SA VIE ET SES ECRITS I
développer dcductivcincnt toutes les conséquences des principes scientifiques qu'il avait posés. Lorsqu'il ne pouvait directement, par les seules forces de son esprit, explitpicr les effets par les causes, il avait recours à l'expérience. « J'ai fait autant d'expériences dans ma vie, déclarct-il fièrement, qu'il y a de lignes dans mes écrits. » En 1647 il obtint par l'entremise de Mazarin une pension de 3.000 livres « en considération de ses grands mérites et des services que la philosophie et ses recherches ardues rendaient au genre humain, et aussi pour l'aider à poursuivre des expériences coûteuses >>. Descartes n'avait fait qu'indiquer dans la cinquième partie du Discours les grandes lignes de sa physiologie. Dans les « Principes », il avait seulement formulé les lois de la matière inorganique. Il va maintenant, en s'aidant de l'expérience, expliquer le détail des fonctions du corps par les mêmes lois générales qui lui ont servi à expliquer les mouvements des astres. Il fut l'un des premiers à proclamer la découverte de la circulation du sang et répéta devant des visiteurs les expériences d'Harvey. Mais ce fut surtout après la publication des « Principes >>, au château d'Egmont, qu'il s'adonna à la physiologie. Baillet nous raconte qu'un gentilhomme lui demanda à voir sa bibliothèque et le pria de lui dire quels étaient les livres de Physique qu'il estimait le plus. Descartes le mena dans une galerie et lui montrant, pendu à un crochet, le cadavre d'un veau : « Voici, lui dit-il, ma bibliothèque, voici l'étude à laquelle je m'occupe le plus maintenant. >> Il écrivit alors un « Traité de l' Homme >> et commença un traité : « De la Formation du Fœtus >>. Ces deux ouvrages, dont il laissa le second inachevé, ne parurent qu'après sa mort, par les soins de Clerseler. Sur les instances de la princesse Elisabeth, il composa son « Traité des Passions de l'âme >> où il déterminait les conditions physiologiques des passions et, sur une théorie psycho-physiologique, fondait une hygiène morale. Il envoya son manuscrit à la reine de Suède. L'ouvrage ne parut qu'en 1649, à Amsterdam.
Avant d'entreprendre la rénovation de la science Descartes s'était muni d'une morale provisoire qui ne consistait qu'en trois ou quatre maximes traditionnelles. Il considérait en effet la morale comme la science finale, comme la branche la plus élevée de l'arbre philosophique. Vers la fin de sa vie, ayant réalisé le dessein
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(le sa jeunesse, et devant laisser à d'autres le soin de pousser plus loin le développement de la science dont il avait formulé les principes certains. Descartes ébaucha une m.orale définitive. A l'occasion du de vita beata de Sénèque, il tente dans ses lettres à la princesse Elisabeth et à la reine Christine de concilier la morale d'Aristotc, celle des Stoïciens et celle d'Epicure et s'élève à la sereine conception de l'amour intellectuel.
Ambassadeur de France en Suède, Chanut inspira à la reine Christine, le désir d'avoir à sa cour le plus grand homme de son temps. Craignant de perdre son indépendance. Descartes résista longtemps aux démarches pressantes de la reine. En 1649, il arrivait à Stockholm où il fut reçu d'une manière digne de lui. Plusieurs fois par semaine, il se rendait le matin, vers cinq heures, à la bibliothèque de la cour où la reine s'entretenait avec lui de philosophie et de sciences. Il ne put résister aux rigueurs de l'hiver. Atteint d'une congestion pulmonaire, il refusa de se laisser saigner : « Messieurs, épargnez le sang français ! » commanda-t-il aux médecins suédois. Au bout de huit jours, il se laissa faire : c'était la fin. Tombé malade le 2 février 1650, il expira le 11 du même mois. D'abord ensevelis au cimetière catholique de Stockholm, ses restes furent en 1666 ramenés à Paris et inhumés à l'église Sainte-Geneviève. Chanut avait, en 1653, expédié à Clerselier les papiers du philosophe. Le bateau qui les apportait fit naufrage dans la Seine et les malles restèrent deux jours au fond du fleuve : on fit sécher les papiers, que Descartes avait laissés parfaitement en ordre, en les étendant au hasard sur des cordes.
C'est d'une manière relative, en évitant toute délimitation arbitrairement précise, que nous avons distingue dans la vie de Descartes trois grandes périodes : dans la première, Descartes, partant des mathématiques, aboutit à la découverte d'une méthode, puis poursuit l'application de celle-ci aux phénomènes physiques ; la seconde, métaphysique, atteint son apogée avec les Méditations ; dans la troisième. Descartes achève de constituer la science et tire de son œuvre un enseignement moral.
Il nous reste deux portraits de Descartes, l'un de S. Bourdon, l'autre de Frans Hais. Tous deux sont au Louvre. Le meilleur est certainement celui de Fran/ Hais, dont
SA Vlli Et SES ÉCRITS
Edelink a donne une trùs belle gravure. « Examinez au Louvre, dit M. Fouillée, le portrait de Descartes par Frans Hais ; vous y retrouverez cette grosse tête, « si pleine de raison et d'intelligence », disait Balzac, ce front large et avancé, ces cheveux noirs et rabattus sur des sourcils