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Greffe par Rameau.
Les rameaux des arbres qui se dépouillent de leurs feuilles peuvent être coupés dès le mois de novembre, ou bien au printemps. Dans l'un ou l'autre cas, on les conserve pour servir à la greffe, en les plaçant dans de la terre fraiche, ou dans la cave, à l'abri des gelées. Leur implantation sur les sujets exige souvent l'enlèvement de la partie supérieure du sujet ou des branches , et toujours des incisions ou des plaies plus ou moins profondes. Toutes ces coupes doivent être faites avec des instruments trèsranchants et très-propres, de manière que les entailles présentent le moins de déchirure.
Dans là greffe en approche, le croisement de deux branches d'arbre , qui auront été usées l’une l’autre par le mouvement de l'air et unies ensuite, aura sûrement été la première idée qui se sera présentée pour établir des greffes. Toutes les parties des plantes, même souvent les racines, sont susceptibles de se souder, et d'autant plus facilement qu’elles sont plus récentes. Il suffit même de tenir en contact, dans leur jeunesse, deux parties d'une même plante pour les souder l’une à l’autre. Des tiges même, recouvertes d’une écorce d’une année d'existence, tenues fortement en contact les unes avec les autres, seront intimement unies au bout de quelques années. En entamant l’écorce de deux branches, et en mettant en contact les deux surfaces, elles se soudent avec une grande facilité. L'un de nos laborieux horticulteurs lyonnais , 1. LUIZET, est parvenu à souder des Poires, cette année, en leur faisant deux entailles correspondantes, et en les tenant en contact. Pour mieux souder deux branches, on fait une entaille demicylindrique dans laquelle on engage la partie convexe d’une branche aussi dénudée d’écorce aux points de contact. C'est un moyen de regarnir facilement des espaliers qui perdent parfois de leurs petites branches.
Si l'on agit sur des arbres précieux, on a soin d'enduire les parties de la greffe, qui resteraient nues, avec la cire des jardiniers D'ailleurs, les liens qu’on est obligé d'employer pour établir l'adhérence ont besoin d’être surveillés, afin qu'ils ne marquent pas leur présence par de plus on moins profondes dépressions. Cette greffe par approche a été très-employée d’abord pour placer une branche de Camellia double sur un individu à fleur simple. Aussitôt que l'union est intime, on abandonne sur le Camellia simple la branche du double qu’on y a fixée. On a soin en outre de ne pas laisser développer des branches sur le sujet.
Cette espèce de greffe est extrêmement commode pour former des haies en général, et surtout pour celles des Müriers. Elle présente, ainsi croisée et soudée en losange ou en carré, une solidité très-remarquable, et produit, en outre, une grande quantité de feuilles, surtout pour la première alimentation des vers. (Nous reviendrons sur ce sujet.)
M. LUIZET, que nous aurons souvent occasion de ne quand il sera question de greffe et d’autres travaux horticoles, a utilisé cette greffe par approche pour la formation rapide des arbres en quenouilles où pyramides. Cet habile arboriculteur planta, en 1847, trois Poiriers greffés sur francs et destinés à former un seularbre. Il prit des arbres de deux ans, bien égaux et de la même variété; 1] les plaça dans le même creux, à 50 centimètres les uns des autres, de manière à former une pyramide triangulaire. Il réunit les trois tiges à un demi-mètre au-dessus du sol et les tordit en corde ; ensuite , 1l les attacha fortement en quatre endroits jusqu'à 4 mètre 70 centimètres de hauteur. La réunion de ces trois arbres ainsi cordés forma une quenouille garnie de haut en bas de petites branches. Les trois sujets étaient déjà soudés en 1848 en plusieurs points. Is annonçaient une pyramide de 3-k ans. Ils ont produit des fruits cette même année; ils avaient, en outre, été soumis à une taille longue. Un arbre de ce genre peut convenir à l'entrée d'un jardin, dans un lieu espacé que l'on veut remplir. On pourrait planter trois variétés différentes pour former un seul groupe,
mais 1l faudrait choisir des arbres d’une végétation [a plus égale possible. Ainsi, un Poirier Madeluine (Gros Saint-Jean, Citron des Carmes), un Bon Chrétien William et une Duchesse d'Angoulême , produiraient, sur le même arbre, des Poires fin juillet, août, septembre et octobre.
