‹ Descartes savantChapitre 5 sur 19 · EN · texte numérisé non relu

EN

On sait que parmi les petits traités de Descartes mentionnés par rinventairé de Stockholm, et qui ont malheureusement disparu, s'en trouvait un ayant pour litre Ohjmpica. Quelques textes cités par Leibniz, et surtout les renseignements de Baillet sur le contenu de ce traité, qu'il a eu sous les yeux, permettent, semble-t-il, mieux qu'on ne l'a fait jusqu'ici, d'en préciser la signification et l'importance.

Baillet parle pour la première fois des Olympica^ quand il fait rénumération des écrits trouvés dans les papiers de Descartes (1). Il mentionne ce manuscrit « de douze pages », comme débutant par ces mots qui en fixent la date : « X novembris 1619, cum plenus forem Enthousiasmo, et mirabillis scientiae fundamenta reperirem, etc. ». — En marge, il est vrai, d'une écriture plus récente, dit Baillet, se trouve la remarque suivante : « XI novembris 1620, cœpi intelligere fundamentum inventi mirabilis ». On est en général d'accord qu'il ne s'agit pas là d'une correction, mais seulement d'une note conservant le souvenir d'une quasi coïncidence curieuse de certaines dates, à un an de distance. Laissons donc de côté cette remarque, et venons en au résumé des Ohjmpica tel que le donne Baillet, lorsqu'il arrive, dans la Vie de Monsieur Descartes, à l'automne de 1619 (2).

Après avoir nionlré les tourments de Descartes cher-

^1) Vie (le Monsieur Descartes, 1691, t. I", p. 50-51. 12) Ihid.. l. I''^ p. 80-8G. — Ad. cl T.. t. X., p. 170-188.

chant les moyens de parvenir à la vérité, « il se fatigua de telle sorte, dit-il, que le feu lui prit au cerveau, et qu'il tomba dans une espèce d'enthousiasme, qui disposa de telle manière son esprit déjà abattu, qu'il le mit en état de recevoir les impressions des songes et des visions ». Et c'est manifestement ici (comme l'indique un renvoi en marge au début des Olympiques, c'est-à-dire au texte latin déjà cité) que commence le véritable résumé de ce manuscrit. H II nous apprend, dit Baillet, que le dixième de novembre mil six cent dix-neuf, s'étant couché tout rempli de son enthousiasme, et tout occupé de la pensée d'avoir trouvé ce jour-là les fondements de la science admirable, il eut trois songes consécutifs en une seule nuit, qu'il s'imagina ne pouvoir être venus que d'en haut. » Suit le récit des trois songes, et de leur interprétation commencée par Descartes i>endant qu'il dormait encore, et poursuivie après son réveil. Dans le premier, ce qui le frappe surtout, c'est un vent violent, représentant à ses yeux un mauvais génie, qui le pousse contre une Eglise où il allait d'ailleurs volontairement, u A malo spirilu ad Temitlum propellebar » disait ]iroi>rement Descartes, comme Baillet le note en marge à cet endroit. — In deuxième sommeil est troublé par le bruit effrayant de la foudre que Descartes croit entendre. Réveillé aussitôt, il voit sa chambre remplie d'étincelles de feu. La terreur qu'il avait eue répondait à ses péchés, et la foudre dont il avait entendu l'éclat était (( le signal de l'esprit de vérité qui descendait en lui pour le posséder i). Mais c'est surtout le troisième songe sur lequel Baillet, sans aucun doute d'après Descartes, sent le besoin d'insister. Des nomljreux détails qui le remplissent se dégage surtout laj^parition de deux livres, dont l'un, un Dictionnaire » ne veut dire autre chose que toutes les sciences ramassées ensemble », et dont l'autre, le Corpus poctarum, « marquait en particulier et d'une manière plus distincte la Philosophie et la Sagesse jointes ensemble ». Et Baillet ajoute ici la traduction d'un fragment du texte de Descaries que nous avons la chance de trouver conservé dans les Inédits (1) : u Mirum videri possit quam graves sentent iœ in scriptis poetarum magis

(1) Aâ. ot T.. I. X, p. 217.

quam philosophorum. Ratio est quocl poetse per enthusiasmum et vim imaginationis scripsere : Sunt in nobis semina scientiœ, ut in silice, quae per rationem a philosophis educuntur, per imaginationem a poetis excutiuntur magisque elucent. » Dans le Corpus poetamm, l'attention est appelée sur deux poésies d'Ausone dont Tune commence par « Est et Non », l'autre par «. Quod vitse sectabor iter ?... » Celle-ci a marquait le bon conseil d'une personne sage, ou même la Théologie Morale » ; — ■ par la première ({ il comprenait la Vérité et la Fausseté dans les connaissances humaines et les sciences profanes ». « Voyant, ajoute Baillet, que l'application de toutes ces choses réussissait à son gré, il fut assez hardi pour se persuader que c'était l'esprit de vérité qui avait voulu lui ouvrir les trésors de toutes les sciences par ce songe. »

