‹ Description de l'Égypte, ou, Recueil des observations et des recherches qui ont été faites en Égypte pendant l'expédition de l'armée française (volume 3)Chapitre 73 sur 95 · PLANCHE XIV · texte numérisé non relu

PLANCHE XIV

FlG. !• LE PASSEMENTIER.

On a donné ici le nom de passementier plus particulièrement à l'ouvrier qui lait les cordons , les galons et les ganses , quoique les tresses représentées fig. 2 soient aussi de la passementerie , dans l'acception du mot Le métier est fort simple : les fils de la chaîne sont roulés sur un rouleau placé au bout , qu'on peut appeler Vensouple, et qui est percé de plusieurs trous. Vers le milieu du métier , ces fils sont séparés en deux parties. Par le mécanisme ordinaire des deux lames suspendues à une poulie et des marches placées sous les pieds et qu'on ne peut voir dans la figure, l'ouvrier sépare les deux moitiés des fils de la chaîne ; il les croise avec la trame qui est roulée sur un petit bâton servant de navette, et, quand ils sont croisés , il serre à chaque fois son ouvrage , au moyen d'une petite baguette qu'il tient de la main gauche. A mesure que le galon est fait, il le roule à l'autre bout du métier ; et pour continuer son travail , il déroule les fils qui sont sur l'ensouple , en changeant de trou le levier qui la retient.

Il y a au Kaire un quartier consacré aux fabricans et aux marchands de cordons de soie, et qu'on appelle el-Ayqadjn9 mot qui veut dire proprement , les faiseurs de nœud. Ils font aussi des glands entrelacés de fils d'or ou d'argent , des rubans , des rênes , des boutons , des olives et différens ouvrages de cette espèce , même des houpes et des franges. On fabrique une grande quantité de cordonnets ronds en soie rouge , et plus ou moins riches , pour suspendre les sabres au côté. Les plus beaux se vendent 8 à 10 parats le darem. Outre ces ouvrages en soie, on en fait aussi en coton ou en laine.

Dans le même quartier , on file la soie blanche et jaune sur de petits métiers assez bien faits , qui sont des rouets à deux bobines , mus à l'aide d'une manivelle ; et l'on file aussi l'or et l'argent sur la soie. Ces ouvriers s'appellent armagyéh et qassalgjeh; la plupart sont des Qobtes. On vend 5o parats un mitqâl ou un darem et demi de fil d'or , et £o parats , un mitqâl de fil d'argent. Le mitqâl pèse 3 grammes neuf centièmes, ou 58 grains trois seizièmes.

FlG. a. LE FAISEUR DE CORDONNETS.

L'ouvrier , assis à terre , tient dans les doigts de chaque main la moitié des fils qui doivent composer sa tresse : avec beaucoup de promptitude et de dextérité , il les entrelace ; et à chaque fois qu'il les a entrelacés, il les applique et les serre contre une cheville bien fixe. Aux fils du cordonnet est attachée une corde qui passe sur deux poulies et qui supporte un poids. Par ce moyen, ils sont fortement tendus quand l'ouvrier les tresse.

Les hommes qui fabriquent les tresses s'appellent elrhabbâkyn. On nomme cherjt les cordonnets ronds ou plats tressés en laine ou en coton.

FlG. 3. LE FABRICANT D'ÉTOFFES DE LAINE.

Le métier, grossièrement (ait , est construit en bois brut , attaché avec des clous et des ficelles. On travaille sur ce métier une étoffe de laine qui est le drap du pays.

L'ouvrier , assis sur une pierre , tient la navette de la main droite , ayant la main gauche appuyée sur le métier , et pose les pieds sur les deux marches qui font mouvoir les peignes.

Les étoffes de laine brunes , c'est-à-dire avec la couleur natu-

PLANCHE XHT. «9 relie de la laine , s'appellent bidtt. On le^eïnt souvent en noir, et on les mélange de quelques fils d'un jaune doré formant dîffércns dessins. Celles-ci s'appellent atbâyéh; on les vend 3o parats le pyfc : la largeur est d'un pyk et demi (trois quarts d'aune). Il en faut dix pyks pour une robe d'homme, et ces robes se vendent 3oo parats; les autres se vendent 3 pataquès. Ces étoffes sont grosses et épaisses ; elles forment le plus ordinaire et presque l'unique vêtement des gens du peuple , hommes et enfans.

FlG. 4-. LE CEINTURONNIER.

L'ouvrier qui fait les ceintures et les ceinturons , travaille debout. La largeur de ces ceintares est variable depuis quatre jusqu'à six et huit doigts. Comme une partie du métier est cachée , il faut supposer que les fils de la chaîne sont séparés en deux parties , au moyen des licerons et des lames , lesquelles sont mises en mouvement par les marches qui sont censées sous les pieds de la figure. Le ceinturonnier tient de la main gauche la navette et la trême ; à chaque fois que la trame a passé , il serre son ouvrage au moyen d'un large couteau plat en bois. A l'extrémité droite du métier est le rouleau sur lequel sont les fils de la chaîne, et à l'autre, celui sur lequel se roule la ceinture à mesure qu'elle est fabriquée. La corde qui retient les fils est passée autour d'une cheville , et un poids y est suspendu.

On nomme hamar les différentes espèces de ceintures. On les fabrique en soie, en coton ou en laine, avec des fils diversement

colorés et qui ont une certaine variété de dessins et d'arrangement ; elles sont assez longues pour faire deux fois le tour du corps, et

se ferment avec des boucles. Les Egyptiens y renferment des papiers, de l'argent, y placent leur pipe et en font divers autres É. M. m. 39

45o ARTS ET MÉTIERS,

usages. Tous les habitanFen portent, sans exception : aussi rien n'est plus varié que la composition des ceintures , depuis celles en cachemire et celles qui sont en soie tissue d'or et qui se vendent jusqu'à 90 pataquès , jusqu'aux ceintures en bine qui se font pour le peuple.

Les ceinturonniers font encore des sangles pour les chevaux, les mulets, les chameaux et les ânes. Elles sont larges comme la main, tressées en laine et en coton, et très-solides; on les appelle hazdm : elles se ferment au moyen d'un anneau qui est à un bout, et d'une courroie qui «st à l'autre.

E. JOMARD

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