Un fait à peu près semblable s’est présenté à M. C.-F. WILLERMOZ. Son père avait placé dans le même trou trois noyaux de Pêches, il plaça dessus un cou de bouteille étroit. Les graines germèrent, les tiges passèrent par le trou de la bouteille , se soudèrent et n’en formèrent qu'une seule à la fin de l’année.
Le contact respectif de l'écorce, du bois du sujet et de la greffe, dans la plus grande étendue possible, est de rigueur. Les ligatures et les enduits sur les parties, quidoivent être préservées du contact de l'air, sont aussi indispensables. Les fils de laine, qui offrent une certaine élasticité, sont utilement employés.
Dans tautes les modifications de cette greffe par rameau, le bois de celle-ci correspondra nécessairement avec celui de la couche la plus récente du sujet. Ces petites branches seront engagées avec un peu de force dans les fentes pratiquées sur le sujet et puis liées. On pourra garnir ainsi de rameaux l'extrémité du jeune tronc ou des branches d’un arbre plus grand. Les bourgeons , placés au moment où la sève du sujet est abondante, grossiront bientôt et se développeront en autant de jeunes branches. On aura soin de détruire tous les bourgeons qui naîtront en dessous de la partie opérée. Lorsque l'adhérence des parties implantées sera bien établie, on desserrera les ligatures, afin de ne pas gêner l'accroissement de la branche. Cette manière de greffer est appliquée particulièrement aux grands arbres fruitiers des vergers et des routes.
La greffe en fente consiste à couper une branche du sujet, à fendre ensuite en long son sommet tronqué, et à placer dans cette fente, simple ou croisée par un autre, de petits rameaux ligneux de l'année précédente. Ils sont taillés en coin à leur base, et ensuite placés dans les fentes du sujet, de manière que les écorces soient
GREFFES. 281 le plus exactement possible bord à bord. On lie et on enduit les plaies avec de la cire à greffer (1). Gette greffe se pratique au printemps et en automne. Lorsqu'on la fait en automne , elle est nommée à bourgeon (œil) dormant, et à bourgeon poussant lorsqu'on la pratique au printemps. Dans tous les cas, il faut que le sujet soit plus en sève que la greffe. Si, au lieu de prendre un sujet d’un certain volume, on opérait sur un Jet de l’année précédente, on ne pourrait placer qu’une seule petite branche.
La greffe en couronne offre de grands rapports avec la précédente ; elle en diffère cependant en ce que les jeunes extrémités des branches sont taillées en coin irrégulier à leur base, le sont en cure-dent, et sont engagées sous l'écorce du sujet légèrement enlevée, ou enfoncées le plus souvent dans de petits creux faits avec un cône de bois dur préparé à cet effet, et enfoncé dans le nouveau bois tout près de l'écorce, à la profondeur de # à 6 cent., afin d'y engager ensuite la greffe. On place cireulairement plusieurs de ces petits rameaux, d’où est venu à cette greffe le nom qu'elle porte. On applique aussi cireulairement une ligature en laine, et on enduit les surfaces entaillées. Cette greffe doit probablement son peu de succès à l'impossibilité d'établir une communication assez directe, et sans trop de déchirure, du sujet à la greffe. Les bois sont bien en contact, mais non l'écorce, ou à peine.