Notons un dernier détail, qui achève de montrer le caractère nettement divin que Descartes attribuait à ses visions : dès le lendemain il formait le vœu d'un pèlerinage à Notre-Dame de Lorette. « Son zèle... lui fit promettre que dès qu'il serait à Venise, il se mettrait en chemin par terre, pour faire le pèlerinage à pied jusqu'à Lorette ; que si ses forces ne pouvaient pas fournir à cette fatigue, il prendrait au moins l'extérieur le plus dévot et le plus humilié qu"il luy serait possible pour s'en acquitter. Il prétendait partir avant la fin de novembre pour ce voyage. » En fait, il se rendit à Lorette quelques années plus tard.

Comment ces textes et ces faits ont-ils été compri?. jusqu'ici ? En général, sauf de rares exceptions, on a admis que le 10 novembre 1619, Descartes ayant fait une grande découverte fut jeté aussitôt dans une certaine exaltation.

Foucher de Careil ne juge même pas f|ue In moindre contestation soit i)ossible : il rappelle couramment h diverses reprises la date, bien connue d';ijH'ès les 0//y//jp/tv7, de la découverte de la Méthode, 10 novembre 1619. Et il ne s'agit pas de tel ou tel aspect de la Méthode, mais de la Méthode cartésienne intégrale, dont les lois de Kepler elles-mêmes n'étaient qn'iin ras particulier, quand elle

50 DESCARTES aWANT

sappelait Mécanisme, et qui, sous forme de symbolisme, s'appliquait aux choses intellectuelles, même à Texplicatiun des songes {Œuvres inédites de Descartes, Introduction).

Millet, dans son étude si consciencieuse sur Descartes avant 1637 déclare que « d'après le témoignage même de Descartes », celui-ci trouva le 10 novembre 1619 les fondements de la Méthode et de son Analyse (p. 74).

M. Liard écrit {Desc, p. 107 : (< le 10 novembre 1619, ai>rès l'invention de la Méthode, et peut-être aussi de la Mathématique universelle. Descartes a des songes qui l'épouvantent ».

Hamelin est (hi même avis, sauf que, en tenant compte de queUpies textes des Olytnpiques, il voit dans la Méthode, découverte le 10 novembre 1619, la conception, avant Leibniz, d'une sorte de caractéristique universelle [Syst. de Descartes, p. i3 et 44). Il note la crise psychologique que décrit Baillet d'après les Olympica, et n'hésite pas à l'expliquer i)ar les recherches et par la découverte de Desciirtes, à la suite desquelles « le feu le prit au cerveau », selon l'expression de Baillet.

Pour M. Adam, le 10 novembre 1619 fut probablement marqué par une grande découverte mathématique, pour la désignation de laquelle » nous n'avons que l'embarras du choix : mathématique universelle, ou bien réforme de l'algèbre, ou l)ien exjiression de toutes les quantités par des lignes, et des lignes elles-mêmes par des caractères algébriques... » ou peut-être simj)lement solution très générale dun i)roblème... (t. Xïl, ]>. 50). Il note la crise mystique, mais quant au rapport où elle se trouve avec la découverte, il se contente de- dire : u Le philosophe manifestement eut un accès ou une crise de mysticisme, condition peut-être de toute grande découverte : il faut que l'homme soit soulevé hors de soi, au-dessus de soi, pour ;iv(iir une vision nouvelle de la V('ritê » (t. \II, p. 49^*. C.ela semble l>ien vouloir dire que la crise n'a pas été provocpiêe i»ar la découverte (et en cela M. Adam fait exce|)tion , mais ou !'a précédée au contraire, disposant l'esprit aux grandes découvertes, ou même l'a simplement accompagnée.

Je crois que toutes ces interprétations sont inexactes.

Et d'abord est-on fondé à résumer les faits en disant qu'une crise d'exaltation mystique chez Descartes a suivi une grande découverte ?

