‹ Description de l'abbaye du Mont Saint-Michel et de ses abordsChapitre 189 sur 195 · Dom Jean Huynes {Histoire générale, etc · texte numérisé non relu

Dom Jean Huynes {Histoire générale, etc

En l'an M CGC XXXIII A Saint-Michiel, sa grant Dance, Fist venir au Mont grantentois (?) De pastoureaux grant babundance; En Saint-Michiel avoient fiance, Qui leur a donné allégeance (1).

« Une chose advint, grandement admirable, et est

telle. Une innombrable multitude de petits enfans, qui se nommoieut pastoureaux, veinrent en cette église de divers pays lointins, les uns par bande, les autres en particulier. Plusieurs desquels asseuroient qu'ils avoyent entendu des voix célestes qui disoient à chacun d'eux : Va au M oui Saint-Michel ', et qu'incontinent ils avoyent obéis, poussez d'un ardent désir et s'estoient dès aussy tost mis en chemin, laissans leurs troupeaux emmy les champs, et marchants vers ce Mont sans dire adieu à personne. Le Religieux, qui nous a laissé par escript tous les miracles qui arrivèrent en ceste année mil trois cens trente trois, dit : « Nous avons veu un prestre ceste année, lequel nous dit que, voyant tous ses paroissiens épris de ce désir si subit, il tacha de les faire attendre quelque peu et à les exhorter qu'ils pensassent meurement au voiage qu'ils alloient faire ; mais que, perdant sa peine, il s'achemina vers son logis

1. Pèlerinages au Mont Saint-Michel, etc., par Dom Paul Piolin. — Solesmes, 1868.

guère distant de l'assemblée, où il n'estoit encore arrivé que soudain il délibéra d'y venir aussy mais avec un tel désir que, sans entrer en sa maison, il rebroussa chemin, vint visiter ceste église avec eux, où il dit la saincte Messe

à laquelle assistèrent ses paroissiens »

« La mesme année une multitude de petits garçons venans en pèlerinage en cette église arrivèrent un jour en un certain village où, entrans dans Thostellerie, ils s'assirent à table et beurent et mangèrent suffisamment, dépensans six sols en tout (somme grande en ce temps là). A la fin du disner, n'ayant de quoi payer, ils ne demandèrent à compter mais à sortir. Mais l'hostellier les retint et leur dit qu'il vouloit estre tôt payé; eux, n'ayans de quoi le satisfaire, imploroient sa miséricorde et le supplioient d'avoir compassion de leur pauvreté. Mais riiostellier, qui aymoit mieux qu'on le satisfit d'argent que de belles paroles, ne prit point plaisir à ces discours. Voyant donc qu'il ne pouvoit recevoir d'eux aucun paiement, il leur dit qu'en vérité il les puniroit selon qu'ils le meritoient. Et, cela dit, commençant par le premier, il donna à chacun d'eux un bon soufflet, puis les mit hors de sa maison. Cela fait, il s'en alla retirer la nappe sur laquelle ils avoyent disné et, chose admirable, il vit une plus grande quantité de morceaux de pain qu'il ne leur devoit rester naturellement et trouva dans un verre six sols, ce que considérant il fut marry d'avoir souffleté ces petits pellerins et, prenant l'argent, il courut après eux et le leur offrit, leur de-

mandant pardon. Mais eux le refusèrent et, louans Dieu, joyeux, sains et gaillards, arrivèrent quelques jours après en ce Mont où, ayant faicts leurs dévotions, ils s'en retournèrent en leur pays rendans grâces à Celny qui donne à manger aux faméliques et délivre les captifs »

« La mesme année, treize pastoureaux , qui venoient de fort loin en pèlerinage en celte église, passèrent par un village, nommé Dyssié, où ils se reposèrent et acheptèrent un pain de deux deniers tournois pour prendre leur réfection et, s'assoians les uns près les autres, le coupèrent et distribuèrent par entre eux également. Or, bien que les portions d'un si petit pain ne parussent presque point dans les mains d'un chacun d'eux et qu'un chacun eût pu manger sa part en une bouchée ne rassasiant nullement sa faim mais l'excitant plus tost, neantmoins Celny qui de cinq petits pains rassasia cinq mille hommes, renouvellant ses merveilles, multiplia tellement la portion d'un chacun que ces treize petits enfants en mangèrent tout leur saoul et, en ayans beaucoup de reste, le gardèrent soigneusement dans leurs petits bissacs. Ce miracle fut veu par les hommes dignes de foy, habitans dudit village, lesquels, ayant veu ces pellerins achepter ce petit pain, les avoyent exhortez à le départir fidellement entre eux . Et ces hommes venants aussy en pèlerinage asseurèrent aux Religieux de ceste Abbaye qu'ils avoyent estez tesmoins oculaires de ce miracle.... »

« La mesme année, à Mortain eu Perche, un homme

vouloit finement empescher des petits enfans, qu'il tenoit en pension chez soy, de venir en pèlerinage en cette Église ainsy qu'ils desiroient, avec grande dévotion. Mais, dès aussy tost qu'il leur eut defïendu de sortir, il devint muet et demeura immobile sans qu'il luy restât aucun sentiment. Ce que voyans ses amys, ils le portèrent à l'église où, revenant à soy, il fut marry de ce qu'il avoit faict et, du profond de son cœur, promit tacitement que, si Dieu luy redonnoit les forces corporelles, il viendroit, pieds et tête nuds, visiter ceste église du Mont. Ce qu'ayant promis il recouvra ses forces comme auparavant, puis se mit en chemin et vint en cette église demander pardon à l'Arcange Saint Michel de ce qu'il avoit empesché des petits innocents de venir visiter son église et le remercier des forces corporelles qu'il avoit recouvertes par son intercession »

« La mesme année, au village de Sordeval, il y avoit trois tailleurs de pierre lesquels devisans ensemble, se moquaient des pastoureaux et pellerins qui venoient visiter cette église et disoient que telles gens estoient enchantez et deçeus par arts magiques ou autres sortilèges qui faysoient ainsy voyager les hommes. Mais Nostre Seigneur Jésus-Christ, qui se mocque des mocqueurs, permit, la nuict suivante, qu'ils sentissent des douleurs telles en leurs corps que, croyans en mourir, ils se vouèrent à Dieu et à saint Michel et promirent que, s'ils en reschappoienl, ils ne manqueroient de venir en pèlerinage en cette église. Ce vœu

faict, ils recouvrèrent leur sauté, puis l'accomplissans, dirent aux Religieux tout ce que dessus.... » (1).

Ce sont peut-être aussi des enfants que les galopins de cet article des Comptes Royaux, publiés en extrait par M. Vallet de Viriville à la suite de la Chronique de

Charles VII, par Jean Chartier (2) Monseigneur le

Régent, pour argent donné aux galopins de la Cuisine pour aller au Mont Saint -Michel au temps de Karesme, mercredi 5 février (1421) ; argent 16 sous » (3) Ces faits

se passèrent à la fin du règne de Charles VI ; ce monarque était venu en pèlerinage au Mont en 1393. C'est pendant ce voyage que, par Lettres-patentes du 15 février 1393, il affranchit des droits d'Aides les menues quiencailleries, fabriquées et vendues aux Pèlerins par les marchands de la Ville du Mont Saint-Michel.

« Marie, Reine de France, femme de Charles septiesme,

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