‹ Description culture et taille des muriersChapitre 82 sur 85 · TAILLE DES ARBRES EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

TAILLE DES ARBRES EN GÉNÉRAL

Nous avons vu qu'un arbre, dans la première année de son existence, présentait de six à vingt feuilles; qu'à leur aisselle se trouvaient autant de bourgeons ; qu'en automne les feuilles tombaïent de la plupart des arbres ; que les bourgeons s’accroissaient très-lentement pendant l'hiver, et qu’au printemps ils se développaient assez rapidement en autant de branches, si rien ne Îles avait détruits. Cette végétation continue ainsi chaque année, et lembranchement s'étend en longueur et en largeur, sans laisser d'axe ou tronc apparent. C’est ce que nous voyons rarement, à moins qu'un arbre ne se trouve complètement isolé, et que les animaux ne viennent le mutiler. Il en serait ainsi du Mûrier si le jardinier ne venait sans relâche supprimer ses branches latérales, et dénuder continuellement son axe. Mais avec le peu d'espace que nous sommes souvent appelés à occuper sur la terre, ce n'est pas la seule mutilation que nous avons à faire subir aux arbres, et que nous regardons , bien à tort, comme l’état naturel. Après avoir dépouillé les Müriers de leurs feuilles, avoir cassé leurs branches, les avoir mis dans l’état d'un buisson, nous sommes étonnés que le Mürier dit Sauvageon ne puisse plus ètre utilisé, ou du moins

TAILLE. 293 que la récolte de ses feuilles ne puisse plus se faire avantageusement.

C’est là l'état où de continuelles mutilations ont successivement mis nos Müriers dans les contrées où l'éducation des vers-à-soie n’est, pour ainsi dire, qu'un objet de curiosité, ou plutôt un jouet, dans les lieux où l’on veut qu'un arbre produise des feuilles , lors mème qu'on le massacre de toutes les manières, qu'on néglige complètement le sol dans lequel il croît. Le Saule blanc, que l'on prive de branches tous les trois ou quatre ans, n’est pas aussi maitraité ; car, au moins pendant les quelques années de l’existence de ses jeunes branches, on lui laisse ses feuilles, qui élaborent la sève dont elles ont besoin pour vivre.

Nos Müriers, ainsi mutilés, sont certainement bien plus misérables que cet arbre dans son état spontané (sauvage). Dans son pays natal, destiné à nourrir le Bombix du Mürier, il n’est pas instantanément privé de ses feuilles ; l'insecte qu'il doit substenter ne mange que graduellement ses feuilles, ses branches restent au moins parfaitement intactes.

Cet état du Würier blanc dénommé sauvage, qui est désigné dans ce Travail sous le nom de variété mince (pour à feuilles minces), aura été successivement semé en Europe. Quelques individus, dont les graines étaient mieux constituées, quise sonttrouvés dans des circonstances climatériques plus favorables, qui ont été bien cultivés, ont dû présenter des branches plus vigoureuses, des feuilles plus larges et plus épaisses. On aura graduellement cherché à les propager de préférence ; ils auront été transportés par un moyen artificiel sur des individus à feuilles minces, et on sera parvenu à obtenir des variétés à feuilles plus amples.

On aura d’abord placé le Mürier dans des localités très-variées , dans de bons terrains et dans d’autres pauvres; on aura préféré ceux qui produisaient de grandes feuilles, bien épaisses et presque succulentes. L'abondance de sève aura rendu ces feuilles moins adhérentes ; on n'aura jugé que sur l'apparence, comme on le fait encore beaucoup trop de nos jours, et on aura planté les Müriers à

feuilles bien luxuriantes , qui, d’après leur belle apparence, semblent les meilleures.

Dans le Midi, ces larges feuilles, évaporant plus abondamment, les racines étant dans des sols plus chauds, sont moins disconvenables aux vers; mais plus on approche du Nord, dans des sols plus froids, à une lumière et une chaleur moins vives, les feuilles évaporent moins ; elles sont plus épaisses, parfois presque charnues, et par cela même deviennent toujours moins appropriées à l'alimentation des vers.

D'après ce qui vient d’être dtt, on comprendra ce qu'il conviendrait de faire pour le Mûrier; mais on y arrivera avec peine, car 1l est difficile d'abandonner des habitudes routinières. Quelque moyen qu'on emploie, on sera toujours dans l'absolue nécessité de le tailler. Actuellement, voyons ce qu'on à fait et ce qu'il convient de faire.

Avant d'entrer dans quelques développements sur cet important sujet, jetons un coup-d’œil rapide sur l’élagage et la taille auxquels nous assujétissons nos arbres en général.

Primitivement, la taille des arbres a consisté en ce que nous nommons vaguement élagage , c'est-à-dire l'enlèvement de. branches trop voisines d’une maison, d’un mur, d’une route ou d’un jardin, masquant la vue, etc. C’est ce que nous faisons encore souvent presque avec autant de barbarie que dans l’origine; car, au lieu de diriger avec intelligence des arbres dès leur jeunesse pour une promenade, une salle d’ombrage , ou dans un but quelconque, nous ättendons que ces arbres aient acquis un grand développement pour en supprimer à grands coups de serpe, de scie et de croissant toutes les branches qui gênent.

L’élagage, dans l’art forestier, consiste à enlever avec intelligence les ramifications inutiles des arbres de nos bois, afin de faciliter leur développement, y faire pénétrer une lumière suffisante, un renouvellement d'air convenable, et d'arrêter quelques branches qui prendraient une trop grande extension.

TAILLE, 295 Le forestier intelligent, le jardinier surtout, n'attend pas que cet axe central se dénude tout seul ; il facilite cette dénudation tout en favorisant l'allongement de l'arbre. A la seconde année de son existence, il supprime les rameaux nuisibles au but qu'il se propose, ce qui est extrêmement facile, vu la mollesse des tissus dans la deuxième ou troisième année; il coupe à la serpette Îles ramifications superflues sans déchirer l'écorce, mais sans laisser d'ailleurs de traces de mutilation. Ce premier élagage forestier se fait en même temps qu’on nettoie le jeune plant. Douze ou quinze ans après, lorsqu'on procède à l'exploitation définitive des taillis, on élague ce qui est inutile, et on en fait des fagots, ainsi que de ce que l’on arrache.

L'époque de l'année où l'élagage réussit le mieux est celle de l’ascension de la sève du printemps; car alors la cicatrisation des plaies se fait très-facilement, les feuilles activant la circulation et l'élaboration du sucnourricier. On peut yrevenir tous les trois ou quatre ans , et parcourir ainsi toute la forêt. En faisant successivement, à temps convenable, les élagages nécessaires, le taillis reçoit l'influence solaire, et prend un accroissement bien supérieur. Pour faciliter encore le développement des jeunes arbres, les propriétaires devraient se décider à faire élaguer aussi les Baliveaux (grands arbres d’une forêt). Le produit de la vente des fagots dépasserait le chiffre des dépenses qu’on ferait pour cela. Dans une forêt qui a été bien dirigée, on ne doit jamais trouver que des petites branches à abattre. L'élagage des Chênes, des Hétres et autres arbres doit être opéré pendant l'hiver, jusqu'au moment où les bourgeons grossissent sensiblement. Quant aux arbres des jardins paysagers, ils doivent être complètement abandonnés à eux-mêmes, et on ne doit en abattre que le bois mort.

Dans nos bois, les arbres n’ont le plus souvent un tronc privé de branches qu'à cause de l’étiolement de ces mêmes branches, par suite de leur décomposition ou de l’élagage ; dans nos jardins, la serpette du jardinier est seule cause de leur nudité jusqu'à une

certaine hauteur. Des troncs branchés dès la surface du sof, excepté dans les jardins paysagers, nous gêneraient ; aussi, ce n’est qu'avec une volonté assez persévérante qu'ils se présentent comme nous les voyons le plus souvent.

