‹ Description de l'abbaye du Mont Saint-Michel et de ses abordsChapitre 163 sur 195 · Voir le Cellier · texte numérisé non relu

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le règne de Charles neufviesme, se jugeans assez forts ils prirent publiquement les armes et se mirent en campagne contre la Majesté Royale, tuant et massacrant plusieurs personnes très-dignes de remarques, bruslant les reliques des saincts, pillant et renversant les églises. Leurs meschaucetez s'augmentèrent encore davantage durant le règne d'Henry troisiesme, estant favorisez de plusieurs catholiques malcontens, tellement que tous les jours on n'entendoit que surprises de villes et chasteaux faictes par les hérétiques (1). Un d'entre eux, nommé Le Touchet, surprit cette abbaye en cette sorte.

« L'an mil cinq cens septante sept, ce Gentilhomme religionnaire ayant dessein de se rendre maistre de cette Abbaye et prévoyant qu'il n'en pourroit venir à bout par force se résolut d'user de ce stratagème. Estant environ à deux lieues de ce Mont, il choisit dix sept ou, selon les autres, vingt cinq de ses soldats, lesquels il fit habiller en marchands, et sur leurs chevaux, au lieu d'y mettre des scelles, il y fit mettre des panneaux et fourer dextrement au dedans d'iceux des poignards. Ces marchands, ainsy accomodez, veinrent en pèlerinage en ce Mont et quit-

1. « L'an 1576, cette ville du Mont Saint-Michel, qui a toujours esté très fidelle aux Iloys de France, préféra en cette occasion la cause de la sainte Église aux interests de Sa Majesté et se déclara pour la Ligue, et ne se fit pas moins admirer en ces dernières guerres que dans les plus grands efforts des Anglois... . » Ms. d'Avranches , n° 209 (publié par M. de Robillard de Beaurepaire Histoire générale de l'Abbaye du Mont Saint-Michel, etc.).

tèrent leurs armes à la porte, mais non pas celles qu'ils avoyent dans leurs panneaux. Arrivez à l'Hostellerie, comme gens fort curieux et soigneux du bon traictement de leurs chevaux, ils ne s'en voulurent fier aux serviteurs de l'Hostellerie, ains eux mesmes retirèrent leurs panneaux de dessus le doz, les agencèrent tous proprement en un coin, frotèrent leurs chevaux et leur donnèrent de l'avoine. Gela faict (c'estoit le dimanche veille de la Magdeleine après midy), ils burent chacun un coup et montèrent en cette église faisant semblants d'y honorer l'Archange sainct Michel ; par après ils s'introduisirent en la bienveillance des soldats envoyant quérir du vin et burent ensemble avec toute sorte de resjouissance comme grands camarades. Et de là s'en retournèrent coucher en leur hostellerie. Le lendemain, sur les sept ou huict heures du matin, ils tirèrent de leurs panneaux les armes qui y estoient cachées, les mirent dextrement sous leurs habits et montèrent en cette église pour entendre la saincte messe, selon qu'ils disoient. Leur arrivée fit resjouir les soldats, lesquels se souvenant du bon traictement qu'avoyent reçeu leurs compagnons qui estoient le jour précèdent de garde, n'en esperoient point un moindre. Montez à l'église ils entendirent une haute messe qu'on chantoit lors, firent dire plusieurs basses messes, visitèrent Nostre -Damesous- Terre et les autres lieux de dévotion. Ce faict ils s'assemblèrent sur le Sault-Gaultier où quelques-uns demeurèrent, les autres s'en allèrent au Corps-de-garde rire

