PAT
ENGRAIS. 15 le piélinement du bétail, tend à arrêter toutes les émanations gazeuses. On ne remarque pas une très-mauvaise odeur dans ces endroits; les animaux paraissent y respirer sans trop d'inconvénients si l’on a soin de laisser à l'air une circulation convenable. Cette méthode ne peut être praticable que pendant l'hiver, quand le bétail ne reçoit qu’une nourriture sèche; car, lorsqu'on les nourrit avec du fourrage vert, l'urine est trop abondante pour que l’on puisse sécher la litière par de nouyelle paille.
Ce liquide, qui s'écoule des fumiers en décomposition, est utilisé, non-seulement pour les arroser, mais le surplus doit être recueilli avec le plus grand soin, pour l’arrosage des jardins et des prés. Souvent même, comme il est assez concentré, il ne faut s’en servir qu’au moment où il pleut, ou bien peu avant la pluie. Cette abondante source d'engrais est quelquefois perdue et coule dans les cours et dans les villages, et le peu de soin que l’on met à produire des engrais occasionne d'énormes pertes pour l’agriculture.
Les substances organiques ne deviennent susceptibles de favoriser la croissance des plantes, qu'autant qu’elles ont subi une décomposition qui modifie leur nature. Le fumier frais, introduit directement dans les terres, y éprouve la même altération que lorsqu'il est déposé en tas. Il présente cependant cette différence , qu'étant disséminé dans une grande masse de terre, sa décomposition s'opère plus lentement qu'entassé. GAZZERI s’est livré avec une grande persévérance à des travaux qui ont eu pour objet de montrer que l'usage dans lequel on est généralement de laisser putréfier les engrais, avant de les condaire sur les terres, occasionne une perte considérable en principes fertilisants, et qu'il est avantageux de les employer tels qu'ils sortent de l'écurie. Ce chimiste a aussi voulu savoir s’il était réellement nuisible d'employer les engrais non fermentés. Il a fait croître du froment dans une terre qui avait reçu une grande quantité de colombine, qui passe pour l'un des engrais les plus actifs. Du crottin de cheval, récent et mêlé à la terre dans la proportion d’un quart de volume, n’a mis aucun obstacle à la végétation.
Davy à déjà prouvé que durant la décomposition du fumier, il
se perd des gaz, dont l'action peut être utilisée par les racines. a introduit du fumier dans une grande cornue, dont le bec se
rendait sous le gazon. En quelques jours, l'herbe, exposée aux émanations de la cornue, végétait avec vigueur.
Pour connaître la perte en poids éprouvée par les fumiers, GAZZERI les a soumis à la putréfaction après les avoir pesés. Il a ensuite, non-seulement constaté leur poids, mais il a encore déterminé la proportion des matières fixes et-celle des gaz. Pour le fumier de cheval, il a trouvé qu'il perdait, en quatre mois de fermentation, plus de la moitié de la matière sèche qu'il contenait avant la putréfaction. Dans le plus grand nombre de fermes, on ne porte le fumier sur les terres que lorsqu'il a fermenté ; cela tient à ce que son accumulation est presque une nécessité de la position et des instants où l’on peut facilement l'utiliser.
Dans la grande culture, le transport des engrais n’a lieu qu'aux époques où les terres sont vides; on est donc souvent obligé de les conserver pendant l'été. BoUSsINGAULT dit qu'en Alsace on les porte sur les terres toutes les fois que les circonstances le permettent, sans s’astreindre à leur état plus ou moins avancé de putréfaction ; mais la nécessité oblige, le plus souvent, de les laisser entassés pendant quelque temps.
L'engrais est, au bout de trois mois, à demi-consumé, et c’est peut être l’état où il est réellement le plus convenable de l'introduire dans le sol. Il s’enterre facilement, et ses principes fertilisants sont déjà assez abondants pour agir plus promptement que ne le ferait un fumier récent. Dans les pays chauds et humides, il est à peu près indifférent d’enterrer ces fumiers nouveaux, la témpérature accélère leur décomposition ; mais il n’en est pas ainsi dans les pays froids : dans ceux-ci, le sol peut conserver intactes les substances organiques enfouies. Il convient alors de répandre les fumiers en partie décomposés, et il n’y a aucun doute que ce soit pour cette raison qu'on emploie en Suisse des engrais liquides fermentés, dont l'action est instantanée. C’est avec de telles matières qu'on active en Flandre les cultures industrielles. On s'en sert aussi très-avantageusement
ENGRAIS. pd
dans nos contrées, pour les plantes potagères et pour celles qui sont en vases.
L'un des moyens, pour utiliser complètement les engrais frais, consiste à les déposer dans les sillons à mesure que la charrue les trace; ils sont recouverts en ouvrant le sillon suivant. Les terres destinées à être fumées au printemps sont approvisionnées pendant l'hiver, lorsque le temps le permet. Il est préférable, dans ce cas, d'étendre de suite le fumier de dessus la charrette s'il doit en être couvert de suite par la charrue. La basse température empêche la fermentation et le dégagement des gaz. Ce moyen n’est cependant pas praticable dans les contrées où les pluies du printemps sont abondantes. Quand elles sont modérées, elles entraînent les parties solubles de l’engrais dans la couche supérieure. L'emploi des fumiers en couverture, lorsqu'on n’a pu les introduire dans le sol au moment du labour, est encore une preuve du peu d'inconvénient de la dispersion sur la terre. Dans le comté de Marck, la fumure en couverture des terrains déjà ensemensés en céréales, se propage de jour en jour. On fume lorsque la plante est déjà sortie de terre, et l'expérience prouve que le passage des chariots sur les champs et le piétinement des chevaux n’occasionnent pas des dommages appréciables. Ce procédé, employé très en grand, a produit d'importants résultats. En Suisse, souvent aussi, on transporte les fumiers pendant que le sol est couvert de neige, et au lieu de les mettre en tas, on fait mieux quand on les répand de suite sur cette neige. D'ailleurs, presque partout on dépose à distance le fumier en monceaux d’une ou deux brouettées, et comme souvent il y séjourne parfois un ou deux mois, on remarque facilement que les places qui l'ont reçu offrent une végétation bien plus vigoureuse. On doit donc en conclure que les fumiers en couverture ne peuvent être nuisibles, et que la fumure, délayée par les pluies et surtout en contact avec l'air, est très-utile à la végétation, qu’elle s'infiltre utilement et, en s'étendant, divise la partie incessamment active de l'engrais.
Il devenait indispensable de connaître la composition élémentaire du fumier : M. BOUSSINGAULT l’a donnée. Celui sur lequel il a opéré,
était dû à 30 chevaux, autant de bêtes à cornes et 12-20 porcs. Le mélange en avait été fait le mieux possible en formant le tas. La quantité d'humidité a été déterminée en séchant d'abord à l'air une portion considérable de ce fumier ; et, après avoir broyé le produit desséché, sa dessication était achevée au bain d'huile, à une température de 410 degrés centigrades.
En opérant sur un échantillon pris dans la masse, le fumier préparé En hiver (1837-1838), contenait 20,4 pour 100 de matière sèche.
