‹ Description culture et taille des muriersChapitre 27 sur 85 · TO NS OR AREAS · texte numérisé non relu

TO NS OR AREAS

100 parties.

60 AMENDENENTS.

On trouve aussi dans les cendres de houille de faibles proportions de sels alcalins qui, ordinairement, échappent à l'analyse : parfois 1 pour 100.

On amende les sols salés en les arrosant abondamment d’eau douce, et aussi en jetant dessus des fragments de roseaux, de genêts, de massettes et autres plantes aquatiques (4), sur lesquelles l’eau salée dépose, par l'évaporation, les cristallisations de chlorure de soude, entretient dessous une certaine humidité, ce qui permet encore à ces terrains de produire des froments.

Quelques terrains sont formés essentiellement de silice d’une extrême finesse (mêlée d’un peu d'argile). Ces sols deviennent si compactes et si imperméables qu'ils tiennent l’eau. Comme ils manquent complètement de calcaire, on les amende par de grandes proportions de chaux vive, qui se transporte beaucoup plus économiquement que du gravier, quirendrait ces sols bien plus perméables.

2m $. Chaux. Pour cela on dispose la chaux (vive) en petits las (ce que pourrait contenir une brouette), distants de 5 à 6 mètres, on les couvre de terre. L'humidité du sol et de l'air hydratent la chaux ; elle se réduit en poussière impalpable. On la répand à la pelle sur le sol par un temps calme et un peu humide, et on laboure ou bien l’on herse.

Le chaulage des terrains (qui manquent de ce principe) a produit les meilleurs résultats. Puvis a étudié dans les plus grands détails cette opération dans le département de l'Ain, et il a publié un beau travail sur ce sujet. 3,000 hectolitres de chaux ont été dispersés successivement sur 32 hectares de terrain, dans l’espace de neuf ans. Ils ont doublé le rendement des céréales d'hiver.

Toutes les chaux ne sont pas identiques. On nomme chaux grasse (chaux à bâtir), celle qui contient le moins d'argile. Elle augmente beaucoup en volume quand elle est pénétrée par l'eau; on s’en sert surtout pour la construction de nos maisons. La chaux

(4) Ces diverses substances sont toujours recherchées dans le Midi.

AMENDEMENTS. Gi hydraulique (chaux maigre), possède la propriété de durcir sous l'eau ; elle prend peu d'expansion, (foisonne peu, disent les agriculteurs). M. VIcaT a prouvé que cette faculté de durcir sous l'eau était due à une certaine proportion d'argile mêlée à du carbonate de chaux. Par la calcination, les éléments de l'argile, la silice et l’alumine réagissent sur la chaux ; il se forme des silicaies de chaux et d’alumine avec excès de base. Par l’hydratation (humectation), ces matières fixent de l’eau et se solidifient. Comme ces silicates sont insolubles, ou plutôt extrèmement peu solubles, ils se conservent sans altération sensible, alors même qu'ils sont submergés.

Ce n’est pas la chaux hydratée qu'il faut mettre pour les sols dont la base est siliceuse ; il faut, au contraire, faire choix de celle qui, sous un poids et un volume donnés , produit le plus grand effet lorsqu'elle est réduite en poudre. On emploie presque toujours la chaux (grasse) calcinée, ou autrement dit l’oxide de chaux (ou calcium, aussi nommée chaux vive) ; mais on pourrait très-souvent utiliser son carbonate (pierre à chaux) grossièrement pulvérisé. Comme amendement proprement dit, il diviserait beaucoup mieux les sols argileux ou ceux dont les molécules siliceuses sont entièrement fines. Mais la chaux vive ou calcinée produit un tout autre effet: c’est de rendre solubles les matières organiques que contient le sol. Si l’on tenait x faire usage du carbonate de chaux, il serait très-facile de distinguer, à l’état de pierre, du sulfate de chaux (plâtre), ce dernier se rayant facilement sous l’ongle, ce qui n'arrive pas au carbonate. D'ailleurs, une goutte d'acide, versée sur la pierre à chaux, produit de suite une effervescence (bouillonnement), ce qui n'a pas lieu sur le sulfate, son acide (sulfurique) étant trop adhérent à sa base (oxide de calcium) pour pouvoir s’en séparer.

