‹ Description de l'Égypte, ou, Recueil des observations et des recherches qui ont été faites en Égypte pendant l'expédition de l'armée française (volume 2)Chapitre 12 sur 87 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

De l'état ancien du canal. — De son état moderne. — De

sa navigatwn dans les temps anciens. — De son réta^ bassement par les musulmans.^ Des causes de son

dépérissement et de son^ abandon. — Examen géologique de Visihme.

§. I. De Vétat ancien du canaL

L'ancien canal de la mer Rouge an Nil, dans son tracé primitif et sous sa dénomination de^oj^a Regum.

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(canal des Rois), était une de'rivation de la branche Pelusiaqiie, près de Biibaste, sous les Pharaons, les rois de Perso et les Ptolemees, qui lavaient fait faire. INous ferons mention des modifications (\uy ont apportées les Romains sous Adrien , et les Ara])cs sous O'niar , pour obvier aux inconvcnicns qu'avait pre'sentes cette première direction. Si nous considérons ses vestiges et le sol qu'il traversait , nous voyons qu'il devait comporter quatre parties principales el distinctes.

La première consistait dans la dérivation de la branche Pe'lusiaque, depuis la prise d'eau près de Bubaslc jusqu'à l'entrée de FOnady : elle se dirigeait à l'est, et traversait les terres cultivées , sur environ cinq lieues de développement.

La seconde occupait tout le cours de l'Onady , sur une direction prolongée à l'est, vei*s le Serapeum, et sur une longueur de quinze lieues.

La troisième comprenait la traversée des lacs amers , dont la direction fait une inflexion au sud-est, sur huit à neuf lieues d'étendue.

La quatrième enfin aclievait la communication jusqu'au golfe Arabique, par une nouvelle inflexion au sud , sur ciiiq lieues de longueur.

Il re'sultait de ces difTerentes parties nn développement total de 25 lieues de canal et de 55 lieues de navigation, y compris le trajet des lacs. Celte dislance, qui, d'après Hérodote, était de quatre journées de navigation , réduirait la journée à huit lieues; ce qui paraît peu considérable, et doit faire supposer que cette navigation, où l'on employait des trirèmes, se faisait rare- M. XT. 8

ii4 MEMOIRE SUR LE CANAL

ment à la voile, et presque toujours à la rame, ou le

plus souvent à la cordelle.

Sa largeur*, • Les historiens dîfiercnt beaucoup sur la largeur du canal : Hérodote dit qu'il était assez large pour recevoir deux trirèmes de front j Strabon dit qu'il avait cent coudées (environ i5o pieds )^ Pline ne lui donne que loo pieds. Mais il est facile de concilier ces divers auteurs, en considérant que le canal , qui traversait des terrains hauts et bas de différente nature, ne pouvait avoir reçu et conservé un profil constant. Nous motiverons également ladmission de ces variations dans notre projet , parce qu'elles sont inévitables dans les différens biefs, soit pour les terres végétales , soit pour les sables mouvans ou pour les terres salines et gyp~ seuses du désert et comme il en .existe dans les vestiges du canal et des dignes. Ainsi , ceux qui ont dit que ce canal avait cent coudées de laigcur plus qu moins, ont pu dire vrai; mais il restait à indiquer sur quels points de son cours existait la largeur qu'ils lui donnaient. On voit seulement que, dans son minimum de largeur , il en avait assez en effet pour recevoir deux trirèmes de front.

Sa profondeur.., Pline seul a détermine', mais exagéré, la profondeur du canal; car il dit qu'elle était de 3o pieds : Strabon dit seulement qu'elle était suffisante pour des navires d un grand port. On donnait alors le nom de /^u/j^o^ce^cà ceux qui pouvaient avoir 20 à 24 pieds de largeur; ce qui suppose un tirant d'eau de 10 à 12 pieds. Or, dans cette hypothèse, il ne pouvait se trouver moins de i5 pieds d'eau dans le canal; et cètte quantité devait être plus considérable dans

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rOuâdy , où l'on n'eut que des digues à élever, le fond de celte vallée étant naturellement plus bas que ne devait être ccliiî du canal, qui, comme on Ta dit, n'exigeait que 12 à i5 pieds d'eau : mais, cette profondeur n'étant pas nécessaire pour les balimcns du Nil , il est à croire que le canal avait cte' creuse pour recevoir des navires pouvant naviguer sur la mer, au moins avant les Arabes, qui paraissent ne l'avoir recreuse' que pour les besoins d'une petite navigation.

Sa penie, . . Aucun de ces bistoriens n'a dit quelle avait e'te la pente du canal j mais nous avons déjà conclu de nos opérations, qu'elle a dû être insuffisante et devenir le principal obstacle à l'établissement régulier de la navigation. En effet , en admettant même que les crues du ]\il s'élevassent plus liant , dans ces temps-là , à Bubastc , la brandie Pelusiaque recevant alors un volume d'eau plus considérable, on voit qu'en supposant cette pente de cinq à six pieds pour les crues les plus favorables, la navigation devait être de bien courte durée , à cause du de'croissement rapide du Nil ; ce qui ne repondait pas au but qu'on s'était propose', indépendamment des difficullcs occasione'es par les courans et les manœuvres dcl'euripe \

Les digues devaient encore différer dans leurs dimensions, puisqu'elles re'sultaient des déblais, dont le volume variait comme le terrain naturel : elles étaient aussi plus distantes dans les sables mouvans , comme on le voit encore au nord d'Abou-Rejcliejd , où leurs ves-

' JSurîpe, ou barrière, que Strabon dit avoir élc placée au débouché do canal à Arsinoé, ou Cleopatris. Voycï la noie ' de la page i33.

tiges sont espaces de 3o à 40 toises j et cet écartement des digues était motivé sur ce qde les sables, vu leuv

mobilité, prennent naturellement un plus grand degré' dwdioaison dans leur talus.

§. IL De l'état moderne du canal» >

Les vestiges qu*on retrouve de 1 ancien canal, rap--

pelleut assez la division que nous venons de faire des quatre parties dont il se composait* Nous allons décrire leur étar présent, eu suivant le même ordre, du Nil à la mer Rouge.

Première parde» Tout le terrain entre l'ancienne prise d*ean, dans la Pélusiaque à Bnbaste, et A*bbftçdb, à rentrée de l Ouâdy , est en pleine culture; c est un sol d'alluvions, que le Nil couvre annuellement dans sa crue , et dont le niveau correspond sensiblement à celui du Delta, auquel il touche immédiatement. 11 n'est pas de terre plus&cile i fouiller, et d'une consistance plus propre à la formation des dignes; ce qui présente des avantages pour le rétablissement de cette première partie du canal.

Deuxième partie. Plus on considère la vallée des Toumjlât^, qui n'offrirait pas encore de solution de continuité sans la digue construite au-dessous du Râsel-Ouady , plus on est convaincu que le Nil a du y couler autrefois. Ce n'a pu être, à la vérité, quà une époque très-reculée, puisque )es anciens, enremon7

' ToumyUti nom d« la prinoiiMiIe uiba d* Arabes ([ai occupe celte vallée.

tant jusqu'à Homère, citent laPclusiaque comme étant la plus orientale de toutes les branches du INil; mais, quoique cette vallée de'bouclie aussi vers Peluse , elle ne peut être prise pour le lit de la Pelusiaquc, dont l'existence au nord de Salcliyeli est suffisamment constatée. Sa longueur totale, depuis A'hLareh jusque vis-à-vis le santon Cheykli-Hcnàdy , où elle debciuche dans les lacs amers, est de 5o,ooo toises, ou i5 lieues environ.

Depuis son origine à A'bbAçeh jusqu'au Ras-el- Ouàdy, cette vallée, dont la largeur varie de 1000 à i5oo toises, contient plus de i5,ooo arpcns susceptibles de culture. Après la crue considérable dcTanix ( 1800) , il y avait i5 , 20 et 25 pieds d'eau. On a vu , par la retraite des eaux , que les environs d'A'bbAçeli se découvrent d'abord; qu'ensuite le terrain voisin du Ràs-el- Ouàdy se dessèche, et qu'enfin les limites des eaux se resserrent successivement vers le pied de la duncd'Abou- Nechâbeh. Cette de'clivite du sol vers le sud-est de la valle'e semble être re'sultee d'un courant que les vents habituels du nord-ouest ont porte vers cette rive oppose'e.

Depuis trente ans, les Arabes n'avaient pas vu de crue aussi considérable; et ils estimaient ne pouvoir commencer la culture avant l'e'te', au moins dans les parties les plus basses. La profondeur de cette vallée paraît avoir ëte' plus considérable encore, à en juger par les fosses ou puisards, dont la coupe verticale offre des dépôts de limon à 1 5 pieds en contre-bas du sol environnant; et il peut en exister encore à une plus grande profondeur.

iiS MÉMOIRE SUR LE CANAL

Cette vallée a dù être aussi beaucoup plus large; mais les dùiies qui la bordent au sud, empiètent constamment, et finiront par la combler totalement. Cette considération a pu déterminer les anciens à établir le canal sar le bord opposé, ou le sol adjacent du dàert est plus Las et moins sujet aux envahissemens des sables j au lieu que celui du sud ^ qui est supérieur de 20 à 5o pieds au fond de la vallée , se termine par des dunes de 40 à 5o pieds de hauteur , qui forment , sur tout son cours, une chaîne continue et assez régulière.

Le canal existe en effet au nord, sans interruption , sur 26,000 toises de développement; il est encore assez profond dans quelques parties : son curement offre un travail d'autant plus fiidle jusqu'au Rfts-el-Ouâdy , que son lit est supérieur au sol de cette vallée , et que son comblement n'est dû qu aux dépôts successifs du limon du Nil. Arabes en cultivent le fond s^vec succès. Il se réunit, au Râs-el-Ouâdy , avec un second canal dont on retrouve des vestiges assez étendus, au sud, et an pied des dunes de la vallée. Ce dernier serait-il le canal primitif, ou naurait-il eu pour objet que 1 irrigation , et le dessèchement de la vallée ? Nous ne pouvons rassurer.

A Test du Râs-el-Ouâdy , la vallée se resserre^ et le canal, qui n'est pas fort éloigné des dunes, a presque disparu sous les sables, dont le mouvement vers le nord est très-sensible. Quoique plus éloignées, sans doute, lors de rétablissement du canal , ces dunes en ont insensiblement opéré le comblement, qui a dù s'accélérer dès quon a cessé les travaux défensifs, de culture et

d'irrigation, pour y entretenir quelque végétation'. Cette marche des dunes, due aux vents du sud, serait encore accélérée sans la reaction des vents du nord, qui ralentit leur tendance à combler la vallée vers cette rive, où ces dunes , plus élevées , sont extrêmement mobiles : cette considération devient un motif pour éloigner le nouveau canal de ce front redoutable, en employant, d'ailleurs, des moyens de deTensc qu'on pourrait obtenir des plantations du genre de celles qui existent au sommet de ces dunes'.

Il existe, à 2000 toises à l'est du Râs-cl-Ouadv, uni! digue transversale d*environ 5oo toises de longueiii', qui

' Ces travaux lîcfensifs contre les sables et le iiJOuvcincnL des dunes sont assez familiers sur nos côtes, entre la Somme et l^Escauij nous en avons long-tein|is dirigé de semblables, soit pour fixer les dîmes, soit pour prévenir les irruptions de Ja nier et la rupture de ces barrières mobiles, soit enfin pour prévenir le comblement des ports, cl maintenir les écoulemens fju\ xigent Tagriculture et la salubrité des cimpagnes. C'est j)arliculièrement vis-à-vis Blanckenberg, ît l'estd'Oslcnde , que ces travaux sont toujours indispensables, à cause des inondations désastreuses t|ni en résulteraient dans rintérieur, si la mer «""ouvrait un passage dans ces dunes. On peut eonstdler, à cet égard , le mémoire de ringénieur en chef Bremontier, sur les dunes et sur les plantations qu'il a faites dans les laudesde Bordeaux, de 5àGoooarpens misen valeuravec un succès inesjiérc : ces plantations en pins et mélèzes ont donné, en

quinze années, des arbres de i8 ^ :^o pouces de circonférence.