— (1838-1839), — 22,2 — — En été (1839), — 18,6 — == En moyenne, matière sèche. . . 20,7 — lo 79,3 Lcd
L'analyse a donné les résultats suivants :
Carbone. Hydrogène. Oxigène. Azote. Ceuärces. Hiver de 1837-1838. 32,4 3,8 25,8 4,7 36,3 LE — 32,8 4,1 26,0 1,7 36,4 CES Pr SSI AS BAT MT: 260 Printemps de 1833.. 36,4 4,0 19,1 2,4 38,1 — 1839.. 40,0 4,3 27,6 2,4 25,7 2 4 Jk:56 Re Or OT SION SRE
En moyenne, le fumier de ferme, Avec l'humidité, sa compodesséché à 110 degrés, contient : | sition est représentée par :
Cine ses 35,8 7,41 Hydrogène. ....... 4,2 0,87 Oxigénessoncs ste 25,8 5,34 ArpfBe se: Ssiassx 2,0 0,41 Sels et Terre...... 32,2 6,67 Babe et bi » 719,30
La constitution des fumiers doit varier ; cependant, ceux qui ont une origine commune ne semblent pas présenter de très-grandes
ENGRAIS. 19 variations dans la proportion de leurs éléments. Ainsi, du fumier de cheval, provenant du Midi de la France, a donné à l'analyse 61 pour 400 d'humidité. 3
Jusqu'à présent nous n'avons considéré les engrais qu’à l’état de mélange, voyons actuellement quelques-uns d’entr’eux en particulier.
Si nous connaissions la composition et la quantité des déjections rendues dans vingt-quatre heures, par les divers animaux qui contribuent à la confection du fumier, il deviendrait possible de déterminer approximativement quels ont été les éléments dissipés ou utilisés pendant la fermentation. Il suflirait de comparer la matière élémentaire contenue dans les litières avec celle qui se trouve dans l’engrais fermenté. L’agronome souvent cité s’est livré à des recherches qui commenceront à établir des comparaisons.
1T$. Déjections du Cheval.
Un cheval, de taille moyenne, recevait pour nourriture du foin et de l'avoine. L'urine et ses excréments solides contenaient 76,2 pour 100 d'humidité. En 24 heures, les déjections ont pesé, humides, 45 kil., et sèches, 3 kil. 748.
On a trouvé : .
à l'état sec. à l'état humide CARDIO de 2 APN SEE 38,6 9,49 Hydrpodne..; 22700008 5,0 1,20 CRETE TS AE ra 36,4 8,66 PA) (0 y EPS MAT NE 2,1 0,65 Sois: eRROrre sn 17,3 4,13 LE 1 ANSE AE durs NAS OS PA 2 » 76,17
FRERE GOETERTES
2° $. Déjections de la Vache.
La vache, dont le fumier a servi aux expériences, était alimentée avec du foin et des pommes de terre crues. Tous les excréments réunis contenaient 86,4 d'humidité. Le poids des déjections, en 24 heures, était : humides, de 36 kil. 613, et sèches, de 4 kil. 964.
L'analyse à indiqué pour leur composition :
à l'état sec. à l'état humide.
ELEC PRIS ANNE 39,8 5,39 HydoPBne +. cn 4,7 0,64 Daitene. cs fe 20,5 4,81 AROe 2,6 0,36 Sels Et TER: db ire 17,4 2,36 RÉ Se » 86,44
3° $. Déjections de Pore.
Le porc, sur les déjections duquel ont porté les observations, avait 6-8 mois. Il était nourri avec des pommes de terres cuites à la vapeur. Tous les excréments ont perdu à la dessication 82 pour 100 d'humidité. La moyenne des déjections rendues par un porc, en 24 heures, a été : déjections humides, 4 kil. 470, et sèches,
0,750. Elles contenaient :
à l'état sec. à l'état humide.
Gibbon er nes CT 38,7 6,97 HYHEOBPRE. 222 ce L,8 0,86 DRMBRE.. ie: bare, 32,5 5,85 LOT TRE es ; 3,4 0,61 Selsét Terre: : .. 2... 20,6 3,71 AT RARE ET ee » 82,00
CR a ee
4° $. Litière.
La litière est faite, le plus souvent, avec de la paille de froment, qui renferme 20 pour 100 d'humidité. Sa composition est :
à l'état sec. à l'état desséché à l'absolu.
Carhameth té af vain 1 48,k 36,8
Hydragéneo sims ai 5,3 3,9
GORE Bras. Scan pri 38,9 28,8
Azofet d. au sind h ur 0,4 0,3
Sels ah Eee oi elite 7,0 5
Eau Pinto +8 MENU Me BH 25,0
Un cheval reçoit pour litière, par jour . . 2 kil. 00
Une vache — — .. 3 — 00
Un porc Fe == ER Re
En 24 heures, on donne en litière aux écuries et aux étables : Pour 30 chevaux (paille). . 60 kil.
— 30 bêtes à cornes. . . 90 — PEMONPORONE LE, VER GUE Paille . . .. 480 kil. Supposée très-sèche 133 kil.
Le fumier fermenté contient moins d’oxigène que celui qui n'a pas séjourné en tas ou dans les fosses ; il devrait aussi renfermer moins d'hydrogène, ce que les analyses n’indiquent pas. Mais la quantité de 4,6 d’oxigène, qui se trouve en moins, n’exigerait, pour former de l’eau, que 0,57 d'hydrogène, nombre dont on ne peut répondre dans les recherches faites sur de semblables produits.
Ce que l’on peut conclure, avec certitude, c’est que l’engrais qui a fermenté contient une plus forte proportion d'azote que Îles matières qui concourent à sa production, et qu'il est, par cette
raison, très-vraisemblable qu’on n'observe sur la totalité de ce principe qu'une perte peu importante, lorsque la fermentation est bien conduite, quand on porte l'engrais sur les terres avant que la putréfaction ait fait trop de progrès.
Ce résultat s'explique, en partie, par les recherches intéressantes de M. HERMANN, qui établissent que le ligneux, en pourrissant , enlève une certaine quantité d'azote à l'atmosphère, et le fixe. Ce gaz est, en effet, l'élément qu'il importe le plus d'augmenter et de conserver dans les fumiers. Les matières organiques les plus avantageuses à la production des engrais sont précisément celles qui donnent naissance , par leur décomposition, à la plus forte proportion de corps azotés , solubles ou volatils. Cependant, la présence de l’azote dans une matière d'origine organique ne suffit pas pour la caractériser comme engrais. La houille renferme de l'azote en quantité appréciable, et cependant son action améliorante sur le sol est entièrement nulle. C'est que cette substance résiste à l’action des agents atmosphériques qui déterminent la putréfaction, dont le résultat final est toujours une production de sels ammoniacaux, ou d'autres combinaisons azotées, favorables au développement des plantes. Tout en admettant l'importance et la nécessité des principes azotés dans les engrais, il ne faut pas croire qu'ils contribuent seuls à fertiliser la terre. Il est hors de doute que les sels alcalins ou terreux sont indispensables à l’accomplissement des phénomènes de la végétation, et on est loin d’avoir prouvé que les principes organiques, exempts d'azote, y jouent un rôle entièrement passifs. Mais, à peu d’exceptions près, les sels fixes, l’eau , les éléments et le carbone surabondent dans les engrais.
Les Sociétés d'Agriculture, et surtout les Comices, rendraient un bien grand service à l’agriculture s'ils donnaient des récompenses aux cultivateurs qui apporteraient beaucoup d'attention à la préparation et à la conservation de leurs fumiers. Pour assurer cette conservation, 1l faut d'abord empêcher le purin de s’écouler au dehors et le réunir dans un réservoir voisin, afin de pouvoir, au moyen d’une pompe, s’en servir pour arroser le fumier dans des
ENGRAIS. 83 temps de sécheresse. Il faut ensuite prendre tous les moyens pour empêcher les eaux courantes de venir le laver. En général, il ne doit recevoir que la pluie qui tombe à sa surface. Enfin, il ne doit pas avoir une trop grande épaisseur. Il ne faut pas oublier qu'une grande partie de la fertilité de la Flandre française est due aux soins minutieux que l’on met à recueillir les engrais.