. Les arbres des promenades doivent être plantés et taillés selon la direction qu'on se propose de leur donner. En général, leur embranchement doit être surbaissé. Leur sommet doit être supprimé à une certaine hauteur, afin d'obtenir un embranchement latéral, et tendre, dès la jeunesse de la plantation, à empêcher l'ascension du tronc et des branches; la taille doit être continuée au moins tous les deux ans, afin de ne pas être obligé, par la suite, d'attaquer des branches d’un certain volume.

En abandonnant ces arbres à eux-mêmes , ils tendent à développer des branches ascendantes ; celles-ci reçoivent, par suite de leur position, une plus grande abondance de sève , et la lumière dont elles jouissent favorise encore leur croissance. Les branches inférieures, au contraire, sont étiolées par l'ombre; elles périssent successivement, et l’arbre se trouve dénudé sur ses branches principales. Autant on doit éviter de les tailler dans un jardin et sur une promenade paysagers, autant la nécessité de l'ombre et celle de démasquer les maisons exigent une taille courte et annuelle.

Une fois que les arbres ont pris un plus grand accroissement, il est difficile de les ramener à 10 ou 12 mètres de hauteur

par la taille. I faut alors abattre de grosses branches, et risquer, si les entailles ne sont pas très-obliques et enduites -de quelque matière imperméable, de voir l’eau s’infiltrer dans le canal utriculeux central, et causer, à la longue, la destruction de l'arbre. Malgré ce grave inconvénient, il n’y a pas d’autre moyen, lorsque les arbres sont trop élevés, que de procéder, le plus tôt possible, à cette taille. La promenade est laide pendant deux ans; mais de nouveaux et nombreux bourgeons surnuméraires percent l'écorce sur des parties même assez anciennes, les rameaux s'allongent, et l'ombrage renaît. Si, au contraire, on abandonne les arbres à eux-

TAILLE. 297 mêmes, leurs branches continuent à perdre leurs ramifications, et bientôt l'œil, au lieu d’un aspect de verdure épaisse, ne découvre plus qu'un squelette grisâtre sur un fond dont on aperçoit à peine la verdure. Le cours Napoléon, à Lyon, en était un exemple avant qu'on n’eût rabattu les branches. Nos haies vives doivent seules , par nécessité, se ressentir du mauvais goût du siècle dernier, pendant lequel on réduisait nos arbres en murs de verdure, en colonnes, en pyramides , en boules, en arcs et même en animaux.

Mais nous avons encore un plus frappant exemple de l’état de barbarie dans lequel se trouve la taille dans nos tétards de Saules : une bouture est faite avec une longue branche de Saule blanc, on la laisse dépasser le sol d'environ 2" 1/2. Nous ne conservons que les trois à six branches supérieures qui se sont développées ; toutes les petites qui paraissent sont soigneusement et successivement coupées. Après trois ou quatre années, les branches terminales sont assez grosses; nous les coupons au-dessus de leur base pour en faire de longues perches légères. L'année après la première taille , la sève se porte en abondance dans cette extrémité massacrée à coups de serpe; un grand nombre de bourgeons surnuméraires apparaissent au printemps suivant, et comme là se trouvent de nombreux obstacles à la circulation séveuse, l'extrémité tronquée se tuméfie, et il en part tous les quatre ans des branches nombreuses qui sont coupées toujours un peu au-dessus de leur base. De là, l’'augmention persistante du volume que présentent ces arbres, qui continuent à être traités de lamême manière. Mais le séjour de l'eau et toutes les blessures permettent à l'humidité de pénétrer graduellement dans le tronc, qui se pourrit, et il contient alors la terre de Saule que nous utilisons souvent. A la fin de son existence, on ne trouve, la plupart du temps, qu'un Saule tout-à-fait creux, ou même des moitiés de Saules qui, cependant, produisent encore des branches. Voilà un exemple frappant de mutilation extrême que peuvent présenter des arbres qui, Kg à eux-mêmes, ont un port élégant.

Nous arrivons successivement à un peu plus de perfection dans

298 TAILEE.

la taille, et avant de donner quelques détails sur celle des arbres fruitiers qui, pour le moment, nous intéresse moins, voyons comment se fait celle des Müriers, qui est encore loin de présenter la régularité dont elle est susceptible.

Taille du Mürier en particulier.

Peu de nos arbres ont à supporter autant de mutilations que le Mürier. Aucun ne résisterait si bien que lui à l'effeuillaison à laquelle nous le soumettons, ét, chose plus extraordinaire encore, c'est qu'immédiatement après, et au fort de la végétation, nous lui faisons subir une taille très-courte.

Nos arbres fruitiers supportent assez bien la taille, parce que nous la praliquons quand la circulation de la sève est presque stationnaire, c'est-à-dire à la fin de l'automne, au printemps ou en hiver. À ces époques, ce liquide circule assez pour entretenir la vie de l'arbre, qui a toujours pendant cette saison, au moyen de ses racines, une température plus élevée que celle de l'atmosphère ; mais l’enlèvement des branches pendant cette période hivernale est bien moins désavantageuse à l'arbre que celle qu'on fait subir aux Müriers après la récolte de leurs feuilles. Un mois environ après l'apparition de leurs premières feuilles, nous leur enlevons cet organe essentiel de nutrition, et en même temps de grande activité vitale. De cette manière, nous arrètons subitement ce grand mouvement ascensionnel du liquide nutritif; car c'était par les feuilles que s'élevait dans l'atmosphère une quantité très-considérable d’eau distillée, ce qui excitait puissamment le mouvement de la sève et le dégagement de l’oxigène.

Les jardiniers nomment ce ralentissement de la sève refoulement de la sève. Cette expression n’est pas juste, car ce n’est qu'un arrêt de sève dans les tissus, un moment de stagnation et non un refoulement, une descension complète. Cette abondance d’eau dans les tissus fait un moment de l'arbre une plante herbacée, c'est-à-

TAILLE. 299 dire que les bourgeons, qui étaient presque stationnaires (et aqueusement nourris), se développent instantanément, comme cela arrive dans une plante herbacée, dans laquelle les bourgeons, aussitôt créés, s’allongent en branche. Conséquemment des bourgeons qui ne se seraient développés qu'en août, ou le plus souvent au printemps suivant, poussent aussitôt, et, si les circonstances atmosphériques sont favorables, l'arbre, dix à quinze jours après, se trouve déjà regarni de feuilles

Si l'arrière saison est chaude, l'arbre apparaît bientôt presque aussi fourni de feuilles que si on ne lui avait pas enlevé les premières. Elles ont le temps, suftout dans le Midi, d'élaborer assez de sève pour développer des branches très-solidement organisées pour supporter l'hiver et développer à leur aisselle autant de bourgeons, espoir du printemps suivant.

Par l'enlèvement des feuilles au printemps, si la cueillette a été adroitement faite, les bourgeons qui se trouvaient à l’aisselle de ces feuilles n'ont pas été atteints ; ils sont jeunes, herbacés pour ainsi dire ; ils peuvent aussitôt se développer très-vite et réparer promptement les organes indispensables pour la nutrition de l'arbre, qui en souffre, mais qui peut supporter cette effeuillaison précoce, malgré que la couche de bois et celle d’écorce qui se forment ne soient pas aussi épaisses, aussi solidement organisées qu'elles l’auraient été si l'arbre avait conservé ses premières feuilles.

