‹ Description de l'Égypte, ou, Recueil des observations et des recherches qui ont été faites en Égypte pendant l'expédition de l'armée française (volume 3)Chapitre 43 sur 95 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Imposition personnelle.

Les sujets du grand-seigneur non musulmans sont soumis à une imposition personnelle dite karach, conformément à une maxime du Qoran , qui assujettit à ce tribut les habitans des pays subjugues par les mahométans, quand ils n'embrassent pas l'islamisme. Le karach était censé dû par 90000 têtes. Un aghà envoyé annuellement de Constantinople en faisait la perception. Il arrivait en Égypte avec autant d'assignations ou billets de paiement paraphés et enregistrés au ministère des finances, munis de son cachet et de celui de deux témoius qu'on lui donnait pour adjoints. Ces billets étaient renouvelés tous les ans 5 ils étaient alternativement rouges, blancs ou jaunes , et faits de manière que

9000 étaient destinés à la classe riche, 18000 à la classe médiocre, et 63ooo à la classe indigente.

Laghâ les délivrait aux contribuables , après y avoir inscrit leur nom et leur signalement ; il exigeait 553 médins pour les premiers , 283 pour les seconds, et i43 pour les troisièmes. Un usage établi en sa faveur avait fixé à ce taux une contribution que les réglcmens ne portent qu'à 44° > 22° et 110 médins.

Les billets de paiement restaient entre les mains des

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chrétiens et des Juifs , et leur servaient en quelque sorte de sauvegarde : ils n'avaient aucun droit à la protection du grand -seigneur , quand ils avaient néglige' de s'en munir.

Lorsque la perception était achevée, l'aghâ réglait ses comptes avec le rouznâmgy. Les 90000 assignations se calculaient à raison des sommes qu'elles auraient dû produire d'après leur taux primitif1. On en défalquait,

i°. Les assignations qui n'avaient pas été employées;

20. Les frais et le traitement de l'effendy ekgouâly, chargé de la perception 5

3°. Les pensions assignées par le sultan sur le karach , s élevant à seize bourses égyptiennes , ou 400000 médius.

L'aghâ acquittait ensuite le myry de sa charge , de 2509081 médins, faisant 896 10 liv. 9 dm. ou 885o3 fr. 75 cent. Ce myry porterait à croire que si les rentrées s'élevaient à une somme supérieure , l'excédant demeurait à son profit; néanmoins il est constant qu'il n'avait d'autre béné6ce que le droit d'usage que nous avons spécifié, et que les sommes qui surpassaient les fonds absorbés par les frais de perception , les pensions et le myry , étaient ajoutées au trésor ou khazneh qui s'envoyait au grand-seigneur.

L'aghâ affermait ordinairement au bey gouverneur de Girgeh le karach dû par les chrétiens et les Juifs de la haute Egypte, sans lui remettre une portion des assi-

9000 à 44° 3yGoooonu?d-

63ooo à 110 6930000.

Total i485oooom<i<1

É. M. xii. - i3

ig4 MÉMOIRE SUR LES FINANCES

gnations dont il était porteur. Les chrétiens et les Juifs de cette contrée recevaient de ce bey des assignations particulières qui avaient le même prix et les mêmes effets que celles qui étaient distribuées par l'aghâ. Celui-ci, employant ensuite comme valeur, dans le compte qu'il rendait au rouznâmgy, les assignations qu'il avait retenues , augmentait considérablement ses revenus par cette infidélité.

Le nombre des assignations délivrées par la Porte servirait à évaluer par approximation la population qobte1, sans ce que nous venons de dire sur la haute Egypte , et les exemptions qui étaient facilement accordées à tout chrétien ou Juif attaché au service des musulmans et des consuls européens. 11 est essentiel, en outre, d'observer que les femmes ,et les en fans présumés avoir moins de douze ans, n'étaient pas imposés. Le défaut de registres de naissance faisait que leur âge n'était estimé que par la mesure de leur tête'.

Nous n'avons pas mis au nombre des impôts levés au profit du sultan , un droit dit de beyt el-mâl, qui se composait de la succession totale des sujets du grandseigneur, chrétiens, Juifs ou musulmans, qui mouraient sans héritiers, parce qu'il ne donnait lieu à aucun myry. Son produit était envoyé autrefois à Conslantinople, où le sultan ne pouvait s'en servir qu'en faveur de la défense de l'islamisme. La perception et

1 Nous ne parlons pas des Juifs, corde de la mesure de la têle d'un

des Grecs de Syrie et de P Archipel , enfant au-dessous de douze ans: tous

à cause de leur petit nombre, et des ceux dont la tête ne pouvait pas y

Francs, qui n'y étaient pas soumis, passer, étaient classés au nombre

a Le percepteur avait une petite des contribuables.

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l'emploi de ce droit sont prescrits par le Qorân. Dans les derniers temps , les beys le faisaient lever sans en rendre aucun compte à la Porte. Dès qu'il mourait ua habitant un peu aise', ils s'empressaient de faire apposer sur la porte de la maison du de'funt un gros clou qui en empêchait l'ouverture, sans s'embarrasser s'il avait ou s'il n'avait pas d'héritiers : dans le dernier cas, toute sa succession leur appartenait; et dans le premier, ils faisaient payer bien cher la levée de ce séquestre.

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