‹ Description agréable de la République argentineChapitre 8 sur 65 · C. H. Anderson · texte numérisé non relu

C. H. Anderson

Zumaran et Treserra...

Bunge Hutz et C'»

BELIERS

BREBIS

AGXEAIX

Les importations de moutons furent, de i836 à i838, de plus de 4.200 têtes, ce qui est réellement extraordinaire.

Ces efforts énergiques affermirent les sacrifices faits par des particuliers courageux et intelligents, en leur permettant de perfectionner leurs troupeaux qui étaient déjà remarquables. Hannah dit, en effet, à propos de la Cavagne de Sheridan : a Nous continuâmes de cette façon jusqu'à Tannée « 1837, époque où M. Sheridan amena pour la première fois (( à Vestancia quelques béliers venant de Saxe qu'il destinait « au croisement avec notre race mérinos, et je vis avec plaisir (( que les résultats en furent extrêmement avantageux. La (( première portée des races combinées annonça ce résultat; <( en effet, la laine en était considérablement raffinée, bien « que la toison eût souffert une légère diminution de poids, car « la race primitive était grande, robuste et musculeuse, mais « moins fine que la saxonne. Je me rappelle parfaitement que « les pasteurs allemands qui débarquèrent en 1837 furent (( stupéfaits de la taille des brebis et des béliers mérinos de « Vestancia.

(c En ce temps, il n'y avait même pas de hangars dans les « estancias de Sheridan et Harrat. Le premier fut construit « de i836 à iSSy. Il n'y avait pas de luzernières non plus et (( les brebis grandissaient dans le champ même, exposées aux « intempéries, sans aucune espèce d'alimentation artificielle, « comme le savent les personnes de ce temps. Cependant les « moutons mérinos purs de Sheridan^ qui, en i83o, ne comp- « taient que 36 à 38 brebis, arrivèrent au nombre approxi- « matif de 5oo brebis en 1839, quand j'abandonnai Tadmi- « nistration. »

Mais si l'importation de i836 à i838 fut la source d'aussi grands bienfaits, elle fut aussi accusée d'avoir introduit la gale, fléau permanent de l'espèce ovine. Ainsi l'affirment tous les souvenirs de l'époque et les paroles suivantes extraites d'un article de l'ingénieur Pellegrini^ publié en i853 :

(( Il peut être intéressant pour quelques personnes de « savoir comment la peste de la gale s'est introduite dans « notre province; nous allons le leur dire. Un négociant anglais « avait reçu, au commencement de 1 838, quelques béliers « saxons en consignation. Nous allâmes les voir avec un de « nos amis, qui alors s'opposait ouvertement à l'extrême raf- « finement saxon ; il n'aurait pas payé un réal le meilleur du a troupeau, tant était fixe en lui l'idée, généralisée aujourd'hui, « qu'il convient aux moutons platéens de produire une laine « épaisse, nerveuse et pesante plutôt que la laine électorale « surfine. Mais l'offre que lui fit le consignataire de lui donner « pour rien deux béliers l'induisit à faire un essai de croise- « ment.

« Les conséquences en furent tristes et fatales. La gale « envahit le troupeau où Ton mit ces deux bêtes et, comme <( on y prenait les béliers pour les autres troupeaux, le résultat « fut que, la source étant empoisonnée, les éleveurs qui s'y « pourvurent de mâles eurent leurs troupeaux empoisonnés. »

Que des béliers saxons aient amené et propagé la gale aux alentours, cela est parfaitement explicable et démontre que la contagion n'était pas encore entrée dans les troupeaux de Buenos Aires. Cependant, la gale était connue dans l'Amérique du Sud avant sa découverte et les brebis américaines les Hamas, les huanacos et les vigognes souffraient de ses cruelles démangeaisons. Pour ne s'occuper que du Rio de la Plata, je dirai que les Indiens Guaranis, au milieu desquels se développèrent les premiers troupeaux de moutons amenés du Pérou, connaissaient cette maladie. Nous trouvons dans leur langue tous les mots nécessaires pour caractériser ses degrés et ses conséquences : curu signifie gale et curuapiré les croûtes qu'elle produit. Quand les ulcères prenaient un caractère aigu, rebelle aux procédés ordinaires de traitement, ils donnaient à la maladie le nom de curubai. L'animal couvert de parasites était curubaibô, galeux. Dans les plaines et les cordillères du Sud, on appelait la gale pi thu. Les habitants du Nord et ceux du Sud guérissaient leurs troupeaux en frottant vigoureusement les parties attaquées avec de la graisse tiède de sanglier ou de tapir et ce même procédé est encore employé aujourd'hui par les gauchos de Montiel et de Corrientes, comme j'ai eu l'occasion de le voir; ceux-ci emploient la graisse de poulain ou de carpincho.

