Histoire générale, etc
marck et de Suède, qui étaient aussi Chevaliers de cet Ordre » (1).
Charles IX est le dernier Roi de France qui ait aecompli le pèlerinage du Mont Saint-Michel. Un grand nombre de personnages, dont quelques-uns sont cites par Dom Jean Huynes et ses continuateurs, se rendirent également au Mont dans le même but. Jusqu'à la fin du xvif siècle les pèlerinages furent encore très-suivis. Ils amenèrent au Mont Saint-Michel un nombre considérable de pèlerins, hommes, femmes et jeunes homes fort lestes, venant en compagnie avec enseignes et tambour selon la coustume. Mais, si les traditions anciennes se continuèrent encore pendant une partie du siècle suivant, les manifestations religieuses, si nombreuses, si extraordinairement grandes aux siècles précédents, cessèrent complètement avec le xvine siècle. D'ailleurs les mœurs et les idées de cette époque n'étaient déjà plus favorables aux pèlerinages ; ce n'était pas de bon ton. Aussi un chroniqueur disait-il vers 1750, oubliant ou ignorant l'histoire du Sanctuaire de Saint-Michel où les Rois de France et les plus grands Seigneurs étaient venus faire humblement leurs dévotions : « le Mont Saint-Michel est uu des plus fameux pèlerinages de France, particulièrement pour les jeunes gens de basse naissance qui y vont par troupes en été. »
Les temps favorables aux pèlerinages étaient passés;
1. Histoire du Mont Saint-Michel, etc., par M. l'abbé Desrocbes. — Caen, 1838.
ils ne devaient renaître que près d'un siècle plus tard. La Révolution, dans sa haine contre la Religion, et surtout contre le Clergé qu'elle confondait dans ses aveugles vengeances, abolit les institutions les plus respectables, et, si elle ne parvint pas malgré tous ses efforts à détruire les Sanctuaires vénérés depuis tant de siècles, elle en dispersa les desservants par les lois de Février 1790, ordonnant la suppression des Ordres et des vœux monastiques. L'Abbaye du Mont Saint-Michel, que toutes les guerres du moyen âge n'avaient pu entamer, ne fut point épargnée et devint la proie de ses plus grands ennemis. Les Religieux qui l'habitaient durent l'abandonner et alors — contrairement à l'opinion d'un auteur moderne qui s'exprime ainsi sur cette immense catastrophe : « la Révolution ne démolit pas, mais ouvrit la Bastille normande, » — la Révolution s'empara légalement du Monastère et pilla son trésor, non moins légalement. « A peine ont-ils quitté (les Religieux) les rivages de la baie que les hommes de Saint-Michel, et en particulier ceux des Genêts et d'Ardevon, accourent au Monastère, montent au Chartiïer et brûlent une foule de monuments précieux, dans le but d'anéantir les titres de leurs redevances et de leur vasselage. Les agents du District (d'Avranches) arrivèrent trop tard pour empêcher cette dilapidation. Toutefois ils continuèrent eux-mêmes le pillage en faisant enlever la célèbre bibliothèque et les riches manuscrits, qui, d'abord déposés dans la chapelle de T Hôtel-Dieu de Genêts, furent ensuite transportés à
Avranches, où pendant plus de vingt ans, ils furent pillés et méconnus ! ... »
« Ce que l'on s'empressa d'enlever immédiatement ce fut l'argenterie du trésor et des autels. On emporta (le 12 octobre 1791) les statues d'or et d'argent, les croix et les crosses en vermeil, les vases sacrés et une foule de châsses précieuses, renfermant les saintes reliques. Quant aux pieux ossements, ils furent déposés sur une table, pêle-mêle et avec mépris. Au milieu d'eux apparut le vénérable chef de saint Aubert. On voulait le briser comme un objet de superstition, mais il fut adroitement recueilli et sauvé par le pieux et vénérable docteur Cousin, qui l'emporta chez lui sous prétexte d'étude et de curiosité médicale. . . Les reliquaires en bois, en plomb ou en cuivre, furent dispersés et les saints ossements jetés dans une caisse, qui, nous a-t-on dit, doit se trouver encore dans les greniers du Mont Saint-Michel... » (1).