La greffe Lagrange à beaucoup de rapport avec celle en couronne. On coupe transversalement la tige ou des branches du sujet, et au lieu de soulever l'écorce pour enfoncer dessous des
(1) Poix blanche ou de Bourgogne...........:........ 500 gr. » cent. ROIXANGITON LS TT RS EN CRUE 125 50 NANTES. Peas dut de die Re ne Ue 62 50 SLA MR Se SA Poe eme en ETS DS NN à 46 88
Faites fondre , agitez le mélange, et employez-le ensuite tiède; ou bien avec la Collodie (Collodium, dissolution du Coton dans l'Éther) dont on étend une couche au pinceau.
282 GRÈFFES.
petits rameaux taillés en cure-dent, ou faire des creux pointus pour y engager la base des petits rameaux taillés en cône, on fait des incisions longitudinales et obliques dans l'écorce etla couche de bois de l’année ; on engage aussi obliquement les jeunes rameaux taillés de deux côtés en pyramide, présentant deux larges faces planes et nues ; tandis que la dernière , revêtue d’écorce , est légèrement courbée. Cette petite pyramide est engagée dans la couche de bois de l’année. De cette manière, les deux faces planes des rameaux sont complètement engagées dans le bois de la même année, et une partie des bords de l'écorce est en contact avec ceux de l’un des bords de l’entaille du sujet. On lie ensuite et l’on enduit les surfaces qu restent à nu. Avant de lier, on peut aussi appliquer un pelit tuteur, qui s'adapte à la branche taillée et sur la greffe ; on place deux liens : un sur la branche du sujet en y comprenant le tuteur, et l’autre sur le tuteur et la partie supérieure du rameau. Il faut enlever plus tard ce soutien, aussitôt que les cicatrices sont bien établies.
La greffe de côté n'exige pas l'enlèvement de la branche au-dessus de l'endroit où l’on veut placer la nouvelle. On fait latéralement une entaille en forme de pyramide triangulaire dont la base est en bas; on remplace la partie enlevée par la base du jeune rameau de l’année précédente dont la base est taillée de manière à remplacer la partie enlevée, et on la fixe au moyen d’un lien en laine. Cette espèce de greffe n’est guère employée que pour remplacer des branches qui auraient été détruites accidentellement, ou manqueraient à des arbres faits, ou bien qui sont soumis à une taille régulière. Elle réussit d’ailleurs moins facilement que celles qui ont été indiquées ci-dessus. On la pratique presque toujours à l'époque de la sève du printemps, avant le développement des bourgeons.
La greffe sur racine est due à KwiGHT, qui, le premier, la conseillée. Il a appliquée aux plantes herbacées en transportant
GREVFES. 283 des rameaux sur les racines de leurs congénères. C'est ainsi qu'on sreffe actuellement les Dahlia, les Pivoines et la Combréte pourpre. Cette greffe se pratique sur une racine que l'on sépare de la plante, sans l’arracher de la terre, en faisant seulement l'entaille en haut, au niveau du sol, et en introduisant un ou deux rameaux de l’année précédente, taillée en coin, dans la fente qu’on y a pratiquée. L'année suivante, le jeune individu peut être transplanté.
Elle s'exécute aussi en retirant de la terre un fragment de racine, que l'on greffe en fente et remet dans le sol, de manière qu'un ou deux bourgeons seulement restent à l'air libre. Il est probable que par cette opération on entretient pendant quelque temps le rameau dans une certaine humidité, et que des racines surnuméraires ont le temps de se développer. Il est donc vraisemblable que c’est plutôt une bouture qu'une greffe.
La grefle à la Pontoise s'opère en transportant tout un rameau d'Oranger plus ou moins embranché, garni de feuilles et de boutons, sur un Oranger ou un Citronnier de 2-3 ans, obtenu de graine. On coupe le sujet en travers, on lui enlève une pyramide triangulaire (écorce et bois) de 6-7 centimètres de longueur, on place dans cette entaille en creux un rameau d’Oranger feuillé et en bouton dont la base est taillée aussi, mais en relief, de manière à ce qu'elle puisse remplir entièrement l’entaille du sujet. On applique la ligature et la cire à greffer. On place ensuite les vases où étaient établis les sœuvageons dans une bache basse et un peu humide; alors, la soudure des surfaces s'établit promptement, et l'en a de jolis petits embranchements d’Orangers couverts de fleurs pour orner les desserts et les cheminées.