La tradition que nous transmet l'ingénieur Pellegrini existe cependant et nous l'avons entendue dernièrement de la bouche du directeur de la Cavagne « Plomery>, M. Lo{ano: son grand-père reçut en consignation un envoi de béliers de Silésie dont il fit l'acquisition de quelques-uns. Ils étaient infectés de gale. S'il est invraisemblable que cette plaie n'eût pas été connue avant i838, il paraît cependant certain que les troupeaux avaient jusqu'alors échappé au fléau et qu'il s'y développa introduit par les béliers allemands.

En même temps que la Cavagne de Sheridan prospérait,

M. Hilario Sosa^ estancîero de la côte du Salado, dans le passage appelé Rincon de Sosa, où se trouve maintenant Vestancia de Vivot^ établissait un troupeau petit mais remarquable de ICO brebis d'Halsey qu'il obtint de J/. Aguirre, membre de la société Roxas Haedo Aguirre. Ce troupeau se divisa plus tard; une partie resta dans le champ de Vivot, c'est peut-être à cette souche célèbre qu'il doit ses bons produits actuels. Le reste des moutons fut conduit à Lobos par un Irlandais du nom de Norris, de compte à demi avec Sosa^ et les traces s'en perdirent. En iSSg Hannah se sépara de Sheridan et, à son tour, forma une Cavagne avec loo brebis pures et 3.ooo métisses, c'est à cette souche que cet éleveur dut plus tard sa renommée.

Vers cette époque commença la propagande ayant pour but de pousser les éleveurs aux études scientifiques, fondement indispensable au perfectionnement des Cavagnes. La première publication parut en 1 83g sous le titre de : Instruction pour l'élevage des brebis et pour les acheteurs de laines. Collection des meilleurs traités et des recherches les plus récentes sur les laines et la façon d'élever et d'améliorer les brebis; — illustré — par quelques pasteurs amis du pays [Librairie argentine^ rue Victoria ^ 120 bis). Elle contenait des traductions d'auteurs allemands et il semble avéré que le premier livre traduit en espagnol et imprimé dans la République ait été le traité publié en i836 par Juan Enrique C hâves sur Télevage des brebis.

Telles sont les origines du perfectionnement de l'espèce ovine dans la République Argentine et elles prouvent que sur cette branche nous avons devancé les deux Amériques, car rinspiration argentine date de 1794, tandis que les Etats- Unis n'ont commencé qu'en 1807.

Je n'ai point parlé des efforts de beaucoup d'éleveurs qui ont secondé ces progrès dès l'abord dans la crainte d'en

omettre d'autres, faute de données, raison pour laquelle il m'a semblé juste de me restreindre à mettre en relief les points de départ de ce. fécond mouvement.

Après l'heureuse solution du problème par la société Sheridan Harrat^ beaucoup d'éleveurs entreprirent en effet le croisement, et, en i852, à la chute de la tyrannie, la République comptait déjà sur des éléments extraordinaires conservés et développés au milieu des horreurs de cette longue période de sang et d'isolement. Mais ces germes féconds étaient restreints, en i852, aux environs de Buenos Aires. L'élevage de l'espèce ovine sur une grande échelle, dans celle-ci comme dans les autres provinces, restait arriéré. Buenos Aires gagnait chaque jour du terrain. Entre Rios, Santa Fé, Cordoba, Corrientes et d'autres régions, où il existait beaucoup de brebis, restaient toujours stationnaires et c'est à peine si elles recevaient l'impulsion de quelque faible initiative privée.

Pendant la première moitié de ce siècle, les bestiaux continuèrent à prédominer dans notre production rurale. Il est à remarquer surtout, depuis lors, que le célèbre Mémoire, présenté par les estancieros de Buenos Aires et de Montevideo à la Métropole, en 1794, pour favoriser les intérêts de rindustrie rivale, ne tient aucun compte de l'espèce ovine, après s'être tant occupé des espèces chevaline et bovine.

