‹ Description de l'Égypte, ou, Recueil des observations et des recherches qui ont été faites en Égypte pendant l'expédition de l'armée française (volume 2)Chapitre 74 sur 87 · IV. Formation du lac Meiizaleh · texte numérisé non relu

IV. Formation du lac Meiizaleh

D'après ce que nous avons dit sur Tancienne direction des brancbes Tanitiqueet Mendésienne, il parait

que ces branches traversaient» pour se rendre à la mer, le terrain que recouvre aujourd'hui le lac Menzaleh. Ce lac n*est donc point un lac maritime , pareil à ceux que ron voit sur les côtes des ci-devaot Languedoc et Roos- . sillon ; il n'a donc pas toujours existé : mais quelle a pu être la cause de sa formation? c'est ce que nous alloos tâcher d'expliquer.

Je dis d'abord que ce lac n'est point un lac maritime. La nature du fond du lac M^zaleh , où 1 on trouve partout la vase du Nil , et la profondeur de ses -eaux, qui est généralement d'un mètre, tandis qu'elle. est beaucoup plus considérable dans les ^û^cctions présamees des branches Tanitique et Mendësienne , annoncent évidemment que le bassin du lac Menzaleh est ua terrain d'alluvion formé par les branches du Nil, d non par le mouvement des eaux de la mer.

Je dis, en second lieu, que ce lac n*a dû se former que par la rupture d'équilibre entre les eaux de la mer et les eaux des branches Tanitique et Mendésieune.

La branche Phatnitique ou de Damiette ayant été creusée de main dliomme , au rapport d'Hérodote , ne devait pas être, à beaucoup près, aussi considérable qu'on la voit aujourd'hui : il est probable que son volume s'est augmenté aux dépens des branches Fe'lusiaque, Tanitique et Mend&ienne, et au point que les deux dernières , se trouvant appauvries , n'ont plus ete en état de faire équilibre aux eaux de la et dès-lors ces eaux y ont pénétre. Elles ont dûavoir d'autant moins de peine à le faire , que le vent de nord-ouest, qui est constant pendant plusieurs mois de i'année sur les côtes

d'Iigypte, en étevant le niveau de la mer, détermine, comme nom Vivons de'jà &it voir , eaux à se porter

sur le& terres. L'action de ce vent est si marquée aux environs de Damiette (et il doit en être de même ailleurs), que les plus gros arbres , tels que les sycomores, sont inclinés vers le sud ^ leurs têtes, privées de branches du côté du nord, se trouvent dépouillées et arrondies , comme si elles avaient été taillées aux ciseaux.

Deux faits modernes en Egypte viennent à l'appui de nos conjectures.

Au commencement du dernier siècle, les eaux de la mer se portèrent, par irruption, sur la plage entre Rosette et Alexaudrie , et elles j formaient des courans violens'* Lorsqu'à une époque plus rapprochée on a voulu rouvrir le canal Fara'ounjeh (canal des Pharaons), les eau^ du Nil se sont précipitées dans cette nouvelle route, la branche de Damiette s^est trouvée diminuée , les eaux de la mer ont pénétré Lien avant dans cette branche; et leurs ravages ont été si considérables , qu'on s'est vu forcé de refermer bien vite l'entrée de ce canal, qu'on avait ouvert sans aucune précaution. Il est probable que le lac Bomios s'est formé de la même manière* '

Quant aux déchiremens de terrains qui ont du résulter de rirruption des eaux de la mer , et de leurs mouvemens dans le bassin qu'occupe le lac Menzaleh, la rupture des digues de la Meuse, en nVt-elIe point converti en une lagune couverte d lies stériles et

■ Voyez le Voyage de Paul Lucas au Levant, etc., tom. ii, page 19 et aoir. «

de bas-fonds à travers lesquels on navigue maintenant, une étendue immense de pays, qui renfermait plus de i cent yilhges et des terrains propres à la culture? On sait que ce vaste marais porte le nom de Bies-Bos (forêt de I joncs).

- L'augmentation de la branche de Damîette n'est pas la seule cause du dépérissement des branches Tanitique, | Pélnsiaque et Mendàienne ; la manTaise administration | des eaux, et le manque d'entretien des canaux, y ont I contribué, et la disposition, du terrain l'a favorisé.

