‹ Description de l'Égypte, ou, Recueil des observations et des recherches qui ont été faites en Égypte pendant l'expédition de l'armée française (volume 2)Chapitre 13 sur 87 · DES TILLE ET PORT DE SOUEYS · texte numérisé non relu

DES TILLE ET PORT DE SOUEYS

Description de Soueys» — Port, — Marées* — Vents régnons Chenal. — < Rade etmouillage* — Aiguades* —Etahîissemens maritimes.^ Industrie et commerce»

— V ues générales sur ce port»

§. L Description de Soueys*.

Soueys, ville maritime de l'I^gypte, est sitaëe à l'ouest, et à sSoo toises environ* au sud du fond du

golfe Arabicjue : sa position, d après les observations astronomiques de M. Noueti répond en longitude à 3o^ i5' 55" ; sa latitude boréale est de 39^ 5d' Z'j" ; sa distance (lu Kaire , à l'ouest , pour 1° 1 5' 54" de différence de longitude I est de 27 lieues de 22SS toises, en ligne directe^.

* Fîayez la carte hydrographi^e être évaluée , pour tennes moyens ,

et le plan de Soueys ( n<** xo et ii ). de igoo à aooo toitea. Noua arons

" Cette ditiaoce dépend dea ma- fait conatammeni jaaqa^à 4S00 mè-

réeSjdootlabanlenr opère des Taria- très ( a46a*) à riieure, en nous reniions très-scnsiblea sur la plage exlré- dant de Soucys dans rOuâdy-ToumementplatedesenvironsdeSoueys. mylât en pluviôse an 7 (février ' La route ]iar Derb-el-Hâggy i^t)^ ): mais celle marche claii acpent , à cause de ses ioilexions daos célérée ; et nos chameaux , au nomla déaen « être portée à deoz jonn htt de aS aenlement , n^avaieDl plna et demi oa trente heorea etfoctirea qne moitié de leur charge, de marche ; et rheore» qni varie en 4 On a trouvé , pour la déolinairai8ondelaforcedeaear«Tanei{,pent aon de Taignille aimantée an méri*

La plaine, au nord de Soueys, a trois ou quatre lieues d'étendue ; le sol y de roche calcaire , est recouvert , comme celui de la côte, de sable, de gravier, de débris de coraux et de coquillages qu*y ont successivement portes les marées, les eaux pluviales et les vents.

La ville de Souejs a succède à celle de Qolzoum , tlont les ruines existent à peu de distance au nord : elle portait , sous les Ptolémées , le nom XArsinoé ou de Cleopatj'is} et elle a pris , sous les Arabes , celui de Qolzoum, comme on le voit dans Maqiyzj et Ben-Ayfts, et , depuis , celui de Souejs, Nous ignorons Tetymologie du mot Soueys, Les Arabes, qui ont donné ce nom à la ville actuelle, n'auraient-ils pas considéré le canton de Qolzoum comme une oasis, mot qu'ils prononcent Soujeh, et que les Européens auront rendu par Soueys*? Cependant divers auteurs arabes, et notamment le géographe A'bd-el-Rachyd (en 1^12) y distinguaient lormcllement Soueys de Qolzoum,

Ces contradictions ont donné lien à M. Gossellin de faire des recherches dont il a conclu qu'il a dû exister deux villes de Qolzoum , et que la plus ancienne était au

dicn de Sourys, la® 4^' o"; elle a serfalion de M. Langlès sur Péiy»

clé trouvée de iS" 6' o" à Aiexaa- mologic du mot syoudii : ce mot,

drie : d'où il résulte une dimina- dit ce savant orientaliste, trouvc-

tioo de o» i8' o"pour les q9 ^o^ 5" rail plus conveuablement son éiy-

de différeoce «o longUode de ees mologiedaniIttinotcgyptienocMiAfi,

drax Tilles. qui signifie ao lien iMbité dani le

' Maqryty, en perlant de Toasis désert, ei qne lea Grecs onl hellé-

d^Hemmon, s*ezprime ainsi : « San- nisé en en faisant oasia,

laryeh est aujourd'hui «n très-petit Le canton de Sourys a pu 5ire ,

canton qui se nomme Synudh , el que rn effet , considéré comme une oasi$

les Arabes prononcent Souyeh. » quand le Nil porlaii , par le canal ,

Vcjrez^ dans le Voyage de Hor- des eaux propres à y entretenir queK

nemannytom. II, pag. 343^ la Ois- que végéiation.

pitid de la moutagne de ce nom Quoique les traditions ne soient pas une autorité suffisante, elles ont cependant

de l'inlërêtj et cet intérêt s accroît quand on y retrouve des probabilités et des faits. Un negociant^ de Soueys donna ks rensdgnemens que nous rapportons ici en substance * :

. n Dans les premiers temps de 1 ère chrétienne, remplacement de Soueys n*était occupé que par quelques Arabes qui vivaient de la pêche et de la contrebande.

