INTERIEUR DE LA VILLE, PORTE DU ROI ET TOUR DU GUET
REMPABTS. — XVe AU XVIe SIECLE 271
Vers 1420, la porte de la Ville devait être, comme les défenses militaires de ce temps, précédée d'une palissade en bois ou barrière, qui fut bientôt remplacée par une fortification plus importante.
Dans les premières années du xve siècle, l'artillerie à feu commençant à être employée avec succès dans les sièges, on reconnut qu'il était important d'éloigner l'assiégeant du corps de la place et de couvrir les approches des Portes par des ouvrages d'une certaine étendue, composés de murs épais, percés de meurtrières et peu élevés, afin d'être commandés par les Courtines ou les Tours.
L'habile Capitaine qui défendit le Mont, de 1425 à 1434, reconnut la nécessité de fortifier l'Entrée de la Ville par des travaux avancés, et il éleva la Barbacane qui protège la Porte du Roi (en R, fig. 14). C'est à Louis d'Estouteville, nommé, par le Roi, Gouverneur militaire et succédant, en 1425, à Jean d'Harcourt, à Jean d'Orléans (Dunois) et à son Lieutenant Nicolas Paisnel, qu'il faut attribuer cet ouvrage. Il se compose d'un mur épais, formant un saillant très-aigu vers le sud-ouest, et ménageant une place d'armes en avant de la Porte. (Voir en A (page 272) le plan , fg. 97. D et D' sont la Porte et la Poterne de la Ville, E la Tour du Roi.)
La Porte de la Rarbacane et sa poterne s'ouvrent, en B et en C, sur la face ouest de la Courtine, flanquée par un Redan, en quart de cercle, commandant l'Entrée et aboutissant à la base du rocher, inaccessible sur ce point. Les
97. — Remparts du xv siècle. — Plan de la Barbacane de la Porte du RoL
REMPARTS. — XVe AU XVIe SIÈCLE 273
murs sont percés d'embrasures pour des fauconneaux ou des couleuvrines, au sud, à l'ouest et dans le redan (voir en X) ; le sommet des murs est percé d'archères et de meurtrières, pourvues d'une mire circulaire au milieu, pour les traits à poudre — première idée de l'arquebuse — connus dès le xive siècle et qui commençaient à servir à la défense des places, ou bien pour les canons à main, « fusil
portatif employé au siège d'Arras en 1414 ; on voit
le canon à main apparaître au commencement du xve siècle. Ces canons furent employés pendant toute la durée des guerres avec les Anglais » (1).
L'avancée de la Barbacane était formée par une palissade en bois, selon les habitudes militaires du temps ; cette barrière fut remplacée au x\T siècle [par un ouvrage plus solide en maçonnerie (2).
Quelques historiens de nos jours croient pouvoir affirmer que la Porte du Roi aurait été construite, en 1425, par Louis d'Estouteville et l'Abbé Jean Gonault, Vicaire- Général, remplaçant Robert Jolivet qui avait abandonné le Mont depuis 1420.
Il suffit de se rendre compte de la situation historique du Mont Saint-Michel, de 1420 à 1449, pour être convaincu que cette importante construction existait déjà
1. Histoire du Costume en France, depuis les temps les plus reculés jusqu'à ?ios jours, par M J. Quicheral. Paris, 1875.
2. Voir ci-après, et aussi l'Avancée de la Barbacane (ftg. 98).
depuis plusieurs années lorsque le commandement de la place fut confié, par le Roi, à Louis d'Eslouteville, en 1425. Le Capitaine du Mont et son Abbé songeaient alors à protéger la Ville par de grosses défenses, établies rapidement pour renforcer les Remparts, plutôt qu'à orner ses murs ou sa Porte de fins ouvrages, longs, coûteux, et qui n'ajoutaient rien à la solidité de la place.
La porte du Roi fut très-certainement bâtie, comme les Remparts, par Robert Jolivet, de 1415 à 1420, avant les premières attaques des Anglais.
En 1423, les Anglais, retranchés sur Tombelaine depuis plusieurs années, inquiétaient le Mont et escarmouchaient constamment avec la garnison. Ils « s'assemblèrent en bon nombre et veinrent poser le siège, tant par terre que par mer. le roy d'Angleterre ayant envoyé un grand nombre de vaisseaux, tous chargés d'hommes d'armes et de munitions, avec force artillerie pour battre la place à bon escient » (1).
Jean V, Duc de Bretagne, débloqua le Mont et ravitailla la place. Nous avons raconté ce fait de guerre en décrivant les Façades et défenses extérieures de la Merveille (voir Fontaine Saint-Aubert) ; nous continuons à reproduire les récits de Dom Jean Huynes, qui nous fournissent les plus intéressants détails sur les péripéties du long siège et de l'investissement que le Mont soutint et subit de 1423 à 1449 :