3e $. Le sulfate de chaux (pierre à plâtre ou gypse) se trouve moins souvent dans nos contrées que la pierre à chaux. Il est en masses grenues ou fibreuses dans les terrains de formation trèsrécente. Il est composé de #1 1/2 parties d’oxide de calcium et de 58 1/2 d'acide sulfurique. L'eau n’en dissout que 1/460 de son poids. Privé de son eau de composition (cachée) par une haute tempéra-

ture , il devient sulfate de chaux anhydre (plâtre). On le réduit en poudre après sa déshydratation (évaporation de l’eau latente) ; on le tamise, et comme il est très-avide d’eau, qu'il absorbe avec une grande activité, cette eau s’unit à lui, etils forment ensemble un corps solide. L'excès de l’eau qu'il a absorbée se dissipe très-lentement, et lorsqu'il est sec, il n’en renferme plus que près de 21 centièmes, quantité qui en avait été chassée par la calcination. On nomme plâtre éventé celui qui s’est déjà approprié quelques parties de l'eau atmosphérique. Quand on le mêle à l’eau (gâche) , il absorbe d'autant plus lentement qu'il s’est déjà en partie saturé (rassasié) d'eau.

Une calcination trop forte prive le plâtre de la faculté d’absorber l'eau. Dans cet état, il n’est plus propre aux constructions.

C'est vers le milieu du xvirr° siècle que le pasteur MAYER en étudia les effets, d’après les renseignements qu'il reçut de HEHLEN, en Hanovre. On le considéra d’abord comme un engrais universel ; mais, après un grand nombre d'expériences, il fut bien prouvé qu'il convient surtout aux prairiales de la famille des Fabacées (Légumineuses), comme Trèfle, Luzerne, Esparcette, et qu'ilestsans action (appréciable) sur les herbes les plus fréquentes dans nos prés telles que Festuques, Paturin, etc., etc., qui appartiennent , ainsi que les céréales, aux Triticacées (ou Graminées). Des expériences comparatives ont prouvé que l'Esparcette ( Onobrychis sativa) plâtrée produisait une fois plus en feuilles et en graine que celle qui ne l'était pas. SmiTH à fait répandre sur un champ de Trèfle blanc (Trifolium repens) environ 5 hectolitres et 1/2 de plâtre le 22 mai. Ce trèfle, qui d'abord était très-pâle ,-prit de suite une vigueur remarquable, malgré qu'il n’eût pas plu depuis la dispersion du plâtre. L'ombrage que son feuillage produisit défendit le sol de l’action directe du soleil, qui brûla presque toutes les parties qui n'avaient pas été plâtrées. Il paraît que pour qu'il réussisse bien visiblement, il faut que le sol ait été fumé avec des engrais azotés. On croit d’ailleurs que le sulfate de chaux ne réussit bien que sur les sols qui manquent de chaux.

4e $. La Marne est un mélange de carbonate de chaux et

d'argile, ou aussi quelquefois d'un peu de sable fin. On désigne ses

différentes doses par les noms de Marne argileuse, M. très-argi-

leuseet M. sablonneuse.Mais quelque modification qu’on rencontre, le carbonate de chaux domine toujours.

M. DE GASPARIN dit que pour expliquer la formation de la marne, il faut supposer que des bancs d'argile ou de sable aient été couverts d’eau surchargée d'acide carbonique, et qu’elle tenait en dissolution une grande quantité de bicarbonate de chaux. Cette eau, pénétrant à travers l'argile ou le sable, et l'imbibant, aura laissé par sa dessication des particules de carbonate de chaux entre toutes les parcelles de l’un de ces corps, et s'il s'est trouvé des vides, le carbonate de chaux (ou chaux carbonatée) s’y sera aggloméré, et aura fourni des espèces de nœuds ou concrétions purement calcaires. C’est ainsi que l’on peut concevoir que les argiles sont devenues marneuses, et que les marnes sont mélangées en diverses proportions et présentent différents modes de compression.