La greffe herbacée (ou G. Tsehudy) ne diffère réellement de celle en fente que par la consistance des parties sur lesquelles on opère, et par l’époque où se pratique l'opération. Elle à été employée par curiosité pour les Cueurbitaeées (les
Tomates). Elle sert surtout très-utilement pour les Abiétacées (arbres résineux) ou pour celles qui sont lactescentes. C’est la seule qui réussisse pour les Pins, les Sapins, elc. On rompt la pousse centrale d’un jeune Sapin lorsqu'elle a atteint les deux tiers de son développement à environ 44 centimètres au-dessous du sommet ; on en coupe les feuilles dans une étendue de 45 centimètres audessous de son extrémité, en en laissant deux (à peu près opposées) près du sommet de la fracture. La portion de la jeune pousse restante est ensuite fendue en long entre ces deux feuilles. On taille en coin la base du jeune jet que l’on veut implanter de la mème longueur que la fente du sujet, et quand ce jeune rameau est engagé dans la fente pratiquée, on fait une ligature convenable. On peut aussi placer la greffe latéralement à l’aisselle d’une feuille. On s’est servi de cette manière d'opérer pour greffer la Tomate sur la Pomme de terre; de lasorte, on a une double récolte : lune aérienne par les Tomates, et une souterraine par les tubercules.
M. Luizer, d'Ecully, l'un de nos plus habiles horticulteurs lyonnais, a exécuté récemment une autre modification de la greffe en rameau qu'il nomme greffe en cheville; il fait, au moyen d'un vilebrequin portant une mèche du volume d’une plume d’oie, des trous à des Poiriers en espalier qui portent de mauvais fruits ou qui manquent de quelques branches; ces trous sont élargis à leur entrée, de manière à les rendre un peu coniques. Il détache des extrémités de branches d’un an auxquelles il ne laisse que 2 centimètres au-dessous du bourgeon à bois du sommet. Il les tailla (en forme de crayon) et les enfonça dans les trous pratiqués à l'arbre. Le tout est enduit de cire à greffer. Les greffes ont été protégées du soleil par des morceaux de papier. Les soudures sont tellement complètes qu'on ne s'aperçoit pas que les branches aient élé implantées. Cette manière fort simple de grefter offre l'avantage de regarnir les vides que de mauvais embranchements pourraient présenter, ou dont les branches auraient été cassées.
Ce mode opératoire pourrait aussi s'appliquer aux Müriers, quand une branche serait détruite.
Greffe par Bourgeon seul.
elte modification de greffe n'est plus pratiquée au moyen de jets ordinaires ligneux; elle consiste à enlever une plaque d'écorce, munie d'un bourgeon de l’année précédente, et de la placer sur le sujet. Ce mode de propagation présente quelques variations assez distinctes, dont les principales sont la greffe en écusson, la G. en flûte (ou sifflet) et la G. en placage. Toutes celle-ci ne peuvent se pratiquer qu'au moment où l'écorce peut facilement se décoler de la partie ligneuse (bois); c’est l'époque où l'écorce est enduite d’une matière comme gommeuse, qui permet de la soulever sans aucun effort; c'est le moment où la création des nouvelles couches de bois et d'écorce commence.
