LE TROUPEAU NATIONAL
SoMMAifts : Combien y a-t-il de brebis dans U République Argentine r — Recensements et statistiques. — Simples essais à cet égard. — Nécessité d^enregistrer U sutistique de U richesse nationale. — Problème posé. ^ Éléments de sol u* tton. -- Résultat probable et approximatif. — Exportation de laines et de peaux.
— Proportion entre Tunité de mesure et le nombre de moutons qui la donne.
— Importance de la toison dans les différentes régions argentines. — Exagéra* tien de la qualité de brebis et de leur rendement — Base d^appréciation dans U zone la plus avancée. — Poids moyen de la toison commune dans cette région. — Poids moyen de laine donné par chaque brebis. -* Consommation et perte de laine dans le pays. — Tableau démonstratif du mouvement commercial des brebis en trente ans. — Comparaison annuelle et par décades. — Augmenution et diminution. -> Exportation des peaux. -- Peaux utilisées ou perdues dans le pays. — Somme totale de brebis abattues en trente ans. — Existences nettes et annuelles depuis 1857 jusqu'à 1H87. -^ Aug* mentation colossale et constante. — Sa distribution. — Sans rivaux dans l« monde. — Australie. — Parallèle entre les troupeaux des deux pays. -- L«i Argentins vainqueurs en nombre, en finesse et en taille. — Les Australitni vainqueurs en poids et en qualités d^ensemble de leurs laines. >- Les éltvturs argentins dans l'erreur. — Notre ignorance devant l'exemple de rAustralit.
Le tableau historique esquissé dans les chapitres pr^Ji lîdents suggère logiquement cette question : Combien y tf •/ 1/ de brebis dans la République Argentine?
Donner la réponse immédiate et catégorique est linpt>iisible parce que nous manquons de statistiques i\ cet éfjiird ; oi les renseignements fournis par quelques roconHcnuMUH ol
travaux partiels de compilation sont des essais notoirement incomplets.
L'organisation d'une statistique régulière et permanente de la richesse et du travail national est depuis longtemps désirée par l'opinion et qui attend encore, des pouvoirs publics, soh inévitable consécration, si l'État doit réellement fonder son action sur les solides bases qu'offre la connaissance des ressources et des besoins organiques.
Or, demander à combien de têtes s'élève le troupeau opin national^ c'est poser un véritable problème de statistique dont la solution exige la réunion d'éléments divers et partiels, combinés sur la base d'un jugement ou rapport rationnel, d'une véracité probable ou simplement approximative. Ces éléments sont: T l'exportation annuelle de la laine enregistrée par la statistique des douanes ; 2* l'exportation annuelle des peaux de moutons obtenue de la même façon.
Mais ces deux chiffres ne donnent pas les valeurs absolues. Il y manque la laine et les peaux que l'usage local, l'industrie propre et jusqu'à la négligence des campagnards soustraient à l'échange international. En conséquence il a fallu compléter ces deux facteurs du calcul sur la proportion raisonnable qui se rapporte à la dernière observation. C'est ainsi que j'obtiens la production annuelle de laine, et de peaux s'approchant simplement de la vérité.
A en juger d'après l'exportation annuelle de la laine on peut arriver à un chiffre à peu près exact du troupeau qui la produit, pourvu qu'on ait trouvé la proportion entre l'unité de mesure et le nombre de têtes qui la fournit. J'ai donné à cette proportion le chiffre de 11 kil. Soopardix brebis, soit deux livres et demie espagnoles de laine par tête, terme moyen de toute la tonte.
Ceux qui ne connaissent que les Cavagnes et les trou-
peaux des environs du littoral de Buenos Aires trouveront, sans doute, assez basse cette appréciation parce que sur ce théâtre le métissage a fait de grands progrès. J'ai parcouru toutes les provinces où l'élève de la brebis se fait sur une grande échelle et je Tai étudié par tous les bouts, observant attentivement leur production et je puis attester qu'on exagère communément ces deux facteurs : le nombre de moutons que nous possédons et le rendement de chaque toison. Les millions de brebis que nous attribuent beaucoup d'empiriques, comme le calcul universel de cinq et six livres de laine par mouton sont de généreuses illusions. J'ai souvent entendu parler sur les lieux de certains troupeaux de deux mille brebis chacun qui, tout compté, se réduisaient à i.5oo et I.200 tètes. L'explication logique provient de réparpillement, trompeur à la vue, des troupeaux libres de prairie. J'ai trouvé de même sur la tonte l'exagération habituelle des rendements généraux.
