POUR FACILITER LA VISITE DE L'ABBAYE DU MONT SAINT- MICHEL
ET
^} es plans que nous avons donnés, ainsi que les nombreuses figures du texte, pourraient suffire à guider le lecteur dans les divers édifices du Mont Saint-Michel ; cependant nous croyons utile de donner quelques indications supplémentaires destinées à faciliter la visite méthodique de l'Abbaye et de ses abords.
Il est bien évident qu'un seul voyage au Mont Saint- Michel ne peut en donner qu'une notion incomplète. On emporte bien une impression plus ou moins grande de l'aspect général du Mont, mais il est impossible qu'une visite, souvent rapide, faite la plupart du temps au hasard et sans suite, laisse dans l'esprit autre chose que l'idée
d'un entassement confus d'édifices de toute nature dont le souvenir s'efface rapidement. Nous avons nous-même éprouvé cette première impression, que l'étude a bientôt modifiée, car rien n'est plus simple au fond que de bien voir le Mont Saint-Michel sans se tromper de direction, sans omettre la moindre de ses parties et, en résumé, sans aucune confusion. Seulement il faut procéder avec ordre, commencer d'abord par s'orienter, — ce qu'on oublie généralement, ce qui est pourtant fort utile ici, et ce qu'il est du reste très-facile de faire puisque l'Église peut servir de boussole, son grand axe longitudinal courant de l'est à l'ouest et par conséquent son axe transversal et ses transsepts du nord au sud, — puis ne visiter les divers édifices du Mont qu'à la suite les uns des autres et ne passer de Y un dans Vautre — ce que l'on fait souvent pour éviter quelques détours et l'ascension ou la descente de quelques marches — qu'après avoir vu complètement chacun de ces édifices qui, souvent juxtaposés et paraissant à première vue ne faire qu'une seule et même chose, sont néanmoins d'époques différentes, ce dont on ne peut se rendre compte que par un examen sérieux et raisonné, en procédant comme nous venons de l'indiquer.
Les renseignements concernant l'itinéraire à suivre, que nous croyons être le plus clair et le plus simple, viendront en second lieu, mais nous pensons qu'avant d'examiner les détails, il convient de voir V ensemble du Mont Saint-Michel, question fort intéressante et qui peut se résoudre de dif-
férentes façoDS, suivant les temps des petites ou des grandes marées.
L'abordage du Mont est plus facile à l'époque des petites marées — en morte-eau — correspondant, comme on le sait, au premier et au dernier quartier de la lune, — parce qu'on peut arriver en voiture sans avoir à compter absolument avec les heures de la marée (1), la mer n'entourant pas alors le Mont, ou, dans tous les cas, n'empêchant pas la traversée de la grève. On voit, en arrivant, la face sud du Mont Saint-Michel, et l'on peut toujours, à marée basse, en faire, à pied, le tour complet. Il faut alors côtoyer le Rocher ou les Remparts, et la vue de l'Abbaye est nécessairement bornée, dénaturée, l'extrême rapprochement en déformant les plus belles perspectives.
A basse mer, en tout temps et principalement en morteeau, on peut avancer sur la grève, vers l'Est (après avoir traversé une des rivières qui se perdeut sur le sable), afin de voir le Mont sous un de ses plus beaux aspects et dans tout son superbe développement ; mais les côtés ouest et nord sont moins faciles à voir par le même moyen. Il faut franchir la rivière à l'ouest, ou les bas-fonds au nord, cl il n'est pas prudent de faire — sans guide — ces petites expéditions, qui ne sont pas toujours praticables à cause des sables, plus ou moins consistants selon les marées, qui changent et déplacent les fonds.
t. On peut arriver en voiture à d'autres époques qu'en morteeau, à la condition de ne traverser la grève qu'à basse mer.
A notre avis, il vaut mieux choisir le temps des marées de vire-eau (1), qui permettent d'aborder au Mont Saint- Michel soit en voiture, soit à pied, à marée basse, et surtout à haute mer, à l'aide des bateaux qu'on trouve toujours sur la côte, à la pointe de la Digue, ou même dans l'anse de Moidrey, près de la gare du chemin de fer, si l'on a pris soin de prévenir les pêcheurs du Mont. En s'embarquant sur ce point, ou seulement à la Pointe de la Digue et profitant du jusant, on arrive rapidement au Mont Saint-Michel, qu'on aperçoit alors dans toute sa majesté. Avant de débarquer sur la cale de l'Entrée , au sud, il faut faire le tour du rocher en s'éloignant à une centaine de mètres de sa base ; c'est la meilleure manière de voir le Mont clans toute sa beauté. La vue change à chaque coup d'aviron, pour ainsi dire, et toutes les faces de l'antique Monastère semblent se dérouler, présentant successivement les aspects les plus imposants et les plus grandioses, particulièrement à l'ouest, au uord, au nordest et à Test : c'est une magnifique suite de vues, aussi pittoresques qu'on puisse les rêver, et rien d'ailleurs ne peut mieux favoriser l'étude de ¥ architecture extérieure des différents édilices du Mont. Achevant le tour de l'île,
1. Au moment de la pleine lune — ou conjonction, — où les marées sont plus fortes que dans l'opposition . c'est du moins ce qui arrive ordinairement et périodiquement aux époques lunaires, sauf les phénomènes extraordinaires comme ceux qui se sont produits cette année, particulièrement en mai et en juin.
commencé au sud-ouest, on débarque au sud sur la petite plage rocailleuse ou sur h cale, qui précèdent l'Avancée de l'Entrée de la Ville (1), et, après avoir franchi les ouvrages extérieurs et la Porte du Roi, on arrive dans la Ville (2), dont l'unique rue monte à l'Abbaye.
Le voyage au Mont Saint-Michel fait en temps de vivemu, indépendamment de l'excursion maritime dont nous venons de parler et qu'il n'est possible de faire qu'aux époques périodiques des hautes marées, olïre encore d'autres avantages qui seront particulièrement appréciés par les artistes; d'abord celui de voir le Mont Saint- Michel, son Abbaye, ses Remparts et les grèves entourés ou couvertes par la mer, brillamment éclairés par la lune et produisant, par les belles nuits d'été surtout, les effets les plus fantastiques et les plus inattendus.
Mais ce qui est inappréciable, c'est le spectacle incomparable qu'on peut voir dans son développement, soit des Remparts à l'est et au nord, soit mieux encore de la grande Plate -forme supérieure de l'ouest, et que les grèves du Mont Saint-Michel présentent seules ; c'est-à-dire Y arrivée de la mer. Nous employons intentionnellement l'expression : Yarrivée de la mer, parce que c'est la seule qui convienne dans cette circonstance.
Retirée k marée basse à plus de douze kilomètres du
i. Voir le plan général, fig. 14.