Walson, Transcendenlal Aiialytic
DU RELAT1VIS.WE
et s'écrier : « Cogito, ergo res sunt! » Seulement les choses ne sont plus, ou bien eUes sont faussées. De lobjct extérieur je ne vois que ce qui peut m'être montré sous un aspect approprié à ma faculté de percevoir. Et je n'aperçois jamais les lois de la Nature, mais seulement les lois qui me sont imposées à moimôme : des formes, des noms; jamais de réalité vi-
vante. , , . » n
La Nature n'est comprise de nous qu autant qu elle
emprunte notre langage ; il faut qu'elle se déguise à notre mode, ou bien nous ne voyons rien. De ce qu elle est en elle-même nous n'avons aucune notion et ne pouvons même faire aucune supposition. Et, chose cruelle, le sens intime ne nous renseigne pas mieux que les sens extérieurs. Cette étrange pensée a été émise : nous-mêmes, pour le regard de notre conscience, nous sommes déguisés. Je ne connais mon moi qu'en tant que phénomène. Et quand le phénomène sujet est en présence du phénomène objet, il faut nous représenter de part et d'autre deux mensonges qui s'accordent.
Quelle chute! Serai-je du moins un être Ubre? Je le crois- je m'entête dans cette opinion, bien que l'on me démontre qu'il n'y a pas de liberté d'indiliérence, et que toujours mes actions, seulement connues comme effet, ont une cause que j'oublie. Mais, de l'illusion du libre arbitre, existe peut-être une raison profonde. Comme phénomène, je suis obligé d'avouer que tous mes actes sont déterminés. Mais peut-être étais-je libre comme chose en soi, et peut-être je garde
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og DESCARTES.
ce souvenir d'un état primitif qu'en mon présent état je ne puis même plus concevoir! C'est là tout ce que le Relativisme trouve à nous offrir, quand il traite du libre arbitre.
Encore le peu que le Maître avait laissé debout serat-il démoli par le disciple. Après avoir loué Kant surtout pour l'Esthétique transcendentale, et l'avoir déclaré, aux dépens de Descartes, le vrai vainqueur de la Philosophie dogmatique, Schopenhauer adresse à son Maître un reproche sévère : Il laisse subsister la chose en soi ! Pourquoi a-t-il eu cette faiblesse, indigne du fondateur de Vidéalisme radicaP. Parce que Kant pensait que nos perceptions extérieures ne pouvaient pas se produire
sans cause.
Or Kant, lui-même, s'est contredit. Il a démontré que
la loi de causalité était une loi de mon esprit et non de la Nature extérieure. La perception est aussi une modification de mon esprit. Et enfin l'espace, où je place l'objet extérieur, n'est qu'une forme et une condition générale de ma faculté de percevoir.
Malgré tout, si Kant a maintenu la chose en soi derrière le phénomène, c'est qu'il avait d'abord affirmé que toute connaissance provient de l'acquisition venue du dehors, de la perception d'un objet extérieur. Belle acquisition'. L'idée de cause m'appartient ; la perception est de mon fait; de l'objet, je ne perçois que le phéno-
m RELATIVISME.
„.ène ; et enfin l'espace n'est que ma manière de voir . Ou ai-je donc été chercher à l'extérieur?
schopenhauer oppose à son Maître allemand s .aitres'préférés, ceux des bords du Gange; et 11.^
ce ioli proverbe : « Point de lotus sans tige ». La tige c'est l'atavisme, le reste des préjugés dogmatiques; i faut la couper et ne garder que cette fleur de 1 Inde j parfait idéalisme dé.aché de tout souvemr d un monde riel. Le monde n'est plus et ne doit plus être que ma
"Étrême, que deviendrai-je, Et si tous les objets qui m'entourent ne sont que des «PP--;-' puis-je chercher, derrière ces apparences 1 être réel et parfait, dont je ne peux détruire en moi 1 idée . ^ Voyons donc ce que le Relativisme laisse subsister de Dieu et de nous-mêmes. Dieu, enseigne Kant, le Dieu tout au moins de la Raison Pure, « n'est qu'un principe régulateur, nous invitant à considérer toute connexion, en ce monde, comme procédant d'une cause nécessaire
et suffisante à tout ».
11 aioute : « En même temps il est impossible d éviter l'illusion transcendentale par laquelle ce principe formel est imaginé être constituant, et l'unité du monde hypostasiée. Il en est ici comme de l'espace. L espace est simplement un principe de notre sensibibte, mais comme il rend possibles toutes les images extérieures..., U passe pour quelque chose de nécessaire en soi-même, pour un objet donné à priori.
« De même nous ne savons pas montrer que 1 unité
systématique de la Nature n'est qu'un principe inhérent à remploi empirique que nous faisons de notre raison, sans présupposer l'idée d'un Être absolu, servant de cause première. Aussitôt cette idée est prise par nous pour un objet actuel ; et cet objet, parce que telle est la condition suprême de l'existence, est regardé comme nécessaire. Ainsi un principe régulateur est transformé en un principe constituante »
Ainsi donc, de même que l'espace n'est plus que ma manière de percevoir la Nature, de môme ce que j'appelle Dieu n'est que ma manière de la synthétiser, de la systématiser pour la soumettre au raisonnement et à Texpérience. Étant bien entendu que mes visions ne sont que des fantômes, et mes raisonnements que des satisfactions toutes subjectives, les unes et les autres ne portant jamais sur les réalités; Dieu ne sera qu'une opération nécessairement effectuée par mon esprit.
Venons enfin à mon esprit lui-même. Quand après l'existence de l'espace, et celle de Dieu, je m'occuperai de ma propre existence, on ne saura encore me montrer en moi-même qu'une aperception synthétique, une opération, un acte, et non pas, suivant le mot de Descartes, une chose. Kant dira comme Descartes : Je pense, mais il n'ajoutera pas : Je suis.
Je pense, enseigne Kant, et il ne peut y avoir de concept, si je ne réunis pas dans l'unité de mon aperception la pluralité des données de l'expérience.