* Il existe un mémoire de

ringénieur en chef Graudc!as sur Iesdunesd''Amblcteusc : on v trouve la nomenclature des plantes >ivaces et annuelles propres à la fixai ion des sables et des dunes. Ce mémoire av.'ulpour objetd*'af»peler les regards tlu gouvernement sur le dessèchement des marais de la Selaque, ])elitc ^i^ièrc dans la vallée de Marquise, dont les eaux, [lar leur stagnation , enlevaient des terrains considérables ù la cidture , et causaient annuellement des maladies funestes aux habitacs du canton. Les travaux dirigés par M. Grandclas ont f;iit cesser tous les maux et répandu la vie où elle était couslanmieut menacée.

VoyntiX. le jonc naturel du sabb-; c\'St un roseau : on Tarrachc où il est moins nécessaire , et on le replante par faisceau en quinconce, sur les dunes qu^on veut fixer.

lao MÉMOIRE SUR LE CANAL

rattadie les deux ])oids de la valMcj elle n*a pu être établie qu^après rabaodon du canal , et pour empêcher les crues de se répandre, en pure perte, dans cette partie inférieure de la vallée, moins susceptible de culture. Cette digue a été rompue par ia force des eaux en Tan xx ( 1800), comme on l'a dit précédemment. Son talus, à l'ouest, est fort allongé^ mais le talus opposé est fort rapide : on y retrouve an pied landen canal, dont les bords sont très-boisés ; on le snît sur 3000 toises ', après lesquelles on le perd sur peu de distance ; il reparait sur 4^0 toises de longueur, et les digues y ont beaucoup d élévation : il se dirige encore sous les dunes, cl on ne le rcti ouve qu'à 2000 toises , près d'Abou- Keycheyd, d où il redescend presque sans interraptiou jusqu'au-delà du Mouqfar , sur plus de 5ooo toises de développement. Dans cette dernière distance, la vallce est très-étroite ; mais le sol du désert est moins élevé , et les dunes y sont plus basses.

Les traces du canal ne sont plus sensibles jusqu'à 4000 ,toises de distance', où elles reparaissent sous de grandes dimensions, à la hauteur de Cheykh-Ilenàdy. Dans cette dernière partie , la vallée est plus ouverte^ le côté nord est remarquable par un abaissement du sol et une vege'lation extrêmement abondante , qui a l'aspect d'un bois taillis. On retrouve encore dans cette partie la dérivation d'un canal , dirigée au nord sur un monticule de décombres qui a pu être le site d'une an-

' II D^a pent-ém januda csialé la largeur de la vftUée pour en inonde digues dans cette partie, où lea der le sol et entretenir de In végéin> eaux ont pa être répanduea rar tonte tkm aor. aea boida.

DES DEUX MERS. lai

cienne ville, que nous croyons devoir rëpondte à Thauhastum , comme nous le motiverons plus bas. Une des digues se prolonge à l'est dans le de'scrt, et semble sc'parer le bassin des lacs amers d'une plaine basse et saline qui se dirige au nord vers le Rds-el-Mojeh (la tête des eaux). Celte partie de la vallée, depuis le Ras-el- Ouâdy jusqu'au Serapeum, offrirait encore plus de 5 à 6000 arpens à la culture, indépendamment de beaucoup de terrains vagues propres au pâturage des bestiaux des Arabes , et aux plantations dont le sol est susceptible.

On voit enfin que ces lieux furent long-temps babite's : les vestiges multiplies qu'on y retrouve , en sont la preuve matérielle et irrëcusa])Ie. Nous en traiterons plus bas, comme nous l'avons dit , dans la géographie ancienne de l'isthme.

Troisième partie* Les lacs amers, lacus amari des Latins, Bahr-el-Temsâh (ou mer du Crocodile) des Arabes , nommes aujourdiiui Cho'cjb ou Bahr-ihn^ Mencggy (mer de Ben-Meneggy) , ont de longueur, depuis le Serapeum jusqu'à la renaissance du canal, 22,5oo toises. Leur plus grande largeur, dans leur surface indéterminée, est de 5 à 6000 toises; leur profondeur, qui varie, est plus considérable dans le centre, où l'on pourrait trouver plus de dix brasses d'eau.

Le vaste bassin de ces lacs est actuellement dessèche' ; il y existe seulement une cunette remplie d'eau extrêmement sale'e et amère : elle est d'un accès tres-difficile, à cause des boues molles et salines qui s'étendent assez loin sur ses bords, et que nous eûmes beaucoup de peine

i!»3 MEMOIRE SUR LE GAIN AL

à franchir dans le cours de nos opérations*. On y remarque un plateau Sjaliu , élevé de ciuq à sva pieds, e( plus ou moins épais , recouTrant im fond vaseux , et qui , percé sur quantité de points , laisse voir , à huit et dix pieds de profondeur, de l'eau, limpide et extrêmement amëi*e : oës fosses , de quelques pieds de diamètre, sont ^ autant de précipices, mais moins dangereux , puisquou peut les éviter, que ceux qui pourraient souvrir fortuitement sons les pas des voyageurs ; les Arabes ne s*y ha^rdent pas sans nécessité. Dans des parties supérieures, ce vaste plateau est rompu , et les débris dispersés offrent absolument le spectacle de la débâcle dun fleuve qui aurait déposé des glaçons sur une plage extrêmement aride. Sur quelques points, le sol est couvert de petits monticules coniques et réguliers d^ cristaux, dont lanalyse a fourni des s^ls très- variés

En remontant, on trouve encoi^ sur qadqui» points des débris de coquillages, tels qu en offrent communément les bords de la mer. Ces laisses, retrpuvfies.au pourtour des kcs, en dessiu^ntient les limite^ avec uiie grande précision. Nous estimons quelles pourraient

* Nous fumes obliges d^étenâre poration et aux infillraiions lentes des brandiages et nos ouliei vides des eaux de mer , et A la deMÎoceUon AlasurfMedjisol,d''iiBerd*iodiutrie du fond de cet ancien lac on bras pour eo'ftciKtef Paccèa et le pas- d« mer, dans lequel les décomposisage à nos chevaux et à nos cha- lions animales el végétales des corps mcaux , et de porter à bras la charge marins ont dii aussi donner Heu à des do ces chameaux, qui, venant à combinaisons -varices. Nous avons

' s''abattre, Q''auraieut |iu se rekver vu , dans quelques endroits, du inu»

qu''aveo beaucoup de peine. riaie de soude qui nous a paru trés-

* Ces sels neutres et miates sont pnr. Les ArabM Pezploitent pour du salft te de ohaox , quelque pen leur usage j ils ea portent encore en de natroo^ du mnriate de soude, Égypte*

dont les cristaux sont dos à Téra-

DES DEUX MERS. ia3

donner un développement de 14 à 1 5 lieues et peut-être davantage, à cause des lagunes qui le'sulteraient, à l'est, des inégalités du terrain.

Quatrîcnie partie. Il paraît inconteslaLle que les lacs amers ont fait partie du gollb Arabique , et que l'isthme de cinq lieues qui les en sépare, en recevant de nouveaux ensaLlemens, doit s élever et combler de plus en plus l'ancien lit (lu canal. Des parties un peu plus profondes, en formelle cunctte, observées dans quelques endroits du lit du canal, nous ont fait penser que les khalifes, en le rétablissant, ne l'ont pas recreusé sur toute sa largeur : et ce soupçon acquiert plus de vraisemblance, lorsque l'on considère le peu de temps qu'ils ont mis pour y établir la navigation; car Maqrjzy dit, en parlant de l'activité' des travaux, que l'année n'était pas encore écoulée lorsque les vaisseaux purent y naviguer et porter à la Mekke les vivres nécessaires que le khalife O'mar y attendait avec l'impatience des besoins qu'occasionait la disette en Arabie. Alkcndy, qui renchérit sur cette activité, dit que le canal fut creusé l'an 25 de l'hégyre, et terminé en six mois , de manière que les vaisseaux y passèrent le septième. D'ailleurs , tous les auteurs s'accordent à dire que le canal fut creusé en l'année de la mortalité, qui répond à Tan 18 de l'hégyre (640 de J.-C),

Pour communiquer des lacs amers au golfe Arabique, on avait donc coupé l'isthme secondaire qui s'était formé dans cet intervalle, et qui semble devoir s'accroître par la fluctuation de sables que les marées et les vents opèrent au fond du golfe : or, si l'on admet que la mer communiquait autrefois avec les lacs, et que leur extré-

ia4 MÉMOIRE SUR LE CANAL

mitë I prèstdu Serapeum, et même au-delà, a été longtemps celle du golfe même, il devient facile de r&oudre

bien des difficultés sur des iails liistoxiques et sur divers points de la gé(f[raphie ancienne.

En effet, ce lac d'ean de Ikier n'a pu être separë dii golfe sans quil ait subsiste, long -temps après, un courant dû aux marées et aux eaux pluviales , qui devaient affiner dans cette partie ou le canal existe, et oA' la cunette tracée par la nature aura cite agrandie par l'art , pour remplir un plus grand objet , celui de la navigation : alors le prodige s^affaiblit par l'analyse de ce travail. Cependant l'ouverture d'un canal de semblables dimensions, au cœm* des déserts, même en admettant cet éiài préexistant au travail des kommes , ne pouvait • être opérée que par les Egyptiens, ce peuple de géans dans ses travaux publics.

On voit , d'après cet exposé de Télat physique présume de cette plage, que les Pharaons durent tenter le succès de cette grande entreprise de la jonction des mers, avec beaucoup plus de confiance qu'on ne pour-' rait en avoir aujourd'hui , si Ton ne trouvait , dans la science hydraulique des modernes , des ressources que n'avaient pas les anciens, et au moyen desquelles on pourra vaincre des difficultés qui dûrent leur paraître insurmontables à cause des variations du niveau et des pentes dues aux marées du golfe et aux efiets variables des crues du NU.

U-^a été , sans doute , une époque où l'isthme , couvert de lagunes , recevait des eaux à4a-fois du Nil, de la mer Rouge et de la Méditerranée; mais, d'une part, les

DES DEUX MERS. ia5

divers atterissemens, et, de l'autre , les deyechemens produits par rëvaporation , auront intercepté la communication (les eaux , et transioi me en tene-iei-me un soi naturellement bas et marécageux»

§• IIL Navigation du canal dans les temps anciens»

On peut conclure de Texposé qui précède, qu'à Tépo* que où les rois d*Égj pte conçurent le projet dVtablir la communication des deux mers, letat physique de la contrée leur dictait assez cette grande entreprise, sans qu'ils crussent peut-être nécessaire d'en constater la possibilité , puisque le Nil portait annuellement des eaux dans le lac amer, et que probablement encore il devait exister , comme on vient de le dire*, entre ce lac et le goiië, un courant qui a déterminé l'emplacemeut du canal; cependant des historiens en ont mis en doute l'usage, et même la confection. Plusieurs de ces autorités deposeut eu faveur de rexistcocc de la navigation antérieurement aux Arabes; d'autres la nient formellement, et citent seulement les tentatives faites par les souverains pour opérer celte jonction, sinon directe dans.risthme, au moins du Nil à la mer Ronge.

On est donc fonde à croire que le travail n*a pas été discontinué pour cause d'une impossibilité absolue qui eût été consignée dans Thistoire; les efforts des différons princes qui se sont succédés, attestent, au contraire, le désir qu ils avaient de vaiucre des di£ticultés qui n'étaient pas en effet insurmontables. Nous allons rapporter et comparer les passages qu'on trouve à cet c^ard dans les principaux historiens.

HArod<ite et Aristote nous diront ce qu'ont fait , tenté

et obtenu les Pharaons et les successeurs de Gimbyse ; Diodore de Sicile» Strabon et Pline y ajouteront les travaux des Ptolémées , sucoesseursd'Alezandre ; les auteurs arabes, et notamment Maqrjzy, feront connaître les travaux des empereurs et ceux des khalifes pour le rétablissement du canal ; enfin nous exposerons Topinion et le vœu des historiens , des géographes et des vojageurs modernes , sur le rétablissement de la jonction de ces deux mers , opération dont les derniers sultans même paraissent avoir reconnu Fimportance et la possibilité':

Hérodote, dont Tautorité accpiiert un nouveau poids par denouvelles vérifications des faits qu'il expose; Hé- • rodote, dont le voyage en Egypte était si près du temps où Darius reprit ce grand travail , dit positivement que ce prince l'acheva'.

Aristote, postérieur de plus d un siècle, dit que les Pharaons et Darius, qui s*étaient promis de grands avantages de la confection de ce canal, en avaient discontinué le travail, après avoir reconnu que la mer Rouge était plus haute que les terres d'Egypte*.