La greffe en écusson (aussi nommée inoeulation) consiste à engager sous l'écorce d’un individu bien enraciné et vigoureux, un fragment d’écorce muni d’un bourgeon à feuille (1). L'enlèvement de ce fragment d’écorce (ou écusson) demande une
(1) Les horticulteurs qui, anciennement surtout, n'étaient pas très-forts en français, et encore moins dans l’étude des organes des végétaux et de leurs fonctions, nomment encore Bourgeon un rameau vert frais, en pleine végétation. Ils disent qu'ils ébourgeonnent un arbre, en cassant plus ou moins bas ce jeune rameau; ils se servent même du mot ébourgeonner quand ils suppriment totalement ce même rameau en le rompant à son articulation. Cependant, en terme d’horticulteur, ce mot est entendu plus généralement par enlever en le pinçant une portion seulement de son sommet, ce qu'ils désignent aussi par pincement.
Ayant fait ainsi une fausse application du mot Bourgeon, il a bien fallu qu'ils trouvassent une autre expression pour remplacer le mot qu'ils n'avaient pas su comprendre. Eh bien, ils en ont adapté deux qu'ils n’ont pas su plus heureusement appliquer. Ils ont nommé OExl le bourgeon qui ne renferme que des feuilles (sans fleurs), et le Bouton (des jardiniers) est notre bourgeon à fleurs. Mais l'absurdité ne s’est pas-bornée là, ils ont été aussi obligés de nommer bouton une fleur non épanouie. IL faut espérer que bientôt, surtout quand les jardiniers auront acquis des connaissances indispensables pour leur état, connaissances dont ils sentent beaucoup trop tard la nécessité, nous verrons disparaître le mot de OEil (comme ils l’entendent), et ceux de OEil à bois (qui est notre bourgeon à feuilles).
certaine dextérité pour ne pas laisser sur la branche le très-petit cône de bois engagé dans la base du bourgeon, celui-ci ne pouvant pousser s’il est vide; c’est ce que les jardiniers nomment bowrgeon boudeur ou aveugle. L'intervalle qui se trouverait entre le bois du sujet et celui de la base du bourgeon rendrait la soudure trèsincertaine. On opère en faisant sur l'écorce du sujet une incision transversale demi-circulaire jusqu’au bois. On choisit de préférence un sujet d’un à trois ans. Celte première incision est coupée perpendiculairement en descendant, au milieu de la première entaille. On soulève légèrement, avec la spatule du greffoir, les deux lambeaux triangulaires qu'on a produit, et on y engage l’écusson. On le place de manière que le sommet du bourgeon soit en haut; on met en contact la coupe horizontale faite à l'écorce du sujet avec la ligne droite de l'extrémité supérieure de l’écusson (pl. 11, fig. 5). Quelques horticulteurs ne font qu'une incision longitudinale un peu longue, etsoulèvent l'écorce pour y placer l’écusson d'écorce de forme oblongue (pl. 111, fig. 7).
La greffe en flûte, employée souvent dans le Midi, est trop longue ; celle en écusson, au printemps, est bien préférable. Celle d'automne souffre souvent des gelées ; au lieu qu’en mettant en automne dans un endroit frais plutôt humude que see, età l'obscurité, des rameaux vigoureux pour en enlever les écussons au printemps, on est bien plus sûr de réussir. Il faut choisir plutôt un temps sec qu'un temps humide. Si le sujet a trop de sève, la soudure du bourgeon se fait mal; il faut préférer un temps sec, pourvu que les lambeaux irrégulièrement triangulaires du sujet puissent se décoller facilement du bois. Les baguettes conservées, comme il a
et leur expression de Bouton, pour notre bourgeon renfermant des feuilles et des fleurs, ou des fleurs seules. Ils sauront qu’un bourgeon n’est qu'une branche à feuilles, ou une branche à fleurs seules, ou à feuilles et à fleurs, non épanouies ; qu'aussitôt que nous apercevons, même d’une manière peu marquée, les feuilles et les fleurs, que les écailles, qui ordinairement enveloppent ces bourgeons, s’écartent ou sont tombées, nous nommons les corps qui en sortent des rameaux à feuilles où à fleurs.
