Dom Jean Huynes (Histoire générale, etc
REMPARTS. — XIIIe AU XVe SIÈCLE 239
Dom Jean Huynes, qu'elles n'existaient pas encore. Les faits qu'ils racontent prouvent que, comme l'Abbaye, la Ville n'avait pas d'ouvrages défensifs proprement dits au xne siècle, ni dans les premières années du xme siècle.
A partir de cette dernière époque, les Abbayes, particulièrement celles de Tordre de Saint-Benoît, deviennent de véritables Forteresses, capables de soutenir un siège. Les Abbés, seigneurs féodaux, unissant la puissance religieuse à la force militaire, fortifient leurs monastères pour défendre leurs biens et les mettre à l'abri des désastres qui, au Mont Saint-Michel, avaient signalé le commencement du xiir3 siècle.
L'Abbaye du Mont Saint-Michel offre un des exemples de cette transformation. Après l'incendie de 1203, devenue vassale du Domaine royal, Jourdain et ses successeurs la reconstruisirent presque entièrement. Ils établirent les Lieux Réguliers dans les magnifiques bâtiments formant la Merveille, qui constitue à elle seule une formidable défense. Cependant le Monastère fut entouré, vers le nord, d'une muraille crénelée couronnant les crêtes du rocher jusques aux points inaccessibles à l'ouest; de cette muraille, un degré, renfermé dans des murs également crénelés et dont il reste encore les ruines, descendait jusqu'à la Fontaine Saint- Aubert, qui était contenue dans une Tour, pour la préserver de la mer, et qui fut alors fortifiée pour la défendre des hommes.
Richard Tustin continua l'œuvre de ses devanciers et, indépendamment des bâtiments qu'il éleva en plusieurs endroits du Mont (1), il construisit, vers 1240, la Tour fortifiée qui entourait et surmontait la Fontaine Saint- Aubert(2), et commença à cette époque les murs primitifs de l'ancienne Ville, dont les habitants étaient les tenanciers ou les vassaux de l'Abbaye.
Si la Merveille fut élevée en grande partie grâce aux libéralités de Philippe-Auguste, la Ville dut ses premiers remparts aux largesses de saint Louis, qui vint en pèlerinage au Mont Saint-Michel en 1254 : « On vit bientôt arriver ce bon Roi dans le diocèse d'Avranches qu'il regardoit comme son patrimoine. Il mit sur l'autel une somme d'argent destinée à augmenter les fortifications de la Place et du Château. — Collection d'André Duchesne, p. 1009(3). » Tustin continua alors ses travaux militaires ; il éleva la Tour du nord (4), à l'angle nord-est des Remparts, sur les premiers contre-forts de la montagne, formant le saillant des murailles du nord et assurant la défense des ouvrages avancés de l'Abbaye, dont il avait refait l'Entrée, — Relie- Chaise.
La Tour du nord existe encore aujourd'hui et elle pré-