Diodore , en convenant que ce motif avait déterminé Darius à abandonner l'entreprise, prétend que Ptolémée-Philadelphe seul lacheva

Strabon, qui est du même avis, ajoute que, de son temps , les marchands d'Alexandrie trouvèrent une issue du Nil dans la mer Rouge, pour pénétrer dans Tlnde^.

• Traduction des textes des au- ' Appendice, §. rv, n". ir. leurs, App., §. iv, n°. i. - 4 Appendice, iv, n". m.

* Meteor, lit. i , cap. xiT.

Pline vient ëiever des doutes , dar il ne convient pas

que cette navigation ait jamais été établie : il veut que le travail n ait cté achevé que jusqu'au lac amer , et qu*il ait ete suspendu à cause de la conviction qu'on avait acquise de la trop grande élévation de la mer Rouge : mais ensuite cet historien parle de la rivière de Ptolemëe, qui passe à Arsinoé' ; or, ce ne pouvait être assurément que la rivière artificielle, ou le canal en question \

Enfin des auteurs anciens rapportent que Mënëlas, après la ruine de Troie , était entré en Élhiopie en traversant un canal creusë dans Tisthme qui sépare les deux mers.

Mais que peut-on raisonnablement conclure dune telle discordance parmi les auteurs grecs et latins sur la confection et l'usage du canal des Rois? Il est plus évident que le canal de Fostât, dont Torigine, au dire des Arabes, réknonte au temps Abraham, a été recrensé par Adrien , qui lui fit donner le nom de Trajanus avniis , parce que cet empereur aimait à prendre le nom de Tra jan , son prédécesseur , dont il était le fils adoptif. Cependant rien ne prouve qu'il ait ( u , dans ce travail, Tintention de rouvrir la communication des deux mers : pént-étre n'avait-il pour objet que les irri-

* Pline (Ut, ly, cbap. 33) dis- Arabes aa golfe d^Beroopolis, ne

tingne le fleure de Ptolémée, itma. sont pas connna des géographes , non

antte canal qui ne fut point adievé , plus qne ceux de beaucoup d'autres

et qui partait de 2><zneo;*. Le nom de lieux quMI pince dans le voisinil^

celte ville , celui de C/mr««r//'a qu'il du golfe. (M. Gossellio, tom. Il,

donne nu petit golfe où était Arsi- pag. 184. )

noé, Cl celui d^yÈa/Jt, qui, suivant le » Appendice, ^. iv, n°. xv. uiêuie auteur , était appliqué par les

gatkMi&$ ^ cette assertion acquiert plus de vraisemblance, lorsque l'on considère que Ptolém^ le geogra* plie, qui écrivait du temps de Trajan et d'Adi ien , ne fait aucune mention d'un canal du Nil à la mer Rouge, mais seulement de celui du Kaire vers Belbeys et Heroopolis , ville que nous ne crojons pas devoir placer au-delà du centre de l*Ouâdy. Les cartes Theodosiennes (cartes de Peutinger) gardent le même silence; mais, comme elles ne lont mention que des chemins de terre, dles ne sont ici d'apcun poids,

L'Itinéraire d'Antonin donne une roule de terre sur le développement du canal de Babylone à Cljsma par SeliopoUs, Scenœ veteranorum. Viens Judœorum, Jlwu, HeroopoUs et S c rapcum : or ^ cette route, en longeant le canal , of fre un développement si grand par rapport aux routes plus directes de Babylone à Cfysma par le Dcrb-el-Hiiggj^ ou par la vallée de rÉgarement , que la navigation, n'eiit-elle cte même que momentanée, a pu seule en établir la fréquentation à cause des e'tablissemens inhërens au canal. En ciïet, quel motif aurait-on eu de faire i36 milles , quand la route la pliU directe n*en comportait pas 90?

Jusqu en 622 de notre ère , nous n'avons donc sur la nav^tidn du canal aucun fait bien positif, ou qui n*ait été le sujet d*une grande côntroyerse; mais les détails historiques et circonstanciés qu'on trouve dans Maqryzy et dans el-Makjn , doivent enfin lever tous les doutes sur âon existence et sur sa durée. On voit, dans ces auteurs arabes, qu'un canal anteiieuremcnt dérivé du Nil) à Fostât, et aboutissant dans le canal des Rois.

que le khalife O'mar venait de recreuser, portait clans la mer Rouge : ce canal aurait ete' navigable pendant plus d*un siècle'.

Le canal, déjà fort encombre par l'insouciance des gouverneurs arabes, plus disposes peut-être aMis à favoriser l'Egypte que la Mckke , parce qu'il n'elait destine' qu'à exporter les denrées du pa} s au détriment des Égyptiens, comme font, de nos jours, Icsbeys à l'égard de Constantinoplc, fut enfin ferme' du cote' de la mer, par Tordre du khalife Abou-Ga'far-el-Mansour % dans rinlention de couper les vivres à un rebelle de la Mekkc qui voulait s'e'riger en souverain de celte ville ^ Depuis plus de mille ans le canal est donc reste' dans l'oubli ; et ce laps de temps n'e'tait pas nécessaire pour en faire disparaître les traces sur plusieurs points de son cours, car moins d'un siècle d'abandon a pu suffire pour en opérer le comblement.

§. IV. Projet du rélahlis sèment du canal par les princes

tnusulmans.

Cependant le souvenir des avantages de ce canal , et des tentatives plus ou moins heureuses des anciens souverains dans cette entreprise, re'veilla l'insouciance des Turks dans les xvi^ et xviii*^ siècles. Selym,ditScaliger , ayant subjugue' l'Egypte et fait mourir Tomân-bej^, dernier Soudan d'Egypte , se proposa de rouvrir cet an-

* De Tan 22 à l'an i5o de l'hé- rersale dii Ràs-el-OuâJy , qui est gyre, ou 128 années lunaires (de évidemment un ouvrage d'art , a dû 644 à 767 de J.-C. ) remplir cet objet.

* Nous pensonsquela digue Iraus- ^ ^oy. Appendice, §.1^,0". vtii.

y Goo^e

i3o MÉMOIRE SUR LE CANAL

cien canal. « Croira-l-on , dit d*Anville, (jue le gouvernement tuvkait pensé à rétablir la communication entre le Nil et la mer Ronge? Le dernier ambassadeur turk 2<ajd-eircndi ma dit avoir été envojé en Ëgjpte par Je grand«6eignear pour examiner si la chose était praticable \» Le fameux Â'iy-bey' avait aussi témoigné le désir d'illustrer son usurpation par cettç grande entreprise. \

Depuis, M. de Tott, en parlant du projet qu*aTait conçu Mustafà'Sultan , a dit : uCe prince, dont l'esprit commençait à s'éclairer , m'a fait faire un traYail sur cet objet important, dont il réservait l'exécution a la paix. » JVIais cette disposition dut résulter de l'examen et d'un rapport favorable de la part des commissaires du sultan , sur la possibilité et les avantages de cette opération ^.

Enfin, si ce canal a été navigable sons le règne des khalifes , époque où les Arabes cultivaient les sciences avec éclat , tandis que TËuropc était encore barbare ; si les Turks mémeont pensé i rétablir cette importante navigation, que ne doit*on pas obtenir, sous lautorité ou

■ Quoique les sultanaaieiit formé ment dam Plnde et y trafiquer aToe

le projet de rétablir cette ooinmu- m grand anoo&s.

nioaiion^ on est fondé à eroire qnV * A'iy-bey, qui , en 1768, a^étaii

piiaaToir prévu toutes les conaé- déclaré indépendant de la Porte,

qiiences de celte opération, ils an- arma des vaisseaux à Soueys: non pro*

ront craint de fournir aux nations jet était de sVmparcr de la Mckke,

^ européennes, plus habiles dans Fart de Geddah , pour rendre ce port

delà navigation, un moyen de com- . Tenlrepôt du commerce de Tlode;

incfcer directement areo la Pana et maia ce projet, ainsi que cdui do

nnde; et laa pnmiera aondana ne reerènaer le canal deSoncya, reatè-

manifcstèrent que trop leur inquic- rent aana effet , aprèa la mort de ce '

tude à cet égard, lorsqu'ils virent bey en 1773. (Voloey, p. 104» 3o.)

lea Portugais former dea établisse- > Appendice, it, n<>. ti.

DES DEUX MERS. i3i

TinflaeDce d*niie pnissanoe européenne, de ïéM de perfection où la science hydraulique est portée de nos jours?

§• V. Des causes du dépérissement et de Vàbandon du

canaU

Les diffSrnltes et les dangers de la navigation du golfe Arabique étaient généralement avoues par les anciens ; mais, par cela mtme qu'ils étaient déjà connus avant rétablissement du canal , on peut croire qu'on ne les considérait pas comme insurmontables : il est donc plus probable que ce sont les inconvéniens de sa navigation qui ont détermine Ptolemee à ne pas donner de suite à cette entreprise, à abandonner le port d'Arsinoé, dont il avait voulu £iire le centre du commerce de l'empire , et à reprendre enfin la voie, par terre , de (]opios à Bérénice, qu il améliora dans les stations du désert. Mais, en admettant, comme le prétendent quelques auteurs, que le canal ait été navigable sous les Plolémécs , sans que la navigation y ait jamais été régulièrement établie, et cette assertion nous semble très-plausible , il paraît qu'il se serait trouvé comblé veis la fm de leur dynastie, puisque Qéopàtre songea à feiire transporter ses vaisseaux par terre au travers de l'isthme.

Cette route de Coptos à Bérénice lut constamment fréquentée sous le règne des Ptolémées, pendant deux siècles et demi, et sous celui des Romains jusqu'à Diock'tien , pendant une période é^alc. Les Arabc.s et les Indiens se dispensèrent de remonter le golfe de Soueys,

i3a MÉMOIRE SUR LE GANÂL

dont la navigation leur présentait des daDgers, auxquels ils n avaient pas besoin de s'exposer, puisque leurs

courses et leurs spéculations trouvaient un terme à Bérénice. Mais ce port fut aussi abandonne, et Ion y supplài successivement par ceux de Myos-hormos et du vieux Qoçejr : ce dernier offrait un vaste et bon mouillage j mais les atterissemens et l'active végétation du corail ' l'avaient tellement çomblë , qu'il fiallut se reporter à deux lieues au sud i où se trouve Je Qoçeyr moderne,

L'élëvation de la mer Rouge, par rapport an sol de l'Égypte, était reconnue : cependant elle n'aurait pas été un obstacle suffisant pour faire renoncer au canal, puisque , par le moyen d'une digue , on pouvait empêcher la mer de pénétrer dans rinterieur, à moins qu'on n'eût craint de ne pouvoir, en temps de guerre, en prévenir la rupture ; opération dont un ennemi ne calcule jamais les conséquences que pour l'intérêt du moment , ainsi que Font fait les Anglais en coupant les digues du canal d'Alexandrie, comme on le dira en'par^ lant de ce canaU

Pline dit que cette mer était supérieure de trois coudées (environ cinq pieds) alix terres de Tl^gypte. Mais rien de plus vague que cette expression : car à quel point du sol, dont la pente suit assez r^ulièrement

' Le terme de végétation nVst ges et les côles deviennent inaccessiîei qu'aune expression figurée ; car bles à la navigation. CVst sans doute on Mit que lei eoraoz , comme lei • à cause de sa forme dParbriueaa qae BiadrépoTCfl , soni formés par les po- les Arabes appellent le corail,cAt'i( Ijpes. L^accroissement de ces po- (ramifications). 1 jpîers calcaires est tel , qne les pla-

DES DEUX MERS. iXi

celle du fleuve , attribuer cette élévation de trois coudées? à moins qu'il n'ait voulu parler des marées. 11 serait possible, en effet, que les eaux du Nil qui n'auraient pas d'écoulement dans ce golfe , pussent encore s'élever jusqu'au niveau de la basse mer à Soueys, leur pente paraissant sulTisante pour que, pendant la durée de la crue, les eaux arrivent dans ce port à trois coudées en contre-bas des hautes mers.

Strabon traite de chimérique la crainte que l'on avait que le sol de l'Egypte ne fût inondé * par la mer Rouge , quoique les auteurs qui l'ont pi écédé , et notamment Arislote, disent formellement que cette considération seule détermina Sésostris et Darius à ne point terminer le canal.

