‹ Descartes [microform]Chapitre 75 sur 94 · Huxley lecture. Uibbert Journal, oct. 1911, p · texte numérisé non relu

Huxley lecture. Uibbert Journal, oct. 1911, p

réservoir d'indétermination. Ce n'est pas le principe vital de Barthez. Ce n'est pas encore l'âme, qui, suivant l'Animisme de Stahl, serait la source de la vie, suivant l'antique formule : « Mens agitât molem ».

La vie va être simplement le temps ; mais le temps devenu par lui-même actif et producteur, le temps objectivé, le temps substance de la vie, comme chez Descartes l'étendue était l'étofiFe de la matière.

Pour nous habituera cette pensée, on veut nous montrer d'abord que le temps n'appartient qu'aux vivants ; les mouvements géométriquement calculés des corps matériels, étoiles, océans, glaciers ou nuages, sont étrangers au temps; car ces mouvements n'amènent pas de véritables changements, mais de simples redistributions dans l'espace. En la matière inorganique rien ne change, bien que tout change de place. Les molécules se séparent, puis se rapprochent en nouveaux groupes. Les planètes parcourent les mêmes orbites; les eaux descendent le cours des fleuves. Les mêmes cycles recommencent et les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Au contraire de vraies métamorphoses se produisent dans les corps organisés. La vie fournit de nouveaux individus et de nouvelles espèces. En tous les vivants le temps imprime sa marque, étant à la fois fécond et meurtrier. Et l'amibe elle-même vieillit, après avoir produit quelques autres amibes par scissiparité. Le temps n'est pas la condition, mais l'essence même de la vie.

DE LA VIE

11 a fallu trouver un nom pour ce temps vivant : on rappelle la durée concrète. Il a fallu Topposer radicalement à l'espace homogène et vide ; car il est fécond, essentiellement hétérogène, irréversible, imprévisible. Le temps est une force, a dit M. Bergson.

La durée concrète remplie d'événements qui se pénètrent et s'organisent, étant en progrès, en puissance, en dynamisme, étant qualité et non quantité, n'est plus forme subjective, comme le voulait Kant; elle devient une réalité objective.

Parler à propos d'elle d'avenir à prévoir on de passé à rappeler est une impropriété de termes. Prévoir l'acte d'un vivant serait s'associer à toutes les conditions où il se trouve, sans rien retrancher, sans rien décolorer, vivre sa vie et se confondre avec lui. €ar « il n'y a point de diflérence entre prévoir, voir et agir » .

11 n'est donc rien de commun entre la durée concrète etle temps vide, où les événements prévus parla science se produisent à des époques déterminées. Or, il ne peut pas exister deux formes différentes de l'homogène. Il est probable que l'une est réductible à l'autre. Et en effet toutes les fois que nous essayons de concevoir le temps homogène, « le fantôme de l'espace hante notre conscience ». Nous représentons par exemple la succession par une ligne : image spatiale, simultanée, exclusive de l'idée de succession. « Nous projetons le temps dans l'espace », dit M. Bergson. Le Nombre, servant à mesurer l'étendue, va lui-même être convaincu de spatialité.

« L'analyse aujourd'hui classique de l'idée du temps, a dit un disciple de M. Bergson *, et la distinction qu'elle formulait entre le temps géométrique ou spatial, et le temps psychologique ou la durée concrète, impliquent réfutation de toute doctrine mécaniste ou matérialiste de l'Évolution. Le devenir réel inhérent à ce qui dure, exclut la causalité physique où le même produit le même... »

Cette durée concrète n'a point de passé. L'instant qui passe, a dit le poète, est déjà loin de moi. Il ne s'éloigne pas, il périt. Où tombe cet instant qui passe? Hors de la durée réelle, dans le temps spatial. Je puis évoquer un de mes anciens états de conscience. Mais il n'est plus dynamique et en progrès. Il est devenu un fait psychologique, statique, une chose qu'on peut se représenter tout d'un coup. Tel est l'effet de la mémoire. Dès qu'elle se montre, elle projette la durée dans l'espace. Elle ne nous rend plus nos anciens états d'âme qu'à l'état de choses, et de choses mortes.

Il faut se représenter une marche en avant, un progrès dynamique, vivant, créateur, une floraison qui, à chaque pas du moissonneur, à chaque coup de faux, retombe à l'état d'objet déterminé et quantitatif dans le cimetière de l'espace. Alors seulement, et les regards tournés en arrière, commence le travail de l'intelligence et de l'explication mécanique.

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