Mais nous suspendons l'organisation des tissus un peu plus longtemps, quand nous taillons l'arbre quatre à dix jours après lui avoir enlevé-ses feuilles, comme on le fait presque partout dans le Midi de la France. Nous l'avons déjà fait souffrir en les lui supprimant; nous-avons laissé languir quelque temps sa végétation , et nous aggravons encore le mal en lui enlevant bientôt après presque tous ses bourgeons préparés d'avance. Nous augmentons encore la stagnation de la sève, et par suite de son abondance, nous voyons se développer le peu de bourgeons qu'on a laissés, et d’autres, mal préparés d'avance, commencent à paraître : ce sont les bourgeons adventifs où surnuméraires. La chaleur, la vive lumière de cette

saison dissipent heureusement bientôt, en partie, la grande humidité des tissus et l'équilibre normal de l'arbre se rétablit, au moins en apparence. Aussi la plupart des Mûriers taillés du Midi, renfermant quinze à vingt jours après la taille trop de sève aqueuse, présentent des écoulements sanieux sur leur tronc, signe certain qu'elle n'a pu suivre le cours ordinaire de son élaboration. Cette plétore (plénitude) se fait jour à un point quelconque.

Outre les écoulements de sève que présentent beaucoup de Müriers du Midi, taillés après la récolte des feuilles, leurs branches principales sont extrêmement raboteuses, à cause des cicatrices rapprochées, produites par les tailles précédentes.

La sève, engorgeant les tissus après la récolte et la taille immédiates de l'arbre, est si abondante qu'elle s'écoule par les entailles nombreuses qu'on vient de faire à des rameaux qui n'avaient pas eu le temps, l'année dernière, de parvenir à leur perfec. tion normale. Cetécoulement continue souvent en ulcères (chancres), et même il ne suffit pas, car on voit souvent s'établir un large ulcère dans une partie du tronc de l'arbre. Cette plaie ne pourra se guérir qu'en opérant sur l'arbre une toute autre taille, faite surtout dans un moment opportun, Si cette trop abondante sève ne peut se faire jour par quelque point, les feuilles jaunissent, et si l’on ne vient pas au secours de l'arbre par de profondes incisions longitudinales de l'écorce, 1l finit par périr.

Ce traitement, fait en dépit de toutes les règles physiologiques, prouve d’une part la puissance de la routine, et de l’autre la vigueur du Mürier ; et, en outre, l'empire d’une habitude irréfléchie se continuera encore beaucoup trop longtemps.

Il faut avouer cependant que cette manière d'opérer n’a guère élé employée que dans le Midi de la France, où la récolte de la feuille est faite de bonne heure, où le développement des bourgeons surnuméraires laisse encore un assez long intervalle de temps avant l'hiver, pour réparer, du moins en grande partie, le mal que l'on a fait. Cette taille à cependant aussi réussi à Lyon.

Taille Trisannuelle ou Quadrisannuelle

des Muüriers,

On recueille généralement les feuilles du Mürier toutes les années ; mais quelques personnes ne les taillent que la troisième ou la quatrième année : c’est ce que l'on désigne ordinairement par l'expression laisser reposer le Mürier une année sur quatre. Alors, cette prétendue année de repos est employée, au printemps -de la troisième année (ou de la quatrième), à couper (rabattre) les branches de deux ou trois ans au-dessus des 20 à 40 centimètres de la base de celles qui existaient depuis la dernière taille. Pendant cette année de repos factice, des bourgeons surnuméraires apparaissent subitement et se développent. Il faut avoir soin alors de supprimer, à la fin de juillet, tous les rameaux verts qui sont inutiles pour un embranchement régulier, qui doit rester intact (de taille) pendant les deux ou trois années suivantes.

Ce mode offre l'inconvénient de laisser des coupes de branches trop larges, et d'exposer l'arbre à une dégradation trop prompte.

Mais, d'un autre côté, l'arbre produit certainement, dans un nombre d'années donné, plus de feuilles que par la taille bisannuelle.

Le mode de taille BOYER et LABAUME se rapporte à cette manière de conduire les Müriers ; 1l offre l'avantage de guider successivement le cultivateur. Voici comment procèdent ces moriculteurs :

La première année, l'arbre est planté et coupé en travers au sommet du tronc, ou avec deux à trois branches tenues extrèmement courtes ; les racines sont taillées au sommet ou supprimées au-dessus des blessures qu'on rencontre trop souvent hors de l'arrachage. (Voir l'article Plantation, pag. 238.)

En mars de l’année suivante, et avant la foliation, on fait choix de trois des rameaux les mieux placés, espacés le plus possible, les plus forts et les plus égaux ; on les conserve entiers, tandis que tous les autres sont coupés à leur base, très-près de l'écorce. Dans le cas où l’un des trois serait plus faible, il faut le conserver ; on le ramènera à un volume convenable l’année suivante. (Voir cette trifurcation, pl. vi, fig. 2.)

Si l’on est obligé de ne conserver que deux rameaux également distants, il faut s’en contenter. D’autres fois, on se voit contraint d’en laisser quatre. Mais ces deux derniers embranchements principaux sont moins élégants et surtout moins commodes pour l'homme: qui montera, par la suite, sur l'arbre. Leur naissance, souvent presque horizontale, produit une excavation où s’assemble parfois l'eau des pluies qui peut nuire à l'arbre.

En mai ou juin, on enlève à la main les rameaux verts qui se sont développés à la base des jets de l'année dernière, jusqu'à environ le tiers de leur longueur; les deux autres tiers supérieurs sont laissés complètement intacts. On coupe, à la même époque, tous les autres jeunes rameaux verts qui ont apparu sur l'arbre : on les utilise pour les vers-à-soie ou pour le bétail. On a soin, pendant la belle saison, de supprimer, à plusieurs reprises, tous les rameaux qui apparaissent ailleurs que sur la partie laissée intacte lors de la première opération. Cet enlèvement de rameaux verts (bourgeons des jardiniers) ne doit jamais s'opérer pendant la pluie.

En mars de la troisième année de plantation (deuxième de taille), avant l'apparition des feuilles, on examine attentivement l'arbre avant de se décider à la taille vraiment importante. Les trois branches principales, conservées l’année précédente, ont produit des rameaux dans tous les sens ; il faut

faire choix sur chacune d'elles de deux ou trois rameaux pour les

conserver, en laissant ceux au moyen desquels l'arbre présentera un évasement. On coupe ces rameaux (d'embranchement secondaire), au-dessus du deuxième ou du troisième, en partant de la base, et on enlève tous les autres. On a soin, comme l’année dernière, de supprimer tous les bourgeons qui se développeraient ailleurs que sur les rameaux de l’année précédente (laissés par la taille). Après cela, l'arbre a un aspect désagréable, mais il devient magnifique en automne.

Dans la quatrième année de plantation s’opère la troisième taille. Elle consiste tout simplement à couper les rameaux laissés de l’année précédente au-dessus d’un ou de plusieurs jets latéraux, en ayant soin d'enlever principalement toutes les petites branches qui se dirigent vers le centre de l'arbre qui doit être laissé, le moins possible, garni de rameaux. On conserve cependant parfois quelques petites branches latérales faibles, qui servent à modérer l'ascension de la sève dans les branches vigoureuses. Il est inutile de recommander constamment d'enlever toutes les petites pousses (brindilles) inutiles.

Pendant les quatre premières années, ces agronomes se soni altachés à créer du bois ; mais actuellement, ils doivent tailler de manière à obtenir pour l’année suivante le plus de feuilles possible. Comme précédemment, on diminuera les branches {de l’année précédente) qui se dirigent vers le centre, afin de permettre à la lumière de pénétrer partout. On coupera, comme les autres années, deux à quatre branches au-dessus de la base de ce dernier embranchement, et au lieu de laisser entiers les derniers rameaux, on les taillera (écourtera) eux-mêmes sur le troisième ou quatrième bourgeon en partant de la base, afin qu'ils se garnissent de bourgeons. On cherchera, cette année surtout, à donner à l’embranchement général la forme d’un cône renversé, ou plutôt la forme d’une Poire.