GREFFES. 287 été dit, sont toujours prêtes à être utilisées. — Cette grefle se fait si vite, qu'un bon greffeur peut en poser, même sur Cognassier, de 4,500 à 4,800 par jour (une ou deux personnes faisant les ligatures). Quoiqu'on rencontre sur toute la circonférence de la branche sur laquelle on doit placer l’écusson des points où aboutissent les rayons utriculeux (ou médullaires) , de manière à ‘toujours rencontrer quelques-uns de ceux de l'écorce qu'on applique, quelques praticiens cherchent à placer la base du bourgeon que l’on pose sur un endroit où il y en avait déjà un au moment où l’on opère. Il paraîtrait que cette position serait plus favorable à la soudure des parties ligneuses mises en contact. La portion de branche qui se trouve au-dessus de la greffe reste intacte ; elle est utile pour exciter l'ascension de la sève. On fait ensuite deux ligatures dans le but de mettre immédiatement en contact l'écorce de l’écusson avec le bois du sujet pour que l'air ne puisse dessécher les surfaces , ce qui empêcherait la communication de la sève et la formation de la matière organique entre ces deux parties.
On se sert de gros fil de laine , peu tordu, ou même de filasse non tordue, pour établir le contact des parties au-dessous et audessus de l’écusson, tout en laissant un intervalle pour que le bourgeon soit bien à découvert. KNiGuT se servait aussi de deux ligatures pour le Pêcher : l'une au-dessus du bourgeon sur la section transversale ; l’autre, destinée seulement à fixer le bourgeon , était placée au-dessous. Aussitôt que l’écusson adhérait, il enlevait la ligature inférieure. En opérant ainsi, il trouvait qu'un obstacle considérable était mis au passage de la sève aqueuse, au-dessus du bourgeon, et que les arbres, ainsi greffés en juin, commençaient à pousser en juillet, et produisaient une branche de 90 à 108 millimètres. La dernière ligature était ôtée plus tard pour permettre à la sève de passer outre. Alors, il fixait les jeunes pousses à l’espalier. Par ce fait, exposées à une lumière convenable , elles se durcissaient et donnaient des fleurs au printemps suivant.
M. CH. PETITHUGUENIN à apporté au procédé ordinaire une modification qui paraît importante. Après avoir enlevé de la plante
à multiplier l'écusson comme à l'ordinaire, on le coupe transversalement en haut et en bas, de manière à lui donner la forme d'un carré long, en ne lui laissant qu'un centimètre au plus de hauteur. On fait à l'écorce du sujet une incision horizontale et deux verticales parallèles, très-courtes, à un écartement nécessaire pour recevoir l'écusson. On saisit, entre le greffoir et le pouce, le petit lambeau d’écorce du sujet, et de la main gauche, on prend l’écusson par le pétiole et on le met en place, en soulevant successivement, autant qu’il est nécessaire, le lambeau de l'écorce pour engager l’écusson à une profondeur convenable, afin que son bord supérieur coïncide à celui du sujet; on applique ensuite la ligature. On abrite du soleil et de la pluie au moyen d’une feuille d'arbre qu'on fixe facilement autour du sujet en perçant sa lame par le pétiole resté à l'écusson. Par cette méthode, la partie de l'aubier où repose l'écusson n’est mise à nu qu'à mesure qu’on engage ce dernier sous l'écorce du sujet, sans que cette surface puisse avoir le temps de se dessécher, circonstance essentielle pour la reprise.
Dans la greffe en écusson ordinaire, le greffoir blesse plus ou moins la portion du bois du sujet, qui va être mise en contact avec l'écusson. Cette greffe peut se faire avec tout instrument tranchant, s'appliquer à tous les sujets ligneux, principalement à ceux à écorce mince. Elle réussit parfaitement sur les Rosiers.
Que l’on emploie cette nouvelle modification éu que l’on suive l'ancienne , il est toujours bon d’abriter la greffe par un moyen quelconque, soit contre le soleil, soit contre la pluie.
