gallons
A.6Gj gallons..
Les renseignements réunis pour la dernière saison i885- 1886 et qui sont constatés dans les livres des maisons de commerce vendant le spécifique me permettent d'affirmer que Ton traite dans la République trente millions de brebis, ce qui cependant est encore désolant car ce chiffre atteint à peine au tiers de nos brebis et il n'est pas possible de croire que le reste soit toujours exempt de gale.
Ce chiffre comparé à celui de 1878 révèle un progrès lent mais de la plus grande importance et c'est un stimulant pour continuer à persévérer dans la propagande de la guérison. Les spécifiques de 1878 continuent pour la plupart à jouir de la faveur publique et leur usage augmente constamment.
Le coût de chaque animal traité varie avec la longueur de
I. Avec une livra du duide Glycérine on traite 20 animaux. Avec un gallon de Fluide Little, on soignait 100 brebis. Diaprés une lettre que m'adressa à cette date la maison Demarchi et Parodi, ses ventes ont été : en 1875, gallons i.5oo; en 1876, gallons 7.500; en 1877, gallons i5.ooo. L'extrait de Z,tncÂr traite 100 brebis par gallon. Eastman et C^ m^écrivirent ce qui suit : u Supposant que Ton emploie a un demi-gallon du mélange par tâte, ce qui est la mesure ordinaire, dans la pro- « portion pour le bain de 60 parties d'eau pour une d^essencc, la quantité vendue n aura suffi pour 566.934 brebis. •
la laîne. Les vendeurs de glycérine, par exemple, assurent que les brebis tondues en octobre et baignées en février coûteraient deux centimes de piastre monnaie nationale par tête en achetant le remède en cruches au lieu de Tacheter en boîtes de fer-blanc dont Tenveloppe coûte plus cher.
Ce remède s'emploie avec de l'eau froide, de préférence des eaux légères, c'est-à-dire celles qui contiennent le moins de sel, dans les proportions suivantes : par bain i partie de glycérine pour 40 d'eau s'il s'agit de béliers. Quand on traite à la main, il suffit de dissoudre i de glycérine dans 20 d'eau.
Le sarnifugo de la maison Demarchi et Parodi se compose de pentasulfure alcalin, d'hyposulfite de sodium, d'extrait de tabac et d'acide phénique.
Sa vente variait entre dix et vingt mille gallons par an, de sorte que la moyenne pendant ces huit dernières années peut se calculer comme étant de quinze mille gallons.
La maison /. K, Theobald vend le spécifique fabriqué à Londres par JOf. Mockjord et qui a pour base l'acide carbonique. Ce spécifique est aussi connu vulgairement sous le nom de son fabricant,
MM. Theobald et O me disent :
« La vente pendant les dix dernières années écoulées a « atteint à cinq mille barils de dix gallons chacun au prix de « vingt piastres or le baril. »
La maison de H. Rathje vend l'extrait de tabac de Virginie, marque « La Oveja », fabriqué en Suisse. Suivant analyse du Z)' Arata, ce spécifique contient 7 0/0 de nicotine.
M. Rathje m'écrit : « Il y a six ans que j'introduis cet « article. La quantité que j'en ai vendue jusqu'à cette date « est, plus ou moins, de six cent mille kilos. Le kilo coûte « une piastre monnaie nationale.
« Avec un kilo d'extrait, on peut traiter cent brebis.
(( D'après le degré de maladie de Tanimal, on fait le remède « plus fort en le mêlant à une quantité moindre d'eau. Ce <( produit a été exhibé à V Exposition Rurale de Palermo, « mais hors concours. »
Le fluide Au{on est une industrie argentine soutenue par la maison de MM. Mantels et Pfeiffer et il a pour bases rhuile de goudron et Tacide phénique.
On le vend au prix de huit piastres monnaie nationale le baril de deux arrobas; sa vente a atteint 20 à 25 .000 gallons par an.
Le coût de traitement par tête est de un centime de piastre monnaie nationale plus ou moins.
Ce remède a concouru à YExposition Continentale de Buenos Aires où il remporta une médaille.
MM. RuncimanetO m'écrivent ce qui suit :
« r Le spécifique que nous vendons est connu sous le « nom de « Fluido Little » et vient de Doncaster^ en Angle- « terre.
(( 2° Nous le vendons depuis l'année 1881, arrivant aux « ventes annuelles suivantes : 1881,11.419 gallons; 1882, <( 12.929; i883, 24.064; 1884,47.975; i885, 6o.o56; 1886, « 6 i.5oo, jusqu'au 3 1 juillet.
<( 3° Quantité de remède pour soigner un animal : nous <( calculons depuis 7/1000 jusqu'à 10/1000 de gallon.
« Nous ne lavons pas encore présenté aux expositions « argentines. »
La maison de MM. F. G Meeks et C° présenta à l'Exposition internationale de 1886 un nouveau spécifique appelé Fleur de Lys, de Mac Dougall, accompagné d'une analyse du docteur Puiggari qui disait :
« D'après ce que j'ai pu observer, ce spécifique n'est qu'un mélange d'acide phénique ou carbonique impur; probablement le produit du goudron de charbon de terre avec
un alcali, formant un phénol. Je le considère comme inoffensif en même temps qu*efficace pour Tusage et les cas auxquels il est destiné . »
M, Meeks est un nouvel agent et ne sait pas encore quelle quantité il peut vendre annuellement au prix de i3 centimes de piastre or (o fr.65) la livre. 11 n'a pas présenté ce produit au concours parce qu'il n'y avait pas d'essais pratiques des différentes préparations .
J'extrais ce qui suit de sa lettre d'envoi : « En plus des « données que vous me demandez, je me permets de vous « faire observer que, pour obtenir de bons résultats avec « ce spécifique comme avec d'autres, si l'on faisait le trai- « tement à la main, on doit bien gratter l'animal afin que le « remède pénètre profondément et non pas se contenter, « comme beaucoup de monde, de frotter la laine.
« Dans ce même but, quand on traite l'animal par le bain, « il doit y rester de quatre à cinq minutes et non pas entrer « et sortir seulement. »
La plus grande partie des spécifiques dont je viens de m'occuper sont nouveaux sur le marché mais, malgré cela, les plus généralement employés en 1878, ceux de MM. Maore et Tudor^ Parodi et Demarchi^ Eastman et C" et Litjck, continuent à jouir des faveurs de la place, ce qui prouve que la concurrence est profitable au pays, puisqu'elle augmente le nombre de brebis soignées.
L'observation du fabricant J/acZ)oz/^a// sur l'efficacité de son remède même en cas de pluie après son application est du plus grand intérêt pour les éleveurs et pour tous les vendeurs de spécifiques.
Effectivement, Tépoque où la gale commence à couvrir nos brebis est en avril, mai et principalement en juin. Ces premiers mois sont très pluvieux et le dernier est ordinairement accompagné de brouillards persistants.
En attaquant la gale à cette époque, où Ton est forcé de le faire, malgré le bain préventif de la tonte ou de février, le travail est perdu ordinairement par suite de la pluie qui lave les animaux récemment soignés, rendant ainsi inutile le remède employé.
En d'autres occasions, il arrive que les pluies ne cessent pas en même temps que la gale; elle envahit les troupeaux et réleveur se désespère, attendant une semaine, puis une autre jusqu'à ce que le soleil brille définitivement et que par suite, on puisse commencer la cure.
La guérison arrive alors quand les brebis traînent leur toison en loques comme les effilures qui volent suspendues à la corbeille du trappeur, et alors que, amaigries par la maladie, il est impossible de les remettre en état parce que la saison est trop avancée.
Souvent aux beaux jours tombe une nouvelle pluie qui interrompt et finit par rendre impossible le traitement en temps opportun. Alors les circonstances sont déplorables, le troupeau donne un rendement de 25 % ^^ moins de bénéfice et le capital diminue à cause de la mortalité, conséquence de la maigreur que produit l'invasion du terrible fléau.
Rendre invulnérables aux pluies les applications récentes d'un spécifique, c'est le problème extrêmement important que prétend avoir résolu Mac Dougall et que nous voudrions voir aborder avec succès par tous les fabricants.
Nos éleveurs riches et instruits ont été infatigables dans la persécution de la gale.
En 187g, dans le but de proposer à la Législature de Buenos Aires, dont je faisais partie, une loi déclarant obligatoire la guérison de la gale, je fis des investigations parmi ces éleveurs et j'en reçus une série de lettres contenant des renseignements du plus grand intérêt.
M. Eduardo C^^^j*, qui, outre sa propre expérience, con-
naissait les idées de ses nombreux clients, éleveurs de brebis sur une grande échelle, m'écrivait le 28 août 1879 :
« La gale prend chaque année un caractère plus violent « et je puis assurer que plus des trois quarts des brebis qui " meurent dans nos campagnes sont victimes de ce fléau.
« On ne peut calculer le profit que nous donnerait une « loi comme celle d'Australie, c'est-à-dire rigoureuse, « stricte. Celui qui porte préjudice à ses voisins et à son « pays, qu'on vende ses troupeaux à Tencan. On comprend « qu'il faudrait accorder un délai de quatre ou cinq ans « avant d'en arriver à ces mesures extrêmes.