L'année suivante (sixième de la plantation), on cueille les feuilles et on émonde. Alors, les Müriers produisent environ 25 kilogr. de

feuilles bien plus parfaites que celles obtenues sur des Müriers dont le feuillage est entassé, dont l’évaporation aqueuse se fait fort mal, et dont elles ne peuvent être dans des conditions hygiéniques convenables à l'alimentation des vers-à-soie. Il n’y a donc aucun doute sur l'avantage des feuilles obtenues par cette taille sur celles produites par celle du Midi, où tous les rameaux sont dans une abondance extrème. Nous n'avons que deux objections à faire sur cette manière de tailler : la première, quoique bien exposée par MM. Boyer et DE LABAUME, offre quelques difficultés pour des coupeurs d'arbres non exercés ; la seconde, c'est que les arbres sont trop longuement embranchés, et que les feuilles, d'ailleurs extrémement convenables, sont comme dans les Cevennes, assez longues à cueillir. Des arbres que l’on veut traiter de cette manière, ou comme on fait dans les Cevennes, doivent être plantés à de grandes distances , surtout si l’on veut établir quelques cultures au-dessous.

Les agronomes cités traitent à peu près de même les mivents et les nains; seulement ils diminuent la longueur de leur embranchement, c'est-à-dire au lieu de laisser entiers les rameaux de l’année précédente, ils les raccourcissent de manière à ce que le nain ou le mivent n'offre pas un si ample embranchement en longueur et en largeur. Ils ont soin, plus que jamais, de supprimer les rameaux verts surnuméraires qui apparaissent. Ils conseillent d'utiliser leurs feuilles dès la quatrième année de plantation (troisième de taille). Si les arbres-n’ont que dix ans, on peut facilement les ramener à l'embranchement conseillé par les agronomes de Nîmes, en coupant, le plus haut possible, au sommet du premier embranchement , en conservant les jeunes rameaux convenables qui se trouvent audessous de la coupe pour établir le troisième.

Je n'ai point vu d'anciens arbres conduits au moyen de la taille BoxER ; mais le lisse des écorces, la beauté des embranchements, et l’état parfait des feuilles, ne peuvent laisser aucun doute sur leur longévité. Ils ne seront probablement jamais sujets à ces

TAILLE. 305 suintements séveux qu'on voit si souvent dans la taille courte, rabougrie et raboteuse du Midi, qui sont, au premier aspect, malheureusement très-séduisants par leur forme régulièrement en demi-sphère ou en entonnoir.

MM. MOREL et GAILLARD qui, comme moi, ont vu l'aspect des Müriers conduits par M. BOYER, en ont été très-satisfaits. Ils ont même retrouvé de grandes plantations de cet arbre, traitées par la taille de l'habile horticulteur nimois ; elles avaient une fort belle apparence.

Beaucoup d'arboriculteurs conseillent la taille (complète) du Mürier la quatrième année, après en avoir cueilli les feuilles les trois années précédentes ; mais nous avons tout lieu d'espérer que la taille sur rameaux ou en vert de l’année précédente sera préférable.

Taille Bisannuelle.

Il est peu de cultivateurs de Müriers qui taillent leurs arbres au printemps de l’année qui suit celle de la récolte des feuilles pour n'en nourrir les vers-à-soie que l’année suivante; c’est cependant l'une des tailles les moins défectueuses sous le rapport de la santé de l'arbre. Ce mode offre un grand désavantage : c'est celui de ne pouvoir faire de récolte de feuilles que la seconde année, et conséquemment de ne pas utiliser convenablement la production , et de rendre les feuilles trop chères.

Taille Annuelle.

La taille des Müriers pratiquée dans le Midi de la France, se rapporte en général à celle que l’on doit nommer annuelle; elle s'opère d'abord en laissant partir du sommet du tronc un certain nombre de rameaux qui deviendront sa première ramification. Elle consiste à couper très-prês du point de départ les branches de l’année précédente aussitôt après en avoir cueilli les feuilles. Il en

résulte , chaque année , des petits moignons ou tétards d'où les bourgeons adventifs (sous yeux) paraissent peu de jours après, et qui donnent un grand nombre de rameaux verls pour l’année suivante. Ces nombreux rameaux ont encore le temps, surtout dans cette contrée chaude, de devenir assez ligneux pour résister aux gelées; ce procédé a même réussi à Lyon.

Que l’on donne aux Müûriers la forme d’une coupe (pl. x), ou bier celle d’une demi-sphère déprimée ou Oranger (pl. vu et 1x), cette taille offre toujours les mêmes inconvénients physiologiques. La première cependant me paraît préférable à la deuxième: les feuilles étant plus exposées à la lumière et plus faciles à cueillir.

L'un de ses inconvénients est de produire, l’année suivante {dans le Midi), des feuilles épaisses, et conséquemment trop aqueuses , puisqu'elles naissent de rameaux qui sont encore trop peu ligneux , ou sont encore (en exagérani un peu l'expression) trop herbacës. Dans le Nord, on aurait, à plus forte raison, ce double reproche à lui faire.

Un inconvénient, que j'ai déjà signalé, nait de l'arrêt brusque de la sève dans un moment où elle est extrèmement abondante , dans le Midi surtout. Dans les contrées où l’on ne taille pas après la cueillette des feuilles , la sève abondante qui pénètre le tissu ligneux et cortical se porte aussitôt sur le grand nombre de bourgeons qui étaient à l’aisselle des feuilles, bourgeons qui, au lieu d’être durs comme ceux qui viennent au printemps, sont véritablement herbacés, poussent aussitôt, et utilisent bien plus mstantanément une bonne partie de la sève ; tandis que celle-ci, dans les arbres taillés, ne se porte que sur des bourgeons surnuméraires (sous yeux) qui sont loin d’apparaître, et surtout de se développer aussi rapidement que les jeunes bourgeons de l’aisselle des feuilles qu'on vient d'enlever. Ce torrent de sève (qu'on me permette cette expression) séjourne dans le tissu ligneux et cortical, y produit quelque temps une espèce d'hydropisie, dont le liquide se fait trèssouvent jour sur le tronc de l'arbre, et cet écoulement continue bien heureusement pour celui-ci. Si, même au moment où cette

TAILLE. 307 seconde pousse a lieu, on voyait que les feuilles restassent jaunes, que l'arbre fut souffrant et qu'on put penser que ce fut par le trop d'abondance de sève, on devrait faire une ou deux incisions longitudinales à l'écorce pour établir un écoulement.

La taille des Müûriers du Midi, surtout en vase ou en coupe (pl. vrrretix), malgré ses inconvénients, offre l'avantage de produire énormément de feuilles, qui sont d’ailleurs moins charnues qu'elles le seraient dans le Nord.

Faille sur Rameaux de l’année précédente ou Faille en vert.

Ce mode de tailler le Mürier que je propose, ou plutôt que quelques auteurs ont déjà indiqué en n'en motivant pas assez les avantages , est celui qu'on peut désigner sous le nom de {aille en vert. Il a, selon nous, de grands avantages sur tous ceux qu'on a employés jusqu'à ce jour. Il contrarie, à tous égards, le moins qu'il est possible la végétation de l'arbre, tout en lui faisant produire un nombre équivalent de feuilles à ce que les autres arbres produisent dans des temps égaux.

Mes excursions dans le Midi, mes observations sur de nombreux Mûriers , l'examen attentif des figures publiées par M. BRUNET DE LA GRANGE, l'étude des divers systèmes de taille, le cours que j'ai été appelé à faire pour la Société impériale d'Agriculture, et des méditations fréquentes sur lesquelles j'ai dû être naturellement porté, m'engagent à présenter un système de taille qui me parail bien plus en rapport avec la vie du Mürier, le bon état de ses feuilles et les besoins d’une meilleure alimentation des vers-à-soie.