Jusqu'à i852, cet état de choses était toujours le même. Qui est-ce qui allait manger du mouton dans un pays où l'on tuait une vache uniquement pour manger un nonnat (fœtus), ou le bouilli d'un morceau de poitrine, ou le rôti de matambre? (viande qui recouvre les côtes.)

Un agneau pouvait se manger comme un petit cochon de lait, les jours de fête; mais d'ordinaire les villes se munissaient de viande de bœuf en telle abondance que les quartiers pendus sous les arbres du jardin se pourrissaient. Dans la

campagne on avait honte de tuer un mouton galeux. Les gauchos ne considéraient pas comme une humiliation d'abandonner le « bouvillon » ou la vache grasse qu'ils tuaient pour en manger les côtelettes, jetant aux chiens les quartiers, la tête, les pattes, les intestins et même quelquefois la langue, parce qu'ils ne prenaient pas toujours la peine de faire un pot-aufeu.

11 semblerait que le bien-être politique eut influé jusque dans l'amélioration de l'alimentation des peuples.

Lors du gouvernement réparateur, d'ordre et de progrès, du général Don Martin Rodriguei^ après les funestes dissensions de 1820, l'usage de la viande de mouton se mêle soudain à l'énorme consommation de viande de bœuf dans des proportions remarquables ; mais à mesure que le bienêtre déclinait et que les tourmentes politiques, qui amenèrent la fin de l'ère fondamentale de Rodrigue^ et de Rivadavia, se succédaient, l'introduction de la viande décroît dans la ville de Buenos Aires. Voici les chiffres comparatifs par année :

Années Espèce bovine Espèce ovine

On ne doit pas oublier que, alors que les vaches étaient abattues dans les Saladeros, ceux-ci ne font mention dans leurs statistiques d'aucun abatage de moutons.

L'introduction de la viande de mouton était-elle consommée en entier? Les éléments font défaut pour répondre à cette question.

D'autre part, l'article laine ne figurait dans le commerce maritime de l'époque que comme quantité très secondaire. Le

principal mouvement commercial correspondait à la viande et aux peaux.

Tandis que, depuis deux siècles, la farine était le principal article d'exportation qui luttât avec la viande, du temps de Rivadavia^ la première restait maîtresse de la place, ce qui prouve que la colonie était adonnée au labour et que les guerres 'de l'Indépendance et les dissensions civiles anéantirent pour longtemps chez nous les nobles labeurs de l'agriculture.

A mesure que la République se trouble et que sévit davantage la guerre civile, la consommation de la viande de mouton diminue et l'apparition de la gale, dans les troupeaux fins exploitée plus tard par Rusas pour exciter la haine populaire contre les étrangers et les unitaires, accentue cette décroissance de consommation sur Tunique marché réser\'é à l'espèce ovine.

La laine et les peaux perdent aussi de leur valeur et les brebis n'atteignent pas encore au rang que la raison leur indiquait pour plus tard dans notre mouvement économique. En effet, vers l'année 1828, en pleine guerre civile, l'approvisionnement de Buenos Aires se réduit de nouveau à la viande de bœuf, sans que figure un seul mouton dans les documents statistiques et, sur 37.783 charrettes chargées de produits du pays, il y en avait à peine vingt avec des laines.

L'exportation de cet article était intermittente parce que le marché ne le produisait pas avec continuité. Quelquefois beaucoup de moutons n'étaient pas tondus parce que VabrojOy sorte de chardon (Xantium spinosum)^ et la graine de trèfle (carretilla) inutilisaient leur toison. D'autres fois l'indolence était la cause de ce manque de laine sur les marchés. J'attribue à cette dernière circonstance que la statistique officielle ne contient l'exportation des laines que par périodes d'années.

comme ledémontrentleschifFressuivantsen^rroôe^ (i ikil. 1/2) et avec la valeur de tarif :

1822 33.417 I $ ïarrobe

1848 13.045 et 23 1 grands sacs.

C'est là une claire démonstration de notre gangrène politique. De 1822 à 1829, s'ouvre une ère tranquille suivie de bourrasques qui nous entraînent jusqu'à l'époque où Ton fusilla Dorrego. Le travail s'alanguit et Ton produit une quantité moindre de laine. D'un autre côté, la guerre avec le Brésil avait amené le blocus et barré le chemin aux exportations des produits du pays.