« Si toutes les brebis de cette province étaient guéries « de la gale, le pays pourrait compter sur une augmentait tion plus grande que la suivante :
« Un million d'arrobas de laine en plus ^ «/« 80.000.000
« 3.000.000 d'animaux, plus ou moins, que Ton t< perd annuellement au plus bas mot, soit » 100.000.000
« Si les animaux étaient sains ils seraient gras et « on gagnerait, par l'exportation du suif, une autre « différence de » 100.000.000
« Il n'y a pas à en douter, la province perd annuelle- « ment trois cents millions de piastres monnaie courante « (60.000.000 de francs).
« Quant aux spécifiques, presque tous sont bons et, « quand ils ne donnent pas de résultats satisfaisants, c'est « qu'on a travaillé sans soins ni prudence. »
M. Manuel Guerrico me disait à cette époque ce qui suit :
« J'applaudis à la campagne que vous avez entreprise pour c< rendre obligatoire la guérison de la gale dans les bêtes « ovines.
« La province gagnera sans doute beaucoup le jour où « votre idée sera un fait.
« Il y a beaucoup d'années que j'ai traité la gale à la (( main, c'est-à-dire en frottant Tanimal et en guérissant « la partie malade. Je me suis servi de différents spécifi- « ques, sans jamais obtenir un résultat complet, car si j'ai (( pu guérir quelquefois certains troupeaux, d'autres fois je « n'ai pu réussir complètement.
« Il y a trois ans que j'ai établi des bassins ou bains et, ((. depuis lors, j'ai toujours pu voir se réaliser mes espé- « rances.
« Dans mon établissement du département San Antonio « de Areco on a baighé les brebis en février et en mars et « on a continué à les faire passer par le bain jusqu'à « l'époque de la tonte, en arrivant ainsi à les avoir complè- « tement saines et je calcule en un 20 °/o l'augmentation de « laine que j'obtins avec un nombre égal d'animaux.
« Le remède dont je me suis servi dans cette estancia « est le soufre, la soude et la chaux vive et je crois que le « coût par animal est de six réaux monnaie courante (trois <t centimes de piastre monnaie nationale). »
Le digne président de la Société Rurale Argentine à différentes époques, M. Enrique Sundblad^ me communiquait ses vues le 3i août de la même année dans ces termes: « J'ai le plaisir de répondre à votre lettre du 22, reçue <( le 29, et de vous dire que le projet présenté par vous et « d'autres députés à la Législ^iture pour détruire la gale « dans l'espèce ovine me paraît pratique et convenable, car « il est nécessaire d'établir l'obligation de guérir pour éviter « le développement d'une maladie qui cause tant de préju- « dices à notre industrie.
<( Pour ma part, voilà quatre ans que j'ai commencé à « combattre la gale de mes troupeaux, employant du tabac « et du soufre dans les premiers temps et maintenant Vanti- « sarnico B. M. appliqué en bain et à la main ; son coût est
« de six réaux monnaie courante (3 centimes de piastre « monnaie nationale) par tête, en bain, et le traitement à la « main reviendra à peine à trois réaux monnaie courante.
« Je crois que l'intérêt général veut que Ton guérisse la « gale sans infliger d'amendes au propriétaire qui aurait des « brebis malades, car il ne faut pas oublier que, en beaucoup « de cas, on emploie le remède sans résultat et que, en « d'autres, il est impossible de détruire radicalement la « maladie. »
C'est dans un sens analogue que m'écrit M. Eduardo Olivera^ un de nos éleveurs les plus capables et les plus méritants, qui est Jpour l'emploi d'un procédé prudent, stimulant et sans violence aucune.
M. Saturnino Un{ué père acceptait sans réserve le projet de guérison obligatoire de la gale et, à propos de spécifiques, il m'en cite deux : un de potasse, soufre et tabac en bain chaud qui coûte 12 réaux par tête (6 centimes de piastre monnaie nationale) et celui de Demarchi qui revenait à un demi-centime de piastre monnaie nationale par tête.
Un autre éleveur de brebis remarquable, M. Emilio Duportal, m'écrivait :
« Combien coûte la guérison de la gale par tête de trou- « peau? Voilà le point capital de la question.
« Pour moi, tant que les choses continueront comme « jusqu'à présent, l'éleveur doit destiner une partie de la « rente annuelle que lui donnent ses troupeaux à se tenir « sur la défensive contre un fléau qu'il peut détruire en peu « de temps.
« Que le médicament employé périodiquement ou conti-^ << nuellement coûte deux, quatre ou huit réaux par tête, '< cela n'a pas pour moi l'importance qu'on donne à ce fait. " La question est autre. Combien coûte la destruction com-
« plète de la gale dans un établissement? Quels sont les <( moyens à employer pour y arriver? Quelle est la partie « obligatoire de l'éleveur pour atteindre à cette grande « œuvre et quelle est l'intervention que doivent prendre les « pouvoirs publics pour garantir les résultats qu'on obtien- « drait? »
C'est à la solution de ces questions parfaitement posées par M. Duportal que répondait l'initiative parlementaire que je pris en 1879.
Les opinions précédentes démontrent :
1** Que la guérison radicale de la gale et son extinction dans les établissements bien administrés pouvaient se faire en 1879 au prix maximum de trois centimes de piastre monnaie nationale. Cette valeur doit aujourd'hui être moindre, attendu que la concurrence des spécifiques est plus grande, ce qui en fait baisser le prix.
2* Que le nombre de brebis guéries va toujours en augmentant.
3° Que l'adoption de mesures officielles est nécessaire.
4° Que les éleveurs qui soignent leurs troupeaux souffrent de graves préjudices par la négligence de leurs voisins qui ne défendent pas leurs troupeaux du fléau.
5* Que les deux grands systèmes de guérison sont : en bain et à main, c'est-à-dire commençant à soigner dans la bergerie animal par animal.
6** Que le second moyen est meilleur marché que le premier; mais qu'il présente l'inconvénient de ce que, quand les gens chargés de garder ne sont pas soigneux ni de bonne foi, la gale envahit brusquement les troupeaux ou y reste permanente sans leur porter préjudice sur une grande échelle.
7** Que, même si le coût était de plus de trois centimes de piastre monnaie nationale par tête, le profit obtenu en laine et en viande est infiniment plus grand.
8^ Que la guérison dans la République Argentine est un progrès dû exclusivement à l'action particulière et est plus efficace dans les régions plus avancées.
II. — Quand il pleut abondamment, comme il arriva en i883, les estancieros pratiques se plaignent qu'il y aura beaucoup de manquera (piétin) dans l'année. Pour eux, c'est parole d'évangile que la maladie provient de l'humidité du sol.
C'est cependant une antique erreur; l'humidité peut favoriser le développement et la propagation du mal, mais elle n'en est pas la cause.
Le piétin est une maladie infectieuse qui se transmet par le contact du pus.
Le professeur Bernier, dans un article publié dans la Revue agricole et vétérinaire^ accepte aussi cette opinion, qui est celle des auteurs de traités européens, et il cite les faits « suivants ; « Avant d'exposer la symptomatologie des ani- « maux qui furent soumis à mon examen, je crois utile de « faire remarquer que le champ de M. Ola^arri est^ en géné- « rai, constitué par un terrain humide, bourbeux, imper- « méablCy se couvrant d'eau avec la plus grande facilité et ne « la laissant s'écouler que très lentement^ excellentes condi- « tions, comme on voit, pour favoriser le développement de « la maladie.
« Chose singulière, cependant, c'est à l'endroit le plus « humide que Tépizootie a pris le moins d'extension, probat< blement parce que les autres endroits ont été les premiers « infectés.
« Chose non moins étrange, aucun cas de piétin n'avait « été observé pendant Thiver si pluvieux de i883. C'est seu- « Icment vers le milieu de cet hiver, relativement sec, que la <( maladie a fait son apparition, prenant des proportions tou- « jours plus grandes. »
Mon expérience personnelle appuie les observations du professeur Bernier par les faits suivants :
Dans mon établissement El Carmen^ département de LoboSj la persécution des maladies est une des plus strictes obligations. Le piétin est rarement représenté pour un 5 7o dans les troupeaux rustiques élevés à l'air libre qui ne couchent sous hangars que dans des cas exceptionnels.
Cette même proportion de malades ne s'applique pas à la période aiguë sinon au commencement de la maladie grâce à la rapidité avec laquelle le fléau est enrayé.
Par contre quinze reproducteurs purs de l'établissement et ICO brebis pures Rambouillet de la bergerie soignés pendant le jour dans des prairies encloses réserv^ées, hautes, sèches, de fourrages excellents et qui ne mangent qu'après huit heures du matin — quand la rosée s'est évaporée — et qui ne dorment que dans un hangar confortable, ventilé, sur litière — de paille ou de fourrage des champs — épaisse, sèche et renouvelée fréquemment, donnèrent en 1 883- 1884 un plus grand nombre de cas de piétin relativement que les animaux rustiques . J'ai remarqué aussi assez de piétin, en 1 884, chez les brebis élevées sous hangar dans la splendide Cavagtie de MM. Lo^ano^ à Las Heras.
C'est là la preuve évidente de la contagion dont je m'aperçus, alarmé de Texténuement auquel le mal avait réduit les animaux attaqués. J'en déduisis les conséquences suivantes :
1" Si rhumidité était la cause du piétin, les animaux élevés en plein air en seraient atteints ainsi que les brebis spéciales élevées en hangars, parce que les premières sont dans des conditions plus favorables au développement de répizootie.