Quoique la marne ne soit qu'un mélange de chaux carbonatée et d'argile, à laquelle se joignent parfois la silice, l’oxide de fer, etc., ces éléments minéraux y sont mélangés d’une manière si intime, qu'il est impossible de parvenir à imiter la nature par des procédés mécaniques, tellement ils sont juxta-posés molécules par molécules. Quand on à voulu essayer de composer une marne artificielle par le mélange le plus exact possible, ce produit de l’art s’est trouvé avoir des propriétés toutes différentes de la marne naturelle, composée des mêmes éléments. L'hygroscopicité et la chaleur en sont tout autres que celles de la marne naturelle, et sa pesanteur spécifique est moindre. De ce mélange intime , de cette structure, résulte la faculté de se diviser et de se réduire en poussière, quand la marne naturelle est mouillée ou qu’elle est exposée seulement aux variations hygrométriques de l'atmosphère, à cause du changement considérable de volume qu'acquiert l'argile pénétrée d'eau.

Il est des marnes très-compactes, qui ont l'aspect du marbre, et qui cependant se réduisent en poussière à l'air hbre, et assez

üE AMENDEMENTS.

promptement en une fine poussière homogène, sans laisser aucune petite agglomération de chaux carbonatée. D'autres ont plutôt l'aspect d'un pouding, et sont de véritables mélanges de marne et de concrétions calcaires qui ne se délitent pas. Certaines marnes , ayant éprouvé les effets de l'humidité, depuis leur formation, sont délitées; elles se présentent sous une apparence pulvérulente, mêlées, quelquefois, de plus ou moins de noyaux calcaires : les unes sont grises, d'autres plus ou moins jaunes ou rougeûtres , étant colorée par le fer oxidé ; elles contiennent de 45 à 90 p. 400 de chaux carbonatée. Ainsi, les variétés de marnes sont infinies comme les circonstances qui ont pu leur donner naissance.

On observe la marne dans les terrains peu anciens. Les assises supérieures des calcaires jurassiques sont souvent formées d’argiles marneuses, et on en voit les gisements dans les dépôts les plus récents.

Le but qu'on se propose, en marnant un terrain, est d'y introduire un principe calcaire. Sous ce rapport, le marnage revient à l'addition de la chaux. Dans l’un et l’autre cas, on se place dans la seule condition favorable à une bonne incorporation : celle d’une extrême division. L'importance de cet amendement est si bien appréciée, qu'on ne craint pas d'entreprendre des travaux souterrains assez étendus pour se la procurer. THAER dit que l’usage de la marne date de la plus grande antiquité, et on n’a pas cessé d'en faire usage.

Il faut distinguer dans la marne deux effets qui peuvent résulter de son emploi : l'un mécanique, qui dépend de la présence de l’argile ou du sable ; l’autre chimique, qui résulte du carbonate de chaux et qui est équivalant au chaulage. C’est à ces deux effets que les agriculteurs rapportent toute l'utilité du chaulage.

Il est aussi probable que la marne agit utilement sur le sol, en lui livrant un principe éminemment fertilisant. Il appartient aux corps organisés par la présence des matières azotées. Souvent ces calcaires argileux, dont l’âge répond aux formations récentes, sont accompagnés de nombreux débris qui attestent la présence de ces êtres organisés, et l’on connaît plusieurs de ces dépôts qui

:NGRAIS. 65 sont formés presque en totalité de débris de coquilles. Il est quelques-unes de ces marnes qui contiennent aussi 4 ou 2 millièmes d'azote.

