‹ Description agréable de la République argentineChapitre 9 sur 65 · LIBERTÉ ET PROSPÉRITÉ · texte numérisé non relu

LIBERTÉ ET PROSPÉRITÉ

Sommaire : Influence du rapatriement. — Les Cavagnes avant et après i832. — Hommage aux fondateurs des premières Cavagnes. — Temps ingrats de lutte. — Ressources actuelles. — Situation déplorable de la campagne en 1854. — Pétition des habitants. — Réformes et garanties demandées. — Communications difficiles. — Les prairies. — Les maladies. — Progrès réalisés malgré tout. — Confirmation statistique — Consolidation de l'industrie de Tespèce ovine. — Accroissement des brebis en cinquante ans. — Mortalité. — Importance des marchés consommateurs. — Le tableau de Newton. — Ses conséquences. — Raison de Faugmentation des laines sur place. — Situation déplorable des brebis peu de temps auparavant. — Multiplication des élevages et manque de marchés. — Dépréciation. ~~ Ce que valaient les brebis. — Sanction des tarifs nord-américains. >- Les brebis servent de combustible. — Baisse de la valeur des laines. — Grandes exportations de peaux. — Les Cavagnes au milieu de cette crise. — Valeur des animaux fins en i863. — La crise atteint sa période la plus aigu6. — Causes de complications. — Tentatives pour étendre le marché des viandes. — Les graisseries. — Résultat surprenant. — Premiers abatages. — Exploitation désordonnée. — Les brebis avec leur peau dans les cuves. — Graisseries dans les estancias, — Les Saladeros régularisent Texploitation. — Ses conditions. — Résultat net par tâte. — La réaction s^accentue et se généralise. — Les prix de la laine en hausse pendant vingt ans. — Les peaux et la viande durant le môme laps de temps. — Tableaux démonstratifs des prix et leurs analyses. — Prospérité évidente. — L'avenir de cette industrie dépend de Pintelligence des éleveurs.

Quand la tyrannie de Rosas eut été brisée, le 3 février i852, des milliers d'émigrés revinrent dans leur patrie

et, parmi eux, des hommes de talent remarquable et d'esprit progressiste qui venaient inoculer à l'organisme argentin les germes d'une réaction salutaire. La réforme des vieux systèmes fut propagée, grâce à l'initiative féconde de ceux qui, dans leurs voyages, avaient admiré les progrès du monde, et l'industrie agricole, unique source de richesse de la République, fut vigoureusement mise à contribution.

Des capitalistes intelligents se mirent dans les rangs maltraités de ceux qui avaient conservé le pur sang mérinos malgré les profondes commotions imposées au pays. Non seulement de nouvelles bergeries surgirent, mais, de toutes parts, le croisement fut généralisé.

J'aurais [désiré présenter le tableau descriptif de toutes les bergeries fondées depuis la chute de Rosas^ comme de celles qui existaient quand eut lieu cet événement ; mais il n'est pas possible de réunir les éléments nécessaires sans tomber dans des omissions déplorables, bien qu'involontaires.

Les éleveurs de l'époque méritent la justice de l'histoire comme collaborateurs efficaces de la civilisation argentine.

Leurs sacrifices personnels, leur persévérance et leurs capitaux ont puissamment contribué à conserver et à propager dans la République les trésors du pur sang européen qui nous permettent de réclamer aujourd'hui un des premiers rangs parmi les pays producteurs de laine du monde, sans en exclure l'Australie, dont les plus-values de prix dépendent non seulement de la qualité de la laine, mais encore des facilités de transport et d'embarquement, qui nous font encore défaut, au préjudice de la production nationale. En m'occupant dans ce livre des bergeries actuelles, loin d'oublier ces émérites initiateurs, j'aurai occasion de rappeler honorablement à chaque page leurs luttes et leurs sacrifices, attendu que le succès présent s'est

— Fabien souvent produit par des efforts antérieurs ou en est dérivé.

Ces efforts furent un essai héroïque car ni la paix, ni l'organisation, ni la richesse, ni la population, ni le progrès général de la République Argentine n'avaient alors solidement atteint les éléments vitaux dont nous jouissons aujourd'hui. Les capitaux, le crédit, les bras et les voies de communication n'offraient pas, à cette époque, à Téleveur courbé sous le poids de ses débours, les nombreuses ressources et les points d'appui que nous avons maintenant pour lutter et vaincre.