'ï" Les brebis enfermées, se trouvant resserrées dans un espace de terrain limité, déposent le pus sur le sol ou dans la paille des litières et cette paille s'enchevètrant entre les
ongles d'animaux malades, est imprégnée de la substance qui coule de la plaie.
3° Ces éléments d'infection, en contact avec des animaux \
sains, produisent la contagion du fléau.
4** Le contact est d'autant plus prolongé et dangereux, que le temps où les brebis restent enfermées dans le peu d'espace du hangar est plus long ; c'est-à-dire la plus grande partie de la journée.
5" A ce même résultat concourt le fait d'essuyer les couteaux couverts de pus, sur la paille qui forme la litière, lorsqu'on traite le piétin dans les hangars.
Je ferai observer, en outre, que lo brebis Oxforshiredown et i8 Lincoln importées qui, pendant Tannée i883, et une partie de 1884, étaient soignées séparément et sous hangar spécial, ne présentèrent pas un seul cas de piétin.
Soixante brebis Southdown dans les mêmes conditions que les précédentes souffrirent très peu.
J'étais littéralement enchanté de cette circonstance, en voyant les animaux d'origine anglaise, agiles, sains et gras, alors que les Rambouillet^ leurs compagnons maladifs de hangar, languissaient et donnaient un travail infructueux de traitement.
Pendant Thiver de 1884, un changement de berger amena un nouveau régime à la Cai^agne. Par commodité, et comme les brebis étaient très éloignées, il avait formé un seul troupeau de tous les groupes de brebis pour les mener au pâtu* rage bien que ces dernières se divisassent seules au moment de les enfermer dans le hangar.
Connaissant le moyen de propagation du mal, il faut aussi savoir quels sont les moyens de Vaîwihiler, car l'expérience de chacun enseigne qu'il s'agit d'une maladie terrible et mortifère.
Le professeur Beniier indique deux moyens: r isolement absolu des animaux; 2° traitement à Tacide nitrique.
Il a complètement raison. On n'évite la contagion qu en éloignant les foyers d'infection qui, en ce cas, sont les animaux attaqués ; il y en a d'autres dont je m'occuperai plus loin.
Voici les résultats de ma propre expérience à ce sujet, à l'appui des opinions et des conseils du professeur de r Institut agronomique :
En i883, un troupeau de 2. 1 17 tètes récemment introduit dans mon établissement amenait deux terribles plaies : la gale et le piétin, causes du manque de soin et de la paresse du berger qui le soignait de compte à demi dans nncestancia.
J'en perdis 3o 0/0 et, parmi les moutons morts, la majorité étaient ceux affaiblis et abattus par le piétin.
J'arrivai à cette époque à l'établissement et, en ma qualité de directeur, j'ordonnai qu'on formât un troupeau des malades, non pas que j'eusse la conviction que la maladie était contagieuse, mais je voulais éviter le mouvement d'un grand troupeau aux animaux blessés.
Le repos est, en effet, un élément curatif efficace, r il facilite la cicatrisation de la plaie, qui est nécessaire pour que l'on puisse extraire du pied la matière attaquée ou pourrie ; 2° il évite l'excessive douleur que ressent l'animal quand le troupeau se déplace à de grandes distances ; 3** il arrête l'amaigrissement rapide que produisent la douleur et la fatigue — trois fois plus grandes que pour un animal sain — auxquelles l'animal est soumis, obligé qu'il est de marcher en boitant, quelquefois même à genoux ou sur trois pattes, car, dans cet état, chaque saut qu'il fait lui cause une douleur violente ; 4° il favorise généralement la rapidité de la guérison qui s'obtient en moitié moins de temps et on peut répéter deux fois par semaine la cautérisation si, après
avoir visité la plaie de nouveau, on ne la trouvait pas bien fermée.
Pour obtenir ces résultats, je fis l'isolement dont j'ai parlé, dans un enclos spécial et le succès obtenu n'aurait pu être plus satisfaisant. Dans Tespace de quinze jours à un mois, les malades étaient complètement rétablis, et c'est à peine si Ton voit aujourd'hui, dans ce que nos paysans appellent la queue du troupeau, quelques brebis boiteuses.
Je rappellerai enfin qu'une des causes fondamentales de la contagion dans nos estancias est due au système employé pour la guérison.
Elle se fait dans les enclos et les étables mêmes des brebis où elles marchent constamment resserrées dans un petit espace.
L'accumulation de pus sur le sol d'un hangar où Ton a traité loo brebis ou plus est grande, et les animaux sains emportent entre les ongles cette terre infectée et sont attaqués du mal.
Il faut donc faire le traitement dans un parage absolument isolé, et je conseillerai d'étendre de grandes toiles à Tendroit où l'on couche l'animal pour le soigner, de recueillir les détritus de l'opération et de les brûler.
Le traitement est une opération connue ; on peut le faire au moyen du couteau pour extraire la matière pourrie et d'un cautérisant.
En outre, quand il s'agit d'animaux de prix, je tonifie le malade exténué au moyen du tonique que conseille The Illustrated Stock Doctor^ etc., de Russel Manning (Etats- Unis), composé de : 2 drachmes de sel commun, 1/2 drachme de sulfate de fer, 1/2 drachme de nitrate de potasse, mêlés, pulvérisés et pris en dose de deux cuillerées de bouillon par jour.
Il y a des millions de brebis boiteuses à Buenos Aires et.
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en certaines régions, le piétin paraît résister aux moyens de traitement les plus recommandés. Je crois qu'il y a là une
certame exagération.
La guérison pourrait être retardée par d'autres causes étrangères à l'efficacité du remède, comme, par exemple, le manque de soin et d intelligence dans le traitement et aussi l'absence de surveillance dans les troupeaux, le tout empêchant d'éviter que la maladie prenne un caractère plus violent.
Entre temps, les dires obligés des éleveurs traitant la matière roulent sur le choix des remèdes. 11 y en a beaucoup et la plupart sont bons; mais il est nécessaire que Téleveur se fasse une idée exacte des fins de leur application.
Le but du traitement est double. Il se propose :
r De cautériser Tulcère; 2Me faciliter la formation d'une chair nouvelle et d'un nouveau sabot si l'animal est arrivé à un degré de maladie qui ait exigé leur destruction.
Pour obtenir le premier résultat, il y a un grand nombre de matières cautérisantes presque aussi efficaces les unes que les autres, comme je l'ai déjà dit.
Ainsi on emploie Tacide nitrique, l'acide carbolique, l'antimoine, le sulfate de cuivre, la térébenthine, le pétrole, le goudron, la glycérine et beaucoup d'autres éléments seuls ou combinés.
La cautérisation s'obtient souvent avec eux et Ton comprend ainsi que, dans le cercle des éleveurs, chacun use d'un remède diff^érent.
Les cautérisants employés d'ordinaire étant efficaces en général, on ne peut pas recommander plutôt l'un que l'autre et il est plus pratique de dire à l'éleveur :
— Continuez à vous servir du remède que vous connaissez bien pour Tavoir employé pendant longtemps s'il vous donne les résultats de cure et d'économie qu'il est nécessaire d'obtenir à la fois.
La connaissance et le long emploi d'un remède sont aussi des éléments de guérison, car ce sont des garanties qu'il sera bien administré.
Pour faciliter la création de matière animale afin de remplacer celle qui a été détruite, il faut observer le procédé àHsolement et de repos que j'ai recommandé plus haut.
III. — Au nombre des plaies qui déciment les troupeaux ovins de Buenos Aires, il faut citer en première ligne, après la gale et lepiétifij la bronchite t^ermineuse qui n'est pas permanente comme les deux premières, mais périodique et terrible.
Quand, en hiver, on examine les troupeaux de certains éleveurs, on voit avec peine ces groupes de brebis, maigres, boiteuses et galeuses lorsque ces épidémies sont arrivées au dernier degré de développement et agissent comme les causes de la mort, qui survient, à coup sûr, au premier ouragan.
Elles sont la preuve vivante de la négligence des propriétaires, des majordomes et des bergers, bien qu'ils se disculpent en disant que ces animaux sont la queue ou rebut du troupeau.
Beaucoup de ces animaux malades s'arrêtent et sont attaqués de violents accès de toux.
Cette maladie provient d'un ver qui se développe dans l'organisme et se multiplie dans les bronches, formant une sorte de tumeur où grouillent ses rejetons.
Telle est cette épizootie qui attaque les brebis et les autres espèces d'animaux. Je crois, sans pouvoir l'affirmer, qu'elle est la même que celle qu'on appelle llaga (plaie), cause de la mortalité des vaches et des juments, que les paysans attribuent au fourrage des marais.
En effet, le ver s'introduit dans les bronches en môme
temps que l'eau où il se développpe et même que Therbe humide à laquelle adhèrent ses germes. Cet animalcule abonde dans les lagunes et dans les marais, et vit aussi dans les fourrages des prairies basses où, à un demi-pouce des racines de ces herbages, il se trouve dans Teau ou dans un sol de boue humide.
C'est pour cette raison que le fléau causé par ce ver, appelé strongulus filaria^ fait d'autant plus de victimes, qu'il a plu davantage dans Tannée.
On a également remarqué sa présence dans les basses végétations ainsi que son adhérence au fond et aux parois des abreuvoirs en bois.
Tous les traités de vétérinaire conseillent comme moyen de guérison les anti-helminthiques.
Ce n'est pas là la seule forme sous laquelle les parasites — les vers, comme on les appelle vulgairement — portent de graves préjudices à l'organisme animal.