Comme la chaux, la marne doit être répandue très-uniformément sur le sol. On la dépose aussi en petits monceaux placés à égale distance, C’est une opinion générale qu'il est nuisible de l’enterrez quand elle est récemment extraite de son gisement, et on est dans l'usage de lui faire passer un été où un hiver, ou mieux encore toute une année en pléin air, avant de l’incorporer au sol. On croit aussi qu'il ne faut pas l’enfoncer profondément. La marne, qui doit rester l'hiver sur le champ, est déposée sur le chaume, et lorsqu'elle est désagrégée par la gelée, on l’étend à la pelle; quand on doit l'appliquer aux semailles d'automne, le dépôt se fait en été eton la répand sur les sillons au moment des labours. Celle qui n'a pas été exposée à l'air se divise rarement assez pour pouvoir être * mêlée convenablement au sol, malgré la répétition des labours, et elle ne produit que peu d'effet sur la première récolte de graine qui suit le marnage. Lorsqu'elle est très-bien étendue, on herse fortement par un temps sec, et l'on donne plusieurs labours très-peu profonds, suivis chacun d’un hersage, exactement comme si l'on avait incorporé la chaux.

La quantité de marne à placer dans un terrain dépend entièrement de la quantité de principe calcaire qui existe dans le sol : celui qui contient 3 pour 400 de carbonate de chaux n’a pas besoin de marne, quantité qui, dans le marnage d’un terrain qui ne contient pas de chaux, ne doit pas être dépassée non plus.

SIXIÈME CHAPITRE

Engrais.

Les tissus organiques, sous la puissance de la force vitale, sont protégés par elle contre l'effort destructeur des agents atmosphériques. Leur décomposition commence du moment où la vie cesse,

et que l’oxigène, l’eau et le calorique agissent simultanément sur eux. Alors, les éléments minéraux qui se trouvent engagés dans les corps organisés redeviennent libres, et peuvent se combiner les uns aux aulres.

On a nommé engrais tous les organes, dont la composition peut fournir des substances qui facilitent le développement et l’accroissement des plantes. La terre, quelles que soient sa constitution et ses propriétés physiques, ne produit de récoltes lucratives qu’autant qu’elle renferme une quantité suffisante de matières organiques, sous un état plus ou moins avancé de décomposition. Il est des sols particuliers dans lesquels cette matière, désignée sous le nom de terreau (ou humus), se trouve naturellement, comme d'anciennes forêts, des tourbières, etc. Il en est d’autres, et c’est le plus grand nombre, qui en sont totalement privés, ou qui n’en contiennent qu'une proportion très-petite. Ces derniers, pour devenir fertiles, exigent l'intervention des engrais ; rien ne saurait y suppléer, ni le travail qui les ameublit, ni le climat qui aide si puissamment à leur fécondité, ni les alcalis ou les sels, qui sont de si utiles auxiliaires à la végétation. Ce n’est pas qu'une terre, entièrement privée de débris organiques, ne puisse permettre à une graine de se développer, de produire des fleurs et des fruits, mais sa végétation en est lente et imparfaite dans de semblables conditions, et l'industrie agricole ne saurait se contenter d’un sol qui approcherait de ce degré de stérilité primitive.

Les plantes et les animaux, considérés dans l’ensemble de leur constitution, renferment de l’eau toute formée, ou ses éléments : du carbone, de l'azote, du phosphore, du soufre, des oxides métalliques combinés avec des acides sulfuriques, phosphoriques, des chlorures, des bases alcalines et ces mêmes bases combinées avec des acides végétaux.

Les agronomes avaient divisé les engrais en ceux qu'ils nommaient stimulants ou salins et ceux qui étaient retirés des matières organiques. De pareilles distinctions n’ont rien de réel. On doit nommer engrais tous les agents qui peuvent augmenter la fécondité du sol. D'après cela, le plâtre, la chaux, la marne et les cendres sont

ENGRAIS. 67 réellement aussi bien des engrais que le fumier d'écurie, le sang et l'urine; en un mot, tous les débris végétaux et animaux qui doivent être recueillis avec le plus grand soin. D'après cela, on comprendra que le meilleur engrais, celui qui est le plus employé, es: d'une nature très-complexe, et réunit tous les principes fécondants exigés pour les cultures ordinaires. Un semblable fumier contient tous les éléments minéraux et organiques nécessaires. C’est l'association de ces deux ordres de principes qui constitue l’engrais normal, nécessaire aux diverses cultures.