' W viUe de Qolzoum se trouvait placée sur le monticule siflié au nord de la ville , près du bord de la mer. Là , e:;^i$tait un château-fort, dont on voit encore, enfouie mm les décombres , . une porte voûtée, appelée porte jCSÉMul le port se trouvait an nord et au pied de la ville bâtie en amphithéâtre sur cette éminence,dans une éten- 4ii(l(iâf;cnlaice, que Ton reconnaît encore quoique les sables l'aient comblée.

« Le canal qui communiquait au Nil^ venait s'y ékkmfjtt; Vexa douce se trouvait contenue par deux fortes digues qui la séparaient du port et de la mer. tt^Bffl4iy JNil, dans ce bassin formé au milieu de la mer, jjjUiMiif lit au-dessus de son niyean dans les plus grandes marées j les bâtimens qui venaient du large, s'approâifliient de ia digue du port, et faisaient leur eau de ï'antf^ eiké. On voit encore ks restes de ces digues courant du uord-nord-est au sud-sud-ouest , sur 5 ou 600

' Voyez Recherches sur la géo- ' Ces rcnseif^nrmcna avairni été

graphie des anciens, t. ii, p. i8i- recueillis et adressés au général en

i86f et les Notices de M. Langlès, chef par le couimissairc des guerres

rapportées dans les Traductions des M. Rohnd, qai nous les remit à

textes y Appendice , J. it, n*>. zt. Soneys même.

Digi

toises -y une très-petite partie s'élève au-dessus des sables qui les recouvrenu Ces dignes laissaient une entrëe dans le port 5 qui s'appelait Porte de la mer, et qu'on trouvait en &ce de celle appelée Cfierker (petit pajs dans les montagnes , à cinq lieues de Soueys) : cette porte doit se retrouver dans un monticule de décombres, qui forme une lie à marée haute. La porte occidentale de la ville, qui s*appelait BâXheUMasr, existait où l'on voit encore une petite mosquée sur le chemin de Bjr-Souejs : alors les eaux du ]Nil fécondaient cette contrée; quelques arbres arrêtaient Tœil , qui se perd aujourd'hui à Thoii-t zon des déserts ; des jardins entoyiraient la ville, et le commerce- la faisait fleurir. ^

ff En face de la ville de Qoizoum , sur la c4te ^ks\e\ on voit une ëminence où existait la ville des Hébreux ; elle rivalisait avec celle des Égyptiens pour le riche commerce des Indes. La concurrence était grande entre les deux villes : la première avait ral>ondance des eaux et des productions de la terre; mais l'autre offrait un ai*senal, des cales de radoub, et plus d'établissemens utiles et commodes pour la navigation. A Textrémite sud de la ville de Qoizoum , partait de la mer un canal qui venait tourner la montagne jusqu'à la porte de Masr. Les navires y entraient à marée haute, et venaient dechai^r les marchandises devant leurs magasins. Mais le temps et les guerres ont tout détruit j il n'en reste que des vestiges à peine reconnaissables.

ce Dans le temps que le mahométisme menaçait d'envahir le monde, les khalifes, ajant conquis l Egjpte, prot^èrent les Arabes pères et enfans de Mahomet^

Ceux qui habitaient la plage de la côte actuelle , furent encouragés : mais les chrétiens de la ville de la montagne, maltraités et humiliés, éprouvèrent mille vexations; leur ville fut abandonnée. Souejs s'agrandit et présenta quelque éclat; mais le commerce, sous le despotisme des soudans mamlouks, perdit toute son activité. La découverte du cap de Bonne-Espérance (en 1497) porta le dernier coup à l'industrie : ce pays redevint ce qu'il avait été, un désert; et les richesses de l'Inde doublèrent le cap de Bonne-Espérance.

«Cependant Selym 1*=', empereur des Turks, qui venait (en 1617 ) de conquérir l'Egypte, voulut rendre à Soueys quelques-uns des avantages dont il avait joui: il fit construire ou réparcl* le château d'Ageroud, et, peu d'années après, celui de Byr-Soueys; ce qui est constaté par une inscription arabe qu'on j^cut lire sur les murs au-dehors et à l'ouest de l'enceinte. Les eaux du Byr-Soueys furent amenées à Soueys par un aqueduc dont on retrouve encore les traces. Enfin il fit d'autres établisseniens , et ranima l'espérance de l'industrie. »

Quelle que soit la source de ces renseignemcns , qu'on les doive à l'histoire ou à la tradition seulement, il est au moins certain qu'ils offrent une correspondance intéressante et vraie avec la topographie des vestiges de l'ancienne ville de Qolzoum , que nous avons rapportés sur la carte de Soueys.

