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CHAPITRE XI

DE LA VIE

Il n'y a pas de polémique en philosophie. Les écrivains qui se livrent à ce labeur n'ont pas d'autre intention que de susciter des idées chez leurs semblables, et d'indiquer la voie qu'eux-mêmes ont suivie. Quand même cette voie n'est pas celle que nous aurions choisie, nous pouvons, à notre grand avantage, les accompagner. Des livres de la valeur de ceux de M. Boutroux, de M. Bergson, ont ressuscité le culte de la métaphysique. Ils offrent à chaque page une analyse ingénieuse et juste, une brillante et instructive métaphore, une idée nouvelle. Les critiquer a l'air d'une ingratitude : il y a aussi quelque hardiesse imprudente à le faire quand on prétend démêler la pensée directrice de l'œuvre. Car il faut bien résumer un système philosophique en peu de mots, d'une manière par conséquent très imparfaite. Un homme sincère dira toujours de la pensée

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d'un autre, non pas : Voici ce qu'elle est, mais : Voici ce qu'elle m'a inspiré.

Si le disciple de Descartes, que nous avons déjà conduit chez M. Boutroux, entre chez M. Bergson, il sera d'abord décontenancé et découragé. Les moyens, les méthodes, la route parcourue diffèrent extrêmement. Cependant, en certains points, des rapprochements lui paraîtront possibles. La déclaration qui suit, malgré les réserves faites aux dépens de l'intelligence et de la science, lui montrera qu'il n'est pas en pays ennemi.

u S'il est, dit M. Bergson une pensée qui se dégage de l'Évolution créatrice, c'est que l'intelligence humaine et la science humaine, là où elles s'exercent sur leur objet propre, sont bien en contact avec le réel et pénètrent de plus en plus dans l'absolu. »

Ainsi plus de relativisme! Plus de phénoménisme! Seulement quel est l'objet propre de l'intelligence et de la science? Et leur domaine n'a-t-il pas été trop étroitement restreint?

Au début d'un chapitre de VÈvolution créatrice, le disciple de Descartes va presque reconnaître le langage de son maître. Une page fort belle, tout en gardant son caractère propre, rappelle les premières phrases de la 2® Méditation. Le problème de l'existence s'est présenté de la même manière devant les deux esprits. « Je vais fermer les yeux*, boucher mes oreilles, éteindre une à une les sensations qui m'arrivent du

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