‹ Description agréable de la République argentineChapitre 44 sur 65 · Total · texte numérisé non relu

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Calculant, d'après ces chiff'res, la lieue à raison de 5 kilomètres, il résulte que ce fil de fer donne 81.387 lieues linéaires, somme qui, divisée par 5 fils dont se compose ordinairement la clôture, donne une extension de 16.278 lieues d'enclos de fil de fer, quantité qui est, sans aucun doute, en dessous de la réalité. Comparant les années 1870 à 1875, et les années 1876 et 1877 dont la statistique fait abstraction et dont le mouvement fut très grand, il résulterait, sans doute, qu'il y a dans la République 3o.ooo lieues de clôture de 5 fils de fer.

Si on prend une moyenne de 1400 piastres monnaie nationale par lieue linéaire d'enclos en fils de fer, on a donc une valeur de 42.000.000 de piastres monnaie nationale, appliquées à la valorisation et à la garantie des intérêts ruraux.

Il ne manque pas d'ennemis aux champs argentins.

Dans la région inculte de la pampa centrale, depuis le sud de Mendoia jusqu'au Rio Negro^ et de là en Patagonie jusqu'au détroit de Magellan, le sous-sol est littéralement miné par une sorte de petit lapin appelé vulgairement tucutucu^ qui s'attaque aux fourrages et prive le champ de toute consistance. La population l'obligera à émigrer ou à disparaître sans doute jun jour, mais il se défendra vigoureusement, exposant la vie des troupeaux au moment de la rareté des fourrages.

Dans les champs médiocrement peuplés où la paille lutte avec la transformation, il y a un petit animal du même type que le cochon d'Inde, de couleur gris foncé; on l'appelle vulgairement cuis. Ils forment d'immenses troupes, dans chaque lieue carrée de pajonal (grandes touffes de plantes coupantes) .

Le sol est toujours dépourvu d'herbes tendres, couvert de paille et sillonné des petits chemins embrouillés de ces ennemis par trop domestiques de Télevage.

Le feu qui détruit les pailles les oblige à émigrer, et alors ils se réfugient par tas dans les enclos et les fossés recouverts de broussailles.

La transformation complète des champs les privant de refuge en finit avec eux, mais il reste toujours assez de leurs rejetons, dans les enclos, pour qu'il soit nécessaire de les détruire en prévision de l'avenir.

Finalement les fameuses viscaches (sorte ^de lièvre) creusent leurs trous et dépouillent les alentours. C'est le

plus grand et le plus redoutable des rongeurs ennemis de Tagriculture en attaquant les racines, dont ces animaux se nourrissent. Là où ils posent leurs griffes, Therbe ne pousse plus.

Pour se faire une idée pratique de l'influence de ce grand lapin sur l'agriculture de ce pays, on peut faire le calcul suivant :

Dans un champ où n'ont pas été poursuivies les piscaches, il y en a en moyenne 3o.ooo par lieue carrée, selon renseignements très nombreux.

Si une viscache mange journellement la sixième partie de ce dont une brebis a besoin pour bien se nourrir, les 3o.ooo viscaches représentent dans le champ un troupeau de 5.000 brebis.

Le champ qui, sans viscaches^ nourrirait 3o.ooo moutons, ne peut donc en recevoir que 25.ooo. La capacité nutritive diminue d'un sixième.

En Australie, cette question est arrivée à d'alarmantes proportions. Les autorités, les éleveurs et les habitants ont déclaré une guerre à mort aux lapins, qui épuisent les sources de la richesse agricole.

M. Campbell^ cqnsul général des États-Unis à Sydney, a présenté à son gouvernement, au mois de mai 1888, un rapport qui renferme des renseignements très graves. 11 dit :

« La capacité nutritive des champs, pour élever des brebis, (c a été réduite d'un tiers; les toisons ont diminué d'une livre <c à une livre et demie, en moyenne ; l'augmentation des « agneaux a diminué de 3o à 40 0/0 et les pertes de brebis, « pour cause de mortalité, ont augmenté de 3 à i3 0/0 ; tout « cela en conséquence de l'énorme accroissement des lapins. « Les brebis ont diminué de plusieurs millions et les dégâts

« augmentent d'année en année.

a On a la fâcheuse perspective que, dans un temps peu « éloigné, la colonie sera inhabitable, par suite de la des- « truction de la principale industrie et de l'impossibilité de a continuer les opérations agricoles. »

Dans la République Argentine l'initiative privée a commencé il y a longtemps la persécution des viscaches en employant deux procédés: l'excavation et la tuerie, Tasphyxie par la fumée et par des matières explosibles, ainsi que l'empoisonnement au moyen de la machine inventée par le D' Candelon,

Il y a des entrepreneurs pour l'extraction des viscaches des champs qui font cette opération pour vingt centimes de piastre monnaie nationale par chaque viscachera ou soit mille deux cents piastres monnaie nationale par lieue carrée.

Mais ces sacrifices sont généralement stériles car si un propriétaire en finit avec la plaie dans son champ, ses voisins n'en ont cure souvent et il se voit de nouveau sous le coup du fléau.

Pour obvier à cette lacune administrative, on a présenté un projet de loi rendant obligatoire la destruction des mcacheras et la, Société rurale Ta chaudement appuyé.

Onapltre XI.

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