1. Description historique et monumentale du Mont Saint- Michel, etc., par M. l'abbé E.-A. Pigeon. — Avranches, 1865.
M. l'abbé Pigeon donne, à la fin de son ouvrage, des Notes sur les Reliques de l'ancien Trésor du Mont Saint-Michel, qui existent encore aujourd'hui et cite les Reliques conservées dans la Sacristie de Saint-Gervais à Avranches; entre autres cinq reliquaires en bois ou en cuivre dorés et un magnifique ciboire en cuivre doré et émaillé duxue ou xme siècle, et qui très probablement vient encore de l'ancien Trésor du Mont Saint-Michel. — Nous avons vu, en 1876, le ciboire à la sacristie de Saint- Gervais, où il ne nous a pas semblé être gardé avec tout le soin qu'il mérite ; nous avons également vu deux reliquaires [indiqués
C'est évidemment pendant ces invasions sauvages, autorisées, commandées peut-être et dans tous les cas tolérées, que les verrières de l'Église furent brisées et que les bas-reliefs du Cloître furent mutilés, principalement ceux qui représentaient les figures du Christ ou des saints ; mutilations d'autant plus faciles, pour les sculptures du Cloître, que leur extrême délicatesse et leur position à portée de mains grossières, les mettaient à la merci des brutalités de ces nouveaux vandales.
Le Monastère fut, dès cette époque désastreuse, transformé en prison et renferma d'abord trois cents prêtres que les Vendéens délivrèrent en novembre 1793; puis Napoléon Ier, par un décret de 1811, en fit une maison de correction; enfin, depuis Louis XVIII (1817) jusqu'en 18G3, il fut converti tout entier, sauf une très-petite partie du chœur, en Maison centrale de force et de correction.
Pendant plus de soixante-dix ans, l'illustre Abbaye subit toutes les souillures, toutes les mutilations, et n'eut plus d'autre célébrité que celle de quelques tristes personnages politiques qu'elle renferma à différentes époques. Un
par M. Vabbé Pigeon, p. 178) rélégués sur une armoire poudreuse du presbytère de Saint-Gervais. Il serait heureux et juste que ces Reliquaires et ce Ciboire fissent retour, sinon au Trésor, du moins au Musée naissant du Mont Saint-Michel, qu'ils enrichiraient, dont ils seraient les principaux ornements, et qui donneraient une idée exacte des richesses d'art de l'Abbaye et de son ancien Trésor dispersé.
décret de 1863 supprima enfin la prison et mit fin à une aussi déplorable situation.
Le vénérable Prélat à qui l'Abbaye fut louée en 186i, rendit d'abord l'Église au Culte catholique et rétablit les pèlerinages, qui inaugurèrent leur restauration le 17 mai 18G5. Depuis cette époque ils ont pris un grand développement et ils sont de plus en plus nombreux, grâce au zèle de Monseigneur rËvêque de Goutances, secondé par les Religieux de l'Ordre de Saint-Edme de Pontigny, établis au Mont Saint-Michel sous la direction du T. R. P. Robert. Le livre ouvert dans le Monastère pour l'inscription des visiteurs et des pèlerins, contient déjà une longue liste de noms illustres ou célèbres et deviendra le Livre d'or de l'Abbaye restaurée.
Le pèlerinage traditionnel du Mont Saint-Michel est désormais remis en honneur. Il aura cette année un éclat inaccoutumé en raison de la cérémonie particulière qui s'y accomplira le 3 juillet, Sa Sainteté le Pape Pie IX, dans l'audience du 23 juin 1875, ayant décerné les honneurs du couronnement à l'image de saint Michel.
En aucun temps nous n'avons eu plus besoin d'implorer l'assistance du séculaire Protecteur de la France, afin que son intervention victorieuse ramène le calme dans les esprits troublés, la droiture dans les idées perverties et nous préserve des dangers qui nous menacent.
Aussi la devise de l'image placée en tête de ce livre ne saurait-elle être rappelée plus à propos, au milieu de la lutte engagée entre le Bien et le Mal, éternel combat dont les périls seront conjurés lorsque saint Michel daignera étendre sur nous sa puissante main. Puisse-t-il entendre les supplications des nouveaux pèlerins qui l'invoquent dans son Sanctuaire rendu à leur vénération, en disant et répétant cette ancienne prière, toujours nouvelle et plus que jamais nécessaire : Michael archangele uni in adjutorium populi. Beaie archangele in conspectu Angelorum !
NOTES
INDICATIVES