Baillet, avant de donner le détail des Olympica^ parle des efforts de Descaries et des recherches très fatigantes à la suite desquelles « le feu lui prit au cerveau », sans que nous trouvions là la moindre allusion à l'heureux résultat de ses efforts et de ses recherches, à la découverte. Si Hamelin a cru pouvoir écrire que « le feu lui prit au cerveau à la suite de ses recherches et de sa découverte » (Système de Desc, p. 42), il ajoutait ce dernier mot au texte de Baillet ; ou plutôt il réunissait en une seule phrase deux textes, celui que nous visons en ce moment et celui qui suit de très près, et que nous avons cité plus haut, à savoir : « Il nous apprend que s'élant couché tout rempli de son enthousiasme et tout occu[)é de la pensée d'avoir trouvé ce jour-là les fondements de la science admirable, etc., etc. ». Et c'est cette phrase de Baillet qui a fait considérer comme évident à Hamelin et à la i)lupart des autres que l'enlliousiasme avait suivi la découverte. Mais on na pas remarqué d'où vient ce témoignage de Baillet. Luimême indique, en le formulant, qu'il s'appuie sur le début du manuscrit des Olytnpica. Or, ce début, nous le connaissons dans le texte latin lui-même : u X novembris J611). cum plenus forem enthousiamo et scientiœ mirabilis fundamenta reperirem... » Et c'est donc la traduction de ces mots de Descaries que Baillet veut simplement donner ici. Or, nous reconnaissons bien là sa manière d'en user avec les textes. « Baillet, dit très justement M. Adam, a une façon à lui de traduire les textes, en les amplifianl toujours et y ajoutant force détails dc^ son crii (1). » Nous en tenons ici un exemple frappant. Il suffit de mettre en regard le texte de Descartes et la prétendue traduction. {)our voir à quel [)oinl celle-ci est infidèle. En outre damplificalions dont il a peine à se passer, Bnillet n'hésite i);is à poser l'anlérioi'ité de la découverte pnr rapport ;'i l'enthousiasme, qui n'est nullement indicpiée par le lexlc latin, et il ne tient comj^te ni de l'idenlil»'' dop temps <les verbes, ni de l'ordre (\e^ deux pjojxtsilidns. Kn ^oinmc

(1) .\(J. et T., 1. X, p. 175.

abstraction faite de quelques détails complémentaires, il ne traduirait pas autrement, si au lieu du texte que nous connaissons, Descartes eût écrit : « X novembris 1(519, cum scientiœ mirabilis fundamenta reperissem, et plenus forem Enthousiasmo... » Ce que Baillet nous apporte ce n'est pas une traduction, c'est déjà une interprétation, celle qui a été adoptée tout naturellement après lui par m jjlupart des commentateurs de Descartes.

Dira-t-on que la suite du manuscrit pouvait justifier cette interprétation, corrigeant Tinsuffisante clarté du début ? — Pour sentir à quel point cela est peu probable, quon relise d'abord les pages où Baillet résume les OUjmpica. On voit diflicilement où se placerait quelque allusion à une découverte antérieure à la crise. Bien plus, riiypothèse d'une semblable découverte est en contradiction avec le caractère général des 0]])))\\nva, et plus l)articulièrement avec quelques détails [»récis. Descartes, en effet, n'hésite pas à considérer comme surnaturels son enthousiasme et ses songes : ceux-ci viennent directement de Dieu. On pourrait « croire quil aurait bu le S(Hr avant de se coucher », c'était la veille de Saint-Martin ? Descartes avait répondu par avance à celte objection en déclarant qu'il n'avait pas bu de vin dei)uis trois mois. Mais était-ce la seule explication ])ossil)le pour ramener ses visions à un incident inirement humain ? L'hypothèse d'une grande trouvaille capable de jeter son auteur dan< une sorte d'ivresse peut encore s'offrir assez naturellement. Mais n'est-ce pas Descarle^ lui-même qui réfute par avance toutes ces tentatives d'explication, en disant de ses songes que « l'esprit humain n'y avait aucune part » ?

Ainsi, il faut renoncer à l'interprétation courante qui voit dans la découverte la cause de la crise mystique. •

Reste rinterprétation de M. Adam : L'enthousiasme de Descartes lui aurait inspiré sa découverte scientiticpie, les songes seraient venus ensuite... I/hypothèse se heurte à de sérieuses objections : De quel droit séparons-nous eu deux moments distincts l'enthousiasme dnnt^ part, d'autre part les visions de la nuit ? Baillet dit bien dans son préambule, cpie l'enthousiasme a jurparé l'esprit de Descartes « à recevoir les impressions des songes et des visions », comme il le fera se prolonger quelques jours

encore après la nuit du 10 novembre... Remarquons au moins que si l'on prenait ces témoignages au sérieux, il s'agirait d'un état maladif, de faiblesse, conséquence d'un surmenage intellectuel... Nous serions loin de cette sorte d'ivresse, d'exaltation, qui soulève l'être tout entier au-dessus de lui-même, décuple ses forces, et le rend capable, comme dit M. Adam, d'avoir une vision nouvelle de la vérité !

Mais non, nous ne pouvons prendre au sérieux ce bavardage de Baillet, pas plus que les détails de la fin sur l'enthousiasme qui se serait prolongé quelques jours après la nuit fameuse. Nous savons trop comment pour rétablir la continuité de son récit de la vie de Descartes, pour ne laisser aucun vide entre deux faits, il sait les préparer ou en prolonger le retentissement après leur production... Ne nous donne-t-il pas d'ailleurs lui-même le moyen de le corriger ?

