HH
RAOUL MAC MUE
La fille chante bien vrayement ,
LA BRU
Scait-il plus chanter voirement ?
LE MAGISTER
Si fait, si.
LUBINE
Allons baudement.
Sus, prenez la fille, galand.
RAOUL MACHUE
Scait-il plus chanter voirement Pour nous resjouvr en allant ?
LE MAGISTER
11 fait rage.
RAÜLET.
Chantez avant.
[fis chantent quelques chansons à plaisir .)
RAULET
Cest assez, il nous fault parfaire.
Ça , maistre qu’est il de faire,
Pour le rebouter en nature De parler franeovs.
LE MAGISTER
Sa lecture.
L’a mis au point en quoy il est,
Et de le laisser tout seulct Ce scroit un très grand danger,
Parquov ne le fault estranger
Qu’il ne soit jour et riuyt veillé, Et s’il dort, qu’il soit réveillé, Et qu’il n'ayt livre ne livret, Car cela du tout l’enuyroit Et îuv troubloit l’entendement.
LU BINE
Rien ; nous ferons autrement Pour luy raprendre son langage ; Nous le mettrons en une cage ;
On y aprend bien les oyseaulx A parler.
RAULET
Les mots sont très beaulx.
RAOUL MACIIUE.
C’est un très bon avis, Lubine.
LA FIANCÉE
Hé mon Dieu, que vous estes fine.
Vous passez trestous nos voisins.
Dedans nostre cage a poussins Ny seroit-il pas bien a point ?
RAOUL MACHUE
Et je croy qu'il n'y pourroit point,
Il est si grand, si espaullu,
Si formé et si potelu,
Que a peine pourroit-il entrer.
LA FIANCÉE
Attendez, je la vois monstrer.
Mais que sa teste soit dedans,
Son nez, sa bouche avec ses dens.
Laissez aller le cul arriéré,
Il suffit.
RAULET
Et puis hay, quel chere !
N’ayes point de paour, mon varlet, Moy qui suis ton pere Raulet,
Et magister et Raoul Machue T’apprendront a parler. ïl sue De paour qu’il a ; cest grand pitié.
MAISTRE MIMIN
Cageatus emprisonare,
Livras non estudiare,
Et latinus oubliare,
Magister non monstraverunt Et non recognossaverunt.
Intrologea resurgant.
RAULET
Que dit-il ?
LE MAGISTER
Il est si ardant À estudier, qu’il meurt tout.
LUBINE
Il faut commencer par un bout.
Or sus, Maistre Mimin, entrez.
RAOUL MACHUE
Et homme de bien vous montrez, Et faictes ce qu’on vous conseille.
LUBINE
Qu’il est sage ! voicv merveille.
Comme il y entre doulcement.
MAISTRE MIMIN
An no !
LUB1NE.
Il s’est blessé l’oreille.
RAULET
Qu’il est sage ! voicy merveille.
LE MAGISTER
C’est une chose non pareille,
Comme il est a commandement !
LUBINE
Qu’est-il sage! voicy merveille, Comme il entre doulcement.
RAULET
Magister, tout premièrement, Puisqu’en ce point assemblez sommes Parlons a luy entre nous hommes.
Il me semble que cest le mieulx.
Or parlez a luy.
LE MAGISTER
Je le veulx,
Sans donner a aucuns nulz blasmes, Nos paroles et ceulx des femmes,
Ce sont deux paires de boissons, Pourceque plus nous cognoissons,
Et portons plus grand conséquence.
Dieu t’envoit parfaite éloquence,
En beau francoys, maistre Mimin,
Or parlés.
LA FIANCÉE
Et non, non.
Femmes ont tousjours le regnom De parler.
LE MAGISTER
Trop aucunes foys.
LA FIANCÉE
Nous avons trop plus doulces voix,
Que ces hommes ; ils sont trop rudes, Un enfant qui vient des estudes,
Ne se doit point traicter tel voye.
LUBINE
Et non, non. Or dictes ma joye.
m i ai in répond comme une femme .
Ma joye.
LUBINE
Ma mere, je vous crye mercy.
MAISTRE MI MIN pleure.
Ma mere, je vous crye mercy.
LUBINE
Et mon pere Raulet aussv.
MAISTRE MIM1N.
Et mon pere Raulet aussy.
LUBINE
Et a mon sire Raoul Machue,
MAISTRE MIMIN
Et a mon sire Raoul Machue,
Ostez moi, ma mere, je sue,
On ne sens pas ce que je sens.
LUBINE
N’a il point parlé de bon sens?
Il n’est doctrine que de nous.
LA FIANCÉE
Sus, hommes, ou en estes vous?
Qu’il parlas! pour vous, ouy tautost ;
Mais plus en deviendroit il sot.
Or dictes, mamye, ma mignonne.
MAISTRE MIMIN
Or dictes, ma mye, ma mignonne.
LA DRU
Mon cueur et mamour je vous donne.
MAISTRE MIMIN
Mon cueur et mamour je vous donne.
Nous croyons inutile de transcrire les soixante-dix ou douze vers qui suivent et qui terminent la pièce. La leçon continue ; Lubine fait siffler et chanter son fils, et les deux autres femmes concluent en disant qu’il n’y a que le sexe, pour apprendre quelque chose aux hommes. Mimin finit par emporter sa fiancée dans ces bras :
Il suffit, il s’en fault aller.
Chantons hault a la bien allée,
Et adieu, vogue la galée.