La greffe en flüte (ou sifflet est bien moins pratiquée que celle en écusson ; cependant, on la rencontre encore sur les Müûriers et les Châtaigniers. Elle consiste à couper transversalement une branche de l’année précédente à quelques centimètres au-dessus de sa naissance, à la priver d’un anneau ou d’un cylindre d’écorce, à y substituer un cylindre d’écorce semblable, muni de plusieurs bourgeons à feuilles, pris sur l'arbre qu'on veut multiplier.
On opère quelquefois autrement. On coupe transversalement une
GREFTES. 289 branche que l'on veut greffer, et ensuite on y fait quatre à six incisions longitudinales de quelques centimètres de long. On baisse ces lanières, on recouvre la partie dénudée d’écorce d’un tube d'une écorce prise sur une variété que l’on veut multiplier, de manière que la portion du sujet, mise à nu, puisse remplir le tube. On relève ensuite les lanières de l'écorce du sujet et on les lie autour de l'écorce ajoutée. Il semblerait que les nombreux points de contact que présente cette espèce de greffe devrait faciliter le développement des bourgeons, et engager à l'employer plus souvent ; mais on préfère la greffe en écusson, probablement à cause de la promptitude de l'opération et par le plus grand nombre de bourgeons que l’on peut utiliser. {Voir pl. 111, fig. 5, 6 et 7.)
La greffe axillaire est bien distincte de celle à écusson ; elle consiste à introduire à l’aisselle d’une feuille, séparée en partie de son axe, par une incision qui attaque plus ou moins le bourgecon qu'elle porte à son aisselle, et à y introduire un très-court fragment de branche herbacée ou ligneuse, taillée en coin et terminée par un bourgeon à feuille. Cette espèce de greffe est employée parfois sur les Müriers ; elle se pratique ordinairement en automne, offre beaucoup de rapidité dans l'opération et une bonne réussite. Aussitôt que l'introduction du coin a lieu, une autre personne applique la ligature. Les Müûriers peuvent être ainsi greffés la première ou la deuxième année après leur germination. L'opération se fait à l’aisselle de la troisième ou quatrième feuille inférieure (pl.-nr, fig. 8). D'autres, au lieu de fendre longitudinalement en deux le bourgeon du sujet, pratiquent l'incision longitudinale entre le bourgeon du sujet et le rameau.
La greffe en placage consiste à enlever obliquement sur un jeune sujet, qu'on laisse d’ailleurs intact, une plaque d’écorce et de bois, et à mettre à la place une lame d’écorce exactement semblable, pour la grandeur, à celle qu'on vient d'enlever ; mais munie d’une feuille et du bourgeon qu’elle porte à son aisselle. II
faut avoir grand soin que cette écorce porte une lame de bois trèsmince. On tient les parties exactement appliquées au moyen d'une ligature convenable. Cette espèce de greffe doit être éfouffée sous cloche, après avoir recouvert la ligature d’une légère couche de cire à greffer sur les points où le bois serait un peu à découvert. On peut la placer très-bas et sur un sujet fort jeune. Ce moyen de multiplication, très-employé pour les Camellia, peut s'appliquer à un grand nombre de plantes , et surtout très-avantageusement pour celles qui ont des feuilles opposées, les rameaux étant susceptibles de produire un grand nombre de nouveaux individus. M. CAMUSET a remarqué qu'il est préférable d'employer le fil non tordu plutôt que la laine, qui peut s’interposer entre les parties mises en contact, et gêner leur union.