Après avoir expose ces diverses opinions, nous admettrons que la navigation de ce canal a pu avoir lieu sous les Ptolémécs, mais qu'elle a dû éprouver bien des obstacles qui en ont amené l'abandon. Cet abandon a pu résulter du peu de durée de la navigation, soumise à l'abondance des crues , qui , dans leurs variations annuelles , devaient être souvent insuffisantes pour fournir à la dépense d'eau nécessaire au passage des bateaux par l'euripe , et réparer les pertes causées par les filtrations et les évaporations ; du peu de pente qui existe entre le point de la prise d'eau et celui de la basse mer à Soueys , pente qui pouvait n'être , sur 35 lieues de longueur , que de quatre à cinq pieds dans les crues moyennes ; des curemeus annuels et des travaux d'entretien , dont l'exé-

' Un des commenlalfara dcSira- qu'on lui fait d'avoir soutenu celle bon défend cet auteur du reproche assertion. Fby. App., vi, n". m.

i34 MÉMOIRE SUR LE CANAL

cation dispendieuse exigeait une surveillance qu'il était difficile d'obtenir au milieu des déserts. Il a pu provenir encore des dégradations faites par les Arabes , aux intérêts desquels le àinal était contraire, en les privant des bénâices des transports , dont , au moyen de leurs chameaux, ils ont toujours été les agens exclusifs dans rÉgypte et dans la Syrie; enfin , des circonstances trop ordinaires de la-guerre, dont Tisthme a été long-temps le tliéâtre , et notamment pendant les siècles qui eut précédé Tère chrétienne^ sous les Perses et sous les successeurs d'Alexatidre'.

Les klialifes, qui, sans doute, avaient conservé le souvenir de tant dobstacles, les ont &it disparaître, en partie , dans le rétablissement du canal , tant en remontant la prise d'eau beaucoup au-dessus de celle qui était anciennement établie à Bubaste, qu'en ne donnant point d e'coulement dans le golfe aux eaux du Nil ; car, quoique ces eaux traversassent les lacs amers , il paraît , d'après Strabon% qu'elles n'étaient pas sensiblement alte'rces. On voit encore à Soueys les vestiges des digues qui arrêtaient leur décharge à la mer , et que les na-

' Ce canal devait être en effet, difficilement; et c^était un motif

pcar un ennemi Tenant de Sjrie, pour Tennemi de chercber A le d^

nnebatrière difficile à franchir. Cest traire* (M. Lchlond , itfëmoiVff sur

aussi ce que .semble insinuar Dio- les canoitx de Teouiquitê, ^11^*)

dore de Sicile, en iVippelanl ir^nswr- * Sirabon dit, en parlant de ces

sarium munimentum : cATy i|aoîque lacs, qi^anciennement les eaux y

)a navigation cessât lors des basses étaient aincrcs, mais qu'elles avaient

eaux, ce canal devait conserver aèsez cliangé de qualité par leur mélange

d^eau pour que le passage ne pût avec celles du Nil, et que ces lace

a''eflectQer qt^tnte des baieanx on abondaient en bons poiteoos et en

des radeaux « dont les auaillani ne «Mieans aquatiques qu^on n'y voyait

ponvaient êue poonmi qne tièa* paa anjpaavant.

DES DEUX MERS. i35

vires venaient , sans doute , accoster pour faire aiguade dans le canal.

Mais, quelque avantageuses que fussent les nouvelles dispositions , il en résultait , quant aux digues , la nécessite de faire rompre charge aux navires. D'ailleurs Soueys ne pouvait être qu'un lieu d'entrepôt , comme il le deviendrait encore, quoiqu'on puisse avoir dans l'emploi des écluses à sas une communication plus facile j car, si la fin de la mousson dc'te (celle d'avril en octobre) est propre à porter dans la mer des Indes, et coïncide avec la crue du Nil, seule époque favorable à la navigation du golfe pour les bâlimens de mer , la mousson d'hiver, propre à remonter la mer Rouge, tombe à faux , et nécessite Tentrepôt des marchandises , ainsi que leur rechargement dans de nouveaux batimens : on serait donc toujours oblige de rompre charge à Soueys, comme à Alexandrie et à Damiette, et de n'employer sur le Nil et sur les canaux qui en dérivent, que des bâtimens propres à cette navigation ; mais le passage n'en serait pas moins ouvert aux bâtimens qui pourraient sacrifier du temps à l'attente des vents et des circonstances favorables pour se rendre directement de la Méditerranée dans l'Inde , et notamment pour l'expédition des dépêches 5 et l'on trouvera cet avantage essentiel dans le canal plus direct qui serait ouvert du bassin des lacs à la Méditerranée, vers Tyneli.

Quoique le canal ait été navigable pendant plus d'un siècle, nous ne doutons pas que sa navigation n'éprouvât encore bien des diificultés j mais elles doivent disparaître par le système des biefs et des écluses, ouvrages

i36 MÉMOIRE SUA LE CANAL

d'invention moderne, el que les anciens, comme on l'a déjà dit, ne connaissaient pas. Il ne parait pas Qiême fpi'îls eussent, dans leurs langues, de mots qui répondissent à celui â'éeluse ; le terme eùripe \ que Strabon emploie quand il dit qu oii boucliait l'euripe, ferait croii-e qu'on avait un moyen , soit par quelques corps flottans, soit par des poutrelles, de fermer ce passage pour empêcher la marée de remonter dans le canal : cet enripe ne pouvait pas différer beaucoup des pertuis qu'on retrouve sur nos rivières, et qui retracent encore lenfauce de l'art*

§• VL Examen géologique et géographique de l'isthme

de SouejfSm

Les philosophes ont crée des systèmes pour expliquer la formation des montagnes , des caps, des falaises, des détroits, des isthmes, des archipels, et enfin de tout ce qui constitue la géographie physique du globe.

Quelques-uns les ont cousidérés comme des résultats nécessaires de principes immuables et de causes pre-

* Le terme eurtpe ( iUftmt ) , dans soai la citadelle de Négrepont , tpi9

son acception générale, et par Pap- les navires éprouvent Jwâpcoitp 09

plicaiiou qu''on en a fniic, semble peine à le franchir, exprimer un canal ou bras de mer Ce nom a aussi clé donné à l'cs-

élroil , dans lequel les eaux éprou- pace reclangulairc , arrondi vers les

vent des courant alteraaiifs et des extrémUéfl , qui emrironnait Tépioe

agitations p^odiqnes d^tne nature des cirques , et qui devait tonjoun

toute parliculière. L*enripe qui longe âtre rempli dVau , par un motif de

IMle de Négrepont ( l'ancienne En- religion. Celle forme élait sans doute

bée)» présente pins particùlièrement aoalogueàcclledereuripedont parle

ces effcls singuliers d%m flux et re- Strabon, et auquel son couuncn-

flux qui se renouvelle six el sept fuis taiciir a donné, sans des motifs sufB-

dans le jour. Son canal est si étroit saDS» la ùgi^c de nos sas modernes.

DES DEUX MERS. iS;

mieres : d'autres, au contraire, en ont attribue la formation à des causes fortuites , qui ont dû changer l'ordre primitif de la nature , et qui peuvent se reproduire inde'finimcnt; ils ont puise ces causes dans la catastrophe terrible d'un déluge universel ou local, et peut-être pe'riodique dans la nature, d'autant plus admissible, qu'il n*a rien de surnaturel , que les ravages des eaux sont écrits en caractères ineffaçables à la surface du globe, et que les traditions en ont conserve chez toutes les nations le triste et inquiétant souvenir.

Un de ces pliilosophes * en a suffisamment établi l'existence; il a fait un tableau , aussi vrai qu'affligeant, des effets physiques et moraux du déluge, qui a dû changer la face primitive du globe, et occasioner un desordre si fatal au genre humain : non-seulement l'opinion de ce philosophe est plausible, mais elle offre un cliamp très-vaste de conjectures que la saine physique peut admettre.

Il paraît constant que les eaux, parleur mouvement oscillatoire dans le bassin des mers , par leur cours plus ou moins rapide dans le lit des torrens et des fleuves, et enfin par leur passage successif à l'état de météores , ont etë la cause organique de lelat pre'sent du globe : elles ont , par leur tendance continuelle vers l'occident et l'ëquateur, e'tabli ces formes constantes angulaires de toutes les grandes terres qui constituent les caps de la Nouvelle-Hollande, de la presqu'île de l'Inde, de l'Afrique et de l'Amérique 3 et elles ne cesseront d'opérer

• Boullangcr, ingénieur des ponls pour liirc , l'Antiquité dévoilée par et chaussées, dans Touvrage qui a %cs usages.

i38 MÉMOIRE SUR LE CANAL

de nouyeaux changemensà la sur&ce da globe. On peut supposer qu'un flux prodigieux des eaux , des pôles vers la zone equinoxlale , et dont on ne peut raisonnablement ^expliquer la cause, a, dans sa course , submergé ou détruit les continens , tant que le sol n*aura pas offert d élévation et de résistance suiiisiinles. Ces points d'arrél, en divisant le courant, l'auront fait dévier de sa direction méridienne ^ d'oA aura dû résulter langle continental qui constitue ces grands promontoires. Gipendant des reflux ters les pâles auront aussi , par leur réaction , formé d'autres caps , dont les courans secondaires ont, dans leurs résultantes, dirigé le saillant sur tous les points du globe.

L'isthme de Souejs a dû sa formation à des causes naturelles ou premières ou fortuites ; leur énoncé offrirait la série db ces hypothèses ingénieuses, mais trop peu satisfaisantes et trop connues pour être re'pétées. Nous ajouterons seulement qu elle a pu résulter aussi des travaux inconsidérés des hommes , qui paraissent avoir souvent tente de faire communiquer des mers que la nature avait rendues indépendantes.

Des auteurs anciens ont pensé que le vaste bassin de t la Méditerranée a fait partie du continent, que l'ouverture du détroit de Gibraltar a été £siite de main d'homme; et ils l'attribuent à Ésaû , ou lUercnle gau** lois, qui l'aurait opérée 1900 ans environ avant 1ère chrétienne. Ils prétendent que la mer du dont l'étendue pouvait égaler celle du Pont-Euxin seulement , devait communiquer avec la mer Rouge avant la formation de l'isthme de Soueys , due aux vents impétueux

de Test, qui ont comblé ce bras de mer avec les sables de TArabie ; l epoquc qu'ils en assignent , est celle des submersions qui ont fait naître les détroits de Messine , des Dardanelles , de Chypre , et formé T Adriatique , la mer Egée, la mer de Crimée , etc. Quoiqu'on ne puisse produire de preuve positive à cet égard j il est au moins certain que cette partie de Tancien continent a éprouvé de grandes révolutions, et que les volcans ont dû encore y concourir

Les Cnidiens entreprirent de couper leur istlime, pour se soustraire, en séparant leur péninsule du continent de l'Asie mineure, aux ravages qu'exerçait , dans rionie, Harpagus , général de Cjrus , roi de Perse; cet isthme n'avait que cinq stades de longueur.

Alexandre eut le projet de couper Tisllime du mont Mimas, qui joint la péninsule au continent vis-à-vis de Chio; cet isthme avait sept milles.

On connaît les travaux de Xerxès , lorsqu'il sépara le mont Athos du continent; les projets d'Alexandre, de Démétrius, de César, de Néron, pour couper l'isthme de Corinthe; et tant d'autres tentatives de ce genre, qui ont rarement produit d'heureux résultats , et dans lesquelles l'orgueil et le fol amour du merveilleux ont souvent eu plus de part que la nécessité et l'utilité.

La formation du Bosphore, ou canal de Constantinople , n'est due peut-être qu'à quelque tentative de ce eenre. Dlodore parle d'une submersion de l'île de Sa-

' Il existe une carte de M. de la prcsamc pour les icmps anléricurs Borde qui retrace ces diverses ca- à nos aanales. taslropheSy et Tciat géographique

i4o MÉMOIRE SUR LE GAIiAL

mothrace , causée par rinraption du Pont-Euxin dans la Propontîde; événement foneste , qa II supposait antérienr à 1 expédition des Argonautes , dont 1 époque remonte à ia63 avant Tère chrétienne.

La Méditerranée a pa long-temps être sépiîarée de rOcéau par l'isthme qui, dans cette hypothèse, joignait le mont Atlas à celai de Galpé ^ où existe le détroit de Gebel-Taryq (Gibraltar) : cette mer alors communiquait au golfe Arabique^ elle pouvait être supérieure à rOcéan , et de niveau arec la mer Rouge, qui, peut-être, était elle-même moins élevée au fond du golfe, quand elle communiquait par le détroit de #Qohotmi.