La première phrase du véritable résumé des Olijïnpira, celle qui répond, comme c'est dit en marge, au début du manuscrit, annonce tout de suite les songes qu'eut Descartes cete nuit-là. Sans connaître tout ce qui correspond à cette première i)hrase dans le texte latin, j'imagine que Descartes disait à peu près : 10 novembre 1619, date de mon enthousiasme et de ma découverte des fonclements de la science admirable, voici les trois songes qui me sont venus d'en h.iul. - - Descartes entend certainement le mot enthousiasme au sens fori, é(;it dans lequel il se sent en communicati«)n avec le ciel (1), les songes et les visions étant rexi)ressi()n concrète du langage de Dieu. Et depuie^' ces i)remiers mots jusqu'aux derniers, ceux sans doute où se trouve formulé le vœu d'un pèlerinage à Notre-Dame de Lorelle, il n'est manifestement question, dans les douze l>agcs (\u maïuiscril, (pre du délail des songes, de leur interprétation et de leur caractère divin. C.omment alors l'enthousiasme ne .serait-il piis étroitement lié <lans l'esprit de Descartes aux songes el ;mx visions connue à son (iéroulemenl n;Uiirel ? (4omnient aussi ne sernit-il f)as logique de relier également à ces songes el à leur iuler-

(1) Baillet. tout imlurelleinenl, l'ent^^nd au sons (iHhodoxe du mu!,. et y voit un rlal où le sujet a l'illusion <VvU'o. en rf)nununi(al.ion avec Dieu, (luaii'l, on réalité, il n'est que le jouet de quel((ue génie.

DESCARTES SAVAiNT

prétalion la découverte elle-même, et de voir enfin s'il est impossible de trouver, dans l'analyse des visions, ce que Descartes a pu entendre par les fondements de la science admirable ?

Inutile assurément de beaucoup insister sur les dillicultés qu'il y aurait à rap})rocher du détail des visions une conception comme celle de la mathématique universelle ou de la réforme de l'algèbre, ou de tout autre chapitre de l'œuvre scientifique que Descartes devait un jour accomplir.

L'idée de la Méthode est moins invraisemblable, car de l'ensemble du manuscrit se dégage bien l'impression (|ue ces songes et ces visions se produisent à un tourniml de la vie intellectuelle de Descartes, qu'il y est question duin' attitude nouvelle ou dune nouvelle direction (Quod vitœ sectabor iter ?)... Si en même temps on remarque qu'ils semblent imj)liquer l'arrivée plus ou moins l)rusque de l'esprit de vérité dans Tàme de notre philosophe, on |>eiil songer à une méthode nouvelle qui sera désormais celle de Descartes et qui le conduira à la Science universelle. C'est bien dans ce sens que nous conclurons tout à l'heure: mais à une condition qui nous rejettera tout de suite loin des interprétations classiques, c'est qu'il ne puisse (Mre question de ce que sera |>ropremenl la Méthode de {){}:>ciirtes. On ne trouve évidemment rien dans les soni^es des Olijmpica qui .inlorise ù parler de synthèse on d'analyse, d'énumération complète, diiidiiction. (hMialui-es simples, et })lus généralement on ne saurait penser i'i ces règles savantes, à ces démanMies compliipu'es, qui seront formulées avec plus ou moins de précision soit dans le DiscoJirs de la Mclliodc, soit dans les Hot/uLr.

Peut-être, avant d'aller plus loin, faul-il faire ici une place à i»nrt à la Méthode, telle que Ta entendue Hameliu. Nous l'avons déjà dit, s'inspirnnt de rextMuple de F. de Careil (jui croit au symbolisme des (^li/mpicn, Ilamelin trouve d;ins quelques textes de ce manuscrit de ipiui justifier Ihyitothèse que Descartes a conçu le 10 novembre 1610 une sorte de caractéristique universelle. Ces textes sont les suivants :

UiNE CRISE MYSTIQUE CHEZ DESCARTES EN 1619 55

1° (( Ut imaginatio utitur figuris ad corpora concipienda, ita intellectus ulilur quibusdam corporibus seiisibilibus ad spiritualia iiguranda, ut vento, lumine : iinde altius philosophantes mentem cpgnitione possumus in subhme tollere. »

2° (( Sensibiha apta concipiendis Olympicis : venins spirilum significat, motus cum tempore vitam, himen cognitionem, caior amorem, activitas instantanea creationem (Ij. »

Hamelin rapproche ces rétlexions de la lettre à Mersenne, du 20 novembre 1629, où Descartes envisage la possibilité de fonder une langue universelle par la mise en ordre des idées et leur composition à Taide d'éléments simples, se présentant de telle manière que toute la suite des pensées puisse se formuler aussi aisément que celle des nombres. Et l'on comprend qu'un esprit tel que Hamelin, chez qui la fermeté de jugement et le sens critique si aiguisé n'excluaient pas une certaine envolée, ail eu quelque joie à découvrir chez Descaries, en 1619, à travers les propos singuliers des Olympica, l'idée gigantesque de donner aux pensées un mode de composition qui puisse se représenter par des symboles mathématiques.