Greffe Luizet.— Toutes les greffes que nous avons décrites sont faites au moyen de bourgeons à feuilles (B. à bois des jardiniers); mais M. LuiZET, d'Ecully, a eu l’heureuse idée de greffer des bourgeons à fleurs (B. à fruit des jardiniers, boutons des jardiniers), et cette idée a été d'autant plus heureuse, qu'il les a appliqués sur des arbres trop vigoureux pour porter des fruits : nous en avons souvent qui sont ainsi dans nos jardins. Quelques auteurs ont bien mentionné cette espèce de greffe, mais on l'avait regardée comme une idée théorique, idée à laquelle les horticulteurs ne font malheureusement pas le plus souvent assez d'attention. Cet habile horticulteur y a été conduit par l'observation. Il se rencontrait qu'en greffant on prenait chez lui des bourgeons à fleurs jeunes pour des bourgeons à feuilles, et 1l avait remarqué que ces bourgeons fructifiaient la même année; c’est ce qui lui donna l'idée d'en placer sur des arbres très-vigoureux en feuilles et en branches, et par cela même stériles. Cette greffe a encore un autre avantage, c'est de juger promptement de la valeur des fruits que porteraient tard des arbres obtenus de semis, et souvent trop imparfaits s'ils n’ont pas été greffés.
Le choix de l'arbre sur lequel on prend les bourgeons à fleurs
GREFFES. 291 n'est pas indifférent. On doit préférer ceux des arbres à grand vent ou les variétés très-productives (Duchesse d'Angoulême, Bon Chrétien William et Colmar d'Arenberg). Ces variétés, ainsi dépouillées de leur superflu, portent de plus beaux fruits et ne s'épuisent pas, d'autant plus qu'on en laisse toujours trop sur les arbres. Il peut arriver que les variétés très-productives manquent au greffeur ; alors, il choisira dans celles qu'il possède une ou deux des plus fertiles, et, quand le moment de la taille arrivera, il aura soin de conserver sur chacune d'elles quelques rameaux bien constitués, et de les courber. C’est sur ces rameaux courbés qu'il trouvera, quand l’époque sera favorable, des bourgeons à fleurs plus que suffisants, qu'il greffera en écusson sur des branches d’un ou deux ans, les plus saines et les mieux placées.
Cette greffe (Bullet. soc. hort. Rhône, 1848, p.80, avec planche) peut se pratiquer depuis fin août jusqu'au déclin de la sève. Le rameau de la planche citée appartient au Beurré Goubault et a été placé le 24 août 1847 sur la Duchesse d'Angouléme.Le bourgeon, parfaitement soudé , s’est développé au printemps suivant, et a produit des fruits. En général, ces bourgeons à fleurs donnent tous des fruits, étant placés sur la partie la plus favorable à la circulation de la sève : celle-ci trouve dans l'opération un obstacle à sa marche et s'y arrête davantage. Depuis cette époque, on trouve très-souvent cette greffe sur les arbres de nos jardins lyonnais ; elle réussit très-bien partout ; elle produit des groupes de fruits souvent trop nombreux. On fera bien d'enlever, un peu plus tard, ceux qui seront les plus faibles. On à cru d’abord que ces bourgeons greffés produiraient des fruits et périraient ensuite; mais, sur la base du bourgeon appliqué, un ou plusieurs bourgeons surnuméraires à feuilles paraissent, et la branche greffée continue à donner des ramifications à feuilles d'abord, et plus tard à fruits (de la variété qui a été transportée).
M. LuiZET a employé non-seulement des bourgeons pour greffer en écusson, comme on le fait pour cette opération devenue familière ; mais il a utilisé des brindilles, des dards et des extrémités
de rameaux. Pour cela, on choisit, autant que possible, parnn Les rameaux longs de 5-12 centimètres, les mieux constitués et portant le plus de bourgeons à fleurs. On les taille en biseau de 2 à 3 centimètres de longueur, et on introduit ce biseau sous l'écorce coupée en T, comme pour la greffe à éeusson. En recommandant de tailler immédiatement au-dessus d'un bourgeon à feuille (œil), c’est que le rameau forme presque toujours une courbe sur ee point, de manière que lorsqu'il est posé son sommet s’écarte de la branche, et forme avec elle un angle aigu. Ainsi, les fleurs, se trouvant écartées de la branche , ne sont nullement gènées ; les fruits peuvent aussi se développer factlement.