Apres la rupture naturelle on factice de l'isthme que nous supposons avoir préexiste au détroit de Gibraltar , la Méditerranée, en s'abaissant au niveau de TOcàm, aura mis à sec tous les bords de son vaste bassin; et c*est i cette époque qu'elle auia donné naissance à l'isthme de Soueys et à la I>a58e Égj pte. En efiEet, par rhypotlièse de l'abaissement de la Méditerranée on exj^iqnê plus de faits que par celle de rirruption de • l'Océan, qui aurait submergé une grande étendue- de pajs dans le bassin actuel de la Méditerranée

* On peut voir, d'après le nivcl- naître le Dcita ; car la mer pouTait

lement général (ubleau synoptique, parveiiir à cette même limite dans

jttlaSf n^. i4 ) f que le oiTeau de la son niveaa actuel, à Tépoque reçu-

Méditerranée ne devrait encore s*é- lée où le lit du Nil élail moins élevé

lever que d^cnvifon i6 pieds pour de Ja même quantité; et en adoaet-

atteindrc la limite de l'ancien golfe tant pour ces temps recules une plus

de Mempliis, près du Kaire : mais grande élévation de son niveau, la

nous devons avouer qu'il n'est pas mer pouvait remonter plus haut dans

nécessaire de recourir à cet abaisse- le lit actuel et le.l)as8ia^u Nil. ment nbit de ton niveau pour hsn

Digitizeo Ly v^oogle

DES DEUX MERS. i4i

Les Ichtliyophages conservaient la mémoire d'un flux considérable qui aurait mis à sec le golfe de Soueys, «que le reflux aurait couvert de nouveau*. Ce flux ne serait-il pas celui dont les Israélites font mention? Suivant une tradition qui sVtait perpe'tuee chez les peuples de la Libye', une partie de la région d'IIammon et d'autres portions de leur pays avaient ete' sous les eaux de la mer. Deux voyageurs modernes , MM. Brown et Horncmann , ont reconnu , dans la région de Toasis d'Hammon , des preuves incontestables du séjour des eaux; ils y ont remarque des lacs salins, des plages couvertes de coquillages, et des lagunes encore remplies d eau de mer. A la ve'rilc, ces faits ont pu résulter d'un déluge qui a submerge' les plus hauts continens. Eratoslhène avait adopte l'opinion du physicien Straton , que le pays d'Hammon a dû faire partie du domaine des mers.

La mer Noire, supérieure encore à la Méditerranée, aura, en se portant avec rapidité' par les Dardanelles, forme' l'archipel grec , dont les îles pouvaient dépendre alors dun vaste continent. 11 existe, en eiïet, dans ce canal, un courant très-rapide vers le si]d, et tel, que, si les vents du nord soufflent avec force, les vaisseaux peuvent difficilement s'y arrêter et le remonter sans le secours des vents opposes à ce courant. Le Bosphore, la ' Propontide et les Dardanelles , dans une suite de de'troits , offrent à la navigation d'autres courans singuliers ,

* Hérodote , liv. ii » ii ; traduction de M. Larcher , note 34 ^ tom. ii , page 18.'}.

' Slrnbon, liv. xvii.

i/p MÉMOIRE SUR LE CANAL

dus, sans cloute, au gisement des côtes sur lesquelles les eaux sont refoulées et réfléchies dans tous les sens.

Mais, en comparant le volume immense des eaux que jettent dans la mer Noire les Palus-Meotides et tant de grands fleuves d'Europe et d'Asie, avec le volume beaucoup moindre que le Bosphore rend à la Méditerranée, on a suppose lexistence de canaux souterrains pour Tecoulcment de la mer Noire; car il semble difficile d'attribuer aux evaporations, qui ne peuvent pas être trcs-considei*ables sous son atmosphère toujours nébuleuse, l'excédant des afflues de cette mer sur sa dépense par le Bosphore. Cependant d'autres physiciens ont pense qu'il n'e'tait pas nécessaire de supposer ces canaux souterrains, quoiqu'il puisse en exister, attendu que des calculs et des observations ont établi que l'evaporation seule est capable d'absorber des afflues trèsconside'rables , et que des expériences faites sur des lacs éloignes du bassin des grandes mers ont confirme' celle assertion.

La même difficulté s'est présentée par rapport à la Méditerranée, qui reçoit des eaux sur tous les points de sa circonfe'rence * ^ car , loin d'en rendre à l'Océan , elle paraît en recevoir, au contraire, par le détroit de Gibraltar , dont les courans , qui portent presque toujours à l'est, semblent établir une pente générale de cette mer , du détroit vers la Syrie, quoiqu'il existe un courant contraire qui longe les côtes d'Espagne , et que

* Parmi les rivières les plus coa- et celles qui y affluent du Pont»

sidérables qui débouchent dans la Euxin par les Dardanelles , sont le

Médiierranée , on rappelle le Nil, Danube, le Niesler, le Borysibcne,

le Tibre, le P6, le Rbôae, TÈbre ; le Don , etc.

DES DEUX MERS. i43

des navigateurs croient plus conside'rable que le premier qui règne vers le centre du détroit : mais cet effet pour- 1 ait résulter d'une plus grande élévation des eaux sur les côtes d'Europe, due aux fleuves et aux autres versans qui y sont plus conside'rables et plus nombreux que ceux de la côte d'Afrique ; ce qui donne lieu à quantité de courans et de contrc-courans dus aux vents, aux crues périodiques des fleuves , et à d'autres causes variables , que les navigateurs n'ont pas expliquées. Nous pensons que, sans celte affluence constante des eaux de la mer Noire et de l'Océan dans la Méditerranée , dont l'e'tendue peut être évaluée à i6o degrés carres , les evaporatîons, qui absorbent une partie de celle-ci, en feraient baisser le niveau, et qu'il en résulterait à la longue une diminution sensible de fond, si, d'un autre côte', les apports continuels d'alluvions par les fleuves et les torrens , et ceux qui , par Teffet des vagues et des pluies , tombent des côtes et des falaises dans son bassin , ne balançaient en quelque sorte cet abaissement , en élevant le niveau du fluide en raison du volume immense de ces alluvions. Les eVaporations doivent être d'autant plus considérables sur cette mer, que, sous cette latitude, le climat les opère avec plus d'activité, et que les nuages qui en résultent, sont portés vers la zonetorride et sur les déserts brûlans de l'Afrique, où ils vont alimenter les sources des grands fleuves qui déboucbent dans l'Océan: il paraît qu'au contraire ceux qui débouchent dans la mer Noire , sont plus que suffisans pour y rétatablir l'effet des évaporations , puisque, sans changer de niveau , cette mer verse encore dans la Méditerranée.

i44 MÉMOIRE SUR LE CANAL

Des physiciens (MM. Halley et Bergman) qui n'ont pas cru devoir attribuer aux evaporations la perte des eaux qui tombent dans la Méditerranée, dont le niveau ne varie pas sensiblement par rdïet des marées, se sont crus fondes à admettre des sous-courans marins, qui portent dans rOccan les eaux supérieures de cette mer secondaire : des sous-courans de cette nature ont cte' , en effet , observes par des navigateurs j et leur existence a même e'tc constatée dans la Baltique, par ime frégate qui en éprouva l'action contre le vent même.

Si, comme il n'est que trop possible encore, on jetait la mer Rouge dans la Méditerranée, en donnant aux eaux du golfe toute la vitesse due à leur élévation audessus de cette mer, élévation que nous avons trouve'e être de 5o pieds 6 pouces , il en re'sulterait infailliblement la submersion de toutes les terres basses ou plages de l'Egypte et de la Syrie.

IMais de ces considérations ge'ncrales qui tiennent à la haute physique , passons à l'examen des lieux dont la topographie se rattache à l'histoire du canal et a la communication des deux mers.

Les géographes ont tellemenî; varie sur la grandeur de l'isthme de Soueys , qu'il est extrêmement diihcile de les concilier \ sa moindre longueur doit se mesurer sur la direction, presque me'ridiennc, de Soueys à Faramâ, près de l'ancienne Pcluse.

Les observations qu'a faites, pendant notre séjour commun à Soueys, M. Nouet, astronome, que nous avons déjà cite', et la pre'cision des instrumens dont il s'est servi, paraissent devoir être pour nous un motif de

proférer ses résultats à ceux qu'ont obtenus les voyageurs modernes qui l'ont précède, et qui n'ont souvent pu opérer qu'avec mystère et précipitation. •

Soueys, d'après les observations et les calculs de cet astronome, repond à la latitude boréale de 29*^ 58' 57".

La bouche de Tyneh a ete fixée par rapport à celle d'Omm-Fâreg, dont la position a ete également déterminée j et elle s'est trouvée vérifiée par notre tojK}grapliie, qui a présente, entre ces deux points extrêmes de ristlime, une précision que nous ne pouvions pas même espe'rer.

D'après ces re'sultals, nous trouvons que la distance entre Soueys et le rivage au nord de Faramâ, est de 1 20,000 mètres, égaux à Gi ,669 toises , ou 27 lieues de 25 au degré', évalue, à celte latitude, à 56,757 toises; cette distance embrasse 1° 5' o" et comporte 1' 25" sur le 29** degré, le oo^ complet , et o*' 5' 57" sur le 5i^', elle assigne pour latitude à la bouche de Tyneh, 5i° 5' 57". . ^ • . '

Cependant, comme les eaux du golfe remontent encore, par l'effet des mare'es, à environ 25oo toises dans ^ leurs laisses moyennes, au nord de Soueys, il en re'sullc que le minimum de distance qui constitue véritablement l'isthme, se re'duit à 59,000 toises , ou 2G lieues.

Abou-l-fedii donne à cet espace qui sépare les deux mers, 70 milles': or, le mille arabique e'tant évalue' (par d'An ville) à 1000 toises de compte rond, et de 57,000 au degré, il en résulte un excédant de onze milles, qu'on ne peut admettre, quand on supposerait

• Aboii-l-feilà et A'bd-el-Rachyd. Voyez Appendice, §. iv, n". xii,

É. M. xj. 10

même que ces 70 milles répondent au développement du canal projeté par A*mrou , qui voulait le faire passer par Fendroit qu'on nomme maintenant la Queue du crocodile^ Mais Abou-l-fcdâ ne donne au mille arabique que 7i5 toises, puisque, dit-il, 5oo stades sont égaux a 66 f milles arabiques : or les 70 milles arabiques vaudraient 49^910 toises , et il en résulte encore une dilTérence de 9090 toises en moins sur la dislance réelle que nous ont donnée nos diverses opérations.

Hérodote, qui donnait 1000 stades à l'isllimc, inclinait, à la vérité, sa directrice à Test et vers le mont Casius , qui est encore plus au nord que le rivage, à la bouche de Tyneb. Mais de quel stade Hérodote s*est-il servi dans cet énoncé? Si c'est du petit stade égyptien , qui, plus souvent employé par Aristote, était de 5i toises, les 1000 stades sont insikHisans; car ils ne donneraient que 5t,ooo toises : cependant il a été une époque où risllime pouvait n'avoir que cette longueur; et ces 1000 stades seraient satisfaisans, s'ils devaient répondre à la distance du mont Casius à Heroon, ville que nous reportons a Abou-Keyclicyd , où la mer Ronge pouvait remonter, à une époque qu'on ne peut assigner, en observant qu'Hérodote donne cette distance pour la moindre lonijucur de l'isthme.

On ne doit pas calculer sur des stades nautiques ou persiques, qui, indiqués quelquefois par Hérodote et Xénophon, sont de 85 toises 5'^"^ 7° | (de 10, au mille persique) , puis(£u'ils fourniraient l'excédant de 85,597 siu* notre résultat de 59,000 toises. On doit encore moins supposer , avec Pline , qu'Hérodote ait employé le stade

olympique de g5 toises, lequel produirait plus de moitié en sus de la distance trouvée. En effet , Pline refpète que l'isthme avait 1000 stades; et il suppose evidemmmcnt le stade de g5 toises, puisqu'il le fait égal à i^S m?, r.'. Cet auteur, dans un autre passage, semble vouloir apporter plus de précision, en réduisant sa première donnée à 920 stades ou 1 15 np. 5 ce qui ne corrige pas encore, à beaucoup près, son erreur.