.Te crois qu'il s'est trompé.

Même si la conception définie par la lettre à Mersenne de 1629 avait eu jamais aux yeux de Descartes l'importance que lui attribue Hamelin, — ce qui rendrait au moins étrange l'absence de toute autre allusion à ceHe idée soit dans le Discours, soit dans les ReAjulie, soit dans la Correspondance, — les textes empruntés aux Olympira ne peuvent-ils se comprendre i)lus simplement ? 11 y est question d'un moyen de concevoir les choses appelées ici spiritualia, là Olympira. Pourquoi d'iiltord vouloir que ces mots traduisent les idées, les i)ensées en général, ]i;ir opposition aux choses corporelles ? Ne s'agit-il pas i)lul(M dans ces songes, on « resjtrit humnin n'avait nulle p.irt ». de choses d en haut, de choses divines ou célestes ? Les exemples du vent et de l;i lumière, représentant Vuw l'esprit et l'autre la connaissance, ne se Irouvenl-ils |)ns

Ci) Ad. et T., I. X, p. 217 pl 218.

5b DESCAHTES SAVANT

juslenieiU dans rinlerprélalion que donne Descartes de ses visiuns ? Le vent qui le poussait contre l'Eglise était, on se le iai)pelle, le malus spiritus. Pour la lumière, c'est moins net : cependant la foudre arrivant brusquement était l'Esprit de vérité venant prendre possession de Descartes, et elle était suivie de l'apparition à travers la chambre d'étincelles de feu... Ces sortes de corrélations semblent d'ailleurs empruntées, non pas à quelque conception savante, mais au sens conmum dans ce qu'il a de moins subtil. C'est instinctivement que, dans la phrase relative aux poètes, que nous avons citée déjà et sur laquelle nous aurons à revenir, Descartes compare les semences de science qui sont en nous aux étincelles qui jaillissent du silex : il ne sent même i>as le besoin de le dire explicitement. (^ Sunt in nobis semina scientiie, ut in silice... » La concision de ces derniers mots, qui n'ont même pas besoin d être complétés pour être compris, a quelque chose d'éloquent et marque bien l'évidence naturelle avec laquelle la lumière correspond à la connaissance (1).

Les mêmes réflexions sappliiiueraient aux autres images : la vie représentée par un mouvement qui dure, l'amour par la chaleur, la création par une activité instantanée... Seulement ici nous sommes en présence d'exemples qui ne se retrouvent pas dans l'interprétation des songes. Faudriiit-il donc voir là une }»réoccupalion générale, dont l'intérêt dépasserait les incidents de la nuit du 10 novembre 161*.), et qui tendrait peutn'Mre à constituer une science des choses d'en haut, un mode général d'interprétation du langage céleste ? Ce n'est pas absolument impossible, et ce sérail alors « la science admirable » dont Descartes aurait conçu les traits essentiels à l'occasion de son aventure ? Baillct n'aurait alors bien entendu al>solumenl rien compris au manuscrit qu'il avait sous les yeux : ce ne serait pas une raison suffisante pour rejeter cette hypothèse, qui serait en elle-même moins invraisemblable que celle de llamelin.

(l) D'ailleurs, la «- .'^oniiim scienliac. ut in silice » — nVéerif îîenri Bernrs — <>t smus d-nite luio K-miiii->'"on(i^ <lii « 5ï.>miii;i ri;immno. .\bstrusa in venis silicis •> \irgilien ?

Mais tout de même se trouverait-on vraiment satisfait de cette explication ? Descartes a déjà touché aux sciences; nous savons aujourd'hui par le Journal de Beeckmann et par la correspondance avec ce Hollandais (A. et T., t. X) qu il a échangé avec lui des vues assez élevées sur la chute des corps, qu'il a écrit pour lui un traité de musique, qu'il a le sentiment d'avoir déjà trouvé des choses originales sur les équations du 3^ et du 4^ degré, enfin qu'il a une large conception de ce que doit être la science de la quantité continue. Et il serait assez peu exigeant en matière de science pour parler des fondements d'une science admirable à propos de quelques remarques aussi simplistes sur le mode de représentation des Ohjmpica par des images concrètes ? Rabaissée de la Caractéristique universelle à laquelle songeait Hamelin jusqu'à ce langage à peine au-dessus du sens commun le plus vulgaire, la représentation des Olympica passerait difficilement à nos yeux pour la grande découverte dont Descartes notait solennellement la date au début de son manuscrit.