J'ai la persuasion complète qu’en taillant, chaque année, sur rameaux de l’année précédente, on évitera les larges coupes des branches de trois à quatre ans d'existence, et les rugosités innombrables que présentent les Müriers du Midi; qu'on obtiendra des écorces aussi unies que par la taille BoYER; qu'on évitera l’engorgement des tissus en ne supprimant qu'une partie des rameaux en

pleine foliation, sans laisser aux arbres un embranchement trop allongé. Enfin, on donnera par-là une longévité plus grande à l'arbre en évitant la destruction de son centre, qui commence ordinairement par celle du départ des premières branches tronquées.

Les bourgeons qu’auront produits les jets de l’année précédente se développeront à leur tour. Au moment d'utiliser les feuilles du Mürier, on conservera sur chacun d'eux trois nouvelles branches, et tout ce qui est au-dessus sera abattu et utilisé (pl. vit).

Cette seconde année de plantation, le jeune arbre aura neuf branches qui seront en pleine et vigoureuse végétation pendant cinq molis.

La troisième année et les suivantes, on procédera foupours de la même manière. L'arbre aura donc, cette même année, vingtsept branches fonctionnant activement.

Supposons qu'on place un jeune Mürier d’une année d’existence, obtenu dans les conditions indiquées à l’article Plantation (p.238), soit en pépinière , soit en place; qu’on lui laisse les branches qu'il avait en l’arrachant : les bourgeons qu'il portait se développent, s'allongent en jeunes rameaux portant quelques feuilles bien développées. Nous sommes vers la fin de juin : on commence par faire choix de trois des jeunes pousses les plus convenablement placées, et qu'on veut conserver ; on coupe toutes les autres à leur base (pl. vit), au moyen de la serpette (les feuilles en sont utilisées, soit pour commencer à nourrir quelques vers-à-soie , soit pour le bétail) ; on livre l'arbre à lui-même en l’arrosant, s’il y a nécessité absolue et possibilité de le faire , et on supprime à une ou deux reprises les bourgeons surnuméraires ou les petites brindilles auxquels ils pourraient donner naissance. On sarclera, on binera autour de l'arbre, s’il y a lieu.

Il se pourra que par la suite on ne puisse pas continuer à couper la branche de l’année précédente au-dessus du 3° jet vert (par un embranchement trop abondant), alors on rabattra au-dessus du 2°.

Dans tous les cas, il faudra toujours tendre à écarter par la taille les rameaux qu’on laissera, de manière à tenir l'embranchement le moins serré possible.

On comprendra, par cette manière d'agir, que les feuilles ne seront plus cueillies sur l'arbre; qu’un homme , avec l'intelligence la plus bornée, pourra suffire à quelques femmes ou quelques enfants pour les ramasser à terre en prenânt les rameaux abattus par le sommet et en les entraînant toutes de haut en bas, sans avoir à protéger des bourgeons. La récolte deviendra bien moins dispendieuse et plus rapide.

Si l'on est menacé par la pluie, il sera facile de porter les branches à l'abri, d’en faire sécher les feuilles bien plus facilement que si elles en sont séparées.

Les routiniers ne manqueront pas de dire que tout cela est impraticable ; :

Qu'il faudra toujours avoir un jardinier sous la main, tandis qu’en faisant tailler ainsi quelques Mûriers sous ses yeux, le premier venu opérera facilement ensuite ;

Que les feuilles se fanent plus vite quand on coupe les branches que lorsqu'on les ramasse sur la branche, ce qui est entièrement controuvé ;

Qu'on aura beaucoup plus de poids à porter si l'éloignement est considérable, que dans des sacs.

Tous ces prétendus obstacles seront facilement levés ou plutôt évités avec la plus simple intelligence et la moindre bonne volonté.

La taille en vert offre encore d’autres avantages : elle n'endommage pas les bourgeons qui restent, ni ne déchire l'écorce, ce qui laisse les arbres en très-mauvais état. Par le moyen de cette taille, il est très-facile de transporter, le matin ou le soir, des fagots de branches toutes feuillées, de les mettre dans un lieu frais, où elles s'échaufferont moins que serrées les unes contre les autres: en outre, de les détacher facilement du sommet à la base, sans crainte de rien endommager. Par cette taille, on aura aussi de

moins grands émondages, et la feuille sera complètement (ou presque) privée de fruits inutiles, qui sont pesants et entretiennent beaucoup d'humidité dans les magnaneries.

Cette taille offrira donc sur les autres :

1° De ne pas suspendre la vigueur de la végétation et d’entretenir une ascension de sève constante et égale ;

2 De ne faire des coupes que sur des branches de l’année précédente, lesquelles se cicatrisent facilement ;

3° D'éviter de grands amas de sève dans le tronc;

4° De ramasser les feuilles des branches abattues ;

5° De pouvoir, lorsqu'on est pressé par le beau ou le mauvais temps, transporter sans peine ces branches ;

6° D'’en sécher les feuilles plus facilement au besoin ;

T° De produire des rameaux très-vigoureux et qui auront tout le temps de se consolider avant les gelées ;

8° On ramassera beaucoup moins de jeunes fruits que par le moyen de la taille et de la récolte ordinaires, et conséquemment les litières seront moins humides.

Si l’on plante un Mürier nain, mivent ou arbre, ne présentant qu’une tige unique ou baguette, sans ramifications, on supprimera en juin tous les jeunes rameaux qui apparaîtront, excepté trois des plus convenablement disposés pour cemmencer l'embranchement ; ainsi l'arbre aura la

ire année... 3 branches. 4° année... 841 branches. DANSE, 9 » DE. pic M12RS »

SRE MS TR 27 » 6.4 ; Di, 2 TOO »

Si on plante de jeunes arbres avec trois branches, on aura la jre année... 9 branches. &° année... 243 »

D ARS ER D 27 » Déni : DO »

3e LED AT 81 » 6x2: te se 2181 »

Mais comme après la 4° ou 5° année le nombre des branches sera probablement trop considérable, on pourra se contenter de tailler sur deux branches au lieu de trois.

TAILLE. 314 Toute idée systématique à part, on concevra facilement :

1° Qu'il faut, dès la plantation du Mèrier, établir son embranchenent, ne lui laisser que trois branches le plus également espacées ;

20 Que celte première année de plantation, on supprimera audessus de ces trois branches tous les jeunes rameaux verts placés au-dessus des trois mférieurs, et que leurs feuilles en seront utilisées pour l'alimentation des vers;

3° Que ces branches abattues seront enlevées de suite, mises à l'ombre, ou transportées dans la magnanerie ;

4° Que chaque année, les trois rameaux, développés l’année précédente, seront taillés au-dessus du troisième rameau nouvellement apparu, et utilisés de la même manière ;

5° Que si, par la suite, l'embranchement devenait trop serré, au lieu de tailler au-dessus du troisième rameau vert, on couperait audessus du deuxième ;

6° Que par ce moyen on ne suspend nullement le mouvement de la sève, que toujours le liquide continue à s’évaporer par les feuilles laissées ;

7° Que l'arbre ne peut donner des signes de pléthore ;

8° Que les seules plaies faites à l'arbre sur les branches de l'année précédente, se cicatrisent facilement ;

9° Que des ulcères ne s’établissent pas par suite de la destrucüon du centre des grosses branches, dont les plaies restent exposées à toutes les vicissitudes atmosphériques ;

10° Qu'on peut facilement, en peu de temps, recueillir à l’approche de là pluie une certaine masse de feuilles qui, déposées convenablement, se conservent bien mieux, sans contracter un commencement de décomposition, dont l'odeur déplaît aux vers ;

41° Que les branches longues et tendres, privéés de feuilles ; doivent être mises en fagots, pour les mettre rouir quand on ne peut faire d’autres travaux l'hiver, afin d'en enlever l'écorce qui sera teillée et peignée, puis filée, pour faire soit de la toile, soit des cordes, ou au besoin du papier ;

12° Les branches écorcées serviront ensuite de combustible.