Slrabon ne compte que 900 stades, qui ne satisfont dans aucun cas , quelque stade qu on prenne pour module de cette mesure. On conçoit encore moins comment Posidonius a pu donner i5oo stades à l'isllime.

Ptoleme'c même donne deux degrés à l'espace compris entre Arsinoe et Pcluse, qu*il de'termine, la première à 29*^ 10', et l'autre à 5 10' de latitude : or ces deux degre's repre'sentent 1400 stades de 700 au degré' (ceuxd'Ératostliène de8i'""4'^s i^î^,ou 1 14,555 toises), qui, ajoutes aux i5oo toises que donne la dislance de Pe'luse à la mer, produisent le. double de ce qui existe (dans l'opinion admise que Souejs répond à l'ancienne Arsinoe'). Cependant Plole'me'e, par une autre indication formelle, ne donne encore que 1000 stades à l'isthme.

Marin de Tjr, en ne comptant que 817 stades (de 700 au degré) de Pe'luse à Heroopolis, qu'il supposait au fond du golfe , près de Soucys , est Fauteur qui aurait fourni le meilleur résultat , puisqu'il n'excède que de 7^ celui que nous avons obtenu.

* Le pas romain, ou brasse ro- lo® lo^ 75^0 France^; ce qui porte inaine, égalait 5 pieds romains, ou le mille romain à ^56 toises, ^di go 51 pîej romain ëlanl de

ÏO.

i48 ME3I0IRE SUR LE CANAL

Ccj)enclaiit Ebn-Kliordadyeh , cite par Maqryzy, donne un rc'sullat qui est encore plus satisfaisant j car il dit que Ton comptait entre Faramâ et Qolîsoum 25 parasangcs, formant trois stations : or on sait que la parasange (employée par Hérodote) vaut trois milles arabiques, ou 2568 toises (5oo5, 12 centimètres) 5 ce qui porte le mille arabique à 856 toises '( 1668,42 centimètres) j et les 25 parasanges, pour longueur totale, à 64,200 toises (125128,16 centimètres) : résultat qui diffère très -peu de celui que nous avons déduit de nos opérations confirmées par les observations astronomiques, et que nous avons porte à 1 20,000 mètres pour la distance méridienne de Soueys à Tyneli.

Nous ne pousserons pas plus loin cette analyse, pour ne pas nous engager ici dans une digression qui serait de'placee; mais, comme nous la jugeons nécessaire pour fixer la connaissance des lieux et des faits historiques, nous renvoyons le lecteur à la fin de ce mémoire'.

* Go observe que ceUc évalua- donnent 59,920 toises pour la Iontion de 856 toises au mille arabique gucur de Tisiliuic. rectiCe la différence trouvée plus ' Voyez TEssai historique et crihaut dans le calcul des 70 milles tique sur la gcogra|>I]ie de risllime donnés par Abou-l-fcdà, paisqu''ils de Soucjrs. . . . Appendice, 11.

DES DEUX MERS. 149 GHAPrfAE UL

PROJ£T DU 1ŒTÀBL1SS£M£IST DU CANAL ÎShS DEUX UEAS-

Direction du noupeau eanat— Indications de ses hirfs,

— Avantages de ce projet. — Dérivation du canal par

l'isthme , vers la Méditerranée* — Canal du Kaire , ou

du prince des fidèles.

§. L Considérations sur la direction Ji. donner au noupeau

caïuiL

Od a yu, dans les auteurs anciens ,^u^^iBS^di||^Hm^ princes qui ont tenté la j^mction des aemi^lhers, ffont^

eu recours au IN il, pour Fope'rer , qu'après avoir reconnu des obstacles presque msunoontables da^4'extrénie mobilité des sables que présente le désert, sur la direction de Soueys à Peluse, entre le lac amer et celui du Menzaleh \ distance qu^il suffisait de franchir pour établir la communication désiré. Mais il existait un moyen plus facile de remplir cet objet; e'e'tait rétablissement d'une nav^lion intmeure^ D'un autre côté, les l^p* tiens ne voulaient pas déboucher dans la Méditerranée , qu'ils qualifiaient de mer orageuse , pour ne pas s'exposer aux entreprises des Grecs ^ qu'ils paraissent avoir long-temps redoutées

« Lm Égyptiens (dU Straboa, de TÉgypte ms étrangers, «t wr- Ht. xvn) nepeanetuieiit patrabovd tout ans Grecs , que la panTnté de

i5o MEMOIRE SUR LE GAl^AL

L'ëlat pieseut des choses permettrait davantage l*ouverture directe et exclusive de Tisthme : mais d'autres considérations militent en faveur de l'ancienne direction, préférable d ailleurs) car , dius l'hypothèse de cette coupure de ristkme, où former, sur la côte basse dePéluse, un port commode , qu*ou ne pourrait cependant pas se dispenser d j établir * ?

• U u*est que trop certain qu'on ne pourra que diiEcilement former un établissement permanent sur tout le front maritime du Delta , parce que cette côte est un sol d*aUuvions , qui s'exhaus^ et s'agrandit consUmment par de nouveaux dépôts de limon que le Nil y accumule d§ns ses cru^ , et que laccès de cette plage sera toujours dangereux ;lesiianfrages , qui n y sont que trop fi'ëqnens, motivent assez la crainte de ces atterages, non moins i>edaiiatablM^|(mr les navigateurs que Isfi boghâz ou bouches du Nib^ Il est de même certain que les ports d'Alexandrie et la rade d'Abouqjr seraient bientôt comblés, s'ils étaient situà à Test des bouches du Nil soamisesàPaction destents iégnansdanord-OQest:car si ce port, jadis si magnifique, ollrc encore aujourd'lmi qnel^ties-^iiBa de ses plumiers avantages, il en est bien moins redevable aux travaux de Fart sous l'influence d'uu gouvernement insouciant, qu'au gisement et à la nature rocheuse de la côte*

leur pays portait à piller, et à clier- lêphant; mais il en fut empêché par cher ailleurs ce que la qaiure leur O'niar , qui craignit que les pélcrefosait chei eus rios de la Mukke ne fussent pillée

> Aboa-l-fedft dit A'mron par leaGreca. Fofis TAppendice, lMii-«l-A*as te proponit de ereawr 5* >▼» xu. oot nthtne dans un endroit qv^oa * Novs «tom va ëchoaer fnr nonuiieiiMiatenaotiaQtieiitfdbl'J^ k o6te, pendant noire a^oor en

DES DEUX MERS. i5i

La marche el les progrès des alte'rissemens formes sur * la côte, vers Peluse, ont ete trop bien exposes par le gênerai Andreossy dans son Mémoire sur le lac Menzaleh, pour présenter dans d'autres termes ce qu'il a dit sur la formation de ces atterissemcns

(( Les troubles entraînes par lelNil sont de'poscs partout où la vitesse de l'eau est ralentie; ils engraissent le sol sur lequel ils séjournent; ils forment des bancs de sable, occasionent des changcmens dans la direction du cours du fleuve , concourent à la formation des barres et à l'extension des plages. Les vents , dans les tourmentes, soulèvent les sables du fond de la mer, et les poussent sur les côtes; dans le temps des basses eaux, lorsque les sables sont se'cbe's , les vents s'en emparent de nouveau et les portent sur les plages : c'est ainsi que les plages et les dunes s'élèvent , et que les parties couvertes de récifs se convertissent en plages.

« Le courant littoral qui suit les côtes de la Méditerranée , de l'ouest à l'est , se combine avec le cours des branches du Nil , et produit, en verlu de la diminution de vitesse , à gauche , entre les deux forces composantes , un attérissement qui se prolonge en pointes plus ou moins aiguës, tandis que la plage à droite, comprise entre la direction du cours de la rivière et la résultante, prend une forme arrondie : ces deux formes sont constantes; on les retrouve à rembouchure de la branche de Damiette, à la bouche de Dybcb et à celle d'Omm-Farrg.

Egypte, une frégate anglaise, une Mcnzaleh , dans la Décade égyp-

frégate turkc, un vaisseau de 74, tienne, tome i", pages i8a-2i6,

et divers bàtimens de commerce. ou dans les Mémoires sur PÉgyplr,

' F'oj'cz le Mémoire sur le lac tom. i"*".

i5a MEMOIRE SUR LE GÂNAL

(I Les sables et les vases entraiaës dans ce mouyement composé contribuent à l'extension des plages , surtout de celle à droite, d'où naissent les caps que Ton voit entre Damiette et Pëluse, ainsi que les récifs et ce long talus qui se prolongent au*dessous des eaux, et qui éloignent de la côte les mouillages profonds. La nature de ces mouillages est également subordonnée à la direo» tion des sables et du limon. La baie de Damiette, à l'ouest de l'embouchure du Nil, a un fond dur de vase noire, tandis que le fond des rades de Boghâfeh et du cap Bouyau, qui sont situés à Test, est de vase molle, jaunâtre, sur laquelle les butimens chassent quelquefois, mais sans danger, jusqu'à deux on trois lieues.

(c L'analogie nous porte à croire que les plages qui lient le cap Bourlos et celui de Boheyreb aux branches du Nil, ont dû leur formation aux mêmes causes; enfin le courant littoral dans les mouvemens ordinaires, ou lorsqu'il est poussé par les vents tenant de ToueSt, en remontant le golfe de Gaza , forme des remous qui ont concouru à combler les fonds du golfe vers Peluse, et qui continueront de faire prendre de l'extension à cette plage. M

' La communication des deux mers au moyen du IN il devant encore recevoir la direction la plus propre à établir une correspondance active entre les différentes places de commerce de l'Egypte, nous pensons qu'il convient d'adopter sa direction primitive , celle du canal des Rois , partant du Nil près de Bubaste. On voit, en eiiét, combien il sera facile, en débou-

DES DEUX MERS. i53

chant delà Péiusiaque^ près d'Atryb^de se rendre au Kaire par le Nil, à Rosette ou à Alexandrie par le canal de Fara'ounyeli, la branche de Rosette et le canal de Bahmânyeh , et enfin à Damiette par la branche du Nil qui en porte le nom.

Si Ion adoptait, au contraire, le canal supérieur des Uulifes, on serait forcë de remonter ju rju'au Kaire pour se rendre dans les villes qii*on vient de citer; et Ton sent assez combien cette condition entraînerait de leftieiirs et d'inconvéniens pour la navigation : cependant nous sommes loin de renoncer à ce canal , et nous eÊpéÊénms plus bas la nécessité et les moyens de le ré* taifirysOQS le rapport spédal des irrigations, sous celui d*une navigation secondaire, et de l'employer concur- MbMeDt poor porter les eaux du Nil dans les biels du ilMlVttU canal , et accélérer ainsi , à 1 époque des crues , kr^Mprise de sa navigation.

§• II* Indications des biefs du canaL

D'aprcs les considérations que nous venons d'exposer, nous proposons d établir quatre biefs, qui correspondront aux parties dont se composait 1 ancien canal des Rois. ÇFojez la carte hydrographique et le tableau synoptique.)

Premier ifiefi,,^. Le premier sera compris entre le canal de Moueys , à Bubaste , et la digue de Seney kah , au ' point où le canal du Kaire aboutira pour entrer dans le

' Celte pnriip supérieure «le la son lit étant encore large et pro- Pélusiaquc n'exigerait presque pas fond , et conservant beaucoup d'eau lie travail pour la rendre naTigablc, dans le bas du JXil.

i54 MÉMOIRE SUR LE CANAL

second bief'. Sou cours sera de ig^^gQ mètres , ou 10,000 toises environ.

n sera creuse au niveau des basses eaux, el recevra toute la portée des crues » dont le maximum sera de x8 pieds ; ses digues seront élevées de quatre pieds au-dessus des plus grandes eauxj et pour effectuer le passage de ce bief où le niveau des eaux sera variable, dans les biefs ad jacens , il sera établi un sas à double jeu de portes bus(juees ' pour monter et descendre ainsi qu'il sera nécessaire, suivant la crue ou le-decroissement du Nil, soit dans le bief inférieur, soit dans le canal duKaire destiné à vei'ser des eaux pour accélérer la navigation. On devra, d'après un nouvel examen des localités, comprendre dans le trace de ce bief les parties des canaux actuels qui, par leur profondeur et leur direction, sont susceptibles d'en fidre partie; ce moyen ne peut qu'apporter de la célérité et de réconomie dans rétablissement de ce premier bief.

