‹ Descartes [microform]Chapitre 89 sur 94 · JJ · texte numérisé non relu

JJ

L'intellectualisme est aujourd'hui appelé un système : et ce système parait contestable ! Il y aura pour moi autre chose que l'intelligence, et pour comprendre et me guider d'autres moyens que de penser! Redresser l'intelligence, faire l'éducation de l'instinct, arriver à l'intuition des choses, prises dans leur réalité intime et concrète : est-ce autre chose qu'user de l'intelligence? D'autre part, qu'est-ce que l'intellectuaUsme? Autant vaudrait combattre le visualisme , le pedestrianisme quand je poursuis mon chemin dans la campagne ou dans la ville. Âi-je d'autres instruments que mes yeux pour voir, mes jambes pour marcher, et mon inteUigence pour comprendre?

Au moins devra-t-on accorder que la critique de notre intelligence (si ce n'est pas une querelle de mots) est une entreprise périlleuse. 11 faut se méfier des surenchères. Déjà Nietsche disait : « Est-il vrai que l'intelligence exprime mal notre sentiment interne? Oui, certes, car elle est par essence menteuse, et c'est par là qu'elle nous est un utile instrument. Nous ne saurions vivre un jour sans mentir aux autres, sans nous mentir à nousmêmes, et nous cacher, par des mensonges, l'horreur de

notre destin. »

Et M. Schiller, philosophe de l'humanisme, écrit : « Penser ou juger est une de ces habitudes qui fabriquent la raison de l'homme, et penser et juger n'est qu'une manipulation hautement artificielle et arbitraire de l'expérience. » La connexion rationnelle des événements, ajoute l'auteur, et leur interprétation rationnelle

OBJECTIONS

sont fort éloignées des données immédiates de l'expérience. La raison est donc une habitude et même mie

mauvaise habitude!

Si nous devions en venir là, ce ne serait pas la peine de nous être délivrés du Relativisme. Nous retombons plus cruellement qu'avant dans le même mal ; nous

défier de notre raison.

Nous avions reçu, des leçons de Descartes, un enseignement tout contraire. L'Être, nous disait-il, c'est la pensée; ce qui est appelé monde matériel en est le prolongement étant soumis aux lois mêmes de la pensée. Ces lois déterminées ne gênent pas plus mon libre arbitre que les lois de la perspective ne gênent ma marche. Quand je m'avance à pas rapides et suivant ma fantaisie dans une cathédrale, d'innombrables lignes se déplacent et d'innombrables problèmes de géométrie descriptive se résolvent, à chacun de mes pas. Est-ce moi qui marche? Sans doute; mais en même temps, les colonnes se rangent, et les arceaux s'entrecroisent conformément à des lois que ma raison possède et projette en dehors d'elle ; et suivant ma volonté qui reste libre et dirige mes pas.

Tel est l'homme de Descartes : c'est de cette manière qu'il voit et comprend l'univers, et s'y comporte. Malgré sa faiblesse et son imperfection, il est dans la voie qui mène à la vérité; car il conçoit l'être parfait, qui, de la même manière, étant à la fois la raison souveraine et la souveraine liberté, a pensé et créé l'univers. Voilà, nous dira l'école moderne, un système; une

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