En parlant des engrais en général, que l’on doit considérer comme des engrais mixtes, nous n'avons pas examiné quelques substances que nous pouvons nommer engrais animaux, Car ils sont dus seulement à cette grande classe d'êtres organisés. Comme les matières animales contiennent bien plus d'azote que les végétales, nous devons recueillir, avec le plus grand soin, tous les produits animaux dont nous ne pouvons tirer un meilleur parti. On se sert ordinairement des matières fécales et de l’urine , réunies souvent dans les fumiers, mais on les emploie aussi séparément dans un certain nombre d'exploitations rapprochées des grands centres de population.
5° $. Urine.
L'urine, qui est un liquide séparé de la masse du sang par les reins (vulgairement rognons), présente beaucoup de diversité, suivant l’espèce d’animal qui la produit. Son principe le plus caractéristique est l’urée. L'eau contenue dans l'urine en forme la plus grande portion; les substances salines s'y rencontrent en de petites quantités. L'urine du cheval renferme , d’après M. Cr- VREUL, du carbonate de soude, de chaux et de magnésie, ‘du sulfate de soude, du chlorure de soude, de l'hippurate de soude, de l’urée et une huile rousse. M. BOUSSINGAULT a remarqué , en outre, qu'à la première ébullition , il se coagule une matière azotée qui ressemble beaucoup à de l'albumine. L'urine des bêtes à cornes offre une composition analogue, avec cette différence cependant qu'elle est beaucoup plus aqueuse, et ce savant a trouvé dans ces dernières
8# : :NGRAIS.
la présence des carbonates alcalins , ainsi qu'un acide volatil auxquels elle doit probablement son odeur.
Les diverses urines analysées peuvent se représenter par le tableau suivant, malgré que le même animal, jeune ou âgé, bien portant ou malade, nourri avec telle ou telle substance, présente d'assez grandes variations dans les proportions de leurs composants :
Lion. Homme. Cheval Vache.
EXT SE. PE 84,000 93,000 94,000 65,000 Matières organiques. 13,742 4,854 0,700 5,000 Matières salines.... 1,648 1,844 5,300 30,000
Quand aux proportions relatives de matières animales et salines; on a trouvé :
Lion. Homme. Cheval. Yache.
Matières animales. ..... 866 833 116 143 —, salines..-:42; 134 167 884 857
Si l'on fait ensuite le dosage de l'azote de ces extraits, les quantités ne sont plus concordantes avec celles des matières animales trouvées ; il est donc évident que celles-ci ne représentent pas des substances identiques, et qu'on ne peut juger de la valeur d’une urine, comme engrais, sur le seul aperçu des extraits. Ceux-ci, à l'état de dessication, ont présenté à l'analyse les quantités d’azote suivantes. On a vu, par le tableau ci-dessus, que l'urine de vache est très riche en matière saline, et qu'il faut bien la recueillir.
Extrait de l'urine humaine... 17,556 et 23,108 pour 100 £= — ducheval... 12,050 —. = "‘Jbvacnes. ; 9.080 el .2,094
Généralement, on emploie l'urine putréfiée en l’allongeant d’eau pour arroser les terres ; mais, dans cet état, on est exposé à perdre une grande partie de l’'ammoniaque qui se forme pendant la fermentation. Il est donc préférable de l’employer à l’état frais et mélangée de quatre parties d’eau, ou bien , si l’on est obligé de la conserver, on doit arrêter l’évaporation de l’ammoniaque en
ENGRAIS. 85 dissolvant dans ce liquide 6 à 7 kilogrammes de sulfate de fer par 400 parties d'urine. On à fabriqué longtemps, sous le nom d'Urate, un mélange de 100 parties de plâtre, auquel on avait incorporé 100 parties d'urine, et que l’on pulvérisait ensuite. Mais on à ensuite augmenté, outre mesure, la proportion de plâtre, et encore on y à joint de la terre, de sorte que la préparation a été bientôt abandonnée. D'ailleurs, cet urate, en le supposant préparé dans les proportions indiquées, ne contient que 0,36 d’azote, et, en outre, on aurait la valeur de l'urine, l'achat du plâtre , les frais de fabrication et ceux de transports, pour représenter un engrais qui, à poids égal, aurait moins de valeur que le fumier de ferme. L’Acide urique, qui a d'abord été trouvé dans le calcul urinaire de l'homme, avait reçu le nom d’Acide lithique.
La litière la plus communément employée pour absorber l'urine des animaux à l’étable est la paille de froment, qui est en grande partie formée de ligneux. Nous avons vu qu'on pouvait y substituer de la poussière de tourbe, de la sciure, etc., ete. Cette paille contient, comme tous les tissus végétaux, un principe azoté et des matières solubles dans les alcalis caustiques. On trouve aussi dans la cendre de paille de la silice en abondance, et des sels alcalins et terreux. L'azote paraît y varier dans la proportion de 6-7 p. 100. Une analyse de paille sèche a donné à M. BoussiINeauLT :
CPRGO 4e ee Hop fe dep | ASE He n C4 DS CU nn ne rx «15 2 Oxigéne: :: -: 7) Mon ee nec fesse: ie cbr: Le vlan ds volé CHR. LA ce ee are 100,0.
Dans tous les temps, les agriculteurs ont admis que les engrais les plus énergiques sont ceux qui proviennent de substances animales. Cette opinion tradilionneue , exprimée dans le langage de la science, revient à dire que les fumiers les plus actifs
sont ceux qui renferment la plus forte proportion de principes azotés. On a vu, en effet, que toutes les matières qui concourent à la production du fumier de ferme contiennent de l'azote, et qu'il en est plusieurs , comme les acides urique, hippurique et l'urée , dans lesquels cet élément entre dans une proportion très-élevée. En considérant les changements successifs que toutes ces matières azotées éprouvent par la putréfaction , on prévoit que pendant leur transformation en fumier, elles donnent naissance à des sels ammoniacaux. Des faits agricoles, parfaitement constatés, prouvent, de la manière la plus évidente , que les sels à base d’ammoniaque doivent être rangés au nombre des agents les plus puissants pour favoriser la végétation. On sait que dans la culture de la Flandre , l'urine putréfiée est un engrais employé avec le plus grand succès. Or, par la putréfaction, l’urée se transforme en carbonate d'ammoniaque. De quel puissant engrais n’est pas privé l’agriculture par la. perte de l'urine dans les grandes villes, où elle pourrait être si facilement recueillie, au lieu d’infecter nos rues, nos quais, et vicier l'eau que nous buvons ? Dans la plupart des villages de France, ne voit-on pas le purin s’écouler de tous côtés? Et l’on se plaint de manquer d'engrais.
En Suisse, on introduit du sulfate de fer (matière à bas prix) dans des fosses à purin, aussi nommé eau de fumier, pour transformer le carbonate d’ammoniaque en sulfate, et changer ainsi un sel très-volatil et susceptible de se perdre, en un sel fixe et stable. Ces eaux de fumier, ainsi préparées, répandues sur les prés, produisent un très-grand effet.
Déjà, dès 1802, THÉOD. DE SAUSSURE avait reconnu que l'azote de l'air n’est pas absorbé directement par les plantes, et qu'elles ne se l’assimilent que dans les extraits végétaux et animaux, dans les vapeurs ammoniacales , ou autres composés azotés solubles dans l’eau.
VAUQUELIN a trouvé que l'urine de lapin renferme des carbonates de chaux, de magnésie et de potasse, du sulfalte de potasse, du chlorure de potasse, du soufre, de l'urée et du mucus.
ENGRAIS. 87 Les oiseaux se distinguent surtout par une forte proportion d'acide urique : leurs aliments influent sur cette proportion. WOLLASTON a remarqué que les excréments d’une poule qui se nourrit d'herbages ne contenaient que 2 p. 400 d'acide urique. Ceux d'un faisan, alimenté avec de l’orge, en contenaient 44 p.100. Enfin, un faucon, qui ne mangeait que de la chair, ne rendait presque que de l’acide urique.
