‹ Description abrégée de la cathédrale d'AmiensChapitre 2 sur 58 · ASPECT GÉNÉRAL ET STRUCTURE DE L’ÉDIFICE · texte numérisé non relu

ASPECT GÉNÉRAL ET STRUCTURE DE L’ÉDIFICE

La pierre dont la cathédrale d’Amiens est construite provient, pour la plus grande partie, des carrières de Croissy, Fontaine-Bonneleau et Domeliers fl), localités dont le chapitre était

(1) Oise.

Cliché Hacquart.

Vue extérieure <Iu côté sud.

CAHHliDRALE D AMIENS

seigneur, et de celle de Beaumetz, près de Tirancourt (1) sur la rive droite de la Somme.

■ Ces pierres, d'un calcaire crayeux assez dur et d'un blanc gris, ont été très usitées à Amiens dans tout le moyen âge, et même, les premières, jusqu’à une époque très voisine de la nôtre.

Les fondations sont aussi colossales que l’édifice lui-même. Elles descendent, pour rejoindre le sol vierge, à une profondeur de huit mètres, en moyenne, et forment un vaste grillage de maçonnerie sur lequel s’élève la construction.

La rapidité avec laquelle la cathédrale fut élevée lui donne une grande homogénéité qui n’est pas un de ses moindres mérites. On peut dire que le plan général tracé par le premier maître de l’œuvre, Robert de Luzarches, a été jusqu’à la fin rigoureusement suivi. Et pourtant l’art de bâtir évoluait si rapidement an xiii® siècle, que, dans le détail, des différences de parti et de style assez sérieuses permettent de constater, soit des interruptions plus ou moins longues dans les travaux, soit des progrès réalisés par le maître maçon, soit des changements de main, soit le tout à la fois.

Orientée avec une inclinaison d’environ 23 degrés vers le sud, la cathédrale a la forme d’une croix latine, comprenant : 1° une nef de six travées, flanquée de bas-côtés simples et accompagnée de chapelles latérales, mais qui n’appar-

(1) Somme.

ASPECT (iEXERAL

tiennent pas an plan primitif ; 2° un transept de trois travées à chaque croisillon, muni luimême de bas-côtés ; 3° quatre travées de chœur à doubles bas-côtés ; 4° un rond-point à sept pans avec déambulatoire et sept chapelles rayonnantes, dont celle du milieu est plus profonde que les autres. Il n'y a que deux tours sur la façade ])rincipale, et encore ne sont-elles pas carrées, mais sur plan oblong.

Il suffit de jeter les yeux sur un plan de la cathédrale d'Amiens pour comprendre combien cette disposition est à la fois sim])le, claire, rationnelle et commode. Le plan d’Amiens demeurera longtemps le plan type idéal et classique de la grande église.

Cinq portes monumentales donnent accès dans l'intérieur ; trois dans la façade occidentale, correspondant à la nef et aux bas-côtés, les deux autres, aux extrémités des bras du transept. Il y a en outre quelques portes secondaires ; les unes appartiennent à la construction primitive, les autres ont été percées après coup.

iSix beaux escaliers de pierre à vis montent aux étages supérieurs.

C’est la plus vaste des églises françaises. Dans son état actuel, elle couvre, tant pleins que AÛdes, une superficie de 7.700 mètres carrés environ, et elle occupe dans l’espace un volume qu’on peut évaluer à 200.000 mètres cubes, chiffres ronds. En voici les dimensions principales :

CATHÉDRALE d’amIENS

Longueur maxima, hors œuvre, du nu extérieur des maîtres piliers de la façade occidentale à celui des contreforts extrêmes de la chapelle de la Petite Paroisse (chapelle xxvm) : 145 m.

Longueur maxima, hors œuvre, du transept : 70 m.

Largeur de la grande nef, d’axe en axe des piliers : 14 m. 60.

Largeur des bas-côtés, de l’axe des piliers isolés au nu intérieur du mur de clôture : 8 m. 65.

Largeur du second bas-côté du chœur : 7 m. 30.

Hauteur de la grande nef, sous clef, à partir du pavé actuel : 42 m. 30.

Hauteur du sol du parvis au haut de la croix de la tour du nord, état actuel : 66 m.

Id., de la tour du sud : 65 m.

Hauteur du pavé actuel de la nef au faîte du grand comble : 56 m.

Hauteur de la flèche, du sol de la nef au coq, état actuel : 112 m. 70 (1).

Lorsqu’on étudie la cathédrale d’Amiens dans le détail, c’est surtout la nef, la façade occidentale jusqu’au-dessus de la grande rose et les parties basses du transept et du chœur qu’on peut considérer comme le chef-d’œuvre et le point culminant de l’architecture gothique. Ici, en

(1) Avant le travail dont le. haut de la flèche fut l’objet en 1885, celle-ci ne s’élevait qu’à 109 m. 95. Elle avait été raccourcie de 4 à 5 mètres, à la suite d’un coup de vent survenu le 7 décembre 1627.

ASPECT CÉXÉRAL

effet, les lois de cet art de bâtir sont définitivement trouvées et appliquées dans toute leur rigueur : un système de piles étrésillonnées et rendues rigides par des arcs dans les deux sens transversal et longitudinal, une ossature, en un mot, où la part des murs pleins est aussi réduite que possible ; nul élément qui ne soit commandé par la construction elle-même ; l’elïet produit uniquement par l’hemeux assemblage et les harmonieuses proportions données à tous ces éléments. En même temps le sentiment de la ligne n’est pas perdu de vue, et l’œil se repose sur des divisions verticales et horizontales bien marquées.

Il est peu d’édifices, même gothiques, où la logique soit plus rigoureuse et où le résultat de cette logique ait été plus satisfaisant. Malgré sa grande unité, on sent cependant que son auteur, travaillait sans cesse et cherchait toujours à perfectionner. La mouluration, l’ornementation — celle-ci d’une grande sobriété — sont encore largement conçues et toujours à l’échelle du monument. EUes sont composées, non pour eUesmêmes, mais pour concourir à l’effet général, et chacun de leurs éléments est calculé pour la place qu’il occupe. Qualités essentielles, dont les derniers constructeurs gothiques s’écarteront bientôt. Dans ses proportions hardies et aériennes, la nef d’Amiens procède encore de la vigueur de Notre- Dame de Paris, de Notre-Dame de Laon et

des autres chefs-d’œuvre de la période précédente (1).

Les limites de cette notice ne nous permettent pas de nous étendre sur l’étude technique de cette architecture. Nous nous contenterons donc de jeter un coup d’œil sur l’ordonnance de l’intérieur d’abord, puis sur celle de l’extérieur, en nous arrêtant sur les principales particularités et sur les choses les plus dignes de remarque qui peuvent s’y rencontrer.

(1) On attribue souvent, à tort, à Viollet-le-Duc d’avoir qualiiîé la athédrale d’Amiens de « Parthénon de l’architeeture française » ; c’est de la cathédrale de Beauv.xis qu’il a dit cela {Dict. Raisonné, etc., t. I. p. 71). Il mettait en effet la cathédrale de Beauvais au-dessus de celle' d’Amiens pour la rigueur de ses proportions, géométriquement parlant du moins, et pour le système de construction gothique poussé à ses dernières limites (,0p. cit. t. VII, p. 549). Cela ne veut pas dire que l’effet général est plus heureux à Beauvais qu’à .4miens.

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