant plus ou moins colorés, plus x)u moins sonores, tous étant doués d'une température, ne pourrais-je dire aussi que le son et la couleur et la chaleur sont des formes générales de ma faculté de percevoir, et m'étalent connues avant toute expérience ?

Ce caractère d'apriorité pourrait être affirmé de

toutes mes facultés perceptives, c'est-à-dire des objets

de tous mes sens. Le rouge, le vert, le bleu, le sonore

seraient des formes à priori. =

Le monde entier finirait par être connu à priori; et

nous serions conduits, dans le sens de l'Idéalisme, encore au delà de la doctrine qui « place l'entendement au-dessus des sens ».

Kant a apporté à cette doctrine, et au Mécanisme, la plus solide confirmation, quand il a refusé le caractère d'apriorité à toute autre notion que celles de l'espace et du temps.

Espace et temps, qui sont les éléments du Mécanisme, précèdent toutes perceptions et en sont la forme générale. Ce sont en quelque sorte, pour Tesprit, les deux portes du monde extérieur.

Reid a appelé avec raison qualités primaires les qualités connues par le toucher, et secondaires celles que révèlent la vue, l'ouïe ou l'odorat. Ce faisant, il donnait encore à Tétendue, à la résistance, au mouvement, une priorité sur la couleur ou le son, ou la saveur. D'où viennent les préférences accordées aux qualités que l'on peut appeler tangibles, sinon de cette pensée qu'il y a pour les phénomènes sensibles, en général, une explication mécanique?

La science moderne a confirmé cette manière de voir. Expliquer un phénomène, c'est l'expliquer mécaniquement. Ajouter au mot expliquer le mot mécaniquement est commettre un pléonasme, car il n'y a pas d'autre explication.

Le chef-d'œuvre de l'explication mécanique est dans la loi de la conservation de l'énergie. S'il est vrai que Ramsay ait aperçu les raies de l'hélium dans un tube

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de Crookes, et que par conséquent l'énergie arrive à se condenser en atomes, de même que l'atome s'était dilué en énergie, quelle admirable confirmation de la loi! Et nous l'avons montré déjà, cette même loi de la conservation de l'énergie est enseignée par Descartes, sous une antre forme : l'univers plein. Les mots diffèrent, mais le sens est le même. Que signifient ces mots : l'Univers plein, sinon la conservation de l'énergie? Où il n'y a point de vides, rien ne se perd et rien ne se

crée.

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