SA VIE ET SES ÉCRITS
"pLUS soucieux de retracer dans cette notice biographique ■*■ les différentes phases de la pensée du philosophe que de noter tous les événements extérieurs de sa vie, nous ne séparerons pas la biographie de Descartes de l'histoire de ses écrits.
René Descartes naquit à La Haye, petite ville de Touraine, à nii-chemin de Tours et de Poitiers, le 31. mars 1596. Sa mère mourut peu de temps après sa naissance d'une maladie de poitrine. Avant lui elle avait eu un fils, Pierre avec lequel Descartes eut des difficultés pour le règlement de certaines questions d'intérêt. Joachim Descartes, père du philosophe, appartenait à la noblesse de robe : il fut conseiller au Parlement de Bretagne, à Rennes. « J'avais hérité de ma mère, nous dit Descartes, d'une toux sèche et d'une couleur pâle que j'ai gardées jusqu'à l'âge de vingt ans et qui faisaient que tous les médecins qui m'ont vu avant ce temps-là me condamnaient à mourir jeune ». Il mourut en effet d'une congestion pulmonaire, mais un demi-siècle plus tard. Afin de fortifier cette santé délicate, on n'exigea de l'enfant aucun travail jusqu'à l'âge de huit ans. Ainsi livré à lui-même, celui-ci
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donna de telles marques de curiosité et de réflexion que son père l'appela << son petit philosophe >>. En 1604, Descartes fut envoyé au célèbre collège des jésuites de La Flèche. Il s'y lia avec un élève plus âgé qui fut son meilleur ami INIerscnne. Dans la i"- partie du Discours de la Méthode, il apprécie sévèrement l'éducation qu'il reçut de ses maîtres dont il ne méconnaît d'ailleurs pas le dévouement. D'abord « amoureux de la poésie », il s'adonna à tous les exercices de rhétorique alors en honneur et ne s'y montra pas inférieur à ses camarades. Mais il reconnut bientôt (pie les langues, l'éloquence, l'histoire elle-même dont il compare l'intérêt à celui d'un voyage, ne sauraient fournir « une connaissance claire et assurée de ce qui est utile à la vie >>. Pendant sa dernière année d'études, ce fut dans la philosophie et dans les sciences qu'il chercha ce savoir à la fois certain et pratique. Il lut beaucoup. « Ne m'étant pas contenté des sciences qu'on nous enseignait, j'avais parcouru tous les livres traitant de celles qu'on estime les plus curieuses et les plus rares, qui avaient pu tomber entre mes mains >>. Plus tard, il devait se souvenir de ses lectures un peu plus sans doute qu'il ne le prétendit La « certitude et l'évidence >> des démonstrations mathématiques le ravirent. Mais il s'étonna que « sur des fondements si solides on n'eut rien bâti de plus relevé ». Quant à la morale qui contient des enseignements << fort utiles », ses fondements lui parurent* de sable ou de boue ». La philosophie elle-même, sur laquelle repose tout l'édifice scientifique; n'offrait qu'incertitudes, que discussions stériles à sa passion de vérité. — Ainsi les connaissances qui- possèdent quelque valeur pratique sont à peine dignes du nom de connaissance ; celles dont la certitude et l'intelligibilité .satisfont pleinement l'esprit sont dénuées de toute valeur pratique ; enfin celles qui fournissent à toutes les autres leurs principes, sont un amas confus d'opinions vraisemblables qu'il convient, par prudence, de « repu ter presque pour fausses ».
Déçu par la science de son temps, c'est en lui-même et dans le grand livre du monde que Descartes cherchera la vérité. A dix-sept ans, il se rend à Paris. Il y mène d'abord une vie dissipée, prenant surtout plaisir aux combinaisons du jeu. Il retrouve son camarade Mersenne, entré dans l'Ordre des Minimes, et lait la connaissance dcMydorge, sa-
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vaut mathématicien. Son biographe, Baillet, prétend que, pris de passion pour les mathématiques, Descartes se
retira dans une maison du faubourg Saint-Germain où il passa deux ans à étudier sous la direction de Mydorgc. Nous savons aujourd'hui qu'il fit alors à Poitiers des études
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de droit et fut reçu bachelier « in utroque jure >>. En 1817, poussé par un instinct belliqueux, « effet d'une chaleur de foie qui s'éteignit dans la suite», il prit du service dans l'armée de Maurice de Nassau, qu'il rejoignit à Bréda. Ce général aimait à s'entourer de savants et c'est sans doute le désir d'entrer en relations avec ceux-ci autant que l'instinct belliqueux qui décida Descartes à prendre du service. D'ailleurs une trêve venait d'être conclue entre les Espagnols et les Hollandais. Pendant les deux années de son séjour à Bréda, Descartes prit part à tous les tournois mathématiques et souvent émerveilla ses rivaux par sa promptitude à résoudre les problêmes les plus difficiles et par l'ingéniosité de ses solutions. Un jour, apercevant un groupe de gens arrêtés devant une affiche, il s'approche et demande à l'un des curieux de lui traduire en latin l'annonce rédigée en flamand. Il s'agissait d'un problême de géométrie, lancé en défi selon la mode du temps. Ironiquement, le traducteur demande au jeune homme de lui apporter le lendemain la solution. Descartes accepte. Le traducteur se nomme : Isaac Beckman, principal du collège de Dordrecht. Le lendemain. Descartes apportait la solution au mathématicien, qui devint son ami. En 1619, il quitte l'armée du prince de Nassau, assiste au couronnement de l'empereur Ferdinand II à Francfort et s'engage dans l'armée du duc de Bavière. Il prend ses quartiers d'hiver à Neubourg, sur le Danube. Réduit à l'inaction par la rigueur du froid, il passe ses journées, enfermé dans « un ])oêle >>, à s'entretenir de ses pensées. Cette méditation intense réleva d'un élan presque mystique à ce prodigieux sommet d'où il eut la vue distincte de l'unité de la science. Son génie conçut l'idée de porter la méthode des mathématiques à un tel degré de généralité qu'il serait possible d'étendre à toutes les sciences les procédés de raisonnement qui engendrent la certitude. Dans l'épitaphe qu'il composa pour Descartes, Chanut a fort bien exprimé l'ambition du jeune liéros : « Pendant les loisirs de l'hiver, comparant les mystères de la Nature avec les lois de la Mathématicpie. •il eut cette audace d'espérer qu'une même clef pourrait ouvrir les arcanes de l'une et de l'autre » (i). La première
(1) 'I In otiis hibcrnis Naturœ iiiystcria componens cum Icfiibiis Matliescos ulrius<|uc arcnnu cadein clavc rescr;iri posse ausus est sperarc. »