Deuxième bief, .... Le second bief comprendra toute 1 étendue de TOuadj , entre la digue de Sencykah et le Serapeum, sur 73,500 mètres ou 57,300 toises environ de développement. Le fond en sera établi au niveau des basses eaux, pour que ce Lief , mis à sec, puisse être

* Oa pourra jnger convenable, nejkikh, et Ton sagmenteraît encore

apcésim examen plus parlieiilierales la peoie qui exista de Koom-halejn

localités, de remonter ce point de i Bubatte ; peote qa'oo peat éva-

partagc ù Bourilyn, et d^cublirla luorà cinq ]>i('(U, vtt 1m abaoûtéi

navigation dans le Tera^l-el-Mouejrs du TeraU-cl-Muucys.

par le canal de Z.inqa!oun , et inôme * Cest-à-dirc deux portes d'èbc et

par celui xle Chalciialauioun , qui deux portes de flot contre-busquées ,

a sa prise d'eau daus le canal de au moyen desquelles on peut tou-

Moueys , prêt de Konm-haleyo. Oi^ jours franchir le passage , quels que

abrégerait aionlc n: j i d'AtrybàSe- aoîentlcs niveanxdea diflerens biefs.

DES DEUX MERS. i55

facilement cure' pendant le chômage annuel de la navigation , ou seulement quand il le paraîtra nécessaire : sa plus grande hauteur d'eau ne devra pas excéder i8 pieds; il sera rempli au moyen du canal supérieur du Kaire. La navigation n y aura lieu qu'autant que le Nil aura crû de six pieds , et elle cessera dès qu'il aura atteint le même terme dans son dccroissemenl : il résultera de celte disposition sept à huit mois de navigation; durée Lien suHisante pour les besoins du commerce, quelles que puissent être son importance et son activité. Cette navigation aura lieu de thermidor eu ventôse (d'août en mars). Ce serait en vain qu'on voudrait la prolonger ^ puisque celle du Nil est à peu près réduite à ce terme.

Les eaux de ce bief, qui seront inférieures à celles du lac amer, tant que la crue n'aura pas atteint son maximum de hauteur, ne'cessiteront rétablissement d'un sas écluse, propre à effectuer la descente des bateaux du lac dans le bief: mais, au point de contact des eaux douces du bief et de celles du lac, nécessairement altérées par les sels que contient son bassin , et par quelques mélanges éventuels d'eau de mer , on ajoutera une écluse de fuite • au sas de l'ccluse de navigation pour rejeter les eaux des bassinagesdans les parties basses du désert , où elles formeront des lagunes, dont l'existence, loin d'ctre nuisible , réduira l'étendue de l'isthme qui sépare à-la-fois les deux mers et les deux conlincns.

' Celle écluse de fuite pourra être tion dans le §. iv de ce chapitre,

disposée de manière à établir entre Cet emplacement de la prise d'eau

le lac amer et le canal dcboncbant du canal dans le lac amer nous pa-

dans la Mcdilerrance , la commu- rail le plus cooTcnable. nicatioD dircclc dont il sera qucs-

i56 . MÉMOIRE SUR LE CANAL

Ce bief sera façilemeot mis à sec, quaod il sera në-* cessaîre , aîi moyen des écluses établies à ses extrémités , et de quelques vanues de décharge dans le centre, pour répandre les eaux dans les parties les plus basses de rOuadj, où elles seront utiles pour la culture.

Troisième bief. .... Le vaste bassin du lac amer formcRi le troisième bief sur une longueur de 4^^000 mètres , ou 20,620 toises environ : il sera d abord rempli au moyen du Mil ; et les baisses successives dues aux bassinages , qui seront peu sensibles , à raison de réten*^ due de ce lac, seront annuellement réparées à l époque des crues. Le niveau des eaux y sera peu variable ; il sera entretenu à la hauteur correspondante des basses eaux de la mer Rouge,

Pour ne laisser aucun obstacle à la navigation et pré« venir le cas où le niyeau des eaux du lac serait inférieur à celui du bief d'eau de mer ( le 4^ bief) , il sera établi à leur séparation un s^s édusé i double jeu de portes busquées, pour donner passage aux bateaux, quel que soit le niveau du lac par rapport à celui du bief d'eau de mer , susceptible de varier par l'effet des marées. La profondeur du lac scia partout sulfisanle pour la navigation^ il pourra s'y trouver , dans le centre, plus de 5o pieds d*eau.

Quatrième bief, .... Le quatrième bief comprendra le canal à rétablir entre les lacs et le golfe sur 2 1 ,4^9 mètres ou 1 1 ,000 toises de longueur; le fond de ce bief devra être de 10 pieds au-dessous de la basse mer» dont le niveau établira la navigation. Ce bief sera susceptible de recevoir, dans les plus grandes vives-eaux, uU sup-

DES DEUX MERS. iS;

plément de six à sept pieds d'eau de mer, qui deviendra l'agent et Taliment des cliasses nécessaires à Tapprofondissement du chenal-, entre le fond du golfe et la rade de Soueys, pour y entretenir constamment deux à trois brasses d'eau en basse mer. Pour opérer cet effet , il sera construit au débouche du canal, et indépendamment d'une e'cluse de chasse pUis directe, vis-à-vis de Soueys, une écluse avec doubles portes d'cbe et de flot ; les portes d'èbe contiendront des portes tournantes, propres aux chasses en question.

La nature du terrain qui constitue ces différons biefs, exige des modifications majeures dans les profds à donner aux diverses sections du canal 3 nous les avons exprimées par les quatre profils auxquels elles peuvent essentiellement se réduire Les eaux de pluie qui affluent maintenant sur divers points du canal, pourront être recueillies et versées dans des citernes pour former les aiguades de la navigation.

D'après ces dispositions , tous les ouvrages d'art se réduisent, i". à un sas écluse, sur la route du Kaire à Sâlehych , dans lequel aboutira le cânal supérieur du Kaire à Seneykah j 2". à un autre sas çclusé, avec vanne

• Voyez les profils au plan gé- dunes et les fonds de sable et de

néral deSoueys, pl. II. — Lel'""pro- gravier, est applicable à la partie

ù\ est applicable au ])reiiiier bief, inférieure du second bief, dont le

dont le sol est formé d'allnvions et sol a plus de mobilité. — LelV* profil

de terres \égélalcs. — Le 11^ profil propre aux sables salins et gypseux

appartient à la partie supérieure du du désert, formés d'*â!luvions ma-

sccond bief, sur la pente du désert, rincs, convient au biefd'caudc mer,

où il existe des vestiges continus de dont le sol, de tuf calcaire et ro-

Tancien canal, et dont le sol est caillcux , a plus de consistance, et

formé des dépôts du Nil. — Le sur lequel les vents exercent moioa

III** profil, pour le Toisinage des d''acLioo.

i58 MÉMOIRE SUR LE CANAL

de faite , sur une des routes du Kaire en Syrie par Qa* tyeh; 5^. à un sas ëclnsë, au-dessous du lac amer, sur

la route du Kaire àla Mekke; enfin , à un dernier sas avec écluse de chasse , sur la route de Soueyls à Tor et au mont SînaT.

On établira sur chacun de ces sas des ponts mobiles, neœssâires sur toutes ces routes; des ouvrages militaires couvriront à-la-fois les ccluses et les ponts , et quelques postes intermédiaires en assureront la communication.

Il résultera de ce système une ligne continue de défense contre la Syrie, et par suite l'eioigncment des Arabes , qui, ne trouvant plus de gain dans les transports par caravanes, que les escortes qu'ils fournissent ne mettent pas toujours à Tabri du pillage ^ seront forcés de rentrer dans Tintérieur ^ et dy prendre l'existence paisible du cultivateur \

Quoique le rétablissement du canal soit propose sous le rapport d une navigation intérieure et pour les bateaux du Nil, il sera susceptible cependant de recevoir des bâtimens de mer de douze à quinze pieds de tirant d'eau , dans le temps le plus favorable de la crue, mais pendant quelques mois seulement : les écluses auront en conséquence une largeur convenable 9 les ponts seront mobiles, et les sas disposé pour la plus grande économie des eaux,

* Un^ctt paanéeesiaire de chasser que les déserts peuveot , sur bean»

desdésertstoasles Arabes pasteurs; coup de points, Donrrir une qaan-

nous pensons qu^il snffit de répri- tité considérable de bestiaux et de

mer leurs brigandages et de leur ôler chameaux , dont Tusage et Totilité

les mojreoa de nuire. Il est certain sont incontestable^.

DES DEUX MERS. iSg §• lil. jivaiUages des dispositions de ce projeu

Si le système des biefs est indispensable pour prolonger le séjour des eaux et pour éviter la dépendance absolue des mouvemens du Nil et de la mer Rouge, il assure encore un bien grand avantage, qu'on n'obtiendrait pas » même avec une pente plus considérable, d'un canal établi sous le régime de rivière; car on ne peut se dissimuler que les eaux courantes et renoHvelëes du Nil auraient bientôt obstrué le canal , et formé , au fond du golfe, une barre comme celles qui constituent les boghftz dangereux, de Rosette et de Damiette.

Hérodote, voulant prouver combien le Nil a mis de temps et d'action pour combler l'ancien golfe de Memphis , dit : a Si donc le Nil pouvait se détourner dans le golfe Arabique , qui empêcherait qu*en ao,ooo ans il ne vint à bout de le combler par le limon qu'il roule sans cesse ? Pour moi , je crois <iu'ily réussirait en moins de 10,000 ans. »

Ces inconv<dniens graves ne sont plus à craindre dans nos dispositions : car le premier bief sera entretenu à sa profondeur par le courant du canal supe'rieur ; le second bief recevra du même canal, des eaux qui, avant d'y entrer, auront pu déposer une partie de leurs troubles ' y le troisième bief, le lac amer , n'aura que très-peu d'eau à recevoir annuellement du Nil ^ le quatrième

* Nous avons rrmarqné qne les de limpidité , parce qirellcs avaient

eaux , dans la crue considérable de déposé une grande parlic de leurs

Tan IX (décembre 1800) avaienl déjà troubles dans les parties supérieures

acquis, TenSaba^bjàr, beaoeoap derOutdy.

i6o MÉMOIRE SUE LE CANAL

enfin, le bief d eau de mer, conservera sa même eau , et celle du Nil aura cinq lieues de moios à fournir pour compléter le système de cette navigation ; ce qui devra accélérer d'autant le remplissage du Lief de TOuâdy et le renouvellement des eaux supérieures du lac ^ qui sera le terme de la portée du Nil.

Pour prévenir toute objection spécieuse, et détruire les doutes qu'on pourrait élever sur Texactitude des opérations qui font la base de ce projet , et que des circonstances difficiles n'ont pas permis de vérifier , nous rappellerons qu ayant acquis , dans les reconnaissances du mois de frimaire an ix (décembre 1800) , une preuve ualérielle de la portée du Nil jusqu'aux lacs amers , nous sommes fondés à dire que la navigation du Nil à Soneys peut être établie sans danger ponr le sol de la basse Ëgypte , et durer aussi long-temps que celle du flenve même, quel que soit, comme nons l'avons dit, le niveau variable du Nil par rapport à celui de la mer Rouge : enfin, pour en garantir la possibilité, il ne serait plus nécessaire aujourd'hui de vérifier toutes nos opérations , puisqu'il suffirait de prouver la précision du nivellement pour la partie seulement comprise enti-e Soneys et les lacs; mais les vestiges qu'on y retrouve du canal, la profondeur du sol, sensible au premier aspect, et Técoulement naturel du Nil dans les lacs, que nous avons si positivement constaté, doivent lever toute espèce d'incertitude.