Les substances organiques qui s’altèrent le plus promptement sont celles qui renferment le plus d'azote. Soumises aux agents atmosphériques et abandonnées à elles-mêmes, elles donnent bientôt tous les signes de la putréfaction ; il s’en exhale une odeur fétide. et le résultat de leur décomposition est leur réduction en gaz, en sels à base d'ammoniaque et en substances terreuses souvent insolubles, ou qui le sont très-peu.

Si l'urine de tous les animaux renferme les mêmes principes, ce doit être l'une des substances les plus propres à Ja végétation.

On à trouvé dans l'urine de l’homme :

Carbone! 8 2 ei Anosrat 20,0 Hydrogèneltsrucos chou 6,6 Okisbné sien oh à M El 26,7 Mamie Lénine et! 46,7

Les matières dissoutes dans l’urine, comme le mucus de la vessie, éprouvent, en contact avec l'air, une modification qui les fait comporter comme ferment à l'égard de l’urée. Par leur influence, les éléments de l’eau réagissent sur cette matière et latransforment en carbonate d’ammoniaque.

Les substances organiques, placées dans certaines circonstances, éprouvent des altérations profondes lorsqu'elles sont en contact avec l’oxigène de l’air, et l’agriculture a souvent intérêt à activer ou à retarder cette composition. Humectées et exposées à une température au-dessus de 9 ou 40 degrés, elles s'emparent de l’oxigène,

l'absorbent en partie pour former de l’eau en l’unissant à leur hydrogène et de l’acide carbonique aux dépens de leur carbone. Lorsque ces matières sont accumulées en assez grande masse, la chaleur produite se dissipe moins rapidement, la température s'élève et favorise la réaction, au point de faire succéder une combustion ardente, un incendie, à Ja combustion lente qui s'était d'abord manifestée. Ainsi, on voit prendre feu à du foim entré trop humide dans les granges, et la température toujours élevée des chiffons humectés dans les pourrissoirs des papeteries, la production d'acide carbonique qui a lieu dans ces circonstances, montrent que c’est avec raison que l’on assimile ce genre d'action au phénomène de la combustion.

La combustion lente n'est pas particulière aux substances organiques azotées ; celles qui sont privées d'azote l’éprouvent également. Le bois, la paille et les feuilles, qui en contiennent très-peu, finissent par se transformer en une substance brune , presque noire quand ils sont mouillés ; ils se pulvérisent quand ils sont secs. C’est ce qui constitue le terreau (ou humus). L’atmosphère continue à exercer son action sur lui; ses éléments combustibles se dissipent en brülant lentement, et donnent lieu à de l’eau et à de l’acide carbonique; mais, dans cette décomposition ultérieure, on ne remarque plus ces produits fétides qui caractérisent la fermentation putride. De la sciure de bois humectée, placée pendant quelques semaines dans de l’oxigène, forme une certaine quantité d'acide carbonique ; le volume du gaz ne diminue pas sensiblement, et le bois devient d’un brun foncé. Plusieurs expériences de THÉOD. DE SAUSSURE prouvent que le bois mort ne fixe point l'oxigène atmosphérique, et l'action se passe comme si le carbone de la matière organique éprouvait seul l'effet de l’oxigène. Cependant, la perte éprouvée par le ligneux, durant son séjour dans l’eau, est plus forte qu’elle ne devrait être, si du carbone seul était éliminé ; d’où l’auteur conclut qu'en même temps que le ligneux abandonne du carbone, il laisse échapper de l’eau de combinaison. En conséquence, la proportion relative du carbone doit augmenter dans le bois humide, altéré par l'atmosphère, puisque, par cette action, on

ENGRAIS. 69 a constaté que le ligneux perd plus en éléments de l’eau qu'en carbone.

Le bois, qui se corrompt sous l'eau, sans contact direct avec l'air, subit une modification différente ; il blanchit au lieu de noircir, et le carbone, loin d'augmenter, diminue. DE SAUSSURE pense que ce genre d'altération tient principalement à la perte des principes solubles et colorants du bois, principes qui renferment plus de carbone que le ligneux lui-même : de sorte que le ligneux pur, exposé humide à l'action de l'air, donnerait un produit analogue à celui qui résulte de la décomposition sous l’eau. Aussi, les chiffons de chanvre et de lin, humectés, réduits en pâte, destinés à la fabrication du papier, sont-ils blancs et peu cohérents. La masse, qui s'échauffe beaucoup pendant cette opération, perd environ 20 p.100 de son poids primitif. C'est ce qui arrive, par l’action alternative de l'eau et de l'air, au bois pourri, qui devient blanc et friable.