6° $. Excréments de l'Homme.
Comme la nourriture des différentes classes d'hommes est trèsvariée, les proportions des principes de leurs excréments sont aussi tellement diverses, qu'on n'a pas encore cherché à apprécier la quantité d'azote que ces déjections renferment; mais ce qui reste de ce gaz dans la Poudrette (excréments de l'homme desséchés), qui en a déjà perdu pendant sa préparation, annonce que ces matières en contiennent en abondance, et l'expérience agricole et horticole le confirme chaque jour. D'ailleurs, les déjections de l’homme, fraiches ou desséchées, mises en trop forte proportion sur la terre, donnent une grande activité aux plantes herbacées, leur communiquent une odeur etsurtout une saveur quirépugnent aux animaux. Dans quelques parties de la Suisse, où l’on arrose journellement les jardins potagers avec les excréments humains, Fes légumes y contractent une saveur détestable. Les vachers des Alpes jettent autour des chalets les excréments des vaches /bouse); ces places restent stériles pendant quelques années, et lorsque ces matières ont été complètement décomposées, il y pousse une herbe très-belle ; mais, pendant une ou deux années, les vaches brouttent tout autour de ces anciens dépôts sans en manger l'herbe. Les excréments, incorporés avec de la terre très-carbonisée chaude, formeraient une terreengrais qui serait très-active, car les gaz qui s’y trouveraient combinés seraient utilisés graduellement par la végétation.
La Poudrette qu'on fabrique à Paris renferme 41,4 d’eau,
1,56 d'azote pour 400 à l'état normal, et 2,67 à l'état sec. Elle pèse environ 70 kilog. l'hectolitre, et coûte 7 fr, 15 cent. par 100 kilog. On en répand environ 4,750 kilog. par hectare. M. SALMON a réussi à unir, sans trop de frais, les matières fécales fraiches, en les broyant avec une terre calcaire chargée de terreau desséché. Il a oblenu par ce moyen un engrais actif, contenant tous les principes des excréments, ne les cédant qu'avec lenteur et ne communiquant pas aux plantes de saveur désagréable.
1°$. Excréments des Oiseaux.
On connait très-bien actuellement les propriétés du Guano, produit des déjections solides d'une masse considérable d'oiseaux «Ardeas et Phénicoptères), qui se trouve sur des îlots de la côte du Pérou et du Chili. Ilest en couches de 20 mètres d'épaisseur. De temps immémorial, les côtes stériles du Pérou ne doivent leur fertilité qu'à l'emploi du Guano, que les Péruviens appliquent surtout à la culture du maïs, mais à petite dose. C’estune substance, extrêmement azotée, que l’on commence malheureusement à mélanger avec divers objets de moindre valeur.
M. GIRARDIN à trouvé dans le Guano 18,4 d'acide urique sec, renfermant 6,13 d'azote et 13,0 d'ammoniaque, celui-ci présentant 10,73 d'azote. Ce serait done 16,88 d'azote que cet engrais Conüendrait.
M. PAYEN a trouvé 15,73 pour 400 dans le Guano sec, et 13,85 dans celui à l’état normal. Il a aussi analysé d’autres Guanos qui ne donnent que 6-7 pour 100. Cela peut s'expliquer, soit par la diversité des couches exploitées, soit par l’altération qu'éprouve la substance par la transformation de l’urate d'’ammoniaque en carbonate d'ammoniaque. Cette volatilité explique aussi le peu de durée des effets du Guano, si surtout on y joint la prompte solubilité de cet engrais.
G. Towxer a fait deux analvses de ce Guano : lune, odorant,
ENGRAIS. 89 contenal 66,2 d'oxalate d'ammoniaque, un peu de carbonate d’ammouiaque, d'acide urique et des matières organiques; l’autre, complètement inodore, renfermait 44,6 d’oxalate d’ammoniaque presque pur et d’eau, sans acide urique.
Les exeréments des pigeons, mélés aux débris de plumes et de graines qui couvrent les planchers des colombiers, ont pris le nom de Colombine. Elle contient à l’état normal 9,6 d’eau, 30 pour 100 d'azote, et à l’état sec 9,2 d'azote. Cet engrais n'est abondant que dans les pays où il existe de grandes fermes. Dans le département du Pas-de-Calais, on achète 100 fr. par an la colombine de 6-700 pigeons, qui donnent une forte voiture d'engrais.
Les exeréments des poules, quoique moins actifs, ont, d’après l'expérience des agriculteurs, moins de valeur que ceux des pigeons. Il faut enlever deux ou trois fois par an les excréments de ces deux oiseaux pour assainir leur demeure.
8° $. Exeréments de Moutons.
Quand aux bêtes à laine, le moyen le plus économique et le plus eflicace est de les parquer de nuit, de manière à ce qu'ils déposent les excréments liquides et solides sur un terrain donné. Ce moyen dispense de la litière, et les déjections se volatilisent moins ; en outre, on économise les transports. Le parcage, pour être très-utile, doit avoir lieu après un labour et être suivi d'un second. On doit d'ailleurs choisir un temps sec, pour éviter que le sol ne soit pétri par les pieds des moutons. On calcule la dimension du parc à raison d’un mètre carré par mouton; si on donnait plus d'étendue, on fumerait trop inégalement, car les moutons se réunissent et se serrent toujours les uns contre les autres. Une nuit suffit pour une forte fumure ; on donne une demi-fumure en déplaçant le pare au milieu de la nuit.
M. SCHMALZ ditn'avoir jamais obtenu un aussi grand effet du fumier recueilli pendant la nuit dans une bergerie, que de celui déposé
dans une nuit de parcage. Selon lui, le froment donne plus de paille après le séjour des moutons qu'après l’engrais de ferme, et le terrain est plus exempt d'herbes inutiles. Un parc de 400 moutons, pendant une nuit, équivaut à 0,56 d'azote ou 440 kilog. de fumier de ferme, ce qui représente 14,000 kilog. par hectare. Le grand effet d'une aussi faible fumure ne s'explique que par son peu de durée, car on, doit la renouveler après chaque récolte. Cette espèce d'engrais étant dans un état de division parfaite, entre de suite en décomposition, et non peu à peu comme le fumier de ferme, dont elle ne s'opère que lentement.
Les excréments de moutons sont sans action sur la teinture de Tournesol (c'est-à-dire qu'ils ne sont ni avec excès d'acide, ni avec excès d'alcali). Ils sont composés de débris de végétaux agglutinés et mêlés à des mucosités colorées par la bile.
9° $. Sang.
L'un des produits les plus importants des animaux, c’est leur sang, qui est très-riche en azote et en alcali, et constitue un engrais très-énergique ; lorsqu'il n’est pas agité après la sortie des vaisseaux, il se sépare en sérosité (ou sérum), formée de la 909 millième partie du sang; l’autre est nommée fibrine ou caillot, elle en constitue de 83 à 108 millièmes du poids. La fibrine et les globules du sang desséchés se réduisent au quart du poids primitif, et renferment 19,93 pour 100 d'azote et point d’alcali; tandis que la sérosité, composée d'environ 990 parties d’eau, de 76 d'albumine, de 24 de sels alcalins, contient, lorsqu'elle est desséchée, 15,70 pour 100 d'azote. Ainsi, le sang desséché devrait contenir en totalité 18,75 d'azote pour 100. M. PAYEN a trouvé, par l'analyse directe, 17 pour 100.