Si l'on fart attention à l'isthme qui sépare la mer Rouge de la mer Méditerranée » on verra que les monts Moqattam et Gasius (Lougâ) sont les promontoires de cette mer de sable ^ et l'arête presque insensible qui les unit, que ïoAi n'aperçoit peut-être pas en entier, mais qui n'en existe pas moins dans la nature, prononœla séparation du golfe de Soueys d*avcc celui de Gaza. Ainsi , topographiquement parlant , le Nil appartient plutôt à l'Afrique qu à l'Asie', / '

Quoique la mauvaise administration des eaux ait • contribué à la suppression des branches Pélusiaque, Tanitique et Mendesienne, les eaux du Nil uont pas moins conservé leur tendance a se porter dans ces branches; en sorte qu'il ne serait pas impossible de les rétablir. Une circonstance même, celle de 1 élévation du fond du Nil , qui a dù produire une élévation dans b hauteur de ces eaux , rend cette opinion plus probable. En rétablissant les deux branches Tanitique et Meadé-

* On uii ^^aocMBiieiiieat le NU séparait l^Alri^ de VAàe» Fô)^ Pline.

sienne, on parviendrait à dessécher le lac Menzaleh.

Mais, afin de juger des moyens qu'on pourrait employer pour cela, il est bon d'e&aminer de quelle manière le Delta a dû être formé : ces denx jqueslions ont line connexion immédiate.

§. y. DessécJwmetU du lac Menzahh*

La propriété des digues, pour régler le cours d'une

rivière , est de resserrer le volume des eaux , et par conséquent d augmenter leur hauteur 9 et, lorsque oette riyiëre charrie des troubles , la propriété de ces mêmes digues est d'élever le fond du canal, parce que les eaut déposent dans un espace beaucoup moindre les troubles qu'elles répandaient sur une surface plus étendue*

Avant que le Mincio et le P6 eussent été digues , les crues du Pô n'arrivaient pas jusqu'à Mantoue' : maintenant elles refluent dans le lac inférieur. Depuis 1607, dles ont élevé le fond de vingt-trois décimètres nu tiers par les dépôts " , et comme, dans les grandes inondations, les eaux du Pô viennent à la hauteur du lac supérieur, et que la diflérence de niveau des deux lacs est de deux mètres, on voit que, depuis que le Pô et le Mincio ont été renfermés entre des digues , le Pô s'élève à une hauteur de quarante- trois décimètres , à laquelle il ne parvenait pas auparavant.

Il s'ensuit de là que , puisque les plc^iues basses qui

' l^iKizoXo^DelSoêiBfpiodiGo-' * Abbate Mari, MantoT. JdraU" yernolo, i^ag. 3i. lica pratica rag^onata.

54o MÉMOIRE

avoisineiit le cours de ce fleuve n ont point participé à ses allumions , ^ n*ont pas reçu des alluvions étrangères , le lit du Po leur est reste supérieur j et ces campagnes desséchées par ëocralement sont menacées à chaque instant, pendant les crues du fleuve, d'une submersion totale, par les ruptures des digues'.

Il en est de même des campagtfes que parcourent toutes les rivières diguées de l'Italie. La Hollande, la Zélande, la Flandre maritime, ces delta formés par les dépôts du Rhin , de la Meuse et de l'Escaut , mais non par des alluvions subséquentes , sont dai\s le même cas.

Je conclurai donc réciproquement que, lorst/u^wM plaine basse, voisine de la mer-, et traversée par des ri" pièresqvicharnentdes troubles, se trouve Mevée à la baur teur des plus fortes inondations j cette plaine a dâ étm J armée par aUuvioiu

Maintenant appliquons au Nil ce que iious venons

de dire du Pô : nous pouvons d autant mieux établir la comparaison entre ces deux fleuves, qu'ils outTunet l'autre un long cours , qu'ils dhament des troubles , ont des crues périodiques, et se rendent à la même mer.