Du bois de chène, parvenu à son état de décomposition, contenait, suivant LIEBIG :

GAbone ed NS SC ter rtf DORE, 1, Céé OS ir Ce DER ar x. He CEE CORNE SR NE © PAC RAS

Ces nombres, comparés à la composition du bois de chêne inaltéré, prouvent que, pendant sa modification, le bois a perdu du carbone, et que, d’un autre côté, il a gagné de l'hydrogène. Les éléments de l’eau ont donc dû intervenir et se fixer pendant la réaction. Le ligneux, qui se pourrit sous l’eau, n’est pas, par cela même, complètement à l'abri de l'atmosphère ; l'eau tenant toujours de l'air en dissolution, et l'oxigène de cet air réagit nécessairement comme s’il se trouvait à l’état gazeux.

L'emploi des alcalis, comme moyen d'accélérer la destruction des substances organiques, est connu depuis longtemps; c’est ainsi qu'on stratifie les fougères, la paille, les rameaux d'arbres avec de la chaux vive pour faciliter leur désorganisation, et, par suite, leur

Jécomposition. Un caractère propre à toutes les substances végétales qui se décomposent, et qui devient d'autant plus prononcé que la décomposition avance vers sa dernière phase (la production du terreau), c’est l'apparition d’une matière brune, peu soluble dans l'eau , et se dissolvant facilement dans les alcalis; c’est l’albumine que M. POLYDORE BouLLAY a constamment reconnue dans les eaux du fumier.

DE SAUSSURE définit le terreau végétal, la substance noire qui recouvre les plantes mortes, après qu’elles ont été exposées pendant longtemps à l’action combinée de l’eau et de l’oxigène. Ses expériences ont été faites sur des terreaux presque purs, c'est-àdire séparés au moyen d’un tamis des “débris végétaux qui y sont presque toujours mêlés. Ils avaient été recueillis soit sur des rochers élevés, soit dans des troncs d'arbres, où ils n'avaient pas été altérés par des causes étrangères à celle de la décomposition spontanée qui les avait produits. Tous ont paru fertiles, surtout lorsqu'ils ont été préalablement mélangés avec du gravier, qui permet l'accès facile de l’eau et de l'air. En brûlant comparativement, en vases clos, divers terreaux et des plantes semblables à celles qui les avaient formées, et en recueillant le charbon et les matières volatiles el gazeuses, DE SAUSSURE a reconnu qu'ils contiennent, sous le même poids, plus de carbone et d'azote que les plantes d’où ils provenaient. La plus forte proportion d’azote, dans la plante décomposée, semble indiquer que, pendant son altération, elle ne laisse pas dégager cet élément. 4 faut cependant ajouter à cette cause les dépouilles que peuvent laisser les insectes qui vivent dans le terreau.

La soude et la potasse se dissolvent complètement en émettant de l'ammoniaque. Celui qui est épuisé par des lavages à l'eau et qui est exposé ensuite à l’action de l’eau et de l'air pendant trois mois, a donné, par de nouveaux lavages, de la matière soluble. Le terreau se détruit à la longue , dans Fair, par une combustion lente.

Ce fait capital, qui ressort des belles expériences de THÉOD. DE SaussurE, le résultat directement applicable à la théorie des

ENGRAIS. “01 engrais, c'est que de terreau se brûle lentement lorsqu'il est en contact avec l'air, et que, pendant toute celte combustion très-lentement prolongée, il est une source continuelle d'acide carbonique.

L'autre corps, important dans les engrais, est l'acide azotique. li est dû à la combinaison de l'azote et de l’oxigène au moyen de l’eau, et, d'après CAVENDISH, à une suite d'étincelles électriques.

