‹ Description de l'abbaye du Mont Saint-Michel et de ses abordsChapitre 190 sur 195 · Paris. Bibl. Elzévirienne, 1858. III · texte numérisé non relu

Paris. Bibl. Elzévirienne, 1858. III

3. M. A. de Montaiglon, Professeur à l'École des Chartes, à l'obligeance duquel nous devons ces renseignements, a relevé ces indications et ce dernier passage en tête de la réimpression qu'il a faite du Testament de Jehan de Lesche qui s'en va au Mont Saint - Michel. (Anciennes poésies françaises des xv8 et xvie siècles. Tome X, 1875, p. 368-S6.) Jehan de Lesche est un badin, un fou comme Caillette; le Testament qu'on lui prête, et qui date de François Ier, ne dit rien du Mont, sauf le commencement qui se rapporte aux Pèlerinages d'enfants :

Comme vous, Pèlerins du Mont

Saint-Michel, où les enfants vont

Le plus souvent sans croix ni pile, etc., p. 372.

vint au Mont, l'an mil quatre cens quarante sept, le vintiesme de juin; y demeura depuis le lundy jusques au dimanche suivant, accompagnée de plusieurs Ducs et Duchesses et de la troisiesme fille du Roy d'Ecosse »

« Bien que, de tout temps, depuis la construction de cette église jusques à présent, il y soit toujours venu de divers quartiers plusieurs pellerins, neantmoins jusques en l'an mil quatre cens cinquante sept il n'en estoit presque venu d'Allemaignes. Cette année donc il commença à en venir desdits quartiers si grande quantité d'hommes, de femmes et d'enfans, si jeunes que plusieurs n'avoyent point encore atteint l'âge de neuf ans. De quoy plusieurs Prélats, Seigneurs et autres personnes de qualité s'esmerveillans en demandèrent la cause à plusieurs Prestres et autres gens de qualité qui estoient parmy ces bandes, lesquels ne respondoient autre chose sinon que c'estoit la volonté de Dieu, que le désir de visiter cette église estoit venu à plusieurs d'entre eux, quelquefois si soudainement qu'ils quittoient toutes choses pour s'y acheminer. Et, pour tesmoigner que cela estoit agréable à Dieu, c'est qu'il se faisoit és-dits quartiers plusieurs miracles pour preuve de ceste dévotion, dont en voicy un. »

« La sus-dite année mil quatre cens cinquante sept, le jeudy second jour de mars, un enfant, aagé de neuf ans, nommé Nicolas, fils de Pierre le Pellier, de la Ville de Btemmarie Daez (?), au Diocèse de Liège es basses Allemaignes, âemeurant en la ville de Daez, eut un très-granddesir de venir

en pèlerinage en ceste église. Il demanda donc permission à son père avec beaucoup d'insistance d'y venir avec plusieurs personnes, les unes de son aage et les autres plus aagées, qui partaient de la susditte ville pour y venir. Le père luy fit ceste response : « Mon fils, attends encor un an ou deux ; pour lors tu seras plus grand et plus fort et je t'y meneray ». Par ces paroles il satisfit à ce petit enfant. Mais ce fut pour peu de temps ; car, incontinant après iceluy, voyant passer par devant le logis de son père trois autres pellerins, environ de son aage, qui venoient en ce Mont, il fat épris d'un si véhément désir de venir avec eux qu'abandonnant le logis de son père, sans dire adieu à personne, il se mit en leur compagnie et estoit desjà arrivé à la porte de la ville de Daez lors que son père, adverty de sa sortie, tout transporté de colère à cause qu'il aymoit tendrement cet enfant et ne le vouloit voir esloigné de soy, courut vistement après et l'ayant atteint le prit par les cheveux luy disant : « Retourne au nom du Diable » . Mais, ô bon Dieu ! quel advocat cet homme prenoit-il ? que pouvoit-il espérer invoquant l'Ennemy de l'Archange saint Michel aux inspirations duquel son fils correspondoit. A peine avoit-il proféré les dernières syllabes de ce blasphème tant exécrable que soudain il tomba roide mort par terre et ne dit oncques depuis un seul mot. Ce triste spectacle fit assembler toute la ville et les prestres levèrent le cadavre, qu'ils portèrent premièrement devant l'autel de sainte Marie de Daez et par après en l'église saint Michel

