‹ DescartesChapitre 4 sur 63 · DliSCAUTES · texte numérisé non relu

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font la même impression que si je voyais les arbres de vos forêts ou les troupeaux de nos campagnes. Le bruit même de tous les commerçants ne me distrait pas plus que si j'entendais le bruit d'un ruisseau... Y a-t-il un pays dans le monde où l'on soit plus libre ? » Mettant à profit cette parfaite liberté, il commença un traité, « Les Règles pour la Direction de l'Esprit » où il exposait clairement les règles de sa méthode en montrant par des exemples leur emploi précis en mathématiques et en physique. Mais il n'acheva pas cet ouvrage (publié seulement en 1701), impatient sans doute d'éprouver par ses découvertes la fécondité de cette méthode. En 1633, il avait terminé un « Traité du Monde ou de la Lumière >> et allait le donner à l'impression quand se répandit la nouvelle que Galilée venait d'être condamné par le Saint-Office. Or, comme Galilée, Descartes s'était efforcé de démontrer dans son traité que la terre tourne autour du soleil ( i ). La « liaison de toutes les parties du Traité » ne lui permettait pas de détacher cette démonstration « sans rendre le reste tout défectueux ». Aussi, par un excès de prudence, différa-t-il la publication de son ouvrage et songea-t-il même à le brûler. Quatre ans après, il se décida à faire connaître quelques découvertes, pour lesquelles il ne risquerait pas d'être inquiété. Afin que l'ouvrage eut un grand retentissement, il l'écrivit en français et, dans un discours préliminaire, il énonça brièvement les règles de sa méthode et esquissa les grandes lignes de sa philosophie.

Cet opuscule parut à Leyde le 8 juin 1637 sous le titre de « Discours de la Méthode pour bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les Sciences, plus la Dioptrique, les Météores et la Géométrie ». Les contemporains s'intéressèrent surtout à la partie scientifique de l'ouvrage : par l'intermédiaire de Mersenne des objections furent adressées à Descartes. IMais celui-ci se souciait moins de défendre sa Géométrie , dont la certitude suffisait à assurer le succès, que d'achever l'œuvre philosophique ébauchée dans le Discours. Une fois pour toutes il voulait constituer une théorie de la certitude, asseoir sa science sur des fondements métaphysiques inébranlables. Aussi, pendant

(i) Si Descartes avait vécu cinquante ans plus tôt. a dit Bcrthelot, il aurait dcnionlrc .1 priori la thèse contraire.

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plusieurs années encore, travailla-t-il aux « Méditations » qu'il avait commencées en 1629 à Franeker. Il les écrivit en latin et les dédia à ^Messieurs les doyens et docteurs de la Sacrée Faculté de Théologie de Paris. Avant l'impression, elles furent communiquées par]Mersenne aux philosophes du temps les plus célèbres, Arnauld, Gassendi, Hobbes, etc., qui envoyèrent des objections. Les « Meditationes de prima philosophia in qnibiis Dei existentia et animes humancP imniortalitas demonstrantur >>, suivies des objections et des réponses de Descartes à ces objections parurent à Paris en 1641 (i). Une seconde édition parut en 1642, chez I^uis Elzévir, à Amsterdam ; elle contenait les septièmes objections du Père Bourdin qui s'était vanté de « perdre l'auteur de réputation à Rome et partout >>, ainsi que les réponses de Descartes qui dédaigneusement lui promet « de le recommander à son supérieur >>.

Le duc de Luynes traduisit en français les Méditations, Clerselier traduisit les objections et réponses. Descartes revit les deux traductions et, une troisième édition qui a rang d'original, parut à Paris en 1647. Les représentants de l'aristotélisme firent une guerre acharnée à la philosophie nouvelle. A Utrecht, le professeur de philosophie de l'Université, Reneri, avait renouvelé l'enseignement en y introduisant prudemment les idées cartésiennes. Son successeur, Régis, apôtre trop zélé du cartésianisme, heurta de front les traditions que Reneri avait ménagées ; il attira sur lui et sur la nouvelle doctrine les foudres du docteur Vœt. L'enseignement des idées cartésiennes fut interdit et Descartes fut même cité devant le magistrat d'Utrecht sous l'inculpation d'athéisme. L'ambassadeur de France intervint en sa faveur. En France, dès i637,lesjésuites menèrent contre Descartes une violente campagne. Le philosophe, si prudent d'ordinaire, fut sur le point d'accepter la lutte. « Je trouve assez étrange, écrit-il à un de ses amis, que ce soient principalement ces messieurs qui désirent que je réfute les arguments de l'école. Car je

(i) Les Méditations ont pour titre : la première : Des choses qu'on peut rétoquer en doute ; la seconde : De la nature de l'Esprit humain et qu'il est plus aisé à connaître que le corps ; la troisième : De Dieu, qu'il existe ; la quatrième : Du vrai et du taux ; la cinquième : De l'essence des choses matérielles et, derechei.de Dieu; qu'il existe; la sixième : De l'existence des choses matérielles et de la réelle distinction qui est entre l'âme et le corps de l'homme.

crois que si je l'entreprends, je leur rendrais un mauva service. Je vous avoue qu'il y a longtemps que la malignité de quelques-uns m'a daané sujet de le faire et ils pourront bien enfin m'y contraindre. >v Le P. Bourdin avait attaqué la Dioptrique en une thèse publique et Descartes n'avait pu obtenir du Supérieur des jésuites un examen public et officiel de sa doctrine. ÎNIais après avoir répondu aux objections haineuses du Père Bourdin contre les Méditations, Descartes abandonna le dessein de réfuter la philosophie traditionnelle. « Je vois, dit-il, qu'elle est si absolument et si clairement détruite par le seul établissement de la mienne qu'il n'est pas besoin d'autre réfutation. » Il lui suffira donc d'exposer sa doctrine « en tel ordre qu'elle puisse être aisément enseignée >>. Cet exposé de sa philosophie parut à Amsterdam en 1644, sous le titre : Renati Descartes Principia Philosophiœ. Une traduction française, revue par Descartes, . parut en 1647 à Paris. La première partie de cet ouvrage, intitulée « Des Principes de la connaissance humaine >> contient « quasi les mêmes choses que les Méditations » ; mais tandis que l'ordre suivi dans les Méditations était celui de la découverte, Descartes fait sa part dans le premier livre des principes, à la méthode d'exposition ; aussi est-il plus bref, n'ayant plus à tenir compte de certaines difficultés qui avaient pu l'arrêter longtemps dans la recherche et ne s'efïorçant qu'à marquer fortement la liaison des idées essentielles de sa Métaphysique. La seconde partie traite des « Principes des choses matérielles >> et contient sa théorie de la matière et des lois du mouvement. Dans la troisième partie, « Du Monde visible >>, il explique au moyen des principes précédents les mouvements de« astres et l'origine même de l'univers, multipliant les précautions pour ne point irriter les théologiens. La quatrième partie : « De la Terre », contient les théories de la pesanteur, de la lumière, de la chaleur, des marées, de l'attraction magnétique, etc.. Rien qu'à la lecture d'une table des principes, on peut se faire une idée de la prodigieuse curiosité scientifique de Descartes.

Depuis longtemps déjà, avant la rédaction même des « Principes 0, Descartes avait achevé de constituer sa Métaphysique. Mais il ne travaillait pas seulement à

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