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et boire avec les soldats et trois descendirent en ville pour recevoir Le Touchet quand il viendroit. Ainsi disposez ils s'apperceurent sur les huict heures et demie qu'un Novice, nommé Loucelles, ainsy qu'ils confessèrent depuis, avoit découvert leur entreprise. C'est pourquoy ils n'eurent patience d'attendre jusques à neuf heures, auquel temps Le Touchet devoit arriver, mais mirent soudain les armes au poing, desarmèrent les soldats, en tuèrent un, nommé Le Fort, qui ne vouloit quitter son espée et se saisirent de la porte, frappèrent et Yulnerèrent les Religieux et prestres et mesme les pèlerins qui y estoient pour lors, tellement que les uns se jettèrent par les feneslres, qui tous presque, furent fort olïensez, les autres se cachèrent es lieux plus secrets et maistre Jean Le Mansel, Secrétaire de cette Abbaye pour lors et maistre des Novices, qui nous a laissé par escript ce qui s'y passa, escrit qu'il eut le col presque à demy coupé par dessus la nucque. Cela faict, quelques uns d'iceux estant au Sault-Gaultier virent une procession arriver et Le Touchet qui venoit à grand galop avec onze autres cavaliers et n'ayant la patience de les voir entrer dans la ville, cryerent à qui mieux mieux : Ville gaignée, ville gaignée. A ces crys toute la ville se mit en alarmes et empescha que la procession ny Le Touchet entrassent. Ce que voyant les cavaliers, ils retournèrent bride et s'enfuirent sans faire autres efforts. De quoy les marchands contcefaiz qui estoient en cette Abbaye furent grandement marrys et, dès l'après midy du mesme jour, Louys de la

Moricière, Chevalier de l'Ordre du Roy, Gentilhomme ordinaire de la Chambre, sieur deVicques, Enseigne du Mareschal de Matignon, estant avolé autour de ce rocher avec sa Compagnie pour leur faire commandement de se rendre s'ils n'y vouloient y perdre la vie, ils mirent les armes bas et sortirent le lendemain à huict heures, sans faire aucun tort, n'emportant aucune chose que du dommage et de la honte, et quelque argent monoyê qu'on leur donna par composition. La reddition de ce Mont plust tant au roy Henry troisiesme qu'il déposa celuy qui estoit lors Capitaine en ce Mont et y mit le sieur de Vicques en sa place, où il se comporta généreusement jusques à sa mort. Ce fut le premier qui se nomma Gouverneur du Mont Sainct-Michel, nom que ses successeurs ont retenu. C'est pourquoy, quand nous parlerons doresnavant des Capitaines de ce Mont, nous

les nommerons Gouverneurs »

« Un an auparavant la susditte surprise de ce Mont, la Ligue s'esleva en France et ce Mont y donna son nom. Cause pourquoy les Huguenots s'efforcèrent plusieurs fois de le ruyner et particulièrement le sieur de Lorge et Gabriel, son frère, Marquis de Montgomery. Quant est du sieur de Lorge, l'an mil cinq cens quatre vingt neuf, tost après la mort d'Henry troisiesme, il vint, accompagné de Corbosont et de la Coudraye, ravager toute la ville de ce Mont, d'où il fut chassé quatre jours après par le Gouverneur de Vicques. Et, s'estant retiré à Pontorson qui tenoit pour les Huguenots, il y fut assiégé par le Duc de Mercœur,

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l'an mil cinq cens quatre vingt dix. En ce siège, la mesme année, le treiziesme de septembre, fut tué nostre Gouverneur de Vicques, et son corps fut apporté en ce Mont et enterré dans la chapelle Saincte-Anne, où on voit ses armes,

son enseigne et son casque »

« Quelques jours après cette tragédie (tentative de

Montgomery) (1), le Duc de Mercœur, un des principaux chefs de la Ligue, mit pour Gouverneur en ce Mont le sieur de Chesnaye Vaulonnet (ou Chenaye-Vauloùet), et le Gouverneur de Boissuzé en fut mis hors. De quoy il fut fort marry et, pour venger cet affront, l'an mil cinq cens nonante cinq, le septiesme de septembre vint en ceste ville accompagné de Goupigny (ou Gaupigny) et ravagea tous les logis d'icelle, avec dessein d'en faire autant en l'Abbaye si on luy eut laissé entrer. Pour cette cause les habitans de ce Mont le tuèrent quelque temps après. Le sieur de Chesnaye Vaulonnet, Gouverneur de ce Mont et de Foulgères, estant mort l'an mil cinq cens nonante six, le susdit Duc de Mercœur donna ce Gouvernement à Julien de la Touche, sieur de Querolland, Gentilhomme breton, de quoy plusieurs envyeux furent grandement marrys et particulièrement le marquis de Belle-Isle, gouverneur de la basse Normandie pour la Ligue, jaçoit que ledit Duc de Mercœur luy eut donné le gouvernement de Foulgères et que tous fussent du party de la Ligue. Voulant donc débouter ledit sieur de Querol-

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