D'autant que ces textes empruntés aux Olympica trouveraient peut-être une explication suffisante à être rapprochés de la réflexion relative aux poètes, comme ils en sont rapprochés en fait dans les Inédits (A. et T., t. X, p. 217). Les poètes, qui procèdent par images, savent exprimer les choses d'en haut auxc[uel]es ils s'élèvent par l'enthousiasme, en utilisant justement ces corrélations si naturelles.

Il nous semble résulter de ces remarques que ce que nous avons à retenir des Olijïnpica, en ce qui concerne la représentation des choses célestes par les choses sensibles, vise en général ceux qui connaissent l'enthousiasme, l'inspiration divine, comme les poètes, — et vise en particulier Descaries qui, dans la nuit du 10 novembre 1619 a en le sentiment d'avoir, ])ar f intermédiaire de ses visions, le contact direct des choses célestes. Mais si nous pouvons être aidés par là à chercher le grand fait nouveau oii Descartes voyait « les fondements de la science 'admirable », c'est moins en nous arrêtant au mode de Iradiiclioii des songes qu'à leur signification dernière.

Or, il t'sl (Hfficile de ne |>as voir dans linterprélalion ((u'eii donne Descaries au moins un encouragement de

Dieu à suivre désormais certaine voie. Sans parler du premier songe qui, aux yeux de Descartes, vise le passé, nous le voyons, dès le second, possédé de rEsi)rit do vérité ; et le troisième, le plus impurlant assurément, n'indiquerait-il lias à quoi et comment il pourra désormins s'appli(iuer ? L'objet poursuivi ne serait rien de moins qu»', l'ensemble de toutes les sciences, représenté par le Dictionnaire. Mais les conseils de sagesse viendraient des poètes, bien plus capables que les philosophes et les prétendus savants de nous montrer la route à suivre, de nous amener à discerner le vrai du faux, de nous conduira enfin à la vraie science, — à la science admirable, p.ir opposition à celle des philosoi)hes, — par l'inspiration, p.ii' l'imagination spontanée, tandis que ceux-là procèdent p:ir la raison, c'est-à-dire ici évidemment par la raison raisotinante. Nous avons en nous des germes de science : les procédés logiques des philosophes essaient de les faire sortir ; Tnispiralion, Tactivité spontanée de l'àme U*s ébranlent InrUMiicnl et les foui briller (ruii bien plus \il éclat. Nul doute qu'avant la nuil du 10 novembre bip.). Descartes ne préférât de lui-même, dans la recherche de la vérité scientilique, lélan sj)ontané de son imaginalion et de son intelligence à l'enseignement de l'Ecole ; mais désormais ces idées révolutionnaires, subversives, en a|)parence ;ui moins, e( où risipiail (reiih'er l'oi-gueil. - où peut-être il pouvait voir le mauvais esprit le i)oussant vers « le Temple », — ces idées n'étaienl-elles pas consacri'epar Dieu même ? N'était-ce pas connue si Descartes eTH entendu ce conseil divin : (( \'a, l'ensemble de toutes les sciences tu dois l'édifier par lui-niènie ; imile en cela les poètes, fie-toi comme eux à Ion inspiriilion ; laisse de colé l'enseignement des livres ; les germes de science (jui soni en loi se développeront sfiontanément et lu doleras l'humanité de la science universelle » ?

Si noire bypolhèse se lient, si elle est accepta])le, nous com[)rendrons du moins (pie prenani noie de celle dale. Descaries ait pu rappeler (pie ce jour-là il lr()uvail, à travers les visions de son (( enthousiasme », les fondements de la véritable science, de celle (pu mérite notre admiration.

UiNE CRISE MYSTIQUE CHEZ DESCARTES EN 1619 59

Mais le récit de Baillet, qu'il a fallu parfois interpréter lui-même pour aboutir à cette explication, n'est pas le seul document qui nous renseigne sur les premières démarches de la pensée de Descartes : ouvrons le Discours de la Métliode que Ton n'a pas toujours analysé d'assez près, et voyons s'il ne vient pas précisément confirmer nos conclusions.

Le début de la deuxième partie fixe l'arrivée de Descartes dans son fameux poêle au commencement de lliiver 1619-1620. Nous y lisons, en effet, qu'il revenait des fêtes du couronnement de l'empereur (qui, nous le savons, avaient eu lieu à Francfort, du 28 juillet au 9 septembre 1619) quand « le commencement de l'hiver l'arrêta en un quartier où ne trouvant aucune conversation qui le divertît, il demeurait tout le jour enfermé seul dans un poêle, où il avait tout loisir de s'entretenir de ses pensées ». D'autre part, dans la troisième partie, à propos des oi)inions dont il pouvait alors librement entreprendre de se défaire, il dit : » Et d'autant que j'espérais en pouvoir mieux venir à bout en conversant avec les hommes qu'en demeurant plus longtemps enfermé dans le poêle où j'avais eu toutes ces pensées, l'hiver n'était pas encore bien achevé que je me remis à voyager. » Le commencement de l'hiver capable d'arrêter Descartes, nous pouvons à peu près le fixer aux premiers jours de novembre 1619, et si l'hiver n'était pas complètement achevé quand il se remit à voyager, ce devait être approximativement en mars 1620. Or, le Discours nous donne l'exposé détaillé de toutes les pensées qu'il eut dans cet intervalle de quatre à cinq mois. Ku le suivant pas à pas, nous verrons peut-être quelles sont celles de « ces pensées » dont on peut le plus raisonnablement placer la date nu 10 novembre 1619.