Nous avons encore tracé, par des lignes ponctuées, les dispositions générales des nouveaux établisscmens , dans ce qui est relatif au port, au bassin pour la station des bateaux du Nil , à la retenue pour les chasses, for-

mee de' toute la partie du fond du golfe au nord de Soueys , et en6n à ce qui concerne la marine et le oommerce. Quant à la défense , elle deviendrait aussi facile que fea dispendieuse y car la place n*est pas commandée ; la senle hauteur, celle qui constitue les ruines de Qolzouni, pouvant y être rattachée et servir à remplacement d*une citadelle.

Les abords d*une digue transversale et de barrage du golfe , à Soueys , exigeraient sur la côte d* Arabie une vaste place d'armes ietrandië0, destinée aux rassemblemens des caravanes , qui , par l'existence du canal , n'auraient plus que ce point de passage au fond du golfe, et deux autres dans l'isthme, fiour Fentrée ou la sortie de TÉgypte à Torient.

Soueys, qu'on peut donc considérer comme répondant au site de Qolzonm, vu leur extrême rapproche* ment , n'offre plus qne Taspect de la misère et de l'abandon'. Son étendue et sa population out encore été réluites par le séjour des troupes qui l'ont successivement occupe' 3 et la reprise de cette place sur les Anglais par les Fiançais en floréal an ym ( mai i Ôoo) a été Toceasion de nouvelles destructions. Cependant les étabb'ssemens à l'usage de la marine, divers okeîs et un grenier public, quoique très-d^adés, attestent encore Topalence des temps passés ; ils oflrent mime le caractère des bonnes constructions , qu'où ne trouve que dans très-

» Suivant Ebu-cl-Toucyr, dit abordaient à el-Faramâ , et faisaient

Ma(]r;^zy, Soucys était une ville ri- transporter leurs marchandises sur

ohe et bkn peuplée. Bbn-Khocâe- 4es bêles de somme juqgu'à Qol-

djreh, cilé per Haqrjrsjr, dit que somn. Fbyez Appendice, $. i?,

les mfvdiaods de la mer dH>ceideot n^. xt.

DES DEUX MËRS. 176

pu de villes de TÉgypte 5 enfin la position de celle ville doit assurei' qu'elle peut se relever encore par le retour du commerce.

§. !!• Port, et heure du port*

Le port de Souejs consiste dans la partie du chenal

adjacente à la ville , dont le front nord est d environ 5oo toises* Le chenal est un peu plus ouvert dans cette partie : on y trouve de mauvais quais , au pied desquels les chaloupes mêmes ne peuvent aborder à marée basse; on a donc recours aux allèges pour débarquier et rembarquer , au large et en rade, les cargaisons des gros Latimcns qui y sont mouilles.

M. Nouet j qui , pendant notre séjour à Soueys , cooi^ donnait ses opérations avec les nôtres, a également détermine l'heure ou V établissement de ce port. £n voici le résultat:

Le TA janvier , pleine line, le mer a ecasé de mon«

ter à tMif/ a"

Elle a commencé à descendre à. o. 38. ô.

Elle est restée dtaie pcndani o. 8. o. .

Ce qui donne poor le terme moyen de aon plein. . . o. 34. o.

La lune a passé au méridien, à is. i5. o. -

D^où FoQ conclut VétabUssement du port à la. 19. o.

§. 111. Mar^ê.

Il resuite de nos observations faites avec soin pendant dix jours consécutifs, du au is pluviôse an vii (du ao au 3i janvier 1799)» que les marées moyennes de vive-eaii^ sont de 5 pieds 6 pouces. On ne doit point

avoir ëgard à celle qui a été obsenrëe le lo pluviôse (29 janvier) , jour du dernier quartier de la lune, qui a etë de six pieds, cette marée étant résultée dun concours de causes favorables; car la lune était dans son pe'rigec le 7 , et les vents, passes au sud-sud-ouest, soufflaient avec assez de force. Nous avons aussi relevé et lèperë une laisse de mare'c supérieure de deux pieds à la plus haute citée ci-dessi^s, résultat accidentel ou périodiquci et qui peut se reproduire aux équinoxes, quand les vents y concourent par leur direction et leur durée.

On verra, dans le tableau qui suit, que la différence des marées des sjzygies à celles des quadratures, dans le fond du golfe à Souejs, se réduit à deux pieds; ce qui donne 5 pieds 6 pouces pour le terme mojen des marées de morte-eau , résultat pluâ considérable que ceM qu'a obtenu M. Niebubr en 1762 ( Voyage d'Arabie).

Cet habile voyageur, qui a fourni des obsemtfiouts sur les marées de la mer Rouge, a reconnu que le Htix et le reflux sy succèdent d'une manière assez uniforme, à mesure qu'on s*éloigne defiàb-el-Mandd> ^ ^ |[ue le seul gisement des cdtes suffit pour établir des variàtions sensibles dans l'heure et la hauteur du flot sur les. diflérens points qui n'éprouvent pas rifjllueiioê diréti|e 4fis courans du large de cette mer.

Nous donnons, dans le tablea.11 qui suit, le résul(|it des observations des marées à Souey s , pendant dix jQurs seulement.

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