Nous avons déjà fait pressentir l'importance de l'azote sur la vie, et surtout sur le grand développement que peuvent acquérir les plantes; nous devons actuellement indiquer un procédé pour en apprécier la proportion soit dans les terres, soit dans les engrais , car il fait l’une des richesses du sol. Si l'on veut, dit M. DE GaspariN, se borner à connaître cette richesse dans le moment actuel, et à l’époque où l'on se trouve d’une rotation, le dosage de l'azote est un excellent indice de la convenance d'appliquer immédiatement de nouveaux engrais au sol, ou de la possibilité de différer la fumure. Mais quand on veut apprécier la valeur intrinsèque du sol, sa faculté de retenir avec ténacité une plus ou moins grande quantité de principes azotés, c'est sur la portion de terrain qui n’a pas reçu d'engrais depuis longtemps qu'il faut opérer. Cette distinction est importante et nécessiterait peut-être que l’on répétèi l'analyse sur le même terrain à ces deux états différents. La première apprendrait l’état actuel de la terre, aidé parles fumiers et la culture, c'est celle qui doit servir de base à l'appréciation ; la seconde indiquerait jusqu'à quel degré une culture négligée pourrait faire descendre ce terrain. Ce degré dépend de la composition minéral: du sol. En faisant cette analyse, on verra qu'il est des terrains trèsdifficiles à épuiser, tandis que d’autres abandonnent tous leurs prin cipes fertilisants avec une grande facilité.

La plupart des terres en contact avec des animaux vivants, Île: décombres des bâtiments qui ont été habités, des anciens murs ei terre, le sol des écuries, des étables et des caves contiennent de: nitrates. Dans les contrées où les pluies sont rares, dit M. Boussix\- GAULT, et où, par conséquent, ces sols sont peu solubles et peuxer: s'accumuler dans le sol, en Egypte, par exemple, les mines ces

anciennes villes sont de véritables nitrières. Ce sel se manifeste dans uos exploitations agricoles; il prend naissance dans la confection des fumiers, au milieu de nos champs en culture. Nous le retrouvons enfin dans les plantes que nous récoltons, et nous sommes d'autant plus intéressés à découvrir son existence , à constater son action, qu'il nous est encore impossible de dire si ce nitre contribue à la production des principes azotés qui entrent dans l’organisation des plantes. Nous voyons que dans les nitrières artificielles, on cherche à réunir les circonstances sans lesquelles les azotates ne se forment pas dans les écuries ; on met en présence des matières azotées et des carbonates terreux ou alcalins. La nécessité où l’on est, dans les nitrières, de faire intervenir des matières d'origine animale, fait penser que la plus grande partie d’acide azotique qui se produit, provient de l'azote des matières animales, soit que cet azote se combine avec l'oxigène de l'air, ou avec celui des principes organiques ; mais nous ignorons encore par quelle voie s'effectue cette acidification.

L'engrais destiné à fertiliser la terre a pour origine les déjections des animaux et la litière, employée dans un double but de propreté et de salubrité. Ainsi, les substances qui concourent journellement à augmenter la masse des fumiers sont la paille, beaucowp de débris végétaux et les exeréments des animaux. Elles contiennent, en outre, des éléments inorganiques qui entrent dans leur composition, les diverses substances minérales qui sont indispensables au développement des plantes.

Les substances organiques, introduites dans le canal alimentaire des animaux, y subissent d'importantes modifications au moyen des forces vitales et des divers sues qui les ont pénétrées. Les vaisseaux absorbants puisent dans les intestins les sucs nutritifs extraits des aliments, et les parties devenues inutiles sont expulsées au dehors. La matière organique, qui a subi une première modification dans le corps de l'animal, comme celle qui est exposée, après la mort, aux influences réunies de la chaleur, de l’eau et de l’oxigène de l'air, éprouve de profondes modifications et passe par une suite de transformations à un état de composition de plus en plus simple.

ENGRAIS. 13 Nous avons déjà vu que les tissus, faisant partie des êtres vivants, se trouvent protégés contre l’action destructive des agents atmosphériques, mais que cette protection ne s'étend pas au-delà de la vie des plantes et des animaux.

