‹ Description culture et taille des muriersChapitre 14 sur 85 · Â4 LUMIÈRE · texte numérisé non relu

Â4 LUMIÈRE

et que ses rayons sont réfléchis jusqu’à notre œil, elle est pour nous la cause de leur apparition; au contraire, si tous les rayons sont absorbés, il nous est impossible d’en percevoir même la forme.

Lorsque ses rayons ne sont pas séparés (triés pour ainsi dire) au moyen du prisme, ou par tout autre corps, elle nous paraît blanche; tandis que, s'ils sont isolés, nous percevons les couleurs de l'arcen-ciel, c’est-à-dire le violet, l’indigo, le bleu, le vert, le jaune, l’orangé et le rouge. En les réunissant, au moyen d’une lentille de cristal, elle reparaît blanche. On a longtemps ignoré que ses rayons, pris isolèment, fussent plus actifs sur les végétaux. La position souterraine des racines avait fait conclure à SÉNEBIER et à INGENHOUZ qu'elles cherchent l'obscurité ; mais THÉODORE DE SAUSSURE à prouvé que la lumière ne leur était nuisible que lorsqu'elle était unie ou confondue avec le calorique, comme elle se présente le plus souvent à nous. Enfin, ZANTEDESCHI, de Venise, par suite d'expériences faites sur la germination et la coloration des plantes, a trouvé que des graines de Balsamines, de Basilic, exposées aux rayons verts d’un vitrage, germaient le deuxième jour; sous l'influence des rayons violets, le troisième ; sous les rayons jauneset oranges, le quatrième ; sous les bleus, le cinquième ; et enfin dans un compartiment semblable aux autres, mais sans vitraux et exposées-à la lumière blanche (non décomposée), les graines ne germèrent quele neuvième jour, toutes les circonstances étant égales d’ailleurs (sauf la couleur des vitraux). Les cotyles de ces plantes, qui sont foliacés et qui conséquemment prennent (à la lumière) la teinte verte, se colorèrent davantage sous les rayons verts et sous les violets, qu’à la lumière à rayons réunis (lumière dite blanche). Les plantes exposées aux rayons bleus s’allongèrent le plus, et celles qui prirent le moins grand développement, furent celles soumises aux vitraux verts.

Nous avons vu que la lumière active d’une manière énergique l'accroissement des plantes. On sait que l'été, en Sibérie, est trèscourt, et que le printemps y arrive brusquement ; peu de jours après la fonte des neiges, la contrée est toute verdoyante, la croissance des plantes y étant très-rapide, jouissant très-longtemps, dans

LUMIÈRE. 45 les 24 heures d'une journée, d'une lumière très-prolongée. Les plantes alpines, beaucoup plus éclairées et pendant plus longtemps que celles de la plaine, opèrent promptement leur fleuraison et leur fructification, malgré la fraicheur de ces hautes régions ; on sait aussi qu'elles y sont vivement colorées. Il est probable que l’un des obstacles au développement des plantes de ces régions élevées, transportées dans la plaine, est la moindre quantité de lumière que nous ne pouvons en outre leur donner qu'unie à une température élevée.

En pleine lumière, les plantes prennent toujours une direction perpendiculaire; mais lorsqu'elles sont plus particulièrement éclairées d'un seul côté, elles se dirigent vers ce point. Ce n’est ni l'air, ni la lumière qu’elles vont chercher, comme le disent les jardiniers, mais la tige et ses ramifications sont vivement éclairées d’un côté, tandis que l’autre ne reçoit que la lumière réfléchie. La partie éclairée organise plus activement ses tissus; ils sont plus serrés que ceux du côté moins éclairé qui, étant plus lâches, ne peuvent équilibrer la force de traction exercée par ceux qui sont plus rigides.

TISSIER à prouvé depuis longtemps la fausseté de l'explication des jardiniers, qui disent que la plante va chercher l’air. Ce savant agronome avait mis des plantes vivantes et vigoureuses dans une cave percée de deux ouvertures: l’une, fermée par une porte vitrée, permettait à Ja lumière de pénétrer à travers les carreaux et interceptait l'entrée de l'air; l’autre, qui n’offrait aucune possibilité à l'entrée du jour, donnait sur un vaste hangar obscur. Les plantes furent toutes dirigées vers l'ouverture vitrée (et nullement du côté par où l’air s’introduisait sans cesse).

On ne peut donc dire, comme tant de personnes semblent le croire, que les plantes vont chercher la lumière, qu’elles vont chercher l'air; mais il est bien évident qu’elles sont dirigées vers le point le plus éclairé, en raison du développement inégal des forces vitales et de l'organisme différent du côté éclairé, oppositivement à celui qui ne reçoit que la lumière (et le calorique d’ailleurs) réfléchi. Ce n’est donc réellement ni une suite de l'intelligence de la plante, puisqu'elle n'a ni cerveau, ni nerfs, ni muscles, niun effet

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