On a répandu le sang entier sur les terres, mais les caillots restent sur le sol, et les corbeaux s'en nourrissent. On a proposé de le verser par couches sur le fumier d’écurie, et ce moyen est
très-praticable; on l'a allongé de 5-6 fois son volume d'eau. M. HEYwARD a conseillé de n’employer la sérosité qu'après la séparation du caillot, dans la proportion de 3,000 kilog. par hectare. M. PAYEN l’a fait dessécher, mais alors il devient très-difficilement soluble. M. NIviÈRE l'a incorporé à chaud dans de la terre desséchée au four ; il y ajoutait aussi du charbon végétal en poudre. Ce mélange, répandu sur le sol ensemencé, y produit une très-belle verdure. Dans tous les cas, il sera préférable d’agiter le sang (si on le peut facilement), afin d'empêcher la séparation de ses deux principes constitutifs.
10° $. Noir des raffineries et Os pulvérisés.
Le Noir des raffineries qui, avec l’albumine du sang, a servi à l’épuration du sirop, ne présente que 2 centièmes d’azote pour une quantité de noir représentant 12 kilogrammes de sang sec. L'emploi des os pulvérisés, pour servir d'engrais aux Oliviers et aux Orangers, est très-grand dans les environs de Gênes. Les Anglais en font un grand usage pour leurs cultures et ils en retirent de grands avantages.
Les os seuls, réduits en poudre plus ou moins fine, sont aussi d'un très-grand usage en agriculture, surtout applicables aux arbres fruitiers. Dans plusieurs endroits, on a établi des moulins à concasser les os. DARCET a trouvé dans ces substances 43,86 de matière animale combustible et 56,14 de phosphate de chaux. Ce savant pensait qu'en employant les os comme engrais, la matière graisseuse qu'ils renferment se liquéfie par la chaleur et qu'elle s’unit à la terre sèche. Que les os, ainsi dégraissés mécaniquement, deviennent plus facilement attaquables par l'air et l'eau, et qu'alorsles réactions chimiques ont lieu; qu’une partie de la graisse et de la gélatine se convertit en ammoniaque, que celle-ci saponifie la gélatine, la rend soluble à l'eau de pluie qui, entraînant alors cet espèce de savon, le disperse dans le terrain. Cette action devient d'autant plus lente,
qu'elle a lieu sur des os plus compactes, plus épais et plus vieux. C’est parce que les os n’éprouvent qu'une décomposition presque insensible, et qu'ils contiennent, terme moyen, près de 0,40 de matière animale, qu’ils forment un engrais si durable et dont les effets sont si sûrs et si constants. C’est probablement ainsi qu’agissent beaucoup d'engrais, tels que la corne, les poils, les cuirs, les cheveux, la laine et autres débris solides des animaux. M. PAYEN à constaté que les os entiers et anciens n'avaient perdu en quatre ans que 0,08 de leur poids.
Les es et leur poudre ne peuvent avoir tous la même valeur : souvent on ne les livre au commerce, pour les pulvériser, qu'après en avoir extrait une partie de la graisse et la gélatine, et l’on ne peut y avoir une entière confiance qu'après avoir dosé leur azote. La poudre des os, non épuisés d'abord, contient à l'état sec 7,58 pour 100 d'azote. Dans l’état normal, comme on la livre au commerce, elle renferme 0,30 d’eau et se vend 12fr. les 100 kilog. Elle possède alors 5,30 pour 100 d'azote, qui revient à 2 fr. 27 le kilogramme. On assigne 10-20 ans à la durée totale de cet engrais, et l'effet en est appréciable dès les premières années. On l’emploie dans la proportion de 15-40 hectolitres par hectare.
11°$. Cornaille.
Les rognures et râpures de cornes fournissentune grande quantité d'engrais dont l’usage se répand tous les jours davantage. Il convient surtout aux Müriers et aux arbres fruitiers. Ces substances ne se décomposent que lentement quand les circonstances atmosphériques et terrestres les favorisent. Elles ne lâchent que graduellement l’azote qu’elles contiennent. On ne saurait trop utiliser tous ces produits.
12°$. Chiffons de laine.
Les débris d'étoffes en laines, les poils, les cheveux et les lavages
des laines sont aussi très-employés pour fumer surtout les vignes. Cette substance qui, à part la fabrication des papiers de laine, n’a guère d'autre usage, est utilisée dans des proportions considérables an France. Elle contient 17,88 pour 100 d'azote. En Angleterre, on en importe beaucoup du Continent et de la Sicile pour la culture du houblon. En Provence, on l’emploie dans les terrains secs pour toute sorte de culture. L'ouvrier a son tablier retroussé, rempli de chiffons, et à chaque coup de bèche il en met un morceau. On paye 180 fr. les 3,000 kilogrammes employés pour un hectare. Il dure de 3 à # ans, et remplace 45,000 kilogrammes de fumier qui coûtent 315 fr. Les chiffons de laine contiennent de 15 à 25 pour 100 d’eau. Il convient donc d'en sécher quelques kilogrammes avant d'en faire l'acquisition, pour ne pas acheter trop d’eau.
13° $. Rognures de peaux.
Les rognures de peaux, les crins, les cheveux, les plumes, les résidus de colle forte, etc., elc., sont des engrais analogues aux précédents, et dont la valeur agricole se déduit de la quantité convenable pour telle ou telle culture. Cette proportion doit être en rapport avec l’état de division dans lequel se trouve la substance ; car, plus elle est en gros fragments, moins elle agit promptement.
148$. Chairs.
La ehair des animaux, qui ne peut être utilisée par l'homme, devrait, dans le voisinage des grandes villes surtout, servir d'engrais. Tous les cultivateurs qui auraient des réservoirs voûtés et souterrains, où l’on établit une espèce de réservoir flamand , pourraient les y jeter, ainsi que beaucoup d'animaux qu'on laisse se pourrir dans les campagnes.
Dans le voisinage des grandes villes, on fait bouillir plusieurs chevaux dans une grande chaudière ; leur chair est ensuite dessé-
chée à l'air ou à l'étuve, et réduite en poudre. La chair musculaire, à son état normal, renferme plus de la moitié de son poids d'eau : séchée à l'air, elle en contient encore 8-9 centièmes ; complètement desséchée, elle a 14-25 p. 100 d'azote. Le kilogramme de ce gaz coûte donc seulement alors 1,54. À ce prix, ce serait l’engrais le moins coûteux. Hors de Lyon, dans les champs (près de la Guillotière) , on prépare pour engrais les chairs des chevaux et d’autres animaux qui ne peuvent être utlisées autrement.
15°$. Coquilles aquatiques.
Les coquilles aquatiques et les vases, ou bourbe d'eau douce, ou mème d’eau salée, ont un équivalent qui s'approche du fumier de ferme. Leur abondance, la facilité de se les procurer en grandes masses, les rendent souvent très-utiles dans quelques localités. Les sels alcalins et terreux que ces matières contiennent ajoutent à leur propriété fertilisante
16° $. Poissons.
Les poissons deviennent aussi, dans les localités où 1ls sont en excès, une source nouvelle d'engrais. Sur le littoral de la Grande- Bretagne et de l'Irlande, on fume les terres avec des poissons. On a conseillé de mêler ces débris à la chaux vive. Cette addition est surtout utile pour les huiles avariées de harengs ; il se forme alors un savon de chaux qui s'oppose à leur action nuisible sur la végétation, ce que les matières grasses ne manquent jamais de produire.
17° $. Pains de Crétone.
Les résidus de fontes de graisses pour chandelles, nommés Pain
ENGRAIS. 95 de Crétone , produisent aussi un engrais très-riche en azote. Il faut, avant de les disperser, les broyer et même les tremper dans l'eau. Tels qu'on les livre au commerce, ils contiennent 44 à 42 p. 400 d'azote. Il serait aussi convenable de les mêler à la chaux: vive, comme on doit le faire pour les poissons , les coquillages vivants, etc.
18°$. Tourteaux.