Dans leur marche envahissante, les helminthes arrivent jusqu'à d'autres parties du corps humain, à l'estomac et aux intestins, par exemple.
Alors se produit le mal terrible, infailliblement mortel s'il n'est pas enrayé à temps, dominé complètement par la science, connu sous le nom de lombric intestinal (ascaride lombricoïde).
Les helminthes se développent dans Testomac et dans les intestins d'une manière prodigieuse, minant avec succès tout l'organisme attaqué.
Ordinairement, la maladie ne se présente que dans les organes précités, mais quelquefois elle se complique de tumeur vermineuse dans les bronches.
Ce n'est pas le cas d'aborder ici le long débat que les savants ont soutenu sur l'origine des lombrics dans l'organisme. Pour donner un renseignement pratique et utile
aux éleveurs argentins, je me contenterai de dire que la présence des helminthes cause les affections mortifères qui régnent dans nos races ovines sous la forme alarmante d'une épizootie. Les symptômes qui caractérisent le développement du lombric dans les intestins et Testomac sont d'abord vagues et peu sûrs; mais, dès que la maladie commence, elle se caractérise par les indices évidents ci-après et qu'un observateur autorisé a ainsi décrits :
a Diminution de la rumination, mauvaises digestions, u météorisations, frétillement de la queue; les moutons sont « faibles, cheminent lentement, se séparent du troupeau, y « entrent les derniers et en sortent les première; ils maii( grissent, leur laine tombe, les naseaux sont entourés d'une K morve plus ou moins épaisse, quelquefois semblable à du ^( pus et l'animal respire rapidement. »
Ces caractères sont ceux mêmes que présentait il y a deux ans la maladie développée dans Vestancia de Y Oratorio et sur laquelle son propriétaire. Don Manuel J. Guerrico, eut la bonté de me fournir des renseignements on ne peut plus intéressants.
L'épizootie était d'autant plus alarmante dans ce cas qu'elle s'était portée Jusque sur le beau troupeau mérinos dont je me suis occupé dans un autre chapitre.
Le berger de M. Guerrico écrivait ce qui suit : k Depuis (( votre départ, cinq brebis de la Cavagne sont mortes de la ( même maladie; Tune d'elles resta plus d'un mois sous i( hangar avec son agneau qui se cassa une patte.
« La maladie commence par X amaigrissement Ac Tanimal (( qui d'abord est enflé, c'est-à-dire avec le ventre boursouflé « {météorisation); après il se produit un pide et il finit par « se creuser.
« Le malade mange peu et boit beaucoup d'eau. En '( même temps la tête, — ou plutôt le museau et le dessous
« de la gorge ^ — commence à enfler; en certains cas ces t( symptômes sont plus forts que dans d'autres.
<c Presque tous meurent. Certains ne laissent rien sup- « poser d'extraordinaire même huit jours avant leur mort.
« Quelques animaux ont le poumon plus ou moins malade « et, autour du cœur, on trouve toujours un liquide mêlé « de sang.
<( La plupart ont Testomac et les tripes presque vides, <( c'est-à-dire qu'ils ne contiennent presque pas de fourrage « digéré ; mais ils ont dans l'estomac du milieu beaucoup « d'eau et une infinité de vers enveloppés dans une espèce « de gaine couleur terre de deux ou trois pouces de long. « Les vers nettoyés sont gros comme du fil à coudre. »
En plus de l'existence du lombric intestinal, cette lettre indique une complication du fléau par la bronchite permis neuse^ ou le développement du parasite dans le système respiratoire, car l'inflammation de la gorge et la maladie pulmonaire que le berger a rencontrées dans les cadavres doivent en être la conséquence.
La présence du lombric dans un animal est toujours un motif d'alarme pour le cavagniste parce qu'elle laisse supposer que plusieurs animaux sont attaqués. En conséquence, on doit employer un remède préventif mêlé à l'eau que boivent les animaux.
Le D' Manning^ à la page 836 de son Live Stock Doctor^ conseille, en ce cas, la préparation saline suivante :
2 livres de sel commun.
I livre de sulfate de magnésie.
I /2 livre de sulfate de fer.
1/2 livre de gentiane pulvérisée.
Cette recette suffit pour 100 brebis; on doit la donner une lois tous les quinze jours et elle a l'avantage de tuer le lombric dans le système respiratoire et intestinal.
Pour combattre les parasites dans le mouton attaqué, le remède doit naturellement être vermifuge, c'est-à-dire capable de tuer les vers et d'amener leur expulsion du tube digestif. En conséquence, on recommande la racine de ganadolj la fougère mâle, la tanaisie, la gentiane, la mousse de Corse, les absinthes, Thuile empireumatique de Chabert, Thuile de térébenthine, Téther sulfurique, lecalomelanos, Tessence de térébenthine, etc.
M. Guerrico a fait administrer une boisson dans la proportion d'un verre d'eau et d'une cuillerée d'huile de térébenthine et il nous apprend que l'épidémie cessa dès Tapplication de ce remède.
Le D'Manmng donne la boisson suivante dont l'efficacité est aussi très reconnue :
2 onces d'huile de linettc.
1/2 once d'huile essentielle de térébenthine.
Ces deux procédés sont efficaces et recommandables car ils produisent la mort et l'expulsion des lombrics.
Quand dans les troupeaux il y a des malades et qu'on n'est pas sûr de la cause de leur aff^ection, même si Ton suppose que c'est le lombric, il faut tuer un animal, devançant les faits à venir, et l'ouvrir, puis observer soigneusement:
1° La gorge et les bronches ;
2° L'estomac et les intestins.
Si le mal est parasitaire, on doit apercevoir quelque ver de la forme et de la grosseur du fil à coudre ordinaire, de deux pouces de long quelquefois, grouillant à l'instar d'un essaim.
Si l'on rencontre un autre désordre dans les organes dont la connaissance est au-dessus des capacités de l'observateur, ou bien si l'on trouve une autre variété de parasites distincts de ceux vulgairement appelés pers, il faut
consulter immédiatement une personne compétente et lui envoyer les spécimens suspects dans des bocaux d'esprit-devin.
Mais ces médications ne sont efficaces que dans des conditions très limitées, c'est-à-dire dans les circonstances suivantes. Il faut: r des bergers compétents et qui soient intéressés à soigner le troupeau d'une manière satisfaisante, car la négligence est une véritable épizootie dans les campagnes ; 2° que la maladie apparaisse dans des troupeaux peu nombreux ou dans les groupes de Capagne élevés sous hangars ; alors l'action du berger est plus immédiate et plus directe ; on remarque facilement les maladies et la guérison est bon marché et facile.
Mais quand les épizooties apparaissent dans des estancias de vingt, trente, cinquante et cent mille brebis confiées à des puesteros (fermiers) ignorants et généralement peu scrupuleux d'accomplir leur devoir, comment pourrait-on traiter quinze ou vingt mille animaux qui peuvent mourir d'un seul coup à un moment donné ?
Le remède que Ton pourrait appliquer dans la boisson est cependant très cher, car il faudrait saturer Teau de tout le troupeau et, d'un autre côté, l'isolement de tous les malades suppose chez \e piiestero une compétence et une application qui me paraissent idéales.
C'est pour cela qu'on est forcé de reconnaître l'impossibilité relative du traitement général et de se borner à prendre les devants, ce qui est déjà preuve de bonne administration dans rétablissement.
On doit alors éloigner constamment le troupeau des eaux mortes des marais. Les jagïœles (abreuvoirs artificiels) doivent être souvent agités au moyen de seaux ; les abreuvoirs spéciaux lavés et frottés fréquemment avec des balais faits des fourrages mêmes du champ. Dans les enclos on doit
mettre le sel de roche en abondance et le suspendre à une certaine hauteur afin que plusieurs brebis puissent le lécher à la fois sans le remplir de boue. Tout animal malade doit être tué et brûlé dès qu'on s'aperçoit qu'il est atteint du fléau.
IV. — Pendant le printemps de 1884, M. Hector Casares me fit part que, à San Vicentc, une diarrhée inquiétai\te s'était produite attaquant une partie des remarquables animaux fins que possède sa famille à cet endroit.
Je reçus le même avis, et à la même époque, de mon établissement de Lobos auquel je me rendis immédiatement.
Eflfectivement la maladie s'était attaquée à beaucoup de vaches.
La première expérience consista à soumettre quatre taureaux qui souffraient d'une terrible diarrhée à un changement de régime : diète les premiers jours et alimentation réduite de bonne luzerne sèche ensuite, en augmentant graduellement sa proportion.
Le résultat fut satisfaisant : la diarrhée disparut graduellement en huit jours et les animaux suivirent le cours naturel d'engraissement correspondant à la saison.
11 paraissait logique qu'il ne s'agissait que d'une conséquence de la situation spéciale des fourrages et de leur décomposition.
En eflfet, la purge était trop énergique et, en recherchant les causes, on les trouva dans la mauvaise digestion des fourrages de prairies basses, altérés dans la saison par l'excès de pluies.
On ordonna donc de transférer le bétail dans des prairies hautes et la situation normale revint lentement avec l'évolution naturelle de la végétation.
L'été arrivait déjà quand on m'avisa que, parmi les antenais mis à part pour servir de reproducteurs et parmi les
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brebis, séparées également de ces béliers, c'est-à-dire dans deux troupeaux de 5oo têtes Rambouillet pures, la diarrhée sévissait si vigoureusement qu'il mourait de quatre à cinq animaux par jour.