Vers la fin de la première partie, Descartes écrit : (' Sitôt que l'Age me i)ermit de sortir de la sujétion de mes Précepteurs, je quittni entièrement l'étude des lettres ; et me résolvant de ne chercher plus d'autre science que celle (|ui se pourrait trouver en moi-même ou bien dans le gran<l livre du inonde, etc. » Ces mots n'ont p;is le sens

qu'on serait tenté de leur donner à première vue^ et ne sont qu'un résumé rétrospectif des résolutions qui devaient être prises au cour? de quelques années. En fait, la suite du texte montre clairement que la première résolution fut de voyager, et la seconde, quelques années plus tard, d'étudier en lui-même. Descartes, en effet, aigres avoir insisté sur Futilité de ses voyages, mais aussi sur la limite des profits intellectuels qu'il en tirait, termine la première partie du Discours par cette déclaration qui ne laisse subsister aucune aml»iguité : « Mais après que j'eus employé quelques années à étudier ainsi dans le livre du monde, et à tâcher d'acquérir quelque expérience, je j)ris un jour résolution d'étudier aussi en moi-même, et d employer toutes les forces de mon esprit à choisir les chemins que je devais suivre. Ce qui me réussit beaucoup mieux, ce me semble, que si je ne me fusse jamais éloigné, ni de mon pays ni de mes livres. »

C'est tout de suite après ces mots que Descartes dit : (( J'étais alors en Allemagne, et connue je retournais du couronnement de l'empereur... le commencement de l'hiver m'arrêta... » Autant dire que cette grave décision du philosophe de chercher la science en lui-même a pour date cette de son installation dans le poêle... Elle s'accompagne de réflexions sur les ouvrages auxquels un seul travaille, et c'est en propres termes que Descartes nous dit : « Entre lesquelles (pensées) l'une des premières fut que je m'avisai de considérer que souvent il n'y a pas tant de perfecliitn dans les ouvrages... faits de l;i main de divers nuiîtres, qu'en ceux auxquels un simiI ;i travaillé ». L'ne fois conçu, le projet de reconstruire seul l'édifice des sciences, le désir lui vient tout naturelh^ment de mettre en doute h's opinions qu'il avait acquises juscpie-là sur toutes choses. Mais il sent aussitôt le besoin de n être pas trop radical dans ce doute tant «piil na pas ])our se guider une mélliode sûre. » Même je ne voulus ])oint commencer à rejeter t(Uit à fait aucune des opinions qui s'étaient i)U irlisser autrefois en ma créance sans v avoir été introduites par 1.1 raison, que je n'eusse auparavant employé assez de temps }\ faire le projet de l'ouvrage que j'entreî)renais, et à chercher la vraie méthode pour parvenir à la connaissance de toutes les choses dont mon esprit serait capa-

ble. )) On ne saurait dire plus clairement quassez de temps s'écoula entre la première résolution de Descartes et la découverte de la Méthode. Nous le voyons d'ailleurs, d'après son récit, pendant cette période plus ou moins longue de recherche, scruter quelques-unes des parties de la philosophie et dès mathématiques qui pourraient peutêtre lui servir, la Logique, l'Analyse des géomètres, lAlgèbre. L"examen qu'il en fait, les remarques qu'elles lui suggèrent aboutissent à cette conclusion qu'aucune des trois ne convient pour la méthode qu'il cherche, mais que celleci pourrait profiter de leurs avantages, après quoi il est conduit à énoncer les quatre règles que contient le Discours. Armé de ces principes, Descartes tourne sa pensée du côté des Mathématiques : il conçoit ce qu'il appelle sa Mathématique universelle, est amené à représenter par des lignes ce que nous nommerions aujourd'hui les fonctions simples, et à réformer à l'aide de lettres et d'exposants l'écriture algébrique. Puis il s'attaque à des problèmes qu'il n'avait pu résoudre autrefois, très probablement (je ne m'arrête pas ici aux raisons qui justifient mon opinion), aux problèmes de la construction des racines des équations du 3^ et du 4^ degré : — il est assez heureux pour trouver les solutions qui le satisfont pleinement. Et voici atteints, après quatre ou cinq mois de méditation, les I)reniiers jours de mars 1920. Descartes estime lui-même h deux ou trois mois le dernier temps consacré aux travaux mathématiques, ce qui nous ramène à peu près à la fin de décembre 1619 ou au commencement de janvier 1620 pour la date de la découverte de la Méthode, et donnerait environ six semaines jKjur la durée des recherches qui avaient abouti à la Méthode et dont Descartes avait dit qu'elles devaient exiger « assez de temps ». Si 1 nn juge cpie tout cela se tient assez bien, il faut conclure du récit de Descnrles que la date du 10 noveml»re 16J9 a bien peu de chances d'être celle de la découverte de la Méthode, et moins encore de corresi)on(lre aux travaux mathématicpies qui l'ont suivie, tandis qu'au contraire elle conviendrait plus raisonnablement à la très grave résolution de Descnr-^ tes de tirer désormais la Science universelle de sa propre inspiration. Aucune allusion, il est vrai, n'est faite h la crise mysli<|u«' (jui encouragea cette résolution. Mais (|ui