On donne ce nom au résidu des graines oléifères, alors qu'on ne peut plus en retirer d'huile. Ces tourteaux, mêlés à l’eau et fermentés, répandent une odeur qui approche de celle des matières fécales. Le tourteau seul, mêlé à l’eau et dans un état de décomposition, forme un engrais extrêmement actif pour les fleurs et les plantes potagères. Quelques horticulteurs en ont tiré de très-grands avantages. Pulvérisé et répandu sur le sol avant les labours, il a une action passagère.
Le Tourteau d’Olives à une trop grande valeur comme combustible dans le Midi, pour l'utiliser comme engrais ; mais celui de Colza, de Cameline, de Chanvre, de Féne ou Hétre, de Pavotet de Noix sont souvent employés comme engrais, si quelques-uns ne peuvent servir d’aliment aux bœufs et aux vaches. Ces graines, après avoir fourni des huiles, contiennent quelques proportions d'azote, et de plus grandes de carbone. Le tissu utriculeux des Pommes de terre, déchiré pour en obtenir la fécule, peut être aussi utilisé comme engrais, si on ne l’emploie pas pour alimenter le bétail : il en est de même des Betteraves après l'extraction du sucre. Ces substances contiennent du carbone et de l'azote. Cependant, on en tire un meilleur parti pour la nourriture des bêtes à cornes, mélées avec la paille ouétendues dans l’eau. Si l’on emploie l’un de ces tourteaux pulvérisés, il faut avoir soin de le disperser sur le sol 8-40 jours avant la pluie et avant de semer, car le peu d'huile qu’il contient encore, en contact avec des graines, les empêchent de s'humecter et de
pouvoir germer, lors même qu'elles se trouvent en minimes proportions. L’agronome GASPARIN cite un propriétaire du Midi qui, trouvant son froment sale, le fit remuer avec une pelle en bois, légèrement huilée. Le grain prit une belle couleur ; mais, vendu pour semence, ilne germa qu'un petitnombre de graines, et le vendeur fut condamné à restituer le prix du grain et à des dommages-intérêts. On ne saurait donc trop recommander d’enterrer préalablement la poudre de tourteau, ou de l’humecter avant de la semer, afin de lui faire subir un commencement de décomposition.
19°$. Engrais flamand,
On donne ce nom aux exeréments de l’homme mélangés avec toutes sortes de débris organiques, conservés dans des espèces de caves voûtées et cimentées. À leur partie supérieure est pratiquée une ouverture pour y verserles liquides, et que l’on ferme immédiatement après au moyen d’une trappe. On peut y pénétrer latéralement par une pente inclinée , au bas de laquelle est une seconde ouverture qui ferme de même. Beaucoup d'agriculteurs amènent dans ces fosses les eaux ménagères et celles des écuries ; ils y jettent beaucoup de débris végétaux et animaux. Ces citernes sont de la contenance de 2-3,000 hectolitres. On les remplit en toutes saisons et dans les moments où les autres travaux permettent de le faire. Pour être actif, ce liquide doit être fermenté pendant quelques mois. On ne vide jamais complètement la fosse, et on ajoute des matières organiques à mesure qu'on en retire. Les cultivateurs assurent que cet engrais n'éprouve aucune perte dans sa qualité, même par un séjour de plusieurs années. La fermentation lui donne une certaine viscosité. Il paraît que la stagnation de l’air et la basse température rendent la décompositiontrès-lente, ce qui expliquerait le peu de déperdition de l’engrais pendant quelques années. Il est cependant à observer qu'on y ajoute des tourteaux pour augmenter la valeur de la masse.
20° $. Engrais verts.
Les Engrais verts sont ceux qui doivent jouer le plus grand rôle dans la culture des Müriers, puisque ces arbres s’accommodent parfaitement des terrains sablonneux. Là, leurs feuilles sont dans les meilleures conditions pour la nourriture des vers-à-soie. Elles acquerront moins de grandeur, moins d'épaisseur dans ces sortes de terrains ; on en récoltera un peu moins dans une journée que dans un sol frais et humide; mais l’insecte s’en trouve beaucoup mieux si, en outre , les arbres ont été convenablement conduits, afin que ieurs feuilles soient moins aqueuses. (Voir l'article Taille, où l’on trouvera de nombreux détails sur cet important sujet.)
On peut apprécier, par ce qui à été dit, l'importance des engrais verts et les services qu'ils peuvent rendre à l’agriculture. Ceux que l'on obtient par le défrichement des prairies artificielles sont bien plus prompts et moins coûteux, parce qu’ils résultent d'une culture qui à déjà payé ses frais. Ainsi, lorsqu'on a des terres négligées, maigres, sans pâturages pour nourrir des troupeaux, sans possibilité d'acheter du fumier ou de se procurer des masses de plantes sauvages , on est dans l'absolue nécessité d’avoir recours aux engrais verts.
21° $ Lupin (ou Pois-Lour).
Nous avons vu que les plantes riches en carbone contiennent aussi une quantité d'azote assez grande pour expliquer les avantages que présentent ces sortes d'engrais. Ce moyen d'améliorer le sol, encore trop peu répandu, a besoin d'êtreencouragé , surtout pour les terrains sur lesquels il est difficile d'en transporter d'autres. Le procédé le plus simple et le moins dispendieux dans bien des cas, serait de cultiver, sur le terrain même des plantes qu'on enfouirait fraîches, aussitôt qu'elles auraient pris tout leur
développement, ou bien de transporter du voisinage des fougères, des feuilles, des bruyères, des arbustes, elc., etc., qui ne peuvent être ütilisés autrement. Les frais qu’occasionnent les engrais verts sont ceux de leur culture, la valeur de leurs graines, l’enfouissement des plantes et la rente du sol pendant la végétation. Le rapport de la somme de ces frais, à la valeur propre de l'engrais, doit déterminer l'opportunité de leur emploi. Il faut bien se persuader que des terrains, longtemps incultes, peuvent être fertilisés en y enfouissant successivement les plantes. Des pâturages, des prairies même peu productives ou qui ont besoin d'engrais, peuvent être améliorés par les débris végétaux qu'ils contiennent. Des prairies, quirapportent 15,000 kilogrammes de foin par hectare, peuvent donner un engrais équivalent à 668 kilogr. d'azote par hectare, et propre à fournir trois récoltes de froment, donnant ensemble 72 hectolitres ; celles qui n’ont point reçu d'engrais, et dont on a recueilli l'herbe qui y croit naturellement, si elles fournissent seulement 500 kilog’ de foin, donnent 167 kilog. d'azote, propre à produire 48 hectol. de froment en trois récoltes. On peut donc, d’après M. DE GASPARIN, évaluer la fertilité des gazons à 0,44 d'azote par chaque kilogramme de foin recueilli sur la prairie par récolte moyenne. La terre qui a été longtemps en prairie conserve , même après avoir perdu son azote, une grande supériorité sur les terres de même nature, qui n’ont pas élé soumises au mème traitement, à cause de la même quantité de carbone qu'elles conservent, et qui, tout en colorant le sol, l'ameublit, le rend plus poreux et plus hygroscopique.
L'emploi du Lupin blane (Lupinus albus), aussi nommé Potsloup, comme engrais, date de très-loim. Les Romains le semaient en automne pour l’enfouir au printemps, aussitôt qu'il était en fleur (mai), ou bien ils le ramassaient pour le placer au pied des vignes.
EE $, Feve.
Dans les environs de Bologne, on sème la Fève de marais (Faba vulgaris), pour engrais {en automne), sur les terrains destinés à
ENGRAIS. LE la culture du Chanvre (Carnabis sativa). C'est un moyen qui est trop peu employé, surtout dans les terrains sablonneux plantés en Müriers. Cette culture a beaucoup d’analogie avec celle du Lupin.