L'endroit où sont élevés ces animaux se trouve dans une prairie haute, de la meilleure qualité que Ton puisse rencontrer à Buenos Aires ; à côté, il y a une prairie basse.
Par conséquent, l'observation enseignait que dans Uendroit contigu, tout de prairie haute, il ne se produisait aucun cas de maladie et le soupçon qu'elle provenait des prairies basses naquit logiquement.
En outre, aucun animal adulte n'était malade bien que la généralité fût attaquée sans que le fléau fit de victimes.
Tous les morts étaient de Tagnelage de septembre et nous étions alors en janvier.
Les prairies élevées présentaient un aspect blanchâtre, étant couvertes de graminées desséchées, et les brebis s'entêtaient à paître dans la partie verdoyante de la vallée et aux alentours des lagunes.
Un exténuement rapide survenait jusqu'à ce que le malade tombât sans pouvoir marcher pendant longtemps quand il ne tombait pas pour mourir ; puis les coliques commencent à se produire, le cou s'étire, la tête s'incline vers le sol, l'appétit diminue ou disparaît complètement, le ventre s'enfle indiquant la météorisation, le pouls est à peine perceptible, il se produit une diarrhée fétide formant une flaque immonde autour de l'animal couché, La mort survient immédiatement.
L'autopsie révélait en outre que les intestins étaient remplis d'une eau verdâtre et fétide et se vidaient quand on les piquait. Le mal dure de cinq à six jours, jusqu'à la mort de l'animal.
Il ne s'agissait cependant que d'une épidémie du type
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enteritis agudo produite par le fourrage décomposé par l'abondance et la fréquence des pluies et des inondations de 1884.
L'observation d'un grand nombre de cas a uniformisé les opinions sur la nature de cette horrible peste appelée diarrhée qui a régné dans tous les champs peu élevés de Buenos Aires et qui a décimé l'extraordinaire mise bas d'octobre, car la mortalité monte en effet dans la province de Buenos Aires à des millions d'agneaux. Un de mes voisins en perdit plus de huit cents sur deux mille.
Le traitement scientifique, par les boissons émollientes, les purges d'huile de ricin, la crème, est excessivement difficile et revient très cher.
11 faut chercher dans la nature même le moyen de sauver les troupeaux, et c'est ce que je fis pour mes meilleurs animaux de même qu'antérieurement pour les vaches.
Il n'était pas nécessaire d'ordonner la diète car les animaux manquaient d'appétit et, convaincus que la source du mal était dans les prairies basses, nous transférâmes les troupeaux de souche dans un excellent enclos sur une colline, et nous empêchâmes les animaux de descendre des hauteurs. Le résultat fut complètement satisfaisant. Le nombre total des victimes arriva à soixante et quelques têtes ; la prairie élevée ramena le ventre des animaux malades à un état normal et, comme ils n'étaient pas encore arrivés à la période aiguë de la maladie, on put les sauver. Il ne se produisit plus de cas nouveaux tandis que, aux alentours, les voisins perdaient beaucoup d'animaux par suite de ce qu'ils appelaient diarrhée.
Deux questions intéressantes se présentent, à savoir : r cause de la maladie ; 2^* pourquoi elle s'attaque aux agneaux et non aux adultes.
On dit que la cause de cette épizootie ne peut provenir
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que de raltératîon produite sur les fourrages par Texcès d'eau.
Soit que les pluies trop abondantes saturent promptement le sol et ique, sa capacité absorbante une fois épuisée, la terre conserve pendant longtemps une nappe d'eau à la surface, soit par le passage naturel et lent de Teau le long des terrains bas et des marais de pente douce et peu prononcée, le fait est que cette immersion des graminées et des autres plantes alimentaires fournit une nourriture végétale différente de l'état normal.
Si le fourrage ne se pourrit pas complètement par un phénomène de combustion chimique, expliqué clairement par la science, la nature irrégulière de sa sève trop dissoute altère sa substance.
Dans les organismes adultes, cette altération produit naturellement ses effets qui, chez les vaches, les brebis et les chevaux se manifestent sous forme de diarrhée, mais elle disparaît à l'époque où les herbages poussent et où les champs se dessèchent .
La vigueur des organes déjà développés leur permet de supporter pendant deux ou trois mois ce désordre intes^ tinal sans conséquences funestes le plus souvent mais produisant toujours l'amaigrissement.
Quand les aliments altérés sont mis en contact avec les organes faibles et tendres des agneaux, les conséquences de rindigestion sont terribles.
A la diarrhée succède Texténuement rapide car le lait de la mère se tourne, pour ainsi dire, dans les organes malades, qui auraient du le transformer en un aliment puissant, et n'importe quelle nourriture ne fait qu'aggraver le mal qui finit par annihiler et tuer le petit sans défense.
Il faut dont donner des soins spéciaux aux agneaux en évitant qu'ils descendent avec leur mère dans des prairies dangereuses.
M. Biraben disait, dans les Annales de la Société Rurale Argentine, en i885, ce qui suit :
« Il n'y a pas de doute que les désastreuses conséquen- « ces qui se sont produites dans toute la région baignée par le « Saladoj par le développement des maladies dans les bêtes « à laine, n'ont eu d'autres causes que les dernières inonda- « tions qui ont laissé les parties basses des champs long- « temps couvertes d'eaux corrompues, effet naturel et forcé « de leur stagnation et des chaleurs par lesquelles nous « avons passé.
« Vu les nombreux troupeaux qui paissent dans ces ferce tiles régions, il est difficile de tenter une médication « curative ou tout au moins de compter sûrement qu'il puisse « y en avoir une d'une application assez rapide, assez pra- « tique pour produire de bons effets dans un cas aussi dou- « loureux.
« En général, ce qu'il faut faire dans nos prairies si « étendues, c'est de la médecine préventive . »
C'est là une observation exacte, corroborée par le procédé suivant que nous avons mis en pratique :
r Séparation des agneaux et soins spéciaux;
2" Séparation des antenais et des antenaises de six mois en les soignant à part .
La pratique nous apprend que le résultat s'obtient avec succès. Il n'y a pas de surcroît de frais, puisque les enclos en fil de fer facilitent tout. C'est une question d'organisation et de travail de la part de la direction de l'établissement.
V. — L'action d'un autre parasite n'est pas moins mortelle, c'est le saguaypé vulgaire, appelé distoma hépatique par les vétérinaires.
D'innombrables troupeaux ont été décimés par ce terrible animalcule, hôte des organes vitaux de l'espèce ovine, et, pendant les dernières années de développement dans la pro-
vînce de Buenos Aires, il a sonné l'alarme comme une véritable calamité publique.
Le Z)' Roberto Wernicke Ta étudié dans l'organisme des animaux malades et je publie ici un extrait de la partie pratique de ses observations, comme le conseil le plus efficace pour les éleveurs.
Le sagïiaypé est un helminthe parasitaire qui séjourne dans le foie et plus spécialement dans les canaux biliaires de beaucoup d'animaux, y compris Thomme.
Les animaux qui ont le sagiiaypé sont herbivores et les plus attaqués sont les ruminants ; l'animal qui chez nous souffre le plus de cette maladie est la brebis.
Dans les cinq continents il y a des territoires où règne cette maladie : en Europe, elle poursuit la race ovine depuis des siècles; les éleveurs du Cap, ceux d'Australie et ceux de l'Amérique du Nord se plaignent comme les nôtres. Les éleveurs de la République Argentine sont ceux qui se lamentent à plus juste titre .
Toutes les prairies basses de cette province, depuis ïArroyo del Medio jusqu'au Rio Negro, contiennent ou ont contenu le sagiiaypé.
Le distoma hépatique est originaire du vieux monde; il a été importé parmi nous et s'y est acclimaté très facilement. La grande fécondité de cet animal a rendu possible l'extension et l'intensité que présente aujourd'hui le mal.
Si Ton veut comparer la forme du sagiiaypé à quelque chose de très commun, on peut dire qu'elle ressemble à celle d'une feuille dont la queue correspondrait à l'extrémité antérieure de l'animal.
Le sagiiaypé est d'un brun grisâtre, légèrement jaunâtre très souvent; le centre est généralement plus clair que le bord et il est facile de distinguer dans la partie claire et centrale une figure représentant une sorte d'arbre.
Cette figure d'arbre est l'appareil digestif; une tache noire, près du tronc de cet arbre et à l'extrémité antérieure, nous indique qu'il y a dans Tanimal un dépôt d'œufs.
Le saguaypé se développe dans une sorte de coquillage commun à Buenos Aires d'où il résulte que ce n'est pas cet élément qui fait défaut à l'animalcule.
Les limaçons habités par les larves du saguaypé passent la majeure partie de leur vie dans Teau ou dans la boue et ils ne peuvent se reproduire ni se développer dans Teau courante, — il leur faut les eaux stagnantes des lagunes ou des marais; — c'est pour cela que les prairies basses s'inondant facilement sont les plus dangereuses pour les brebis.
Les embryons et les cercaires du saguaypé ne peuvent vivre dans l'eau salée et c'est pourquoi dans les champs voisins de lagunes saumâtres les brebis ne souffrent pas de la présence d'eau stagnante.
