AZOTE
PREMIER CHAPITRE
Azote.
Le corps gazeux, invisible, qui constitue la plus grande partie de l'atmosphère est l'azote; c'est un corps simple, inodore, sans couleur, ni odeur, impropre à la combustion et à la respiration animale, ne troublant pas l'eau de chaux, et constituant environ les quatre cinquièmes de cette atmosphère. Il fut distingué en 1772 par RUNTERFOLD, d'Édimbourg, et signalé par LAVOISIER, comme formant la plus grande partie de l'air. Ces assertions se sont complétement confirmées depuis.
On peut l'obtenir facilement en faisant brûler du phosphore dans un ballon plein d'air, à la température de 16 degrés centigrades. Tout l’oxigène est absorbé par la combustion, et l'azote reste.
Le gaz azote et ses composés sont facilement absorbés par le charbon en poudre, par la tourbe et par les terres fortement séchées. L’argile a plus que d’autres cette propriété. Delà, les préparations d'engrais ou de terre engrais divers, qui, fabriqués économiquement, pourraient être ae grande utilité à l’agriculture et à l’horticulture.
Quelques végétaux absorbent plus ce gaz que d'autres, tels que l'Hélianthe tubéreux (ou Topinambour), les Froments, les FABA- CÉES (légumineuses), tels que Pois, Haricots, Fèves, etc.
L'azote de l'atmosphère, que l’eau dissout et entraîne, ainsi que les sels ammoniacaux, ne sont pas suffisants pour les TRITICACÉES (céréales), il faut encore entourer leurs racines d'engrais azotés. (Voir les articles Engrais et Nutrition des végétaux, ce qui complétera cet article.)
OXIGÈNE. 5 DEUXIÈME CHAPITRE
Oxigène.
L'oxigène (anciennement connu sous le nom d'air vital, air ou gaz indispensable à l'entretien de la vie), est un corps simple, invisible, élastique, sans odeur, incolore, oxidant (rouillant) les métaux. Sans lui, l'animal, ni le végétal ne peuvent vivre ; sans lui, aucun corps ne peut brûler. Il est fourni par les végétaux exposés à la lumière et par les désoxidations. Par son mélange avec l'azote (environ pour un cinquième), nous avons vu qu'il forme la plus grande partie de l'atmosphère; par son union intime avec l'hydrogène, il constitue l'eau, et enfin, combiné au carbone, il forme l'acide carbonique. Mélangé dans de certaines proportions aux autres gaz atmosphériques, il devient un excitant puissant pour la vie animale surtout, et pour la vie végétale.
L'oxigène versé par les plantes, exposées à la vive lumière, est surtout appréciable dans les eaux où végètent beaucoup de plantes &quatiques. M. Morren y a trouvé l’oxigène en bien plus grandes proportions le soir que le matin.
L'oxigène de l'atmosphère, en contact avec les substances organiques sèches, s’unit à elles ; il s’opère alors une combustion plus où moins lente, l'acide carbonique se forme et le calorique développé devient sensible.
Les agriculteurs ont remarqué que les terres, qui ne sont pas suffisamment émiettées, et n’offrent conséquemment de perméabilité ni à l’eau, ni à l'air, ou autrement dit à son oxigène, sont impropres aux plantes herbacées, et à plus forte raison à la croissance des arbres. De Jà, dans les sols qui acquièrent facilement de la compacité, la nécessité de placer des broussailles dans les trous pour permettre à l'eau et à l'atmosphère d’y pénétrer, et donner aux racines une nourriture qui leur manquait. Il en est de même des fumiers fortement tassés ; ils fermentent beaucoup moins vite
que s'ils sont remués (ou aérés) de temps en temps. Par ce moyen, on y incorpore une certaine quantité d'oxigène (avec l'air), cause essentielle de leur décomposition. (Voir plus loin l'article Engrais, l'Évaporation de l'eau superflue et la Nutrition des plantes.)
TROISIÈME CHAPITRE
Acide carbonique.
L'acide carbonique, quoique invisible, comme les deux gaz que nous venons d'examiner, n’est plus un corps simple. Il est dû à une combinaison (non à un simple mélange) d’oxigène et de carbone. Il est incolore; comme l'azote et l’oxigène, il est piquant (acide), impropre à larespiration et à la combustion ; ilest plus lourd que les gaz cités, il entre dans la composition des eaux gazeuses (dans lesquelles il n’est que mélangé), il trouble l’eau de chaux (en formant un carbonate de chaux en grande partie insoluble), et qui descend au fond du liquide. Ce gaz, quoique produit par la respiration des animaux, les diverses fermentations, la déco position des carbonates, qui se dégage en de très-grandes proportions des volcans, ne se trouve cependant qu'en petites quantités dans l'atmosphère, probablement à cause de sa grande affinité pour l'eau, qui se trouve partout à l’état liquide ou de vapeur ; enlevé de l'atmosphère par les pluies, les rosées, par l’eau des terrains et introduit essentiellement par les racines, ce gaz est décomposé dans les parties vertes des plantes au moyen de la lumière solaire directe et des forces vitales : l’oxigène est versé dans l'atmosphère et le carbone reste dans la plante, à moins que ce carbone ne redevienne partiellement acide carbonique par l'introduction de l’oxigène. Ce gaz acide carbonique, introduit essentellement avec l’eau, par les racines, est donc la source unique des masses charbonneuses que nous retrouvons dans les plantes, et principalement dans les arbres. Si, au contraire, la plante n’est pas
en contact avec les rayons directs du soleil, l'acide carbonique n’est pas décomposé, il se perd en petite quantité, pendant l'obscurité, par les feuilles ; la plante ne se colore pas, et si on la brûle en vase clos, on y trouve à peine des traces de carbone.
