‹ Description agréable de la République argentineChapitre 7 sur 65 · Cinq francs vingt-cinq centimes chaque piastre · texte numérisé non relu

Cinq francs vingt-cinq centimes chaque piastre

2. Note du traducteur. — Propriété rurale où Ton fait Télevage du bétail sur des prairies naturelles. On commence depuis quelque temps, dans les établissements les plus avancés, à cultiver des fourrages et des grains et à bâtir des étables pour le bétail fin.

« A cette époque, Montevideo était une province de la « vice-royauté, et les réformes qu'on y a pratiquées doivent a être considérées comme tentées à notre profit.

« Je n'ai pas besoin de vous rappeler que le docteur « Labarden occupe une place distinguée parmi nos litté- « rateurs, comme auteur de Tode fameuse au Parana qui <t se trouve dans la Lira Argentina et qui commence par <( ces vers :

Sublime Parana! Sagrado rio, Primogenito ilustre del Oceano!.,. » (*)

En i865, le docteur Gutierrei écrivit une étude littérairesur Labarden, dans laquelle il confirmait les premières investigations de ce dernier, et dont j'extrais ce qui suit : « Une personne douée de ce caractère devait aimer la « retraite et préférer le travail indépendant à la tâche « monotone d'un emploi. Dès que l'auditeur, le favori des c( vice-rois, le littérateur applaudi, arrivé à un âge avancé, « vit se dissiper les illusions du pouvoir et de la gloire, il « abandonna la capitale du Rio de la Plata et s'enterra dans « un agréable recoin de la Bande orientale, à Vestancia du (( Sauce^ près du village du Colla^ appartenant à la juridic- « tion de la Colonie.

« Labarden ne pouvait être un estanciero vulgaire, livré « à la lente reproduction des bestiaux dans le seul but « d'accroître sa fortune. Il se proposa immédiatement de « relever la valeur des produits en les améliorant et en leur « cherchant des marchés plus vastes que ceux qu'ils avaient « eus jusqu'alors. »

La révélation du docteur Don Juan Maria Gutierre{

{*) Fleuve sacré ! Toi Parana sublime, De rOcéan illustre premier-né!...

revendiquait pour un descendant de Buenos Aires la gloire d'une initiative qui lui aurait valu une statue dans tout autre pays où le sentiment patriotique fut moins égaré que parmi nous.

Le docteur Labarden était un créole illustre, licencié du Conseil de Sa Majesté, son auditeur honoraire en la royale audience de la Plata, lieutenant général des armées royales et auditeur de guerre de la capitainerie générale du Rio de la Plata. A l'occasion de l'échange d'aussi pompeuses fonctions de cour contre les occupations rurales, on eût pu dire, avec un poète argentin, Guido Spano :

Alla, en su ju7entud, bravo soldado, Vaquero y labrador en la vejez!... /^

Il esta remarquer, cependant, que les brebis àe Labarden ne donnèrent pas l'impulsion nécessaire à l'initiative privée, ce qui s'explique bien par les circonstances anormales de la péninsule espagnole dans les premiers jours du siècle et par les guerres qu'eut à soutenir la colonie de Buenos Aires.

La souche en question se perdit dans l'État Oriental, soit aux mains de quelque propriétaire qui en tira profit tout seul, soit décimée [par les maladies ou les guerres civiles. La vérité est que je n'ai pu trouver la moindre trace généalogique de cette souche dans les races modernes, et je désire que ce livre fournisse quelque prétexte à éclaircissement.

Cependant cet exemple était une semence féconde jetée sur un terrain propice et, en 181 3, M. Thomas Lloyd Halsey, consul des États-Unis à Buenos Aires, aborda énergiquement la question et avec succès d'après ce qui ressort

(*) Brave soldat jadis dans sa jeunesse.

Laboureur et vacher dans sa vieillesse.

d'une lettre de Don José Maria Roxas^ fonctionnaire haut placé de l'administration Ripadavia, adressée le ii août 1873 à l'auteur de ce livre, à l'occasion d'un article publié sur la matière dans le journal La Prensa; elle se rapporte à l'origine des mérinos argentins. C'est de cette lettre que je tire la plus grande partie des données suivantes :

M. Halsey importa de Lisbonne cent brebis mérinos et un nombre proportionné de béliers qui furent déposés dans la ferme de Alto Redondo^ dans le département de Moron.

Dans l'espace de quelques années, ces brebis atteignirent le nombre de neuf cents, mais un incendie du champ de chardons où elles se trouvaient détruisit la plus grande partie du précieux troupeau.

M. Halsey renonça à continuer une affaire aussi malheureuse et donna le reste des brebis sauvées à son berger, en payement de ses services et, surtout, en récompense de sa constance et de sa bonne conduite.