Avant que le cours du Nil eût été régie, ses eanx, au sortir des montagnes , se répandaient, comme cefles du Pô, sur une grande surface qu'elles inondaient pendant toute l'année. Sésostris réunit les eaux du Nil dans des canau:;^ au-dessous de Memphis, les resserra entre des digues, et de cette manière forma plusieurs àeUa»

• M. Dolomieu a présente (les tré sur ce point avec cet habile na-

VUC8 analogues dans son beau Mé- turalisle, dont j''aurais désiré COfl-

moirc sur TÉgypte , publié en 1794- naître plus tôt le travail. ' Je suis irL^s-flaué de in''âtre rencoa-

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SUR LE LAC MENZALËH. 54i

Mais si les anciens Égyptiens eussent interdit l'entrée des eaux du iIeo?e à ces deka^ non-seulement, à raison de la nature du climat , ils les auraient privés de cultureî mais, d*après les principes que nous avons énoncésj au lieu de voirie Nil couler entre des bords qu'il s*est formés, nous aurions un fleuve compris entre des digues &ctices qui domineraiait le sol de VÉgjfte.

Concluons donc que les delta ékf VEgypte ont été for* més par des cdUivions favorisées par les travaux des hommes*

Le Delta , trop limité entre les deux branches du Nil existantes, doit être censé compris entre les montagnes qui fuient à Touest vers Alexandrie, et les collines par où se termine le mont Moqattam. La disposition des anciennes brandies , dont la r^;ularitë indique le travail ' des hommes , annonce que c'était l'étendue désignée par la nature, que les anciens Egyptiens avaient attribuée au Delta.

D après ce que nous venons de dire, le dessèchement du lac Menzaleh se réduirait ,

i^. A reconnaître et à diguer l'ancienne direction des branches Tanitique et Mendésienne;

â^. A introduire dans \e&delta partieb les eanx du « ]\il pendant la crue, pour avoir des troubles 3 ce qui peut avoir lieu sans danger, parce qu'il se &it une déperdition immense des eaux du Nil par la branche de Damiette et le canal de Moueys ^

5^. A &ire des coupures fermées de vannes dans les parties de la plage entre les branches qu'on voudrait rétablir^

54ti . MÉMOIRE

4^ Enfin i ouvrir ces Tannes lorsque les eaux de la

mer se retirent de dessus les eûtes, pour faire écouler ks eaux du Mil après qu'elles duraient c(éposë leur limon.

Toutes ces operatious, quoique praticables , demanderaient à être £siites ayec beaucoup d art et bien de la prudence, pour ne pas appauvrir trop prompt ement la branche de Damiette, dont il faudrait travailler de suite à resserref le canaL

Hérodote est le premier qui ait avancé que le Delta est un don du fleuve. Cette opinion a étë contestée par des modernes. Frëret (Mémoires de V Académie des inh criptiom, 1742)7 entraîne par l'esprit de sjstème, est celui qui s'est le plus attaché à la combattre : il a ëlé jusqu'à douter que les troubles que le Nil charrie dans les crues, pussent former des dépôts. Mais conunent ont été comblée les canaux de l'Égypte, si ce n^est par le limon du ]Nil? et pourquoi les eaux qui se répandent en sur&ce,et qui. par conséquent diminuent de yitesse, seraient-elles privées de déposer leurs troubles, tandis que les eaux resserrées dans des canaux, et dont la vitesse s'altère moms , jouiraient de -cet ayantage?

Hérodote est aussi le premier qui ait entrevu la rai- Bon de la formation des sources, qui n a été confirmée que dans le siècle dernier par les calculs de Mariette, et dont Descartes avait donné une explication ingénieuse, mais peu vraisemblable. Ainsi l'on ne doute plus de ce beau mécanisme de la circulation des eaux de la mer vers les montagnes, et des montagnes vers la mer, déterminée par l'évaporation et par Tintermède des vents

SUR LË LAC mënz;aleh. 543

et des montagnes : on doit ajouter , et par celui de températures opposées; car je crois qu'on peut établir que^ dans une ehatne eenÊrah et élevée, les nuages ne di^ passent point la ligne du nûHeu des eaux pendantfss , parce que cette ligne sépare deux températures. Les cok sont les parties accessibles et penëtrables de cette ligne j et pour u*étre pas si élevés , ils n'en sont pa$ moins placà au foyer des révolutions de l'atmosphère.

Le principe précédent , combiné avec lexplicat ion des vents régnans pendant le solstice, rend raison des pluies périodiques qui produisent les crues du Nil, et après celles-ci les crues du Ni^er , fleuve qui coule sur le revers des montagnes de rÉthiopie.

