SUR LA FONTAINE DE MOÏSE
Par M. MO]yG£.
Sur la rive occidentale du golfe de Soueys , à quatre
lieues au sud de la ville , et presque en face de la vallée de l^Iigarement, se trouvent des sources qui sont indi* quées sur toutes les cartes, et qui sont connues sous le nom de fontaine de^ Moise, On serait dans Terreur , si fon pensait que le nom de ces sources tire son origine des temps fabuleux de TÉgyple , et se fût conserve jusqu'à nos jours par une tradition non interrompue. Il est bien probable que , comme celui de la fontaine de la Vierge a Matarj^eli (lancienne Heliopolis), et comme quelques autres , il ne remonte pas au-delà du temps de rétablissement du christianisme en Egypte, où d anciens noms relatif à une religion discréditée, auront etë clianges en d'autres noms analogues aux opinions nouvelles.
Quoique l'eau de la fontaine de Moïse soit moins salée que celle de.beaucoup de puits creuses dans d'autres parties du désert, elle est néanmoins saumâtre, et par conséquent elle n'a pas la faculté de désaltérer autant que l'eau douce : mab elle peut entretenir la vie des. végétaux et des animaux. Nous nous en sommes abreuvés pendant vmgt-quatre heures, dans une marche
pëuible I sans ca être incommodes. D'ailleurs , comme cette eau s'ëcoule et se renouTelle contiiiueUemeiit , elle est toujours transparente , et elle n'a ni odeur ni saveur désagréables, tandis que celle de la plupart des puits se trouble d'ordinaire par Tagitation qu'on y exdte en la puisant, et a presque toujours une odeur fétide. Par exemple y le puits d*Ageroud, situé à quatre lieues au nord de Soueys, et qui est destiné à abreuver la caravane de laMekke à la troisième journée du Kaire, est creusé à deux cents pieds de profondeur; les matières animales et végétales qui y tombent par une suite daccideus presque inévitables, s'y putréfient; et Feau, indépendamment de salure naturelle, a me odeur d'hydrogène sulfuré à peine supportable.
. De tout temps , la fontaine de Moïse a dû être d'oo grand intérêt pour les Arabes de Tor qui habitent les environs du mont Sinaî. Les Arabes , obligés de tirer d*Égypte une partie dé leurs subsistances et les objets d'industrie étrangère, ont toujours dû porter euécbange les produits des 'maigres forêts qui couvrent leurs montagnes; ce transport n'a jamais pu se faire que par caravanes , et la fontaine de Moise a toujours dû être une de leurs stations. D'ailleurs, des qu*il y a eu dés-etablissemeos maritimes dans le fond du golfe, soit à Soueys même, soit à Tentrée de la vallée de l'Égaré-* ment, sur la route de la mer Rouge à Memphis, la fontaine de Moïse a dû être fréquentée, parce qu'elle était une ressource indispensable, quand, après de longues sécheresses, les citernes remplies d eau pluviale étaient épuisées.