Ce berger était un .allemand nommé Dwerhagen. Il conduisit à Quilmes son petit troupeau et, par sa persévérance, le fit atteindre au nombre de quatre cents têtes. Tel était, en 1824, l'état du seul troupeau mérinos importé, existant dans le pays.

Une société de patriciens argentins,composée de MM. Don Juan Pedro Aguirre^ président de la Législature de Buenos Aires, Don Manuel José Haedo^ député et mon respectable ami, déjà nommé Don José Maria Roxas^ vice-président de la même Législature, résolut d'acheter à Dxverhagen son troupeau, en avril 1824, au moment de la parturition ; l'affaire fut traitée à raison de 10 piastres argent du Roi par tête, de toutes les bêtes qui se trouvaient sur le champ, y compris les agneaux récemment nés.

La race ovine se perfectionnait sous l'initiative protectrice

de Rivadavia et ladite société prétendit tirer parti de cette circonstance en en faisant profiter le pays, répandant le germe fécond dans diverses provinces.

En conséquence, on résolut d'envoyer D%perhagen établir une bergerie sur le littoral et on se décida pour la province de Corrientes. M. Roxas me dit à ce propos, dans sa lettre citée plus haut :

« Nous envoyâmes à Corrientes dans un bateau à voiles « cent soixante brebis ; elles mirent, pour différents motifs, <( deux mois à faire le voyage et nous les établîmes au « Rincon de Luna sous la garde du même berger qui les « aimait comme ses propres enfants.

» Le climat chaud ne leur fut pas propice et en peu d'années « elles disparurent décimées par les maladies, malgré les soins (( coûteux qu'on leur prodigua.

« Les deux cent quarante autres brebis qui restèrent ici, « nous les plaçâmes de compte à demi chez Don José Galvei « dans son estancia près Lujan, en leur adjoignant quelques « brebis pampéennes afin de connaître le résultat du croi- « sèment.

« Survint la révolution de 1828 et au commencement de c< 1829 les brebis se disséminèrent à la suite des guerres « dont ces parages furent le théâtre.

« Le troupeau comptait déjà mille cinq cents têtes, pures (( ou métisses. On parvint à rassembler quelques restes, et « bon nombre de celles qui s'égarèrent furent recueillies par « des paysans voisins qui en profitèrent pour croiser leurs « troupeaux.

« La bataille des champs d'Alvarez aux alentours de la (( ville de Lujan amena une nouvelle dispersion à la suite de « laquelle nous parvînmes à réunir encore une fois quelques- (f uns des restes épars des brebis.

(( Désespérés comme Halsey^ nous fîmes cadeau de ces

— Soft restes à quelques amis, éleveurs méticuleux, afin qu'ils « prissent la peine de les propager.

« Nous pûmes dire avec un poète que les mérinos de (( Buenos Aires ont produit la laine fine qui porte leur « nom mais pas pour nous autres. »

J'ai copié le plus essentiel de cette lettre écrite tout entière d'une main tremblante par le vieux M. Roxas y Patron décédé dernièrement dans cette capitale, afin de rétablir toute la vérité sur les vicissitudes et les résultats du troupeau Halsey^ sur lesquels ont paru des publications erronées, basées sur la tradition orale.

L'affirmation d'un des propriétaires du troupeau, ayant occupé une place marquante dans le gouvernement de répoque, est décisive. Elle indique complètement la complète extinction du germe implanté à Corrientes et l'heureuse subdivision dans la province de Buenos Aires des restes du troupeau échappés à la maudite guerre civile.

Elle établit une date et un fait de la plus haute importance : le premier croisement de béliers mérinos avec des brebis pampas^ qui eut lieu en i825, grâce à l'initiative de la société de patriotes dont nous avons parlé.

Haedo et Aguirre moururent sans avoir vu développé le fruit de leurs prévisions ; il ne fut donné qu'à M. Roxas^ seul survivant de la mémorable et méritoire Société argentine de 1825, d'assister au développement colossal de cette . féconde semence qui donna des millions de brebis à Buenos Aires et de grandes fortunes à leurs propriétaires, tandis que lui, un des précurseurs d'un si grand progrès, voyait venir la mort dans la pauvreté!

Rivadavia savait ce que valait l'initiative privée et, sous son impulsion et sa protection, M. Ternaux^ introducteur en France des chèvres du Thibet, importa à Buenos Aires cent brebis mérinos de race lyonnaise pure. En même temps,

Rivadavia faisait venir d'Angleterre trente béliers southdown vulgairement appelés « face noire » .

Les brebis mérinos furent vendues au général Don Manuel Pinto et les southdowns^ conduits provisoirement à la Chacarita des Collégiaux^ aujourd'hui cimetière de la capitale, furent vendus un peu plus tard à MM. Harrat^ Sheridanet Capdevila, Du premier lot de ces béliers anglais, il n'est resté aucun vestige, à cause de la détermination que prirent leurs possesseurs de se restreindre à Télevage du mérinos. Quant à l'autre partie, nous savons que, après avoir passé à M"*^ veuve Capdevila sa descendance prospère aujourd'hui entre les mains habiles de MM. Leonardo Pereyra et Bell de la Ensenada.

