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pas au complet, tant s'en faut, notre système cérébrospinal.
Descendons l'échelle des êtres et nous verrons se rapprocher, puis se confondre le choix libre et la réaclion automatique. Mais tout en bas, quand lamibe, masse gélatineuse, pousse un prolongement, un pseudopode, vers la proie, il y a encore un vestige de choix et de volonté. Il est donc probable que la conscience est attachée à la vie : partout où il y a un peu de vie, un peu de conscience apparaît.
En la matière brute règne la loi : tout événement est nécessaire, étant déterminé à l'avance : rien ne serait imprévu si notre connaissance était complète. Avec la vie commence le règne de l'indéterminé. Le plus humble vivant est un réservoir d'indétermination, d'avenir imprévisible, d'actions possibles, en un mot de choix.
Elle pénètre dans le monde matériel et géométrique. Ces deux éléments sont contraires, ils sont en lutte; le second est « quelque chose qui mord sur la matière
brute ».
M. Bergson cependant se défend d'être dualiste. Le dualisme est mal vu des métaphysiciens, comme le bimétallisme l'est des économistes. Ce sont des doctrines réputées inférieures. Il considère donc la matière et la conscience comme les deux faces de la même médaille. Les deux formes d'existence, existence mécanique, existence <* mémoire, liberté », ne peuvent être définies l'une sans l'autre, étant les inverses : c'est la ruine ou la création. Dans l'instant présent, insaisissable, de la
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sensation, le sujet et l'objet ne sont qu'un; puis la mémoire survient, l'action commence, la conscience naît, et quand l'étincelle de vie a passé, la matière brute retombe sous le règne invariable de la loi mathématique; et c'est alors qu'elle devient l'objet des raisonnements et des calculs de l'intelligence. « La vie est avant tout une tendance à agir sur la matière brute. »
A l'origine de tout, il y a un élan vital, un courant qui rencontre des carrefours. La vie demeure la même en principe, comme le vent qui s'engoufiPre dans les rues divergentes. Mais sous la forme végétale elle puise autour d'elle sa nourriture et sous la forme am'male elle se déplace pour l'aller chercher.
Poussée par un élan, puissante comme un torrent souterrain, la vie pénètre dans la matière en bousculant ses lois géométriques. Elle se sépare en des branches diverses. Si vous supposez un seul torrent, un seul progrès, comment expliquerez-vous, en ce monde, la présence simultanée du végétal, du mollusque et de l'animal supérieur? Pourquoi n'ont-ils pas progressé ensemble? Parce que les obstacles ont été parfois trop forts : le filon s'est arrêté contre une roche ; l'élément automatique, mécanique, a arrêté la liberté. Et la vie, au lieu de devenir animale, avec risques, décisions, luttes, conscience active, est restée paisiblement végétale, laissant la conscience s'engourdir, probablement sans s'éteindre tout à fait.
Chez les végétaux en effet, l'indéterminé, l'imprévisible se manifeste dans les formes : dans les feuilles
DES CARTES
DE LA VIE
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et les fleurs inattendues, merveilleuses. Mais ces merveilles sont le propre de Tespèce, et aucun choix n'est réservé à Tindividu. Au contraire d'autres filons se poussent plus loin, arrivent plus près du jour; et le progrès vers le libre choix, la séparation en individus, en personnes, se poursuivent. Un seul filon est remonté jusqu'à l'air libre et a produit l'homme. Il est possible que ce dernier ruisseau du torrent, ayant dépassé tous les obstacles et émergé enfin de la matière brute, arrive à rimmortalité.
a Si nous admettons, dit M. Bergson S que la conscience, surmontant toute résistance, ait pu se déployer en de vraies personnalités capables de souvenir, de volonté, de contrôle sur leur passé et leur avenir, nous pouvons admettre aussi que chez l'homme, et probablement chez l'homme seul, la conscience poursuive sa route, au delà de cette vie terrestre. »
Nous voici loin, il faut en convenir, des faits, des lignes de faits, dont nous cherchions, en patients historiens, à dessiner le trajet, à noter les points d'intersection.
Dans cette immense et dramatique conception, quelle idée devrons-nous désormais nous faire de la vie? Quel nom nouveau faudra-t-il donner à la substance du torrent créateur? Ce n'est pas la vie telle que Pasteur ou
Claude Bernard l'ont comprise : on les eût bien surpris en appelant l'animal soumis à leurs expériences un