Les soins à donner à ces substances en décomposition sont d’une grande importance en agriculture ; ils font toute sa richesse. On doit disposer l’engrais de litière par couches régulières, et avoir grand soin de ne laisser aucun vide. Il faut aussi qu'il soit d'autant plus tassé, qu'on veut l'employer plus tard ; car, moins il se trouve d'air entre la paille, plus la fermentation est lente ; et comme on esl obligé souvent de le garder pendant quelque temps avant de l’employer, et qu'un fumier trop décomposé a déjà perdu une partie de ses principes gazeux, il faut en général retarder autant que l'on peut cette décomposition. Si, sans nuire à la facilité du chargement des charrettes, on peut ombrager le fumier par quelques arbres qui empêchent sa grande dessication, c’est le seul abri qu'on doive lui donner. Si les matières à employer pour le confectionner sont variées, il est préférable de les étendre par couches égales, plutôt que d’en faire un tas à part; à moins, cependant, qu'on ne tienne beaucoup à l’employer à la culture particulière d’une plante.

D'ailleurs, les engrais provenant des mêmes animaux offrent souvent plus de différences, d’après l’âge et l'alimentation, que ces divers fumiers n’en présentent entr'eux.

Lorsque les litières imprégnées de déjections animales sort accumulées en quantité suffisante, la fermentation ne tarde pas à se manifester par une certaine élévation dans la température et le dégagement des vapeurs ; comme au nombre des produits volatils se trouve du carbonate d'ammoniaque, il importe de la ralentir. On y parvient en tenant la masse dans une humectation convenable et en ménageant le plus possible l'action de l’air. L'addition journalière de nouvelles matières contribue à empêcher la dispersion des principes volatils qu’il est si important de retenir dans les engrais. Réparties avec intelligence, elles deviennent un obstacle à l'évaporation, et préservent les couches inférieures du contact trop Grecl

de l'oxigène. Tant que le fumier est entretenu de cette manière, la fermentation est faible.

THAER s’est assuré que l'air recueilli à la superficie des fumuers, soumis à une fermentation modérée, ne contient pas beaucoup plus d'acide carbonique que celui pris au loin dans l'atmosphère. Un vase, renfermant de l'acide nitrique, ne produit pas non plus quand on le place dans le voisinage de la masse de fumier en fermentation, ces vapeurs blanches et épaisses, caractère certain de la présence de l’ammoniaque. Il importe d’enlever le fumier avant que les couches supérieures, récemment ajoutées, soient en voie d’altération, autrement la masse tout entière entre en pleine fermentation, et les matières volatiles, n'étant pas arrêtées au passage, s’échauffent. Un moyen de prévenir cette perte, dans le cas assez rare où l’on aurait un motif pour laisser consommer la masse sur toute son épaisseur, serait de la recouvrir de terre, dans laquelle viennent se condenser les gaz. La terre, qui aurait servi de couverture, serait ainsi transformée en un engrais puissant.

On empêche aussi la dispersion du carbonate d'ammoniaque, en faisant intervenir certains sels, capables de transformer le carbonate ammoniacal en sel fixe. La fermentation tumultueuse peut aller jusqu’à l'inflammation dans le fumier de cheval, si on néglige les précautions nécessaires et une humectation convenable.

Le fumier a une couleur d'autant plus fauve, qu'onle prend à une plus grande profondeur; près du sol, il est complètement noir; l'odeur qu'il répand est celle de l'acide hydrosalfurique. On y reconnaît du sulfure de fer, qui est une conséquence de la décomposition des sulfates par l'influence des matières organiques. C'est à ce signe que M. BoussiNGauLT reconnaît la bonne confection des fumiers de ferme. La présence des sulfures et des hydrosulfates d'ammoniaque n’a rien d’alarmant pour la végétation; car, à peine l’engrais est-il étendu sur le sol, que ses produits se transforment en sulfate, et bientôt il émet cette odeur musquée qui lui es! particulière.

il est d'usage, dans quelques villages, d’entasser le fumier dans l'écurie ou l'étable, de le couvrir de paille chaque jour, ce qui, avec

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