La plupart des troupeaux argentins sont encore soignés à la rustique, de façon routinière, et le poids de la toison n'augmente ni par le choix des béliers, ni par leur fréquent renouvellement, ni par les soins généraux donnés au troupeau, si l'on oublie trop cette vérité : que la toison est en relation directe avec la qualité et la vigueur générale de la brebis qui la produit. Par contre, la diminution de la toison est constante ; elle y est énergiquement stimulée par la gale, le piétin, diverses autres maladies, la maigreur, les ronces, l'alimentation dans des prairies pauvres ou de nutrition nuisible à certaines espèces, comme les prés marécageux, causes naturelles auxquelles il faut encore ajouter le gâchage dans la tonte et dans d'autres manifestations subséquentes.
Ces observations expliquent le fait que des brebis ne rendant que deux à trois livres de laine se comptent par millions dans les régions pastorales argentines.
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Les troupeaux généraux les plus avancés de Buenos Aires, où les éleveurs luttent déjà vigoureusement et intelligemment avec la nature, donnent des chiffres plus élevés. J'ai fait une étude sur le rendement des six cent mille brebis de plusieurs estancias modèles dont quelques-unes possèdent de notables Cavagnes^ et où, depuis les béliers employés jusqu'aux soins donnés aux troupeaux éloignés dits a puesto^ tout obéit à des règles sévères de progrès et de compétence, et j'ai trouvé que le rendement moyen par brebis variait entre cinq livres à cinq livres et demie en temps normal, sans épizooties ni perturbations naturelles.
Ces chiffres iront plus loin, je n'en doute pas ; mais la donnée révèle combien de temps, d'argent et de labeur ont coûtés les résultats actuels qui sont considérés, toutefois, comme très satisfaisants.
Je crois donc que la proportiojt^ ou terme moyen, de deux livres et demie par tête est rationnelle parce que la laine de brebis et d'agneaux y est incluse.
Pour résoudre le problème posé, il ne suffirait pas, toutefois, de diviser la laine exportée par la proportion adoptée de 1 1 kil. Soopour dix brebis. Si je l'ai adoptée ainsi, comprenant dans le groupe d'animaux qui produisent Varrobe (il kil. 5oo) ce qui reste non tondu dans le troupeau et la compensation de la plus-value en laine de dix brebis d'une localité par rapport à la production de dix brebis d'une autre, le tableau ne donnerait pas le chiffre général cherché parce qu'il ne tient pas compte d'une grosse portion de laine qui reste dans le pays, par suite de la consommation locale et des pertes.
Avec ces éléments j'arrive au grand tableau du troupeau National brut en étudiant ses alternatives annuelles de iSSy à 1887, c'est-à-dire à traders l'espace de trente ans.
Pour le comprendre, il faut remarquer que la première
colonne indique Tannée; la seconde la laine exportée, en kilogrammes, d'après les statistiques officielles; la troisième le 8 o/o du dernier chiffre pour la laine consommée ou perdue dans le pays; la quatrième le nombre total de kilogrammes de laine produits annuellement dans la République ; la a;/quième le nombre total de brebis, dans la proportion de II kil. 5oo (une arrobe espagnole) de laine pour lo brebis, inclus ce qui reste hors de tonte et les agneaux ou soit un produit moyen de i''",i5o (2 livres 1/2) par tctc; la sixième le nombre de troupeaux de i.5oo têtes (terme moyen) où se subdivise le grand troupeau; la septième le tant pour cent d'augmentation annuelle à chaque dix ans; et la huitième le même taux pour la diminution.
Les sources utilisées ont été aussi nombreuses que véridiques. Chaque donnée a été scrupuleusement analysée et compulsée. Cependant, ce tableau oflFre à peine une exactitude relative et je le livre à l'appréciation des éleveurs simplement comme une solution vraisemblable ou approximative du problème.
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