D'ailleurs le bois du Mürier est ferme et flexible, et peut avoir un très-grand nombre d'usage, surtout à cause de sa résistance à ia putréfaction, tels que charpentes de charrues, herses, planches, échalas, manches d'outils, etc.

En résumé, on voit qu'aucun arbre ne peut présenter de plus grands avantages, en y ajoutant encore l’utilisation de terrains presque infertiles, et qu'avec peu de travail on peut fertiliser par quelques labours, faits même parfois dans l'hiver, et en y semant successivement des plantes, qui d’abord peuvent être employées comme engrais verts, et par suite, en culture sarclée, telles que Raves, Topinambours, Pommes de terre, etc.

Faille des Müriers gelés.

Depuis quelques années, les gelées printanières on endommagé les Müriers au moment où les bourgeons commençaient leur développement. Il a donc fallu retarder l’éclosion des œufs de vers-à-soie, et attendre que de nouvelles feuilles se soient formées.

Aux bourgeons qui avaient mis près d’un an à s'organiser, et qui ont été détruits en quelques instants , ont succédé des bourgeons rudimentaires (surnuméraires ou adventifs), placés sur les parties latérales des premiers, et qui le plus souvent seraient avortés ou n'auraient formé que de très-petits et minces rameaux (brindilles des jardiniers), si les rameaux principaux n'avaient pas été détruits pendant leur croissance.

Ce sont ces bourgeons surnuméraires qui se développent après la destruction de ceux qui avaient mis un an à se former. Ces nouveaux bourgeons ont pris un accroissement beaucoup trop prompt pour produire des ramifications bien constituées et des feuilles propres à une bonne alimentation du ver-à-soie; aussi la production de la soie sera toujours mauvaise toutes les fois que

TAILLE. 313 pareille circonstance atmosphérique se rencontrera, ou lorsque des pluies printanières abondantes feront produire aux Müriers des feuilles dans lesquelles l'élaboration de la sève se sera mal opérée. En 1852, le mal a encore été augmenté par les fâcheuses circonstances atmosphériques qui ont régné pendant la vie des vers. Bien des années précédentes ont présenté les mêmes résultats, et il ne peut en être autrement.

Il est presque impossible d'éviter une partie de pareilles circonstances atmosphériques ; mais, cependant, il se pourrait qu’en abritant, pour quelques nuits seulement, une plus ou moins longue haie de Müriers, on parvint à empêcher que les feuilles ne fussent gelées : de très-légers paillassons, de grosses toiles d'emballage, de vieilles voiles, de gros papier sans fin même, légèrement fixés, sufliraient pour préserver les jeunes feuilles de la gelée. On pourrait réunir par faisceaux les branches que l’on coucherait sur la haie, afin que celle-ci ne présentât pas trop de largeur. Ces soins ne seraient que de quelques nuits, et on aurait une feuille dans des conditions convenables à l'alimentation des vers. Leurs deux premières mues passées, pendant lesquelles les vers consomment peu, ils pourraient plus facilement supporter une alimentation affaiblissante, due aux feuilles qu'on donnerait alors. Même, dans un cas pareil, il faudrait tâcher de se procurer, pour quelques jours, entre la deuxième et la troisième mues, des feuilles les plus avancées, et surtout les moins aqueuses : celles, par exemple, cueillies dans un lieu sec et très-aéré.

On se récriera sur les moyens proposés ; mais que ne fait-on pas pour des Pêchers en espaliers? De grosses toiles d'emballage, des paillassons protecteurs, ne sont pas des moyens impraticables pour assurer la production d’une substance aussi précieuse que la soie.

Dans tous les cas, si nous ne pouvons remédier qu'incomplètement au mal produit sur les Müriers, voyons s’il n’y a pas quelque chose à faire aux arbres partiellement gelés. Le froid des 19 et 20 avril 4852 n'a pas atteint les jeunes bourgeons seuls , il a endommagé aussi les bourgeons surnuméraires, et les branches de nos.

Müriers, qui se sont développées plus tard, ont sensiblement souffert. Non-seulement des portions assez longues de branches sont mortes, mais la destruction a continué. Des rameaux verts, garnis de feuilles qui paraissaient bien portantes , se sont fanés brusquement et ont séché le troisième ou quatrième jour. En les examinant, on trouva la face interne de l'écorce brune et sanieuse. La décomposition se prolonge souvent plus bas qu’il ne paraît d’abord. Pour l'arrêter, il convient de tailler de suite l'arbre jusque dans la partie saine. L'inspection de l’incision fera facilement connaître si l’on doit couper plus bas. Pour peu que la partie de l'écorce qui touche le bois ne soit pas très-fraîche, il faut encore entailler au-dessous.

Pour utiliser la feuille, il convient de placer une ou deux personnes sous l'arbre, afin de la ramasser rapidement sur les parties abattues; on laissera toutes les branches saines sans. en cueillir les feuilles cette même année. Ces jeunes branches auront parfaitement le temps de se consolider, et résisteront, sans nul doute, aux rigueurs des hivers ordinaires.

Si l’on a absolument besoin de feuilles, il faut couper les branches plus bas, mais laisser intactes sur l'arbre toutes celles qui sont vigoureuses et qui ne déparent pas sa forme; elles continueront à pousser , et même avec plus de vigueur que si vous abandonnez l'arbre à lui-même.

Quant aux arbres déjà dépouillés de feuilles (qui ont servi à l'alimentation des vers), si vous n'ôtez pas, dans le mois de juin même (ou, à la rigueur, au commencement de juillet), tout le bois mort, non-seulement vous serez obligé de le faire au printemps, mais encore l'opération sera moins facile et plus dispendieuse qu’en la pratiquant au moment où la maladie fait des ravages (juin); alors la maladie aura fait des progrès, elle aura communiqué bien plus bas, et vous serez privé d'un plus grand nombre de feuilles pour l’année suivante.

Taille des vieux Muüriers.

Nos très-anciens Müûriers non greffés ont été de tout temps traités avec une vraie barbarie. Une fois plantés, ils ont été abandonnés à eux-mêmes , et sans recevoir le moindre soin; bien au contraire, on les a toujours massacrés en leur enlevant impitoyablement et sans cesse leurs feuilles.

Ces vieux arbres en produisent encore, mais elles sont petites et difficiles à cueillir, et conséquemment coûtent à récolter. On y tient beaucoup pour l'alimentation du ver-à-soie, et cependant on ne fait rien pour les protéger et les entretenir convenablement.

M. PERRET (des Granges, à Saint-George, près Villefranche) nous a donné, à cet égard, un bon exemple qui ne doit pas rester dans l'oubli. Pendant l'hiver de 1851 à 1852, ce zélé agronome eut l’heureuse idée de faire couper au-dessus de la naissance de leur. premier embranchement un certain nombre de vieux Müûriers sauvages. Ses voisins croyaient qu'il allait les faire périr, mais le succès a dépassé son attente. On devait s’y attendre, car le Mûrier supporte, aussi bien que le Saule blanc, tous les plus mauvais traitements, et ils vivent encore. La base des principales branches a donné, en 1852, de nombreux jets très-vigoureux et très-longs. Il n’y à eu, au commencement de la récolte des feuilles de 1853, qu'à supprimer toutes les branches inutiles et conserver toutes celles qui sont nécessaires pour donner à l'arbre un embranchement convenable : celles qu'on a laissées étaient du volume du petit doigt.