Vers cette époque, en i825, apparurent deux Anglais aux larges vues et d'assez d'initiative pour comprendre l'avenir des essais tentés pour améliorer les laines ; ils résolurent d'affronter l'entreprise en monopolisant le plus grand nombre d'éléments possible. C'étaient M. Peter Sheridan et M. John Harrat dont l'initiative et les vues furent acceptées par leur compatriote M. Thomas Whitfield qui s'associa à eux pour fonder la première Cavagne modèle.

Ils achetèrent au général Pinto les mérinos que Rivadavia avait fait venir et ils se mirent à l'œuvre.

Vers la fin de 1826 arriva à Maldonado une autre expédition de i5o mérinos conduits par deux bergers allemands pour le compte du gouvernement de Buenos Aires; mais elle ne parvint pas à franchir le Rio de la Plata bloqué à cette époque par une formidable escadre brésilienne. La société Sheridan^ Harrat et Whitfield acheta les mérinos au gouvernement et les introduisit à ses risques en déjouant le blocus.

Les importations de ce pur sang précieux cessèrent dès que commença la désorganisation nationale et la guerre civile.

La société des cavagnistes eut à subir la séparation de M. Whitjield dont la part fut achetée par les deux autres associés, MM. Sheridan et Harrat^(\\xi poursuivirent énergiquement l'affaire dont le premier fut Tâme.

La grande Cavagne s'appela Los Galpones — nom qui heureusement ne s'est pas eflFacé de la carte de Buenos Aires, — et le nouvel établissement fut dirigé par M. John Hannah .

En 1828 apparurent sur le marché 54 béliers, appartenant aux reliques du troupeau de Halsey^ dont 27 furent achetés par la Cavagne « Los Galpones » et les 27 autres, par Don Juan Miller qui, à son tour, entreprit un nouveau raffinement. M. Hannah considéra ces béliers comme inférieurs aux mérinos allemands qu'il possédait déjà, de sorte qu'il les employa au croisement des brebis pampas.

Los Galpones donnèrent une extraordinaire impulsion à l'opération du croisement. L'ingénieur Pellegrini écrit : « La prospérité réellement étonnante de cette société <c (elle vendait pour environ un million de piastres monnaie <( courante de béliers métis par an) éveilla à tel point l'attenta tion du public, en i835, que la passion pour les brebis « fines avait déjà dégénéré en mérinomanie lors du pre- « mier blocus français. »

Mais il faut remarquer que, en i835, la société Los Galpones était dissoute; Hannah l'explique dans ces termes : « En Tannée i83o la société Sheridan et Harrat s'est « dissoute et je me chargeai alors, comme représentant M de M. Sheridan^ des animaux qui lui revinrent à la répar- « tition sociale ; et cette acquisition donna, comme on doit le « supposer, un grand accroissement à l'établissement de « M. Sheridan que j'administrais comme participant à ses « produits.»

Harrat fonda la Cat^agne, renommée plus tard, de Los

Galpones Chicos. Parmi ses papiers on trouva un manuscrit volumineux qui fut présenté au rédacteur du journal la Pampa de Buenos Aires. Il était écrit de la main même de Harrat et traitait de l'espèce ovine. Ce journal le publia en i885 avec des gravures et dit dans la préface : « Cette (( étude contient une série de chapitres sur l'élevage « des moutons et sur les conditions nécessaires à son « raffinement, ainsi que des observations précieuses, par ce « qu'elles ont de pratique, sur la manière d'obtenir une « laine fine et abondante, l'augmentation de la viande (( et de la graisse; enfin des conseils excessivement utiles « sur la manière de soigner les brebis et de les tondre. »

MM. Sheridan et Harrat étaient propriétaires du champ, conjointement avec les éleveurs qui avaient obtenu des brebis du troupeau de Halsey jusqu'en i83o, où apparaissent de nouveaux importateurs de brebis allemandes dont quelquesuns fondèrent des familles d'éleveurs qui ont honoré le pays; celles de Stegman^ de Martine^ de Ho{ et d!* Oliver a sont de ce nombre.

Le 4 avril 1 836, en effet, la goélette belge Antonius^ venant de Hambourg, jeta l'ancre dans le port ; elle apportait 8 béliers, 72 brebis et 18 agneaux de race électorale de Saxe, à l'adresse de MM. Brownell^ Stegman and C\ Ce mouvement commercial prit des proportions extraordinaires et les années iSSy et i838 furent fécondes en importations de mérinos. Le journal La Gaceta Mercantil publia les données correspondantes à ces deux années que je publie plus bas. Ces renseignements ne sont pas complets et il y manque un semestre.

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