La manière dont nous avons envisagé lexplication de la formation du Delta » &it voir qu'en même temps que le Delta s*exhaasse , le fond du Nil s'élève ^lement : mais quel est le rapport de ces deux accroissemens, et quelle est la probabilité que, dans les moindres crues et dans les plus grandes , le Nil inonde sufilsamoient et n'inonde pas trop? Cest ce qu'il n'est pas aisé de déterminer.

Il est pourtant certain que, dans les crues ordinaires, lés eaux de l'inondation ne dominent pas k beaucoup près tout le sol de l'Egypte; et il paraît qu'il en était de même dans des temps très-reculés. ,

Les anciens Égyptiens avaient senti dès long-temps quil fallait se rendre maître des eaux du Nil, si Ion ne voulait point s'exposer à avoir bien des portions de terrain privées d'un des principes de la végétation. Les historiens prétendent qu ils creusèrent le lac Mœris pour

être le r^latear des inondations dn Nil. L'ean qtà

affluait dans cet immeDse réservoir, et qu*on recevait oa di^ersait à volonté, au laojen du canal de Yoosef, suppléait, dit-on, aux inondations trop faibles, et, dans les cnics extraordinaires , délivrait le solde Tligyple des eanx qui lauraientcouvert troplong-tenaps :ce serait peut-être l'idée la plus grande qu'on eût jamais eue, et en même temps la mieox appropriée à la véritable pros» périté d'nn pays*.

Le canal qui conduisait les eaux du lac Mœris, oa plutôt du Nil , dans la haute Ég3rpte , au lac Maréotis, subsiste encore, mais dégrade vers la fin de son cours; la partie de la province de Bahyrdi , voisine du désert, ^e ses eanx fertilisaient , se trouve privée de odture.

S« YL Naum de la langue de terre qui 9ép€Ujê>ie4ÊÊh

MenzaUh de la mer. .

D*a|>rè8 ce que nous avons dit dans ce-qiéoioireyOD

voit que la géologie de la basse Ëgjpte est^soumiseà . des principes très-simples : les grandes msyréesi les vol^ cans, les tremblëmens de terre, et ces orages violois dont les ravages sont marqués comme des désastres, ei dont on garde le souvenir, n'étant point connus a Égypte, les formes du terrain ont dû conseiTcr les affections générales de la matière, et les modifications de ces formes suivre Taction des élânens, toujours niih

• On verra , dans le Mémoire sur Mœris , ce qu'on pense de ce lac, et la XHillée des lacs de Nairoun, et du système primilif des eaox en dans les ObserralioDS sur le lac Égyple.

forme dans ce pays , combinëe avec les lois du mouvement et la résistance des obstacles.

Les pluies qui tombent r^Uèrement toutes les an^ nëes , pendant le solstice d^été , sur les montagnes de rAbjssinie, dépouillent ces sommités au profit de la vallée du Nil et du Delta.

Les troubles entraînes par le Nil sont de'posés partout où la vitesse de leau est ralentie > ils élèvent le sol sur lequel les eaux séjournent; ils forment des bancs de sable , occasion eut. les changemens de direction du cours du fleuve, concourent à la formation des barres et à rextension des plages.

Les vents, dans les tourmentes, soulèvent les sables du fond de la mer, et les poussent sur les côtes. Dans le temps des basses eaux , lorsque les sables sont se'cbes , les vents s'en emparent de nouveau, et les portent sur les plages. C'est ainsi que les plages et les dunes s'élèvent , et que les parties couv^ tes de récifs se convertissent en plages.

Le courant littoral qui suit les côtes de la Me'diterranée de louest à lest, se combine avec le cours des branches du Nil, et produit, en vertu de la diminution de vitesse, à gauche , entre les deux forces composantesi un atterissement qui se prolonge en pointes plus ou moins aiguës, tandis que la plage à droite, comprise entre la direction du cours de la rivière et la résultante, prend une forme arrondie. Ces deux formes sont constantesj on les retrouve à rembouchure de la branche de Damiette, à la boudie de Dybeh, et à celle d'Ommftreg.

Les sables et les vases entraînés dans ce mouvement composé contribaent à l'extension des plages, surtout de celle de droite, d'où naissent les caps que l'on voii entre Damiette et Péluse, ainsi que les récifs et ce long talus qui se prolonge an-dessôus des eaux , et qui âoigne de la côte les mouillages profonds. La nature de ces monilbges est ^lement subordonnée à la direction des sables et du limon. La baie de Damiette, à gauclie de l'embouchure du Nil, a un fond dur de vase noire, tandis que le fond des rades de Boghftfeh et du cap BouyaUy qui sont situées à la droite, est de vase molle jaunâtre, sur laquelle les bàtimens chassent quelquefoisi maïs sans danger , jusqu a deux ou trois lieues.