Les bourgeons qu'elles portaient pendant l'hiver se sont développés, et au moment où l’on avait besoin de feuilles, on a coupé ce jet (de l’année précédente) au-dessus du deuxième ou troisième jeune rameau, en choisissant, le plus possible, ceux qui ont poussé en dehors de l'arbre. Enfin, on traite ces Müûriers par la taille en vert sur rameaux de l’année précédente, comme il à été dit. :

On pourra aussi ramener à la même taille les anciens Müûriers sreffés en les rabattant, comme le disent les jardiniers, et en les conduisant, comme nous l'avons dit, à la taille en vert ; on n'aura qu'à les couper comme M. PERRET l’a fait, et enlever, au mois de juin tous les jeunes rameaux qui ne pourraient servir à établir l'embranchement. Les années suivantes, la taille s’opérera toujours sur les rameaux de l’année précédente , et au moment même où l’on a besoin de feuilles.

M. MATTHIEU BONAFOUS qui a employé une bonne partie de son existence aux études séricicoles, doit encore être cité ici, où il est question de la production de la feuille du Mûrier et de sa meilleure utilisation.

Il entreprit quelques essais qui tendaient à introduire en Europe un mode de culture pratiqué dans l'Inde, et adopté avec succès dans la Caroline du Sud. Dans ces contrées, on sème, aux premiers jours du printemps, des graines de Müriers ; dans le cours de la saison suivante , on fauche ou l’on effeuille les jeunes Müriers qui en proviennent pour alimenter les vers-à-soie, jusqu'à ce que, devenus trop forts, ils ne poussent plus que des rameaux courts. On défriche alors le sol, qui retourne à l’assolement de la ferme , tandis qu'un autre terrain estensemencé en Müûriers pour remplacer le premier.

BONAFOUS Sema, au milieu de l'été, les graines du Mèwrier blanc, et le jeune plant qu'il en obtint fut transplanté , en mars de l’année suivante, dans un terrain de l'étendue de douze tables. Ces Mûriers, au nombre de 1,000 par chaque table, furent placés à 8 pouces les uns des autres (81 millimètres), et en lignes parallèles de 8 pouces d’intervalles (21 centimètres). Ces jeunes plants avaient acquis en mai plus d'un pied de hauteur (32 centimètres). Ils produisirent 25 kilogr. de feuilles, ce qui donnerait un produit de 50 quintaux par journal (1). Donc, en évaluant à environ 19 quin-

(1) Le journal de Piémont se compose de 100 tables, qui correspondent à un tiers hectare environ,

TAILLE. 317 taux la quantité de feuilles nécessaires pour former un quintal de cocons, un journal produirait assez pour en obtenir deux quintaux et demi. Un pareil produit s'occroîtrait d'une année à l’autre, jusqu’à ce que les Müûriers, ne poussant plus qu'un bois très-difficile à effeuiller, fussent employés au chauffage.

On pourrait craindre que des vers nourris avec des feuilles de Pourrettes (jeunes plants) ne donnassent des cocons de qualité inférieure; mais BONAFOUS a expérimenté comparativement avec des feuilles de Mûriers greflés.

On a beaucoup parlé de la valeur alimentaire du Mürier blanc mince (ou sauvageon), et peu de personnes ont fait des éducations comparatives très-exactes. C’est toujours MATTH. BONAFOUS que nous avons à citer, quand 1l faut avancer la science de la production de la soie.

Il soumit absolument aux mêmes conditions deux onces d'œufs de vers-à-soie de race chinoise à cocons blancs : l'une nourrie avec le Mürier greffé, et l’autre avec le Mürier sauvageon.

Ceux nourris avec le Mürier greffé

CONSOUIMETENNE. 2 ME RENE EU 3,198 livres »

Idem avec le Mürier sauvage....... 2,144 D 1/2 Différence. .…. :.... 453livres 17/2

Le poids de la litière des premiers fut de 4,835 livres Idem de ceux nourris avec le sauva-

OO, DER LR ER Ne eee» à se she 1,325 Diflérence: 4x 510 Le poids total de la récolte de cocons s’éleva à.... 547 livres. Les cocons des vers nourris avec le Mürier greffé DÉSCRCANR NT SORT LRU 271

Les vers nourris avec le Mürier sauvage pesèrent. 276

Les cocons des deux lots étaient absolument de la même qualité, et 429, pris mdistinetement dans chaque partie, en formaient ia livre. Les cocons privés de leur chrysalide n'offraient aucune différence en poids.

On en prit de part et d'autre 10 livres, qui furent filés de la même manière, et par la même personne.

Le produit des Müriers greffés fut de 11 onces 1/2 Idem des sauvageons......... One: TS

Il n'y eut donc que 5/8° d'once de soie de plus pour les cocons produits par les Müriers greffés.

La soie provenue des deux parties fut parfaitement égale en force et en éclat.

Il faut donc en conclure :

1° Que la feuille du Mèrier blanc à feuilles minces (ou sauvageon) offre une économie d'environ 45 livres par quintal sur celle du Mürier greffe ;

2° Que les débris de la feuille du Mürier sauvage, et ses fruits, d'un volume inférieur à ceux du Märier greffé, forment une litière moins épaisse ;

Il s’est trouvé moins de malades parmi les vers alimentés avec des feuilles sauvages, parce qu'il est vraisemblable que le Mürier sreffé , dont les feuilles sont plus aqueuses , fournit aux vers, à poids égal, une nourriture moins substantielle que celui à feuilles sauvages, ce dont l’auteur s’est assuré par la dessication de 400

onces de l’un et de l’autre.

Les feuilles du Mârier greffé ont pesé, sèches . 31 onces.

Celles du Mürier blanc à feuilles minces. . . 37

3° Le produit en cocons des vers nourris de feuilles minces à été de 2 livres et 1/2 de plus par once de graines que celui des autres VETS ;

4° La soie produite par les vers nourris avec le Mürier blanc à

TAILLE. 319 feuilles minces a présenté un degré de finesse supérieure à celle des vers nourris avec le Mûrier greffe.

Cet exposé, appuyé sur l'expérience, devrait paraitre suflisant pour obtenir la préférence et déterminer le choix des eultivateurs à l'égard du Mürier à feuilles minces. Néanmoins, MATTIEU Bonarous pense qu'il leur importe de suspendre leur jugement et de peser les observations suivantes avant de se prononcer :

4° Il ajoute que le ver ne témoigne aucune préférence pour l’une ou l’autre feuille ; mélangées, il les mange de même ;

2° Une livre de feuilles (Mürier greffé) donnée à cent vers du mème âge, pris sur la même table, a été consommée aussi vite que celles du Märier à feuilles minces ;

3° La feuille du Mürier greffé offre l'avantage sur l’autre de moins se mouiller soit par la pluie, soit par la rosée, étant plus lisse, et de se conserver plus fraiche ;

4° Celle du Mürier greffé se récolte beaucoup plus facilement que l'autre : deux ouvriers ramassent un poids égal de feuilles du Mürier greffé à celui de trois sur un Mürier sauvageon. Il est à remarquer cependant que cette différence n'existera probablement plus quand on traitera avec le même soin ces deux espèces ;

5° A volume égal, le poids des feuilles du Märier greffé est bien plus considérable, vu leur largeur et leur épaisseur. Quoique cela soit vrai, la récolte des feuilles minces sera plus abondante dans un temps donné, quand le Mürier de cette espèce sera soigné comme celui à feuilles épaisses ;

6° La comparaison devra d’ailleurs s'établir entre des Müûriers d'une variété bien déterminée avec un état quelconque de celui à feuilles minces ;

7° I y aurait encore à comparer le Mérier à feuilles minces ci le Mûrier à feuilles épaisses dans des circonstances atmosphériques, les climats et les terrains parfaitement identiques.