Pour que les œufs du saguaypé arrivent jusqu'à l'eau, il n'est pas nécessaire que les excréments des brebis y tombent directement, nos pluies balaient fréquemment les champs avec assez de puissance pour pouvoir entraîner les petits œufs à une distance de plusieurs cuadras.
J'ai examiné dernièrement la boue d'un marais insignifiant (de prairie très haute) qui contenait un œuf de saguaypé par millimètre cube.
L'invasion se produit sans qu'aucun symptôme la dénonce. Un ou deux mois après l'existence de l'infection apparaissent les premiers indices — au nombre desquels quelques auteurs comptent une augmentation d'appétit et de volume chez l'animal; — plus tard se produit ordinairement un ictère plus ou moins accentué, reconnaissable surtout à la coloration jaune du blanc de l'œil.
Les animaux commencent à maigrir, ils deviennent
tristes, ont la fièvre et, comme conséquence, survient la
soif ; la pression opérée dans la région du foie (sous la poitrine du côté droit) est douloureuse ; outre l'ictère accompagné de raideur, se produisent la diarrhée, l'hydropisie, puis vient la mort. Les endroits où l'on remarque le plus d'hydropisie sont le cou et la gorge où l'on trouve fréquemment de véritables bourses d'eau.
Les saguaypés qui pénètrent dans le foie commencent par obstruer les canaux par où coule la bile qui, ne trouvant pas de sortie, s'introduit dans le sang et produit ainsi l'ictère, — cette même bile, qui n'arrive pas à l'intestin et fait défaut pour la digestion complète, est nuisible par son absence dans les canaux.
Le foie s'enflamme et se gonfle, devient douloureux à la pression, l'inflammation peut se propager et arriver jusqu'aux poumons, produisant ainsi une pulmonie qui est une des plus graves complications.
Les animaux meurent exténués par la fièvre et les mauvaises digestions, Thydropisie nous prouve que le sang est malade.
Sept ou dix mois après l'invasion, les distomas sont expulsés si Tanimal attaqué est de ceux qui se guérissent; on trouve alors d'ordinaire ces animalcules défaits et mêlés aux excréments.
Quand on ouvre un animal mort de sagûaypé^ dès qu'on retire la peau, on y remarque des altérations, le tissu sous-cutané se trouve transformé en une substance semblable à de la gélatine, des quantités parfois très considérables d'humeur séreuse limpide ou sanguinolente passent à travers les mailles du tissu.
Quand on ouvre le ventre, on trouve généralement un écoulement aqueux dans cette cavité, le foie est fréquemment adhérent aux organes qui l'entourent, il a diminué de volume et est plus résistant qu'à l'état sain, la vessie du fiel
est souvent vide, tous les organes, la viande comprise, de couleur très pâle.
En ouvrant la vessie du fiel, on rencontre fréquemment les premiers sagilaypés. Le canal qui sort du foie vers l'intestin, et qui mesure normalement quelques millimètres de diamètre, laisse passer le doigt sans difficulté entre ses parois épaisses et résistantes ; en ouvrant le canal avec un couteau ou, ce qui vaut mieux, avec des ciseaux, on le trouve rempli de distomas; parfois ris sont en si grand nombre qu'on ne pourrait en ajouter un seul si on en avait l'intention.
Les sagûaypés sont libres dans les canaux; quand il est difficile de les extraire, c'est parce qu'ils sont enfoncés dans un canal étroit et non parce qu'ils s'accrochent.
Quand le nombre des parasites n'est pas trop grand, les altérations du foie sont généralement plus remarquables parce que, dans ces cas, la maladie a duré plus longtemps; — on peut alors rencontrer dans le toie des dépôts de chaux sous la forme de petites pierres, spécialement le long des parois des canaux qu'habitent ou habitaient les sagûaypés. Une espèce de pâte brunâtre quelque peu granulée est formée par la réunion de milliards d'œufs pondus par les sagtiaypés et qui n'ont pu être encore expulsés par suite du peu de fil qui découle de la vessie.
Le nombre de sagtiaypés varie dans un foie ; il peut y en avoir de dix à douze au moins jusqu'à deux cents et plus.
Quant à la durée de la maladie, on ne peut l'indiquer exactement. Les animaux jeunes succombent plus vite, de même que les animaux faibles, faute d'aliments.
L'animal attaqué succombe d'autant plus vite que les sagtiaypés qu'il renferme sont plus nombreux et qu'il offre moins de résistance ; un animal soigné sous hangar qui mange du fourrage mêlé et du maïs pourra paraître bien portant
alors qu'il contiendra plus de sagûaypés qu'un antenais rustique qui souflFre de la sécheresse.
En reconnaissant les premiers cas de la maladie on peut arriver parfois à empêcher Tinfection d'un champ jusqu'alors indemne.
L'époque de la ponte du saguaypé dure toute l'année. Comme ils ont besoin de coquilles pour se développer, les œufs pondus en hiver seront perdus pour la plupart. Pendant les mois de chaleur (du printemps à l'automne), il y a toujours du temps de reste pour que la multiplication d'un insecte aussi nuisible se fasse possible.
L'époque à laquelle peut se produire le plus grand nombre d'infections paraît être la fin de Tété et de l'automne.
Jusqu'à présent on n'a pas encore trouvé de remède efficace contre le saguaypé^ les animaux robustes et attaqués de peu de parasites se guérissent de n'importe quelle façon en les nourrissant bien ; les faibles, au contraire, ou ceux qui sont ravagés par Tinsecte, succombent, quoi qu'on fasse.
Ceci ne doit pas empêcher d'essayer tous les remèdes à peu près rationnels ; il est très possible, en effet, qu'un jour on nous apprenne à tuer le parasite sans nuire à son hôte ; jusqu'à ce que ce jour arrive, il nous faudra nous « prémunir » contre l'invasion, soit en rendant difficile son développement en dehors de la brebis, soit en créant un milieu défavorable à la vie du distoma dans l'estomac de l'animal qui l'a avalé ; une fois que le saguaypé a pu pénétrer dans le foie, il s'y établit de telle façon que les ressources que nous possédons aujourd'hui n'arrivent même pas à l'incommoder.
Comme les œufs du saguaypé ont besoin d'eau pour se transformer en embryons, une prairie où l'eau ne peut séjourner ne sera pas propice à leur premier développement.
Les limaçons, dans lesquels les distotnas passent la
seconde et la troisième période de leur vie, subsistent seulement dans des eaux stagnantes ou de courant très faible ; ce 3 escargots ne passent que des époques très courtes de leur vie hors de l'eau ou de la boue des lagunes ; de temps en temps^ à mon avis, ils rampent sur les fourrages et les plantes quî croissent dans l'eau ou près d'elle. Les eaux courantes les entraînent et, dans les grandes crues, l'eau troublée les asphyxie en grand nombre.
Le conseil que l'on (donne toujours pour arrêter le sagUaypé consiste à « épuiser les marais et faire courir les eaux en canalisant les ruisseaux et en faisant des saignées aux lagunes, enfin, empêcher les inondations»; il s'appuie donc sur deux fondements, premièrement il empêche le développement de l'embryon, deuxièmement il retire aux embryons les hôtes nécessaires à leur transformation dans les limaçons.
Le résultat donné par l'action du dessèchement des champs est une chose connue parmi nous, je pourrais citer plus d'un exemple (ïestancieros de ma connaissance qui sont arrivés à réduire de beaucoup la mortalité causée par le sagûaypé dans leurs établissements.
Nous savons depuis longtemps que des eaux fortement saumâtres empêchent le développement du distoma hépatique quand il s'agit de petites lagunes qui ne peuvent s'épuiser ; , on peut utiliser ce fait d'observation et stériliser la collection des eaux en question en y jetant du sel ; je crois cependant plus pratique et plus réalisable, bien que plus long, de faire disparaître ces sortes de lagunes au moyen de la végétation.
Nous avons vu plus haut que la brebis pour être infestée doit avaler les larves du distoma^ un colimaçon contenant beaucoup de larves, ou beaucoup de colimaçons qui en contiennent peu, produiront les mêmes résultats.
Dans l'estomac le kyste qui recouvre le jeune sagûaypé s'amollit, il est libre pendant un certain temps afin d'immi*
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grer dans le foie et on peut profiter de cette courte période de liberté pour faire agir sur l'insecte des substances qui peuvent lui nuire ou le tuer; parmi les nombreuses substances que Ton recommande, la meilleure pour nous est le sel : les estancieros qui donneront du sel à discrétion à leurs brebis se verront remboursés du coût de ce remède par la diminution de la mortalité causée par le sagiiaypé.
Quelques auteurs recommandent d'ajouter au sel « le jonc odorant, la poudre de racine de gentiane » ou quelque autre remède amer et aromatique à la fois ; je ne vois pas la raison qui empêcherait de conseiller cette combinaison ou celle avec un ferrugineux quelconque, ce qui pourrait faire du bien aux animaux quelque peu débilités.
Quand le diagnostic de la maladie sera bien établi et TafFection avancée déjà, nous traiterons de façon à maintenir les animaux forts, nous exciterons leur appétit et nous nous efforcerons de leur donner la meilleure nourriture possible. Les animaux de valeur doivent être mis à part, à l'abri des influences du temps et prendre une nourriture bonne et suffisante : comme remède, donnez-leur du fer sous une des nombreuses formes qu'indiquent les traités et, en cas de constipation, essayez d'amener chez l'animal des évacuations molles et assez fréquentes : les mouvements intestinaux provoquent des contractions dans les grands canaux biliaires, et de cette façon pourraient être expulsés quelques sagûaypês qui empêchent l'écoulement de la bile.