de Burchùe (?) où un chacun, tant les séculiers que les prestres, pria très-instamment Nostre-Seigneur de vouloir ressussiter ce pauvre homme, mais Dieu ne les exauça. C'est pourquoy ils enterrèrent son corps dans Sainte Marie de Daez et luy firent toutes ses funérailles. Cela faict, son fils qui, pour ce lamentable accident, n'avoit perdu la dévotion de venir visiter cette église, se mit aussy tost en chemin avec plus de trente personnes, entre lesquelles estoient Léonard de Valnuis, Léonard Le Febvre, Pierre le Masson et Michel d'En-huict-deniers, et tous arrivèrent en bonne santé en ce Mont, le vingt cinquiesme du mesme moys de may, où ils dirent aux Religieux de céans tout ce que dessus, lesquels, ne voulans croire si légèrement une telle chose, Thomas Munier, Vicaire général en cette Abbaye pour le Cardinal d*Estouteville, sieur de Moyon, et de plusieurs autres, tant ecclésiastiques que séculiers, voulurent, pour tesmoigner qu'ils disoient la vérité qu'ils priassent sur les Évangiles, ce qu'ils firent, et Léonard de Valnuis comme aussy Léonard Le Febvre asseurèrent et affirmèrent de plus qu'ils avoyent aydé à porter le corps en terre. Après ce tesmoignage ils demandèrent quel aage avoit cet homme et si durant sa vie il n'avoit eu aucune infirmité. Us respondirent qu'il avoit environ quarante ans, qu'il estoit sain durant sa vie, de forte complexion et bien composé en ses membres. Le lendemain une autre bande de pellerins composée de vingt cinq personnes de la mesme ville de Daez arriva en ce Mont ;

les plus apparens d'icelle estoient Jean Ballehan, Henry de Coulongnes, Jacques de Foui et Jean Mil. Iceux furent interrogez par le susdit Vicaire gênerai sur les mesmes poincts et asseurèrent de tout ce que dessus, adjoutans qu'ils l'avoyent veu enterrer. »

« De cette punition on peut colliger deux choses ; la première que saint Michel se plaist grandement , à l'exemple de Nostre-Seigoeur, que les petits enfants, qui ignorent encor les malices du monde, s'approchent de luy venants visiter ceste sienne église. Et certe on peut dire véritablement que c'est une bénédiction. Car qui pourroit montrer, je ne dis pas tous ceux qui viennent en pèlerinage mais seulement tous ceux qui y viennent tous les ans n'ayans encor attint que l'aage de douze, quinze ou vingt ans. La seconde, c'est qu'on peut voir par cette punition combien l'invocation du Diable deplaist à saint Michel. Et de là on peut inférer que, si cet Archange ne punit point tousjours sur le champ tels blasphèmes, qu'au plus tard il les pèsera exactement à l'article de la mort et laissera facilement choir de ses balances tels blasphémateurs dans la gueule béante de Lucifer, Prince des ténèbres, si auparavant ils n'en font de leur bon gré une très rude et très exacte pénitence » (1).

Louis XI se rendit plusieurs fois en pèlerinage au Mont ; en 1462 pendant la deuxième année de son règne; en

1470 il y vint, dit-on, présider la première Assemblée du Chapitre de TOrdre Royal de Saint-Michel qu'il avait fondé l'année précédente, et enfin en 1472 il y revint dans des circonstances que nous avons racontées (1).

Vers 1488, après la défaite des Bretons révoltés, h Saint- Aubin du Cormier près de Fougères, le roi Charles VIII, alors âgé de 18 ans, fit en pellerin le voyage du Mont Saint-Michel pour remercier l'Archange Saint-Michel de la victoire qu'il avait remportée, grâce à la Tremoïlle, sur François II, Duc de Bretagne, père d'Anne de Bretagne, laquelle Charles VIII épousa au château de Langeais , le 16 décembre 1491.

François Ier vint en pèlerinage au Mont Saint -Michel le 18 octobre 1518, la troisième année de son règne ; suivant Dom Jean Huynes (2), ce monarque revint au Mont au mois de mai 1532 avec son fils François, Dauphin, Duc de Bretagne, et Anthoine du Prat, Légat du Saint- Siège.

En 1562, Charles IX, Roi de France, vint « au Mont Saint-Michel avec son frère Henri. Il tint ensuite un Chapitre de Chevaliers de son Ordre de Saint- Michel dans l'église de Notre-Dame, à Paris. Il prit place à main droite sous un dais de drap d'or; et à la gauche, sous un pareil dais, étaient les armes des Rois d'Espagne, de Danne-

1 . Voir les Notes sur quelques Armoiries du Mont Saint-Michel, etc., à la suite de la Notice historique.

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