Ainsi, le Mürier greffé, placé dans un sol sec, produira de bonnes feuilles pour l'alimentation ; tandis que la même variation de Mürier, dans un terrain humide ou argileux, produira des feuilles épaisses très-grandes, et qui, hygiéniquement parlant, ne pourront se comparer à celles de celui d’un autre sol.

De ce qui a été dit dans plusieurs pages de ce Travail, on doit conclure que :

1° Les Müriers blanc, multicaule et noir peuvent servir, en Europe, à nourrir les vers-à-soie ;

2° Que le Mürier blanc à feuilles minces à été reconnu pour celui qui, à poids égal, contenait la substance alimentaire la plus convenable ;

3° Qu'il a toujours été tenu, relativement à la culture, dans les circonstances le plus disconvenables pour en tirer meilleur parti;

4° Que le Mürier blanc à feuilles non lobées, de semis du Mürier greffé, est celui qu'il serait le plus convenable de cultiver dans le Nord pour l'alimentation du ver-à-soie ;

5° Que dans les contrées froides, le Mürier greffé à feuilles épaisses est le moins propre de toutes les variétés, à cause de la grande quantité d’eau qu’elles contiennent et de la mauvaise ventilation des magnaneries ;

6° Que les sols sablonneux ou pierreux sont préférables à tous les autres ;

7° Que si l’on a des sols de nature différente , 1] vaut mieux planter les Müriers à feuilles minces dans des sols plus substantiels et ceux à feuilles épaisses dans les terrains pauvres ;

8° Que les plantations de Müriers à larges feuilles doivent être traitées, le plus possible, par la culture appauvrissante;

9° Que la taille annuelle en vert est celle qui offre le moyen de récolter le plus promptement les feuilles et qui est la moins défavorable à l'arbre. |

SPHÉRIE DU MURIER

ou ROUILLE DU MURIER (Pl. vu bis).

Pendant les deux dernières années très-humides qui viennent de s’'écouler , les Müriers ont présenté plus particulièrement une maladie de leurs feuilles, qu'on a désignée sous le nom de rouille. Cette affection n’a de rapport avec celle des Friticacées (ouGra minées) que par le nom. La rouille des blés (Uredo rubigovera) est due à un développement pulvérulent roux, soulevani la cuticule des organes verts, qui attaque particulièrement leurs tissus utriculeux et nuit beaucoup à ces plantes ; mais la rouille des Müriers consiste dans une décomposition du tissu utriculeux et du tissu fibreux, qui prennent une tout autre apparence.

On a attribué ces taches à diverses causes : les uns veulent que ce soient des gouttes de rosée qui, au lieu de s’évaporer rapidement au soleil, concentrent les rayons calorifiques et détruisent le tissu; d’autres pensent que ce sont des gouttelettes d’eau contenant un principe âcre ou salé qui corrode la feuille. M. D'HomBrE- FIrmAS suppose, dans le Mémoire qu'il vient de publier, la maladie de la feuille du Mürier causée par les atomes minéraux corrosifs dont les éléments ont été charriés par l'air, les brouillards, et déposés sur les feuilles de nos arbres. D’autres l’attribuent à des piqûres d'insectes. ù

J'ai cherché aussi à me rendre compte de ces taches, et je puis assurer qu'elles sont dues à une Sphérie, que je nommerai S.mori jusqu'à ce qu'on s'assure que la même espèce puisse habiter sur les feuilles d'arbres différents. La présence de ce parasite est très-

visible sur l’un des points de cette partie morte de la feuille du Mürier que l’on nomme fache de rouille. Le parasite ne se présente qu'après la mort partielle du tissu de la feuille, qui est roux et très-mince ; il apparaît sous la forme de petits points convexes, inégaux, noirs et luisants. Cette Urédinacée se multiplie comme tous les autres champignons terrestres ou parasites. Une poussière d’une finesse extrême (séminules, sporules, véritables œufs végétaux) est dispersée dans l'air ; elle se dépose sur une surface ou s’introduit dans une plante avec l’eau qui va constituer la sève. Si ces œufs, circulant avec le liquide nutritif, trouvent un milieu convenable pour que leur développement ait lieu, ils s’y établissent; mais, en même temps, ils décomposent la portion du végétal dans laquelle ils vivent. Cette portion s’épuise peu à peu pour nourrir le parasite, et ce n’est que lorsque la Sphérie est parvenue à son parfait développement que l’on aperçoit, à la loupe, sur l’un des points de cette tache couleur rouille, de petits tubercules demi-sphériques noirs qui constituent l'état parfait du végétal parasite. Souvent cette tache ne "présente pas ces points noirs; cela vient probablement de ce que l'Urédinaeée à été arrêtée dans son développement. Mais une partie du tissu utriculeux de la feuille n’en est pas moins morte, et la chaleur, en séchant cette partie, l’exfolie, ou bien l’extrème humidité la pourrit, et alors on trouve un trou à bords irrégulièrement découpés.

Il est bien prouvé, pour tous les observateurs attentifs, que les années humides donnent naissance à un plus grand nombre de champignons terrestres et parasites, et que les Müriers sont surtout exposés à cette maladie lorsqu'ils se trouvent dans un sol plus humide, et surtout lorsque, comme pendant ces dernières années, l'évaporation de l’eau introduite dans les plantes n’est pas dans des proportions équilibrées avec l’évaporation des parties vertes.

D'ailleurs, les feuilles attaquées de ces taches rouillées, qui ne sont point mangées par les vers, ne leur seraient nuisibles qu’autant qu’on les leur donnerait mouillées , et que les parties mortes et portant les Sphéries se seraient décomposées et répandraient une

odeur désagréable. Cependant, il vaudrait mieux n’utiliser ces feuilles partiellement décomposées que si on s’en trouvait absolument privé d’autres saines ; les frais de leur cueillette n’équivaudraient jamais à leur valeur.

Cette maladie, une fois établie, est incurable ; mais on l’évitera en ne plantant les Müriers que dans des sols légers et perméables, et elle apparaîtra d'autant moins que les années seront sèches et que les Mûriers ne seront pas dans des sols humides ou à l'ombre.

Si on n’a pas uülisé les feuilles atteintes de la Sphérie, on pourra, sans le moindre inconvénient, les employer en automne pour la nourriture du bétail.

I est probable qu’en étudiant mieux qu’on ne l’a fait jusqu’à ce jour, on n’établira pas autant d'espèces de Sphéries qu'on trouve de végétaux qui les portent; mais, pour le moment, j'ai dû suivre la marche déjà employée et signaler la véritable cause des taches rousses et mortes qu'on remarque sur le Mürier blanc, et détourner de l’idée que semble faire naître le nom qu’on lui a donné, nom qui ne peut être appliqué qu’à l'Uredo rubigovera , ou rouille des Triticacées (ou Graminées), dont les feuilles, surtout dans le printemps, présentent d'abord des boursoufflures nombreuses de la cuticule (vulgairement épiderme) des lames des feuilles surtout. Ces très-nombreuses petites pustules (ou vessies) se rompent bientôt, et alors les parties vertes sont couvertes d’une pulvérulence très-fine, couleur de l’oxide de fer roux (vulgairement rouille). En passant à travers les blés dans les printemps humides , les souliers en sont complètement couverts. Les feuilles qui en sont atteintes, ce sont particulièrement leurs lames , ne fonctionnent plus, se dessèchent bientôt, et la plante souffre beaucoup pendant tout le reste de son existence, alors même qu’une atmosphère sèche vient concourir'au développement des nouvelles feuilles, toujours trop rares pour la santé de la plante. Voilà ce qu'est la vraie rouille qui, en réalité, n’a de rapport avec celle désignée sous ce même nom dans le Mürier que par la couleur.

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