Dans les cas où la maladie est avancée, quand la cachexie et l'hydropisie se sont produites, tout traitement peut être considéré comme infructueux. J'ai expliqué plus haut combien il est facile de faire le diagnostic du parasite dont je parle en examinant les excréments de l'animal supposé malade ; pour un éleveur qui n'a pas de sagtiaypé dans son champ, ce diagnostic fait à temps est de grande importance.
car quelques animaux attaqués suffisent à répandre la maladie dans une grande étendue de terrain qui, une fois occupé par les envahisseurs, reste leur propriété tant qu'ils y trouvent des coquilles où ils puissent vivre et germer, et tant qu'il y a des animaux chez lesquels puissent se développer les générations qui produisent les œufs.
Par conséquent aucun éleveur, dont les champs n'ont pas été attaqués par le fléau, ne devra acheter d'animaux quelconques sans s'être bien convaincu auparavant qu'ils sont complètement exempts du distoma hépatique, et il ne devra se pourvoir d'aucun reproducteur de provenance suspecte sans s'être persuadé par l'examen des excréments qu'il ne contient pas les œufs du parasite dont ses champs sont exempts.
Les trois mesures que je propose pour empêcher les maladies sont donc : ne pas introduire d'animaux malades ; supprimer les eaux stagnantes ; donner du sel en abondance. Qu'on les mette à l'épreuve !
En Europe on trouve fréquemment à côté du distoma hépatique un autre distoma qui heureusement n'est pas encore connu chez nous.
Ce rival du sagûaypé est le distoma lancéolé ainsi nommé parce que son corps ressemble à une pointe de lance.
Il est beaucoup plus petit que son parent le distoma hépatique^ vit comme celui-ci dans le foie et produit des symptômes identiques; seulement étant plus petit, il faut qu'il se présente en plus grand nombre pour être aussi dangereux.
Le développement du distoma lancéolé diffère peu de celui du sagûaypé; pour lui aussi les colimaçons sont des hôtes intermédiaires dans lesquels doit forcément se passer une partie de leur existence.
Il n'est pas nécessaire de prendre des mesures préventives
contre ce parasite, différentes de celles qu'on emploie contre le sagtiaypé; mais il faut ajouter que nous devons empêcher qu'on l'importe chez nous avec quelque convoi de béliers ou de brebis.
C'est un fait acquis parmi les gens de la campagne et même chez ceux qui n'y vivent pas, qu'on voit fréquemment de petits saguaypés dans leurs coquilles et qu'ils s'accrochent dans les lagunes aux jambes des chasseurs et des coupeurs de paille, de même qu'aux pattes des animaux, mais, après ce qui vient d'être dit, je crois inutile de perdre beaucoup de temps à réfuter cette croyance naturellement et parfaitement erronée.
Le seul fait de s'accrocher comme ils le font à la peau des mammifères devrait faire supposer à n'importe qui qu'il s'agit de sangsues, et en effet ces vers noirs que nous avons détachés maintes fois de nos jambes sont des parents très proches des sangsues.
En regardant avec attention les chuncacos^ nom donné à ces vers dans certaines contrées, on remarque que leurs deux ventouses se trouvent aux extrémités, que leur corps semble être composé d'un nombre d'anneaux successifs, que leur forme n'est pas plane comme une feuille mais bien cylindrique.
En disséquant un chuncaco^ on voit facilement que son appareil digestif est différent, qu'il a un système nerveux bien développé, un appareil génital bien distinct de celui du dis-toma.
Les œufs du chuncaco sont beaucoup plus grands que ceux du saguaypéj ils ont des coquilles molles, sont déposés en tas sur la terre près des lagunes et il en sort des petits chuncacos qui vivent comme leurs pères et non pas des larves armées de poils qui souffrent plusieurs métamorphoses avant d'arriver à un développement complet.
Finalement un chuncaco avalé peut être dangereux; il en existe certaines variétés qui peuvent tuer un cheval en s'introduisant dans l'œsophage, mais elles ne pourront jamais vivre à l'intérieur de l'estomac que durant peu de temps, et jusqu'à ce jour il n'y a pas d'exemple de chuncaco qui ait eu l'idée d'aller habiter les canaux biliaires ou le foie.
Ici finit l'extrait de l'étude du D' Wernicke, la plus complète que je connaisse sur Tépidémie argentine dont il s'agit.
J'appelle l'attention des éleveurs qui ont le malheur de posséder des champs d'escargots et de sagUaypés sur les observations et les conseils préventifs de cette étude du savant ami des éleveurs.
VI. — Plusieurs maladies particulières à l'espèce ovine apparaissent aussi dans nos troupeaux. Les plus communes, sans être épidémiques, sont celles que je vais énumérer maintenant avec brièveté.
Le grano malo qui s'est déjà fait sentir à Buenos Aires et règne énergiquement à Santa Fé et Entre Rios est une vraie maladie charbonneuse d'après les études faites à Buenos Aires par le Z)' Wernicke et par des agents de M. Pasteur de Paris.
J'ai vu tomber des brebis comme foudroyées à mon établissement de San Estanislao en Entre Rios.
Le D" Wernicke nous dit :
« La grande quantité d'oxygène consommée par la bac- « térie produit aussi la mort de l'animal attaqué qui périt « asphyxié, son cadavre présente toutes les altérations que « l'on trouve chez les cadavres d'individus morts par manque w d'air.
« La mort se produit quelquefois presque soudainement. « Les animaux non adultes que j'ai observés, fréquemment « à coup sûr, meurent avec l'aliment encore dans la bouche « et après de courtes convulsions précédées d'un cri aigu.
« Chez les animaux tout traitement est illusoire et il est a plus que probable que ceux qui résistent à la maladie y sont « réfractaires. On peut prophylactiquement employer l'ino- « culation préventive par le virus atténué de Pasteur. Quant a à l'espèce ovine, on sait qu'elle reste réfractaire pendant « un ou deux ans et les expériences faites sur l'espèce bovine « ne sont pas encore assez nombreuses pour pouvoir déterre miner l'extension de la période de résistance produite par a l'inoculation *.
VII. — Dans les brebis Lincoln et dans d'autres troupeaux apparaissent fréquemment des tumeurs sur la poitrine et sur les membres antérieurs et postérieurs. Elles se développent considérablement. J'en ai vu de grosses comme une orange. Le pus se forme lentement.
Les symptômes sont peu visibles pour un observateur vulgaire car on ne voit s'altérer en rien ou à peine les apparences ordinaires des bêtes ovines en état de santé. Difficiles à apercevoir quand la laine est longue, elles sont visibles fréquemment à la tonte et on doit procéder à leur extirpation.
Le toucher révèle si le pus s'est formé. Dans ce cas la tumeur a perdu sa dureté et elle est molle et butyreuse. Si la dureté persiste et si l'animal souffre quand on palpe la partie malade, on doit alors recourir aux moyens maturatife efficaces.
Dans mon établissement, nous employons les cataplasmes de romarin et de graisse ou l'onguent de cire et d'huile de térébenthine, onction qui est lénitive aussi.
Quand la tumeur est mure, on l'ouvre en y faisant une incision d'un demi-pouce de long sur sa couronne et on faci-
I. D^ Wernicke. Grano malo et charbon, suivant les travaux faits au laboratoire de la Commission pour l'étude des maladies contagieuses des animaux. (Buenos Aires 1886.)
lite ainsi l'expulsion du pus en explorant ensuite avec une cuiller en bois la cavité qui contenait ^humeur pour en faire sortir les dernières particules.
Le contenu se présente sous la forme d'une crème granuleuse et fétide. On lave ensuite la cavité vide et les bords de la blessure avec de l'eau légèrement saturée d'acide carbonique et la cicatrisation se produira au bout de dix à douze jours.
Le malade ne souffre d'aucun accident digne de mention ; cette maladie locale et passagère doit cependant être toujours soignée à temps surtout chez des animaux de prix. Les causes qui la produisent sont les chocs, les coups de corne, les heurts, et les écorchures causées par les pointes de fil de fer des enclos.
VIII. — La mort de beaucoup d'animaux est amenée par la maladie de la pierre dont les fragments entraînés par le liquide obstruent le canal urinaire et produisent la mort au milieu de douleurs aiguës.
J'en connais plusieurs cas dans des béliers importés et il est probable qu'ils apportaient le mal d'Europe comme beaucoup d'autres que propagent les animaux introduits par suite de manque de surveillance à l'entrée.
L'origine du calcul de la vessie dans le pays peut provenir des eaux qui conservent certaines matières rocailleuses en suspension, car une des causes entre autres provient de l'agglomération de petites particules sédimentaires.
Ces pierres sont de formes variables et on en rencontre beaucoup de petites d'un bel aspect. Les calculs d'un bélier appartenant à M. Narciso Lo^ano ayant été présentés à un de nos joailliers réputés, celui-ci les prit pour des perles.
Le remède consiste en l'opération de la lithotripsie très difficile et souvent impossible chez les béliers et peu praticable dans les estancias communes; il faut des appareils et une aptitude spéciale. Les symptômes d'après Signol sont
peu visibles; si les calculs sont grands, il se produit des coliques. Le toucher habilement appliqué indique l'existence de la maladie.