L analogie nous porte à croire que les plages qui lient le lac Bourlos et celui de Bahyreh au<* brandies du Nil, ont du leur rormation aux mêmes causes.

Enfin le courant littoral, dans les mouvemens oïdinaires , ou lorsqu'il est potissë par les vents tenant de louest, en rencontrant le golfe de Gaza, forme des .remous trop peu connus, trop peu étudies, qui ont concouru à combler le fond du golfe du côte' de Peluse, et qui continueront de Êiire prendre de le&tension à cette plage.

Maintenant, si Ton considère que, du Delta au sommet des montagnes de TAbyssinie, le Nil coule eatie deux chaînes de montagnes qui sont calcaires jusqu'à Açouân , et granitiques dans la partie au-dessus, ou aura à peu près ce qui est relatif i la ^ologie de l'I^gypte* Les collines qui bordent les déserts de la Libye dans h paitie de l'Egypte inférieure , paraissent être sabloa-

tieuses } elles sont reconvertes de sables qnartzenx : mais

le nujau est de rodie calcaire , comme on en est con- Taincn l(»sqil'oii descend dans le pnits des momies d*oîseaux au-dessus de Saqqârah, qu'on entre dans les catacombes attenantes aux pyramides de Gyzeh, et que ron considère le sphinx , et le sol même sur lequel sont élevées les pyramides*

§. yn. Notice sur * quelques villes (fui ont des rapports

avec le lac Menzaleh*

Le pays de TÉgyptc que j'ai visite, présente presque partout l'aspect d une grande dépopulation. Les villes de ce canton , placées au débouché de la Syi ie, se trou* vaient sur les pas des conquerans , et devaient se ressentir de la pr&ence des armées d invasion, composées pour la plupart de peuples barbares , diriges par des chefis intraitables, tels que Cambyse ou le farouche O'mar; mais la principale cause de leur entier dépérissement a sans doute été la suppression des branches Félusiaque ^ Tanitique et Mendàienne.

Ces branches avaient sur leurs bords, ou dans leur voisinage, des villes considérables, Tennys'j Tounah, Saramah et Pëlnse , et d'autres moins importantes.

Les villes de Tennys et de Tounah, minces, sont maintenant au milieu des eaux$ et elles appartiennent, ainsi que nous Pavons dit, -an lacMenzaleh. Gomme toutes les villes qu'atteignait l'inondation, elles étaient

' Tennys, ville romaine, bàûe mr les débris d^ttoe ville égjptieime, florissail da temps d^Augaste.

543 MÉMOIK£

placées sur des levëes artificielles. La terre mêlée de décombres sur laquelle on marche à présent , est entièrement inculte, et sa surface est saisie par une sorte de cristallisation , en sorte que le terrain crie et cède sous I ks pieds , comme la neige qui commence à geler; ce qoi rend ces îles très-pënibles à parcourir.

Tennjs était une vaste cité; une enceinte de murailles j flanquée par des tours , avec un fossé plein d*eaa, faisait sa défense. Elle ne présente aujourd'hui aucune habitation. Des vestiges de bains, quelques ruines de souterrains voûtés avec art , dont les murs sont recouverts d'un ciment très-dur et très-bien conservé , lesiragmens d'une cuve rectangulaire de granit ronge; tdssoot les seuls monumens que Ton distingue au milieu de de- ' bris immenses de briques, de porcelaines, de poteries et de Terreries de toute couleur. Les habitans des pays circonyoisins font continuellement des fouilles dans cette ile; ils y recueillent des matériaux propres a leurs halxitations. C'est ainsi que se sont transportes les colonnes, les piédestaux, les chapiteaux et les autres manumeus que Ton voit placés d*une manière si barbare dans l& mosquées et les principaux édifices , ou bien jetés dans les constructions ordinaires. Le senii des casernes de | Damiette est un fragment d*un Ircs-Lel obélisque à hiéroglyphes. N011& avons trouvé dans iiette ville, aux I côtés d'une porte, deux piédestaux charges d'inscrip-* ^ tionSy Tune grecque, lautie latine; enfin, dans une mosquée, une colonne de marbre gris veiné , portant une inscription grecque un peu altérée.

