Plan du Boulevard ou Bastillon de l'Est
de croiser les feux sur les flancs nord et sud. (Voir le plan, fig. 14, les fig. 103, 104, et les vues générales du Mont).
1. Voir en B, fig. 99 et 100 (plan et coupe de la Tour Gabriel).
Le sommet du Bastillon ou Bastion, terrassé, formait un troisième étage de feux. Les épaulements de cette batterie barbette, surmontés d'une échauguette sur le saillant, sont très-épais ; percés d'embrasures pour le canon et de meurtrières pour l'arquebuse, ils reposent sur des
1(M. — Boulevard — ou Bastillon — du l'Est. — Flanc nord.
mâchicoulis qui ne sont plus qu'une simple décoration. « Telle était la force des traditions féodales qu'on ne pouvait rompre brusquement avec elles et qu'on les continuait encore malgré l'expérience des inconvénients attachés à la fortification du moyen âge en face de l'artillerie à feu.
REMPARTS. — XVIe AU XIXe SIECLE 307
C'est ainsi qu'on voit longtemps encore, et presque pendant tout le xvie siècle, les mâchicoulis employés concurremment avec les batteries couvertes, bien que les mâchicoulis ne fussent plus qu'une défeuse nulle devant le cauon... » (1).
De même que la Tour Gabriel — bastillon de 1" ouest — défendait les approches du Mont du côté où il était possible, avant la construction de cette nouvelle fortification, d'opérer un débarquement, le Bastillon ou Boulevard de la Tour Boucle complétait les défenses de la place à l'est, dans la partie relativement la plus faible de son enceinte. Il commandait les courtines au nord et principalement au sud de l'ouvrage, où il protégeait les poternes de la Tour Boucle et du Trou-du-Chat, que l'assaillant pouvait essayer de forcer ou de surprendre ; il arrêtait toute tentative d'abordage et surtout d'escalade, plus facile à l'Est que partout ailleurs : cette dernière opération pouvait être favorisée par le flux de la mer diminuant , pendant les hautes marées, la hauteur des murailles à franchir (2).
1. Dictionnaire raisonné de l Architecture française, etc., par M. Viollet-lc Duc, tome Ier.
2. On a dit que le Bastillon ou Boulevard de la Tour Boucle a été bâti par Vauban ; cependant il est certain que cette dernière fortification fut construite au même temps que la Plate-forme ou Tour Gabriel, ainsi que le prouvent tous les détails aicbitectoniques, identiques dans ces deux ouvrages. Ces défenses renforçant les Remparts du xve siècle furent élevées vers lù30, c'est à dire plus d'un siècle avant la naissance de l'illustre ingénieur militaire, M. de Vauban, né en 1633 et mort en 1707.
Du reste, dans les conditions particulièrement favorables (que nous avons décrites plus haut) où elle se trouvait, la place ne pouvait être emportée que par trahison ou par surprise. Aussi, vers la lin du xvie siècle, pendant les guerres de la Ligue, les Huguenots ne pouvant réduire le Mont Saint-Michel par un siège régulier, usèrent-ils, sans succès, de tous les moyens pour s'en rendre maîtres.
Nous avons déjà parlé de Montgommery, qui tenta à son tour (1591) de s'introduire dans l'Abbaye par trahison, et nous avons reproduit les récits de Dom Jean Huynes (1) en décrivant le Cellier (2), afin de pouvoir suivre mieux toutes les péripéties de l'action sur les lieux mêmes qui en furent le théâtre. Nous donnons encore, d'après le même historien, des détails intéressants sur les tentatives des Religionnaires, qui précédèrent et suivirent l'expédition de Montgommery, pour surprendre la Ville et l'Abbaye.
« La France fut malheureuse au siècle dernier (xvie siècle), tant pour la sécularisation de la plus part des biens ecclésiastiques que pour avoir engendré et nourri Jean Calvin, lequel, par sa détestable doctrine, la mit toute en combustion, ses sectateurs s'élevants contre le catholicisme. Ces Huguenots commencèrent premièrement par des conspirations occultes contre le Roy François second. Puis, durant