Dès qu'on prévoit cette dernière, le traitement consiste en fourrages verts et en boissons alcalines.
La maladie est à craindre vu la difficulté de l'opération; on est toujours certain de n'obtenir qu'un mauvais résultat,
IX. — La petite vérole se présente souvent chez les agneaux et est indiquée par des pustules se formant aux alentours de la bouche et des naseaux.
Au Carmen nous avons employé un procédé élémentaire et efficace. Il consiste à ôter la croûte de la pustule jusqu'à ce qu'elle saigne et à la laver ensuite avec de l'eau légèrement saturée d'acide carbonique qui, au dire d'un berger anglais, ne doit jamais manquer dans une Cavagne. L'emploi du vinaigre est aussi efficace. La petite vérole étant conta* gieuse, on doit isoler les malades.
X. — En été il est nécessaire de prendre les plus grands soins par rapport à la plaie des vers qui se déclarent très vite dans la moindre blessure négligée. Sur le littoral on dit que la blessure se agusana et à l'intérieur qu'elle se embicha. Il faut laver la blessure en chassant de tous ses plis les vers au moyen d'un petit morceau de bois et ensuite recouvrir la cavité et les lèvres avec du goudron dont un établissement bien organisé ne doit jamais manquer.
XI. — Les cas de tournis^ maladie vulgairement connue sous le nom de folie, sont très communs chez les agneaux de six mois à un an de tous les troupeaux argentins.
La maladie a pour origine le développement d'un parasite dans le cerveau, et cet animalcule provient des excréments des chiens qu'absorbent les animaux de l'espèce ovine en broutant.
C'est un mal incurable ; on emploie pour le guérir des
instruments de trépanation et d absorption dont les résultats sont négatifs en général ; il vaut mieux tuer le malade et le manger dans les premiers Jours où l'attaque se produit.
Les cas de bêtes atteintes de folie sont très reconnaissablés; ces dernières vivent éloignées du troupeau, tournant dans un petit cercle avec la tète inclinée vers le centre.
Dans les Cavagnes les chiens sont donc très nuisibles.
XII. — D'autres maladies parasitaires se déclarent chez les animaux; je citerai celle de Te^t/mococcw^, larve microscopique qui se développe dans le poumon de la brebis.
Je me souviens d'en avoir examiné une et d'avoir trouvé dans ses bronches des globules transparents, de grandeur variant entre celle d'une noisette et celle d'un grain de poivre, enfermés dans une membrane blanche et très fine qu'enveloppait un liquide cristallin.
La membrane déchirée et le liquide épuisé, il restait comme résidu un essaim de grains microscopiques. C'était le parasite.
J'ai vu aussi le ver solitaire chez des brebis grasses et paraissant bien portantes. Un ver que j'ai extrait des intestins d'une brebis fut reconnu par M. Wernicke comme un fragment de tœnia espansa. Il avait été la cause de la mort de l'animal.
Il est très difficile pour un berger de reconnaître un animal attaqué du ver solitaire.
Si la maladie se reconnaît, on peut employer une boisson à base d'huile de térébenthine ou bien, ce qui est plus créole, un orgeat de semences de citrouille.
XIII. — La météorisation est la maladie vulgairement appelée empastado par nos campagnards.
C'est une indigestion stomacale qui produit un grand développement de gaz et provient de l'excès d'alimentation
en fourrages verts et tendres, ou de quelque changement de nourriture.
Les brebis qui sont restées longtemps enfermées sous hangar ayant faim, une fois mises en liberté, mangent avidement le fourrage nouveau, le trèfle vert et humide des prairies, par exemple, ou la luzerne en même état. Les cas de météorisation se produisent alors très fréquemment.
Dire comment on guérit cette affection me semble très difficile, car je n'ai pas foi dans les remèdes, mais on sauve évidemment beaucoup de malades en opérant avec le tracart, petit instrument connu de tout le monde, — auquel on substitue vulgairement une ponction quelconque, — et qui donne de bons résultats très souvent.
L'animal malade devient triste, sa bouche répand de l'écume et on remarque les symptômes de la colique ; mais ce qui caractérise mieux le mal à simple vue, c'est l'inflammation extraordinaire du ventre.
Le gaz semble s'agglomérer dans la région gauche, dans la grande bourse des intestins appelée rumen et celle-ci se dilate présentant une figure diflForme.
Si on presse cette bourse avec la main, elle résiste énergiquement et produit de grandes douleurs à la bête n^alade.
Le trocart doit être enfoncé dans le centre de cette inflammation, entre la pointe de l'os de la croupe et les côtes, un peu au-dessous du ventre.
Il est nécessaire de prendre beaucoup de précautions pour faire cette opération, car si on blesse un autre intestin, comme cela arrive souvent, la mort est instantanée.
Les victimes de ce mal sont très nombreuses et le meilleur moyen préventif est l'intelligence et la prudence des bergers.
XIV. — Le grand raffinement de nos troupeaux a pour facteur l'adoption de reproducteurs de grande taille et de beaucoup d'ardeur.
Cette circonstance, jointe à la petitesse et à la faiblesse des mères ordinaires du troupeau, produit, à l'époque de la mise bas, de nombreux accidents, dont les résultats sont la perte de l'agneau et de la mère.
J'ai souvent vu, dans mes propres troupeaux, des brebis se roulant par terre, luttant pour se débarrasser d'un énorme agneau.
L'effort naturel, l'impulsion organique de la brebis sont impuissants à compenser l'étroitesse relative des organes par rapport au volume des agneaux.
Les bergers des fermes et des hangars doivent être habitués à faciliter la terrible épreuve, en aidant à sortir délicatement l'agneau de la brebis en danger.
Ce simple fait sauve les deux vies et est de la plus grande importance dans toutes les Capagnes.
XV. — Le piétin ou n'importe quelle blessure produit des cas de tétanos vulgairement appelé pasmo real.
J'en ai eu un cas chez une brebis rustique 5ow/A(/o;^«, dont le piétin fut négligé. L'ulcère se propagea jusqu'à l'articulation supérieure et une averse détermina le fatal accident.
La brebis resta couchée de long en long, comme nous disons à la campagne, le corps rigide, les membres étirés, durs comme fer, les yeux fixes, vitreux, les naseaux pâles et froids.
Les convulsions surviennent souvent et les membres paralytiques de l'animal grattent le sol.
J'ai employé l'huile de térébenthine en boisson, selon la prescription vétérinaire. L'animal mourut comme dans beaucoup de cas également fatals.
On dit qu'en introduisant du soufre dans la bouche de
la bête malade et en oignant d'huile sa blessure, on arrive à le sauver, mais je ne peux rien affirmer à ce sujet.
XVI. — Le cas de tumeur dans le pis des brebis est très commun, à l'époque de l'agnelage. La maladie se décèle immédiatement après l'inflammation et l'endurcissement qui arrête la sortie du lait.
Les brebis souffrent terriblement et sont soulagées quand le berger les trait. Il est nécessaire d'opérer en perçant le pis enflammé.
Quand on sait sûrement qu'il y a une tumeur, on doit l'extirper en coupant complètement l'organe.
Mais il est difficile que ces opérations se fassent par des bergers et j'ai vu plusieurs cas résolus par la mort.
XVII. — On doit recommander spécialement aux bergers qu'ils laissent le moins longtemps possible les brebis dans des terrains dépourvus de fourrages et pleins de salpêtre, parce que certains animaux lèchent le sol.
Il en survient de graves indigestions qui se terminent par la mort de la bête malade. Les agneaux, pendant qu'ils ont le mal, restent la bouche couverte de terre et les yeux tristes. Ils sont si faibles, qu'ils marchent lentement derrière le troupeau, dans un aspect d'abattement général, les côtes enfoncées et la tête tombante.
Les cadavres ouverts présentent le lait tourné dans l'estomac et formant avec la terre une masse répugnante, tandis que les intestins sont remplis d'air.
Au Carmen nous avons sauvé quelques agneaux en leur donnant à temps du sulfate de magnésie et en leur faisant faire diète. Cette purge règle les fonctions et on évite la rechute en enfermant l'agneau et la mère dans un hangar.
XVIII. — De nombreuses maladies se présentent moins fréquemment dans la vie du berger, mais elles sont compliquées et exigent des connaissances scientifiques supérieures
à la pratique élémentaire avec laquelle on combat les précédentes.
Pour cette raison je ne m'en occuperai pas maintenant, je dirai cependant, en général, qu'un éleveur entendu doit avoir à son chevet Delwart^ Manning^ Hurtret d'Arpobal ou 5/gnol^ livres très utiles de vétérinaire pratique.
Cependant il doit bien regarder ce qu'il fait ; ces livres mal utilisés sont comme un pistolet chargé entre les mains d'un enfant.
La nature est nécessaire pour éveiller l'observation afin de pouvoir expliquer efficacement à l'homme technique les antécédents de chaque cas, car je pense que les établissements d'importance doivent recevoir constamment la visite d'un bon vétérinaire.
Dans les plus lointains parages où cette précaution ne serait pas possible, l'esprit observateur et intelligent du propriétaire ou de son représentant peut disposer au fur et à mesure d'une somme d'expérience et de compétence qui sera souvent profitable aux animaux de prix.
Un éleveur doit étudier et observer : ceux qui ne le font pas restent en arrière du vertigineux mouvement de progrès qui anime l'industrie rurale argentine.
Ohaplti-o XII