23° $. Spergule.
DE Wocur s’est servi, comme engrais vert, de la Spergule des champs (Sperqula arvensis). 11 semait la plante trois fois la même année et la retournait successivement. I dit ces trois fumures équivalentes à vingt-neuf voitures de fumier ou 2,900 kilogrammes par hectare, ce qui doit enrichir plus le sol qu'une récolte de seigle ne l’épuise. Le produit de la Spergule ne s'élève pas, pour la première récolte, au-delà de 3,000 kilogrammes par hectare. Les deux autres récoltes successives de la même année donnent sans doute une moindre quantité ; mais, supposons qu'elles soient égales et qu’on enterre 9,000 kilogrammes de fourrage sec, cela produit 1,062 kilogrammes d'azote ou 26,550 kilogrammes de fumier de ferme, qui peuvent rendre 47 hectolitres de seigle; c’est effectivement ce que récoltait DE WoGxT dans ses expériences.
24°$. Sarrasin.
Le Sarrasin ou Blé noir (Fagopyrum esculentum), a aussi été conseillé comme engrais. En Allemagne, on l’enterre lorsqu'il ne reste plus d'espoir d’en obtenir les fruits, à cause de la mauvaise saison. Ses débris renferment 0,54 d'azote pour 400 à l'état frais, et 0,48 après la dessication à l'air.
Däns plusieurs pays, on l’enterre en vert au moment même de sa floraison. C’est encore un bon moyen d'améliorer les terrains sablonneux, ceux surtout plantés en Müriers.
25° $. Navette.
La Navette /Brassica nupus oleifera) est depuis longtemps cultivée comme engrais vert dans les sols sablonneux. En Alsace,
on la sème après la récolte des Pois, sur un seul labour, et on l'enterre en automne, avant les gelées, par un autre labour. La culture du Froment lui succède.
On sème aussi la Navette après la récolte des Pommes de terre printanières, de manière à pouvoir l’enterrer en automne lorsqu'on sème le Seigle. 10-12 kilogrammes de graines suffisent par hectare.
26° $. Seîigle.
On a conseillé aussi comme engrais vert la culture du Seigle, du Maisetdu Tabac : celle du Seigle (Secale cereale) a offert d'assez bons résultats ; celle du Maïs, semé serré et retourné lorsqu'il a la hauteur de 50 à 70 centimètres environ, produit un excellent effet. Il faut nécessairement, avant de l’enfouir, passer un fort rouleau pour l’écraser, afin qu'il puisse être bien recouvert.
27° $ Hélianthe=Fopinambour.
Une plante précieuse, dont nous sommes loin d’avoir tiré tout le parti qu’elle présente : c’est ll'Hélianthe=Topinambour, ou Topinambour, qui peut très-bien croître dans des sols sablonneux. Cette plante, très-utile, présente plusieurs avantages fort remarquables. D'abord, elle réussit presque partout. Ses tubercules offrent un bon aliment cru ou cuit pour beaucoup d’herbivores, l'homme lui-même peut l'utiliser ; ensuite ses feuilles nombreuses, récoltées dans l'arrière saison, servent à nourrir les moutons, tandis que ses tiges, très-spongieuses, peuvent, coupées , se pénétrer trèsfacilement de l'urine et servir ensuite très-utlement d'engrais. Les . tiges sèches qu'on recueillerait pourraient s'élever à 10 ou 12,000 kilogrammes par hectare, et comme elles sont pénétrées d'assez grandes proportions d'azote, il serait plus avantageux de les réduire en fumier que de les brüler. Ces tiges ne se décomposent pas aussi
ENGRAIS. 101 vite que la paille. 1l en est de même pour celles très-utriculeuses du Froment Pétanielle. L'Hélianthe annuel ou Soleil réussirait aussi très-bien dans ces terrains pauvres en terreau.
28° $. Débris des Vignes.
Le mare de raisin peutservir d'engrais, souvent après l'avoir utilisé pour ladisüllation de l'alcool, ou, avec de l’eau pour en fare de la piquette. Il peut aussi servir à la nourriture des moutons” et il n’estsouvent employé comme engrais que lorsqu'on en aretiré toutes les parties les plus avantageuses. Quelques personnes l’emploient dans les vignes ou dans les sols argileux pour en diviser les parcelles terreuses, souvent beaucoup trop adhérentes. Les branches des vignes elles-mêmes peuvent servir d'engrais en les enfouissant sur place entre les rangées de ceps.
29°. Suie.
La suie est un produit éminemment végétal, qui peut rendre de grands services à l’agriculture, surtout par les principes azotés et les sels ammoniacaux qu’elle contient. BRACONNOT a trouvé dans la suie d'une cheminée dans laquelle on n'avait brûlé que du bois :
Acide: unique. sue Age Lei 30,0 Matière azotée soluble dans l’eau... ... 20,0 — carbonatée insoluble......... 3,9 SD. de en ad ES does A à 4,0 farbonates de change 2 4e 0 EU 14,7 = MAGDÉSIE LCR. trace Sulate deschane:. LA 7 os 3 5,0 Phosphate de chaux ferrugineux. .. 1,5
À report... 76,1
Hepont. 76,1
Chlorurede potasses x 222 22.2, 0,4 Acétate de chaes 02 ous Te A 5:17 hr POSER sn cs 4,1
il AMASNÉSIDE 0,5
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— d'ammoniaque........... 0,2 Pringipe ACreét.Amer ne EL MAMA: 0,5 br Gb Ur do PRO IEnE LT AE 12,5 100,0
L'examen de la suie de bois et de celle de houille, fait par les savants PAYEN et BOUSSINGAULT, a confirmé dans cette substance la présence des principes azotés indiqués par BRACONNOT. On fait un assez grand commerce de la suie dans les villes principales pour l'appliquer à l’agriculture. On la répand, en couverture, sur les Trèfles, les jeunes Colza, les Froments, sur les prairies trop humides, dont elle détruit la mousse. On en emploie jusqu'à 18 hectolitres par hectare. Il ne faut pas, comme le font quelques personnes, la mêler à la chaux, car on volatiliserait l’'ammoniaque qui s’y trouve; 1l faut la répandre seule, par un temps calme et humide, comme l’a recommandé DE DoMBASLE. En Flandre, on la répand particulièrement sur les semis de Colza que l’on destine surtout à être replantés. On lui attribue la propriété de chasser les petits et nombreux insectes qui souvent les dévorent.
SCHWERTZ cite plusieurs faits qui prouvent que la suie produit un grand effet sur les Trèfles. Il admet que celle de houille est préférable à celle produite par le bois, qu’elle a plus de densité ; et, dans le dosage en volume, un hectolitre de suie de houille contient réellement plus de matière.
MM. PAYEN et BOUSSINGAULT ont aussi trouvé qu'à poids égal la suie de houille est plus azotée que celle de bois.
30° $. Feuilles et Plantes mortes.
Les feuilles des arbres enrichissent aussi le sol dans les forêts, et ce n’est pas sans dommage pour elles qu'on les leur enlève, car elles forment de bon terreau. IE en est de même de celles du Mûrier, qu’il faut tâcher d’enterrer pour qu’elles ne soient pas enlevées par le vent. Celles du Chène donnent en automne 1,475 pour 100 d'azote, et à l'état sec, 1,565. Il faut les faire fermenter avant de s'en servir pour détruire le tannin qu'elles contiennent.
Les prairies artificielles ont une bien plus grande importance, et constituent, au moyen de la base de leur tige et de leurs racines, un engrais vert des plus puissants. Un hectare de luzerne défriché, dont les débris avaient été recueillis pour s'assurer de leurs poids, a donné à l’agronome GasPariN 27,021 kilog., à l'état frais, qui contenaient 0,80 p. 400 d'azote ; par conséquent, 216,168 d'azote, représentant 74,400 kil. de fumier de ferme, quantité susceptible de produire 22 hectolitres de froment.