Tounah était moins considérable que Tennjs.

heureux hasard nous a offert dans k première, à la

snr&ce du terrain, un camée antique sur agate, de trente-six sur yiugt-neuf millimètres, représentant une tète d'homme; le profil a beaucoup de caractère : un œil perçant, uuairfioidj une lèvre dédaigneuse, et d'autres indices, font penser qu'on a youIu £iire la ^ête de cet Auguste qui sut résister aux charmes de Gléop&tre, et surmonter tous les obstacles qui le séparaient du pouvoir,

Samnah ' se trouve sur le hord du canal de Mougrs. Il paraît que c'était une ville immense^ elle s'étendait beaucoup le long du canal. On voit dans son intérieur une espèce de forum ou place publique , de la forme dun carre long, ayant une grande entrée du côté du canal de Moueys, et des issues dans les parties latérales. Le grand axe de ce forum est dans la direction de Test à louest : on aperçoit sur ce grand axe plusieurs monu* mens détruits , et des obélisques brisés et reuversés. Quand on considère des débris aussi énormes, on a presque autant de droit de s'étonner des efforts qu*il a iallu faire pour rompre ces obélisques près de leur base et les renverser dans la poussière, que des moj^ens qu'on avait dû mettre en usage pour les élever. Le temps a respecté les hiéroglyphes dun de ces obélisques : on en a pris le dessin.

Samnah est maintenant Fentrepôt des dattes qu on apporte de Sâlehyeh , et que les pêcheurs du lac vont pi endre en ëdiange de poisson salé.

• Samnah (Sîko ) était ranclcnne nom de Thoan (Zsav) , d"'oû S^esL Tanis; clic prit dans la traduction formé San, (D^Auviiie. j des Scpiaulc, faite eu Ej^vptc, le

55o MÉMOIRE!

Pelusc ' est située à l'extrémité orientale du lac Menzaleh, entre la mer et les dunes, au milieu d'une plaine jase^nueet stérile. L extrémité de la branche Pélusiaque, réduite presque entièrement à un grand canal de fange , traverse cette plaine en allant du lac à la mer. Le châleau de Tyiieh, qui tombe en ruines, se trouTe au bord de ce canal y mais assez loin de la plage; il parait être du temps de la con([uéte par Selj^m. Les ruines de Faramâ sont à Test de Péluse. vers la mer.

Ap.is ayoir franchi la W q« e«t à l'entrée deh bouche Pélusiaque , on trouve assez de profondeur d'eau, dans une certaine étendue , pour y abriter une flottille de petites germes ; c'est par ce point quo les germes du lac Menzaleh &isaient la contrebande avec la Sjrie*

Le chemin qui conduit de la bouche d'Omm-fâreg i Qatjeli % passe à louest de Tj'neh et à travers Péluse. Ce chemin est extrêmement boueux; il vaut mieux se rapprocher de la bouche Pélusiaque.

Nous observerons, en passant» que Mévation des dunes qui sont à Forient de Péluse, et qui se pro-

• Péluse vient du mot grec Tin- il s'embarqua sur le Nil avec une lé- Xov0-ie?, qui yeut dire boue : les gère escorte d'éliic.u Qaijch est, i Arabes loi ont conaerré cette déno- niiton de quelques paîu asses «bonmiiMtîoii, en TappelaDl Tyneh, dans qn^oo y trouve, le seul cam-

* Qalyeh paraît Aire ce que pemeot qoe les MaoédonieDS aiest Qninie-Curce, liv. iv, cli.np. pu trouver , le septièiae jour apf^ appelle le camp d^jÊlexandre. Voici leur départ de Gaaa; et c^cst aaisi le le texte: je me sers de la traduction point le plus rapproché pour faire

de Bcauzcc a Srpi jours après (îlcr des troupes sur Pelusc. La

son départ i\c (iaza, il (A)rxan- marche de Gaza à Qaiycli, (\»^

dre) arriva dans ct itc coutrcc de les soldais d'*Alex.andri' a\ aient faite

I^JLgyptc qu'on appelle aujourd'imi eu sept jouis, les soldats de Booâ-

/« camp d'Alexandre; de là il. fit parte Toot faite en six jours, défiler aoo iuianterie Tert Péluse, et

SUR LE LAC MENZALEH. 55i

loDgent en remontant vers la province de Charqydii

fait voir que le canal de jonction du golfe Arabique à la Méditerranée ne pouvait aboutir qu'à la brandie Pelusiaque, et à une assez grande distance de l'embonchure de cette branche. Dès-lors ce canal était dérivé du Nil vers la mer Rouge; et la crainte d'une irruption de cette mer vers la Me'diterranée , que je ci*ois peu fon«dée f et dont on pouvait d ailleurs se défendj e par des écluses f devient par-là beaucoup moins probable.