Tous les animaux diminuent done, par leur respiration, la quantité d’oxigène atmosphérique et augmentent celle de l'acide carbonique, et comme il se passe dans cette fonction une véritable combustion sans feu apparent, il y a augmentation de chaleur; aussi, plus l'oxigénation du sang est abondante et complète, plus les animaux indiquent de chaleur.
Ce qu’on a nommé respiration dans les plantes n’a aucune similitude avec celle des animaux. Dansles végétaux, comme il y à une véritable décombustion, ils ne peuvent accuser de chaleur que celle que la sève puise dans les couches du sol. Par là s'établit en partie l’une des belles harmonies de la nature : le végétal donne à l'animal l'oxigène dont il ne peut se passer, et l'animal, en versant de l'acide carbonique dans l'atmosphère, donne à la plante le carbone dont elle a besoin. L'animal, recevant incessamment par son alimentation des masses de matières charbonnées, a dû nécessairement s’en débarrasser en formant l'acide carbonique.
D'ailleurs, eri réfléchissant à la quantité d’eau chargée d'acide carbonique, qui doit passer dans un arbre séculaire, et qui y dépose à la longue son carbone, on doit comprendre le rôle important de l'eau dans la vie, surtout végétale.
On a trouvé dans l'atmosphère environ quatre dixmillièmes d'acide carbonique, et les auteurs répétaient presque tous que c'était celte très-pelite quantité d'acide carbonique absorbée par les feuilles et leurs parties vertes, qui produisait le carbone contenu dans les plantes. C'était impossible, mais on le répétait dans tous les cours, dans tous les livres. On cherchait bien a apprécier les moindres parcelles d'azote qu'on retrouvait très-soigneusement, mais personne ne s'était donné la peine de chercher la véritable source de cette accumulation incalculable du carbone. On disait bien que les engrais se décomposaient dans le sol, on savait bien qu'ils étaient
nécessaires, mais comme l'azote était le point de mire, j'allais dire presque fantastique, en comparaison de l'évidence du carbone, on mettait le carbone comme dans l'oubli, ce carbone qui pourtant aurait dû bien plutôt attirer l'attention : car, enfin, en y réfléchis sant un peu, comment expliquer cette disparition de l’un des corps Les plus indispensables de la vie, et qui joue un si grand rôle dans les diverses séries des êtres organisés.
Heureusement, MM. BoussiNGAULT et LEwY vont rendre au carbone toute son importance.
Afin de s'assurer de la nature de l’air dans le sol perméable, ces savants agronomes ont enterré, à 30 ou 40 centimètres de la surface du sol, une pomme d’arrosoir reliée à un tube aspirateur, qui agissait avec une extrème lenteur. Le dosage de l'acide carbonique se faisait immédiatement et sur place, au moyen de la baryte placée dans le tube, et quand on voulait mesurer la dose d’ammoniaque, on remplaçait la baryte par l'acide chlorhydrique très-pur et allongé d'eau.
Les conditions de cette expérience ont été variées. On a alternativement opéré dans des champs de Carottes, de Betteraves, dans une culture de Topinambour, dans un carré d’Asperges, avant et après avoir déposé du fumier dans une terre de jardin, dans une prairie située au bord d'une rivière, dans une terre très-chargée d'humus, et enfin dans la serre à palmiers du Jardin de Paris.
Ces diverses expériences ont constamment montré que l'air, en séjournant sous la terre, a été profondément modifié, et qu’en moyenne les quatre sixmillièmes ou les quatre déciltres d’acide carbonique s'élèvent jusqu'à 9 litres, c’est-à-dire 22 ou 23 fois plus que-dans l'air extérieur. Dans quelques circonstances même, cette proportion a été plus grande, et dans les sols récemment fumés, l'air placé entre les molécules terreuses s’est trouvé contenir 98 litres d'acide carbonique par mètre cube, soit 53 grammes de carbone, et environ 245 fois autant que l'air hors de la terre.
Après avoir établi ces données, toutes nouvelles, et que très-probablement ces auteurs avaient pressenties, sur la composition des