Avant d'arriver où nous en sommes, depuis la chute de Rosas^ il a fallu déployer beaucoup d'énergie et de confiance en un avenir incertain que tous les faits immédiats contrariaient violemment. En i852, en effet, le théâtre sur lequel devait se développer notre grande industrie nationale présentait un aspect terrifiant. La campagne était un réceptacle de crimes et de procédés arbitraires, ainsi que le dénonçait en ces termes à la législature de Buenos Aires une pétition présentée par des centaines d'habitants de la zone la plus peuplée et dans laquelle se trouvaient établies les bergeries. Tel était le milieu dans lequel devait s'acclimater l'industrie lainière de Buenos Aires, et l'on comprend sans peine qu'il devait être pire dans les autres provinces. Cette industrie était d'ailleurs importante alors, car, à trente lieues à la ronde de Buenos Aires, les troupeaux de bœufs et de juments étaient rejetés dans les champs primitifs de l'autre côté du Salado par de nombreux troupeaux de brebis fines.

Les éleveurs intelligents, qui, du temps de Rosas, amélioraient leurs animaux domestiques, redoublèrent de zèle en cette noble lutte, et de nouvelles phalanges d'ouvriers apparurent à la suite.

L'anarchie, la guerre civile et les terribles invasions d'In-

diens maintinrent constammentdansla perturbation les sources de la production. L'absence de chemins leur portait préjudice aussi ; elle rendait plus chers les transports, dépréciait les produits et éloignait les producteurs des consommateurs, rendant ainsi fort difficiles les relations d'échange. Les propriétaires de bergeries voyageaient dans de monumentales diligences suspendues sur des courroies grosses comme des cordages de vaisseaux à trois ponts, avec leur troupe de chevaux de rechange à côté, le noque (cuir suspendu entre les roues) en dessous et plusieurs péons pourvus de lassos et de sangles à toute épreuve.

Brebis et béliers fins voyageaient ainsi en châteaux chanteurs — si ce n'est enchanteurs — car très heureuses étaient ces pérégrinations quand les roues ne restaient pas engagées dans les ornières des chemins. Les prairies n'étaient pas encore complètement propices à l'alimentation tendre et nutritive qu'exige l'animal raffiné; et les chardons, grands ou petits, la carretilla^ les maladies, la gale principalement, et la poussière même, causaient de tels préjudices que des millions de brebis restaient non tondues et sans valeur d'échange, comme tout capital inerte ne produisant pas d'intérêt.

La tendance oisivement destructive de la soldatesque qui parcourait journellement la République était aussi un véritable fléau à l'égard de la conservation et du développement des a saxons et métis » comme on les appelait alors. Néanmoins, le croisement s'affirmait et les troupeaux croissaient en nombre. Ce n'était pas un progrès improvisé et violent. Il était tenace, parce qu'il s'emparait graduellement des meilleures prairies de la région peuplée du pays. La statistique croissante de l'exportation justifie ces indications.

En i853 on expédie 22. 146 balles de laine, plus 776 grands sacs et j.oj^arrobes (11 kil. 1/2.) de laine. De i858 à 1862, en quatre ans, l'exportation s'élève à 254.101 balles

et 7.456 grands sacs, ce qui donne une moyenne annuelle de 63.5oo balles. L'accroissement continue, et de 1862 à 1867, on trouve une moyenne annuelle de 121 .750 balles de 52 arrobes, soit 1.345.437 kilos. L'Industrie est consolidée : l'exportation de laine argentine forme déjà un grand facteur dans la statistique internationale.

La quantité de brebis a considérablement augmenté dans l'espace de cinquante ans, ainsi que le prouvent les chiffres de la mortalité accusée par l'exportation des peaux, chiffres qui doivent être augmentés d'environ 10 0/0 par suite d'animaux abandonnés dans les champs sans être écorchés ou de ceux dont les peaux servent à l'industrie locale :

De i858 à 1862 10.513.476 peaux.

De 1862 à 1867 21.973.032 —

Ces produits se répandaient dans le monde entier. Voici, en effet, le décompte de l'utilisation de nos laines en proportion pour cent :

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