On trouve sur la plaine de Péluse, en allant de la mer vers les dunes» et jusqu'à une petite distance de ces dernières , des coquillages d*abord répandus assez abondamment, puis devenant plus rares; le terrain est couvert en outre, dans presque tonte son ëtendue, d'une croûte saline : ainsi tout annonce que la mer y reflue et y séjourne pendant une partie de Tannée, vraisemblablement dans le temps du solstice d*éte'. Le mirage est si considérable dans la plaine de Péluse, que , demibeure après le lever du soleil, les objets paraissaient défigurés au point qn*on ne pouvait plus les reconnaître

Strabon dit que Pëluse avait vingt stades de drcnit^

et était à la même distance de la mer. Le développement de Tenceinte murée qui elEiste à

Péluse, a effectivement vingt stades; mais la mer est

' Le phénomène da mirage avait Brouillard qui sort da entrttUes

élé remarqué des anciens. Voici ce trop ardentes de la tierre^ offasqoe

que dit Quintc-Curce, liv. vu, c. 5: Ja Jami^re, et les campagnes ne pa-

ff Dans les déserts de la Sogdiane.... raissent autre chose qtt^noe vaste et

Tardcur du soleil, pendant Fcté, profonde mer. » brûle les sables. . . . D''aiileurs, un

55a MÉMOIRE

quatre fob plus ëloîgnëe de P^lose qa*dle ne Tétait da

temps de StraLon : en sorte qa*en faisant passer à soixante stades de Péluse une ligne courbe qui vienne se raccorder au point le plus avancé de la plage, à gauche de l'entrée du canal d*Omm-fàreg , on aura 1 étendue du terrain formé par les dépôts qu'abandonne sur sa droite le courant littoral , qui longe les càim de la Méditerranée dans la direction de 1 ouest à Test 3 on fei a disparaître ce long canal d'Omm-^iâregf qui est visiblement de formation nouvelle j et Tile de Tcnn js sera rapprochée de deux lieues de la mer, ce quiiera coïncider davantage sa position avec celle que les anciens auteurs loi avaient assignée.

' Il n'y a pas la moindre trace de Tegétation snr b

plaine où se trouve située Péluse. On voit dans son enceinte un piamelon isole, couronné d arbustes; quelques oiseaux sont les seuls hâtes de ce bosquet et de la triste solitude qui le renferme. Le voyageur étonné n'aperçoit d'ailleurs, où existaient une ville et une population immense, cpie quelques colonnes couchées dans la poussière , et de misérables décombres : il cbeidie en vain dans les environs les restes d'un guerrier longtemps heureux, et qui dut céder enfin à la fortune de César; il ne trouve qjom le ^uvenir de cet bonune célèbre, victime du sort^ de Fingratitude et du plusiftcbe assassinat.

Un monument snr ce rivagt désert où sont ensevelis

les restes de Pompée , réveillerait mille souvci^s U

* On poomit gniTer nir oe inwQiiient oelte itueripUqn tièt-amplc:

BOKAPA&TE A LA uiuolBS DE PoMP^E.

déterminerait en outre l'ëpoque où les descendans de ces Inêmes Français qui portèrent les derniers coups à Pëluse", au sortir d'une lutte immortelle contre l'Europe coalisée , après avoir franchi la Méditerranée , et pénétre par Alexandrie, sont venus, au bout de six siècles, non comme des paladins fanatiques, mais en guerriérs amis des hommes et des arts, marquer lautre extrémité dé la base de Fligypte, et les deux routes qui conduisent en Asie et dans l'Inde j ils ont atteint le sol brûlant de la Nubie, et ils chercheront à signaler leur séjour dans ces contrées par un monument plus respectable encore, la civilisation des peuples d'Orient.

■ Letoroûts.

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