Après 1829, nouvelle perturbation. Rosas monte au pouvoir, la dictature apparaît et c'est à peine si en 1837 il est possible d'exporter le fruit de plusieurs années de labeur. Dans les dix années suivantes éclate la guerre civile, puis la guerre étrangère, et l'isolement du pays se produit sous Rosas. Cette impossibilité de communiquer avec le commerce étranger supprime l'exportation. Quand la paix fut rétablie, celle-ci commence à se régulariser en i85o et ne s'interrompt plus ; mais son chiffre ne progresse en aucune façon sinon en i852, quand le pays recouvre sa liberté.

La valeur de notre exportation de laines est encore insignifiante, et cela explique le prix peu élevé des moutons pendant tout le règne de l'anarchie et de la barbarie politique dans notre pays. La laine était, comme on le voit, de peu de

valeur. En général il n'y avait que des éleveurs progressistes qui fissent la tonte. Les moutons n'étaient pas très nombreux et il manquait un stimulant au cas qu'on aurait dû en faire.

Le métissage avec le type saxon avait donné de la finesse à la laine; mais les animaux avaient perdu en taille et en vigueur. Woordbine Parish écrit : « A mon arrivée à Buenos (( Aires, la laine des troupeaux de sa province ne valait pas (( la peine qu'on eût prise à la nettoyer; et, quant à la viande, <r celle de bœuf était si abondante qu'il n'y a rien d'éton- (( nant à ce qu'on n'en mangeât pas d'autre. Tout le monde « sait que dans les fours à briques on employait comme comte bustible les carcasses de moutons séchées préalablement « au soleil. »

En 1845, d'après l'ingénieur Pellegiûm^ aucune branche de rindustrie n'était aussi abattue que celle de Télève du mouton.

(( Aucune, dit-il, ne gémissait aussi douloureusement sous <( cette pression et sous le dédain public qui en était la con- « séquence. Ce dernier était si profond que les propagateurs « de la plus belle industrie arrivèrent à être aflFublés du sobri- « quet comique de : étrangers galeux. Qui a oublié les cris de : 't Meurent les étrangers galeux! hurlés dans les rues par les <c ennemis dfe la civilisation, par les esclaves dégradés du des- <c potisme? »

Le croisement s'était fait, comme on l'a vu par la statistique, au moyen de.la race électorale; d'où Tabondance de brebis saxonnes à Buenos Aires.

Maislasociété Sheridan etHarrat vit, en iSSy, que l'avenir de l'élevage argentin réclamait un type de mouton au squelette plus fort, à la viande plus abondante et dont la toison fût recouverte, pesante et noble, s'il ne pouvait atteindre à Textrême finesse du saxon.

Don Claudio Stegman^ Texpertéleveurallemand, fondateur

de la Cavagne « Poronguitos », Tancêtre des Olipera et autres partagèrent les mêmes opinions et déployèrent une activité persévérante et énergique afin de développer le corps et d'améliorer la toison des brebis métisses et des primitives pampas.

Ils arrivèrent à leur but en remplaçant les béliers de race électorale par le Negrete allemand. Stegman fut un des premiers introducteurs de ce type et reçut d'Altona, en 1840, douze brebis et deux béliers qui lui coûtèrent 2.000 piastres fortes, prix très élevé pour l'époque.

On doit donc à un groupe intelligent d'éleveurs l'inspiration audacieuse qui traça la voie dans laquelle se maintiennent aujourd'hui les troupeaux ovins argentins, perfectionnés dans ce même sens, après la chute de RosaSj par l'introduction des mérinos de diverses origines : Gilbert^ Impériale et Ailemande principalement.

L'initiative des promoteurs du croisement est glorieuse et les 4.200 brebis introduites d'Europe et des Etats-Unis, depuis i836 jusqu'à i838, marquent un effort prodigieux. La pauvreté de notre pays, l'anarchie horrible qui nous enveloppait après Técroulement des projets patriotiques de Rivadavia^ le peu d'instruction des éleveurs, le manque d'action protectrice de l'autorité, la campagne pleine de bandits,' la guerre extérieure, deux blocus en vingt ans, l'insécurité de la vie, le couteau de la soldatesque prête à massacrer le bétail fin dans le but d'en prendre la peau pour les accessoires du recado (selle du pays), la grande distance des marchés d'autrefois, la navigation incertaine ou tardive à la voile et le manque de marchés pour la viande et la laine des brebis, rehaussent extraordinairement et donnent un mérite immense à l'initiative des réformateurs de notre industrie lainière. C'est à cette glorieuse impulsion que nous devons le perfectionnement de tous les autres élevages et notre richesse actuelle!

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