DES DEUX MERS. i6i

§• ly. Dérivadon du canal par l'isAme, vers la

Méditerranée*

Dans ce projet canal de Soueys , nous ayons ex*

pressemeni molivë le choix de lancienne direction par 1 intérieur. du Delta, vers Alexandrie, sur les considération»coninierciales particulières à Tligyptc, et sur ce que la cote, veis Pcluse, ne paraît pas permettre d'établissement maritime permanent; néanmoins nous croyons devoir reconnaître qu'abstraction faite de ces considérations , il serait encore facile (ce qui parut , au contraire, difficile et même dangereux ayant Tirivention des écluses) d*ouyrir une communication directe entre le lac amer et le Râs-el-Moyeh , prolongée sur le bord oriental du lac Menzaldh, jusqu'à la mer^yers Péluse. Nous n'avons pas nivelé positivement sur celte direction , du SerapeumSLU Ràs-el-Moyeh , mais sur une ligne peu distante et parallèle, du Mouqfàr à la pointe du Men« zaleli , où nous avons remarque que le sol bas et saliri , faisant suite à 1 Ouàdy, a du être couvert par les eaux du Nil , et anteneurement par celles du lac amer, dont il n*est séparé que par une levée faite de main d'homme: nouscroyons même qu'il n'y aurait que quelques par.ties de digues à construire jusqu'au* RÂs^I-Moydi, le désert s'élevant de toutes parts au-dessus de ce l^as-fond ; nous pensons qu*im canal ouvert sur cette direction présentterait un avantage que n'aurait pafrle canal de Fintérieur» £q eiiet, la navigation, qui pourrait y être constante, ne serait pas assujettie aux alten»tives des crues et des E. M« XI. II

decroissemens du Nii-, il serait facile d*y entretenir une

profondeur plus considérable fjue celle du premier canal » au moyen d un courant alimenté par l'immense re'servoir deà lacs amers , d*où les eanz , par leur chute, pourraient acquérir une vitesse capable de prévenir les dépôts de sable que les vents y porteraient du désert. On doit bien observer que Ton n'aurait pas à craindre qu'il s'y formât de barre , comme il en existe aux bouches de Damiette et de Rosette» parce que les eaux du hc amer, qui alimenteraient les chasses, ny déposeraient pas de limon, et que lenergie du courant , qu'on pourra resserrer entre deux jetées^ devra entretemr un chenal constamment ouvert et piofend. Mius œ ettnal, en recevant son exécution , serait indépendant de celui delintérieur, qui rattache toutlecDàunefce de l'JÉgypte à un centre commun , et notamment àh viUe du IMre, où aboutissent toutes les relations commerciales de l'Afrique.

Ce canal restant toujours navigable , on pourrait plus souvent profiter des vents favorables à la sortie de la mer Rouge; ce que ne permettent pas ks crues trop tardives du Nil, qui , comme on l'a déjà dit , ne coïncident pas assez avec le temps moyen des moussons : il serait enfin très-utile pour l'expédition des ordres et des dépêches qui exigent le plus de célérité. J'ajouterai que, si je ne voyais quelques difficultés à recreuser et à entretenir i la profondeur Convenable le clienal entre Soueys et sa rade, je proposerais d'établir, à l'usage des corvettes et même des £ égales , la communication directe des deux mers par Tisthme; ce qui devien-

DES DEUX MERS. i()3

drait le oompk'ment de cette gi^nde et importante opération.

§. y. Canal du Kain, ou du Prince des Fidèles.

Nous fournissons , dans l'Appendice de ce mémoire , des témoignages historiques qui constatent que le canal du Kaire fut ouvert par un ancien roi d*Égypte , qu'il fut reci eusë par un des Ptolémëes, et par Trajan ou par Adrien; mais, sous ce dernier prince, le canal parait n'avoir eu cVautrc objet que Firrigation des campagnes, quoique cette opinion sçmble contredite par Maqrjzy , qui dit : u Adrien ajant &it recreuser le canal qui allait à la mer de Qolzoum, les vaisseaux y passaient encore dans les premiers temps de lislamisme* m

Dans un autre passage qui confirme cette assertion , cet historien fait dire à A'mrou , qui écrivait à O mar : «Que veux-tu , prince des fidèles? Je sais qu'avant l'islamisme les vaisseaux amenaient ches nous des mardbandises de TÉgypte : depuis que nous avons fait la conquête de ce pays , cette communication est interrompue, le Canal est encombré , et les marckandises en ont abandonne la navigation. Veux-tu que j'ordonne de le creuser , afin d'y fiiire passer des vaisseaux chai^ges de provisions pour le Hegiz ? Je vais m'en occuper. Eh bien , lui repondit O'mar j lais ce que tu dis. »

Il paraîtrait donc que A'mrou fit rouvrir ce canal , et le fit delioucher dans l'ancien canal des Rois , à Tentree de rOuâdy ; qu'il fit aussi recreuser ce dernier jusqu a la mer de Qolzoum , d'où les vaisseaux purent se raidre

i64 MÉMOIRE SUR LE CâKâL

dans le Hegâz, T Yémen et llnde. Il resta navigable, suivant Maqryzy, jusqu'à la mort de 0*mar ben- A'bd-cl-A'zyz. Les gouverneurs de l'Égyplc le desséchèrent, on cessa de son servir, les sables lencombrèrent; et la communication fut tellement coupée, qu'il finissait à la Queue du Crocodile, dans le canton du château de Qolzoum. Suivant Ëbn-el-Touejr , il fallait cinq joumëes aux bateaux du Nil pour arriver & Soueys, où ils prenaient en échange des marchandises d'Arabie.

^ Ce canal fut nommë d*abord Khàfyg-eUMasr (canal

d*Egypte, ou de Fostat) , puis Khalyg-elrQâhirah ( canal du Kaire), puis Khaljrg-Emfr-el-Moumenyn (canal du Prinœ des Fidèles) ,'nom de O'mar ben^d-Khettàb , qui le fit rétablir

Le canal du Kaire a sa prise d*eau dans le bras orîen* tal du Nil, vîs-à-vis de Tîle de Roudah, entre le vieux et le nouveau Kaire , et sous l'aqueduc ou mi^ty qui porte des eaux à la citadelle^ il traverse, avant d'entrer dans la ville, près de Settj-zejnab, un espace de 1800 mètres, et coule entre des monticules de décombres'; Le lit du canal, qui, à sa prise d'eau, reçoit 10 à pieds d eau dans les crues, rcj^ond à la dixième coudée du meqyâs , terme mcjen entre les plus basses et les plus hantes eaux dn.âeuve : à partir du pont Settj zejnab,

» Nous renvoyons à Tliisioire cet auteur, par M. Langlèsydans romanesque cl déiaillée de ce ca- TAppendicc , iv, d°. ix. Bal , par Maqryzy , biatorien eatimé ' * G*eai à la priie d^aan âe oe canal parmi laa écriTaina arabea pour aa quaaetroiiTaitleUoi^oalMlTédère Deacriptioa phyaîqne et politiqne destiné à la coupure de la digue, dana deilÊgypie. .Vaîr^ tradttctioo de laUie ammelleduNil.

DES DEUX MERS. i65

il traverse la ville, du midi au nord, sur un développement de 55oo mètres, en sort près de la porte dite BâbeUDâher, coule entre des jardins et des décombres, et se jette dans la plaine, à peu de distance du désert.

Une dérivation de ce canal près de la magnifique mosquée de Dâher-el-Beybars , dont les Français ont fait un poste retranche, sous le nom de fort Shulhoushj, court à l'ouest, jusqu'à la montagne sur laquelle a ele construit et fortifie un moulin, sous le nom de fort Ca^ min; le canal fait une inflexion au sud , et remonte dans la plaine, entre le Kaire et le Nil, jusqu'au Birket-el- Hassaryn, le dernier des étangs auxquels celle dérivation fournit des eaux pendant la crue.

Ce canal offre beaucoup de sinuosités j dans l'intérieur de la ville , il est prive' de quais , et borde de maisons peu solides, dont quelques-unes y occasionent par leur chute des encombremens j il coule entre les murs de fondation de ces maisons, dont la distance, d'un bord à l'autre, n*est communément que de 20 à 5o pieds j divers escaliers, des contre-forts et des encorbellemens y forment des saillies qui en tourmentent extrêmement le cours; vingt ponts étroits, bas, et charge's de maisons, sont autant d'obstacles pour la navigation; des egouts qui y débouchent, en forment un cloaque pendant huit mois de l'année; des parties basses et des contre- pentes y tiennent stagnantes des eaux que l'on est oblige' de faire écouler, afin de prévenir l'effet des évaporations , extrêmement nuisibles pour ceux qui en habitent les bords. Quand ce canal est à sec, on peut traverser la ville en le parcourant ; c'est comme une rue basse qui la

i66 MEMOIRE SUR LE GÂHAL

partage prescpe en deox parties égales sur toute sa Im^ gnenr.

Dans cet état de choses , on peut croire que ce canal na été navigable sons les khalifes, qui Tout prolonge jusqu a Soucys , que pour les bateaux du Nil , et jamais pour des bâtimens à grande mâture propres à la mer.

Dès le mois de vendémiaire an vu (octobre 1798), le ge'ne'ral Bonaparte , voulant rendre ce canal alimentaire et navigable pour la ville du Kaire pendant toute Tannée, nous diargca de lui en présenter les moyens : il désirait qu'on pût faire circuler des eaux autour de la ville, aGn den vivifier les dehors , actuellement déserts sur la moitié de son enceinte, et de les mettre i Tabri des Arabes, dont les attaques fréquentes et imprévues ne comportent pas d état de paix et de sécurité.

L'ingénieur Dnval , qui s'occupait de ce travail , ayant péri, ainsi que Tingenieur Thévenot et l'adjoint Duperré, dans la révolte du Kaire, le 3o vendémiaire (a i octobre 1798), nous chargeâmes M. Févre de reprendre et terminer les opérations de ce projet : mais , après un examen des localités, nous reconnûmes bientôt l'impossibilité de son exécution : cependant, pour entrer, autant qu'il était possible , dans les vues du général en chef, nous propos&mes de feire une dérivation du Nil au-dessus de Boulâq , aboutissant dans la place Ezbe^ kyeh, près du quartier général et au centre des établissemens Crantais; les eaux y auraient été retenues après la crue, et entretenues à un niveau constant par des moyens mécaniques et puissans. On retrouve les bases de ce projet dans les levées que nous avons fait faire sur

cette direction , et qui ont été fort ntiks à Yarmée pen* dantdeux campagnes, et notamment pendant le blocus du Kaire» eo prairial an vin (mai lôoo) : œs premiers travaux, dont on aurait, après leur confection, saisi rensemble et senti l'utilité , étaient coordonnes au s^s^ t^e géoéral des commanicatîons et de la défense du Kaire.

Ce canal ) qui deboudie dans TOuadj près d'A'hbàçeh, présente beaucoup de sinuosités, qui ont pu résulter, ou d*un courant naturel, préexistant à son état navigable, ou de dispositions propres à conserver les eaux nécessaires aux irrigations , et a provenir un écoulement trop rapide dans les plaines basses de Belbcys^ car les crues y parviennent plutôt par la rivièie de Moueys, que par le canal d*Abou-Meneggeh , dont la prise d'eau, près de Bejçous, à deux lieues au-dessous du Kaire» est cependant plus élevée.

A la sortie du Kaire , ce canal passe par les villages de Zaouyeh, el-Aoujlyeh, el-Emyrjeh, Mjt-Sâred (près et au nord-ouest des ruines A^HeliopoUs) , el-Menàjl , Seriàqous , Abou-Zaliel; il remonte près et au sud de Tell- Yhoudych ( l'ancienne Onion, ville ruinée des Juifs ) , à el-Menâyr,Zâouàmel (où vientse réunir lecanald'Abou- Meneggeh) , Choulyéh , Gheyteh , Belbeys , Seby I , Ba*tyt j enfin , à Seneykali , aux environs d'A'bbâçeli : cest près de là que passait laneien canal des Rois , que Ton reconnaît encore à ses belles dimensions.

Comme il est possible, au moyen d écluses, de soutenir les eaux dans le canal du Kaire pendant tout le temps delà cme, nous croyons convenable de le re-

i68 MEMOIRE SUR LE CANAL

dresser et de le réduire à cinq grandes directions, dont les points d'inflexion répondront de Boulâq , à la Qoubbeh, à Heliopolis, à Tdl-Yhoudjeh , à Belbeys, et à Seneykahi où nous proposons detablir un bassin de partage.

On obtiendra , par ce nouveau deVeloppement , une pente double de celle qui existe par le cours actuel du Nil et du canal de Moueys , entre Bubaste et BouIàq^; et Ton voit assez combien cet accroissement de pente et de vitesse devra accélérer dans le bief de TOuadj, le versement des eaux nécessaires à la navigation et ans irrigations.

Les eaux, après avoir rempli ce double objet, continueront de conler dans le bief de Bubaste et le canal de

Moueys, dont elles entretiendront la profondeur, sans qu'il devienne indispensable de cureT œs canaux. Cette dérivation nécessitera, près du bassin de partage, un lit particulier , avec une écluse latérale propre à effectuer réooulement de ces eaux.

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