Les plantes mortes en contact avec l'atmosphère sont décomposées à la longue et réduites en terreau, dont l'efficacité est surtout appréciée par les horticulteurs. Nous avons déjà vu que les feuilles d'une forêt, accumulées pendant de nombreuses années, sont la sourcel'une longue fécondité. Le végétal puise à plusieurs sources cette grande quantité de carbone qui entre essentiellement dans sa composition ; celui qui provient du terreau, de l'air et de la décomposition des carbonates, se combine avec l’oxigène pour former l'acide carbonique. Celui-ci, introduit dans la plante avec l'eau, est décomposé par l’action de la lumière sur les parties vertes. A ce principe important, se joignent de petites proportions d'azote.
En se décomposant, les bois humides prennent à l'air 13 volumes d'azote et 27 d'oxigène ; ils renferment des principes analogues à ceux que l’on rencontre dans le terreau.
En traitant le bois décomposé par l’éther, il en dissout une
matière extractive azotée, et cet extrait est d'autant plus azoté que le bois avance dans sa décomposition.
La tourbe paraît être le dernier état de la modification du ligneux par les agents atmosphériques et humides.
On regarde comme moins avancé dans sa décomposition, le terreau produit par la décomposition des saules et des ehà= taigniers; cependant, il est très-favorable à la végétation d’un assez bon nombre de plantes, et sert dans plusieurs cas à remplacer la terre de bruyère.
Les plantes renferment aussi parfois un autre principe qui est asiringent et acide : c'estle Tannin. Son caractère le plus remarquable est de s'unir à la gélatine, de former avec elle un corps insoluble qui produit la solidité et le peu de perméabilité des peaux. Quelques plantes, telles que le Chêne, le Chätaignier, les Bruyères, les Fougères, les Saules et le Sumac réussisséni mieux dans les terrains qui en contiennent. Ces terrains renferment aussi une certaine quantité de sels de fer. Il est très-probable qu’on neutraliserait ce tannin par la chaux ; on pourrait utiliser la tannée qui à servi à préparer les peaux, et l’employer ensuite comme engrais. Ce sont encore des recherches utiles à faire.
31° $. Tourbe.
Le terreau tourbeux humecté absorbe beaucoup de sels ammoniacaux qui s'échappent souvent des fumiers ; le principal avantage à obtenir serait de transformer la tourbe en un terreau doux, propre à alimenter les plantes de carbone, dans les sols où ce précieux principe manque. Au reste, le lavage par la pluie et l'action de l’air désacidifieraient la tourbe à sa surface, et quand, après l'avoir tirée des fossés, on l’étend sur le sol, elle perd ses qualités nuisibles et finit par se convertir en terreau noir, propre à changer la coeur du sol, tout en y ajoutant du carbone.
Lorsque la tourbe est desséchée, elle doit ètre très-propre « absorber les matières azotées liquides. Quelques agriculieurs l'ont déja employée en litière, recouverte d'un peu de paille. Cette matière sèche absorbe une grande quantité de liquide, et elle se gonfle beaucoup. Mélangée avec les déjections animales, avec le sang des boucheries , elle est très-utile pour porter des principes fertilisants dans la terre, tout en l’ameublissant, en la rendant plus hygroscopique, et en y ajoutant du carbone. La tourbe, convenablement traitée, deviendra sûrement une source de richesse agricole.
32° $&. Engrais Jauffret.
- Parmi un certain nombre de préparations plus où moins uüles pour augmenter la quantité des engrais, plus essentiellement végétaux , en voici une connue sous le titre de Engrais Jaufifret, qui, malgré ses détracteurs, rendra de vrais services dans beaucoup de localités où les engrais azotés sont extrèmement rares, ce qui empêche souvent de cultiver un grand nombre de terrains éloignés des habitations ou d’un abord très-difficile. L'apôtre etle martyr des engrais, comme le dit M. DE GASPARIN, ayant habité un pays pauvre en bestiaux et manquant de fourrages, voyait son élan agricole arrêté par les effets de son sol et de son climat. Mais, auprès de ses terres épuisées, de vastes espaces existaient, couverts de végétaux sauvages, d’arbustes, de roseaux et de fougères ; les habitants les recueillirent, les entassèrent, les humectèrent, provoquèrent leur fermentation et les employaient comme engrais. JAUFFRET perfectionna cette méthode, et, mélangeant à l’eau des substances azotées, il fit une lessive de fumiers animaux délayés et de diverses substances salines, de l’azotate de potasse (salpètre), des cendres, du plâtre, de la suie, etc. Cette marche était fondée, et il ne manquait à l’auteur que de mieux connaître la composition des plantes pour faire un meilleur engrais. Sa recette n’a été qu'un tàtonnement, où Fon ne peut blâmer que les petites proportions des substances
employées. Toute imparfaite qu'élait sa méthode, et elle à reçu des perfectionnements, on parvenait à développer une prompte fermentation. JAUFFRET à réellement rendu des services aux pays où les végétaux sauvages étaient presque sans emploi, abondants et ne coûtaient que la peine de les ramasser, ensignalantles grandes ressources que l’on peut tirer de leur emploi. Ce service justifie les récompenses dont il a été l'objet, et accuse peut-être leur insuffisance.
Dans ces derniers temps, les esprits tournés vers les améliorations agricoles ont essayé une foule de préparations. Mais comme le secret est toujours la base de ces spéculations, on ne peut prononcer sur chacune d'elles que par la chimie. Il est rare, d’ailleurs, que leur valeur intrinsèque égale le prix qu'on en demande, soit par la mauvaise foi des fabricants, soit par des vices de manipulations.
33° $. Compost. .
Les Composts ne sont formés que du mélange de tous les débris organiques, surtout végétaux et de terre, qu'encombrent souvent le voisinage des habitations. Ils montrent le peu d’importance que quelques cultivateurs mettent à profiter des ressources de toute nature qui les entourent. En agriculture, où l’on cherche à avoir le plus souvent des engrais homogènes, on mélange tous les débris des cours etdes ménages avec le fumier de la ferme ; mais en horticulture, où la diversité des terreaux a de l'importance, on stratifie des tiges de végétaux, des feuilles et des gazons avec de la chaux, de la terre argileuse, de la marne, du sable fin, des boues de fossés, de mares, de viviers, etc., on les retourne souvent à la fourche, pour établir un mélange parfait et faciliter la décomposition des parties les plus dures. Toui doit être transporté sur ces amas, qui peuvent aussi être utiles aux agriculteurs. Par ces soins, on trouve le moyen de détruire en assez grande quantité les graines
ENGRAIS. 107 des Triticacées (Graminées), des Cypéracées, des tiges vivaces et quelquefois tracantes, ainsi que d’autres tiges et racines, qui sont souvent jetées et perdues sur les routes. On peut surtout aussi, par ce procédé, détruire beaucoup de graines. qui reparaissent dans les terreaux. Mais, pour y parvenir, il faut les retourner, afin de faciliter leur germination et leur décomposition en ameublissant souvent ce terreau. On fait aussi entrer dans ces mélanges tous les débris des rempotages et des vieilles terres de bruyères. On y introduit de même de la terre fine de tourbe. L’horticulteur obtient les plus heureux résultats de ces préparations terreuses, qui doivent être faites longtemps d'avance. Celte parcimonie de lhorticulteur doit servir d'exemple au cultivateur des grands terrains, qui ne doit laisser perdre aucun des produits végétaux et animaux, des vases des fossés et des mares; car, malgré tous ces soins, une masse effrayante d'engrais sera encore perdue.