songerait sérieusement à s'en étonner ? A distance, les incidents qui avaient marqué cette crise pouvaient ne plus produire sur Descartes la même impression. Ou encore, — et j'inclinerais plutôt vers cette explication, — s'il croyait toujours au caractère divin de ses fameux songes, il préférai! en garder pour lui seul le souvenir intime, se souciant peu de livrer à la critique des théologiens un état d'Enthousiasme qu'ils eussent prol)ahlement jugé assez peu orthodoxe. Mais au moins ce qui peut nous frapper, c'est combien, même dix-huit ans plus tard, Descartes sent encore la gravité de sa décision, quels soins il prend pour la faire accepter, de quelles comparaisons et de quels appels à l'histoire il fait précéder sa fameuse déclaration : <( Et ainsi les sciences des livres... ne sont point si approchantes de la vérité que les simples raisonnements que peut faire un homme de bon sens touchant les choses qui se présentent. » Et plus loin : u 11 est presque impossible (juo nos jugements soient si purs ni si solides qu'ils auraient été si nous avions eu l'usage entier de notre raison dès le point de notre naissance, et que nous n'eussions jamais été conduits que par elle. » Où, bien entendu la raison n est plus la raison raisonnante des philosophes et des savants de l'Ecole dont il était question dans les Olympica, — mais bien une sorte de flair naturel, d'inspiration sponlanéo, qui nous conduit à la vérité.

Si je ne me suis pas trompé, et si tout à fait au début du mouvement de sa pensée, Descartes a cru recevoir de Dieu un encouragement direct h suivre la voie où d'instinct il se sentait manifestement attiré, cela a peut être un autre mlénM que de corriger une erreur d'interprétation classique à propos des OïijiDpica : la physionomie de Descartes n'en reçoit-elle pas un trait nouveau dont doivent tenir com|)te ceux qui cherchent à le ])ien connaître ? Pour ma part, je vois là d'abord volontiers (\r quoi augmenter dès sa jeunesse la confiance que notre |)hilosophe devait avoir en lui-même, de quoi peut-être expliquer en partie son immense orgueil, et sa foi dans la mission qu'il croit se reconnaître de construire pour l'humanité l'édifice

entier des sciences. — D'un autre côté, Iliomme qui, à vingt-trois ans, a cru aussi aisément être à travers ses songes en communication avec Dieu lui-même, m'apparaît avec une cime plus naïvement religieuse, plus simple, moins compliquée qu'on n'est généralement disposé à le croire : j'ai pour ma part désormais moins de tendance, surtout dans les questions où Dieu est en jeu, à voir chez lui les artifices, les précaufions, les arrière-pensées...

Et enfin si le manuscrit des Olympica, sans avoir la haute signification que F. de Gareil et Hamelin lui ont attribuée, cesse pourtant d'être uniquement le récit d'une crise de mysticisme, sur laquelle on préfère ne pas insister, s'il fait connaître un des moments les plus graves de la vie intellectuelle de Descartes, n'est-il pas intéressant d'y trouver déjà certaines tendances qui expliqueront mieux plus lard sa Métaphysique ? Je veux parler surtout du rôle de l'inspiration, de l'imagination spontanée, de l'intuition, de la lumière naturelle, en même temps que du besoin que sentait déjà Descartes de la garantie de Dieu, même quand jaillissent de nous.comme du silex, les étincelles de vérité. Quand on rencontrera plus tard le cercle cartésien, on se demandera quel est celui des deux principes qui est premier de la lumière naturelle qui prouve Dieu ou de Dieu qui en garantit la valeur, les Olympica nous aideront peut-être à sortir de la difficulté, puisque nous y voyons Descartes découvrir les germes de sciences qui sont en lui, non pas du jour où il tentait déjà de s'en fier à eux spontanément — ou peut-(''tre sous la poussée du malus spiritus, dont il parle, — mais seulement du jour où à travers ses songes il a entendu Dieu lui dire qu'ils le conduiraient à la Science universelle.

Page 1