‹ Description de l'Égypte, ou, Recueil des observations et des recherches qui ont été faites en Égypte pendant l'expédition de l'armée française (volume 3)Chapitre 74 sur 95 · PLANCHE XV · texte numérisé non relu

PLANCHE XV

Fig. i. l'arçonneur de coton.

Cette figure représente l'arçonneur qui prépare du coton avec V arçon ou grand archet, qu'il tient de sa maïn gauche. La corde tendue d'un hout à l'autre de l'arçon est destinée à vihrer chaque

fois que l'ouvrier la frappe avec la coche ou* espèce de maillet qu'il

tient de sa main droite.

Les filamens du coton s'entortillent sur la corde qui divise les flocons. Elle se charge de ces filamens lorsque l'arçon est ahaissé , et elle s'en dégage lorsqu'il est relevé. L'habileté de l'ouvrier consiste à mouvoir son arçon à propos , et à frapper sur la corde de manière à y faire attacher le coton , ou à le faire quitter.

Un enfant, près de l'arçonneur, met sur un rouleau de bois du coton préparé.

Les Égyptiens emploient un arçon plus petit que celui des ouvriers européens. Ces derniers sont obligés , en se servant d'un arçon très-grand , de le suspendre à une corde verticale , afin de le faire mouvoir en le balançant : ils proportionnent , en se tenant debout, leurs mouvemens à la dimension de l'instrument. Les Égyptiens travaillent assis, et manient avec adresse un arçon plus petit ; ils vont dans les maisons pour reoattre le coton des coussins et des matelas , que l'on n'est pas dans l'usage de carder. Ils préparent aussi la laine dans les manufactures de feutre.

/>5a ARTS ET MÉTIERS.

FlG. 2. LE FILEUR DE LAINE.

Le fjlcur de laine se sert d'un simple fuseau ; il tire une portion de fil à sa droite hors du paquet de laine qu'il tient de la main gauche. Son fuseau est suspendu au fil et s'amincit par le bas , afin qu'il puisse être tourné avec les doigts. Un crochet retient en haut du fuseau le fil qui doit être tordu. Le fileur garnit successivement son fuseau de toutes les portions de fil qu'il tord. La laine filée sert pour diverses étoffes ; les Arabes du désert en font les toiles de leurs tentes.

FlG. 3. LA DÉVIDEUSE DE LAINE.

La dévîdeuse pose un de ses pieds sur le châssis d'un dévidoir, à l'une des extrémités duquel elle a monté sur le côté un fuseau. Elle tourne la roue , ou le tambour , qui est la pièce principale du dévidoir. Plusieurs fils croisés entre deux cercles de planches forment la circonférence du tambour , d'où une anse de corde se prolonge sur une bobine qui tourne. On peut, avec ce dévidoir, garnir une bobine ou un fuseau de plusieurs fils à-la-fois, sans y passer beaucoup de temps. Il sert aux femmes dans leur ménage , et aux tisserands dans leurs manufactures. Sa construction, au moyen des fils du tambour , est simple et remarquable.

FlG. 4- I* TOURNEUR EN BOIS.

Le tourneur se sert de la main et du pied pour tenir son ciseau. Il est assis et courbé ; il travaille a l'archet. Son tour est très-imparfait , et consiste en deux poupées posées sur un plancher , l'une fixée à gauche , et l'autre mobile. Cette dernière s'écarte ou se rap-

PLANCHE XV. 453 proche pour serrer entre deux pointes les objets à tourner. Ni l'une ni l'autre des pointes n'est à vis. Une longue traverse de fer supporte le ciseau du tourneur, et pèse assez sur les poupées pour assujettir celle qui est mobile. Cette traverse reçoit plus de poids

par l'addition d'un cylindre de pierre à l'une de ses extrémités. L'ouvrier supplée par l'adresse à l'imperfection de ses instrumens. 11 sait tirer le plus grand parti de son tour à pointes ; il n'est presque point d'ouvrages qu'il ne puisse exécuter.

Les tourneurs , occupés en Egypte à des travaux grossiers ou délicats, ne se servent que de tours à arebet, construits comme celui qui vient d'être décrit. Ils s'entr'aident pour tourner des mortiers pesans : ils corrigent ensuite hors du tour les défauts qu'ils n'ont pu éviter. D'autres ouvriers mettent beaucoup d'art à tourner de l'ambre ou de l'ivoire pour faire des bouts de tuyaux de pipe. Ils travaillent tous dans la même attitude que le tourneur en bois. * FlG. 5. LE SERRURIER EN BOIS.

Le serrurier en bois travaille assis sur le plancher de sa boutique, comme la plupart des ouvriers égyptiens. Il tient un morceau de bois entre ses pieds , et le dresse avec un rabot. Ses outils sont la plupart autour de lui. Il fabrique des serrures neuves , et il en raccommode de vieilles. 11 ajuste les pièces qu'on lui demande; et il leur donne à toutes une proportion telle, qu'une serrure ne peut s'ouvrir qu'avec une clef faite exprès.

Souvent on appelle un serrurier pour ouvrir une serrure difficile. 11 tâche alors d'en faire glisser le pêne en le mouillant, et il l'ébranlé pour faire jouer les fiches qui le ferment. Il introduit une plaque de tôle au-dessus du pêne , quand une clef est perdue ; il frappe sous la serrure , et fait remonter , par des secousses , les

fiches sur la plaque. Le pêne peut ensuite être ouvert. Mais une telle méthode est impraticable quand une serrure est bien faîte ; le péne doit assez bien joindre le montant où il est enchâssé , pour ne point laisser d'intervalle. Il faut ordinairement se résoudre à ôtcr une serrure avec des tenailles, quand on en a perdu la clef. {Voyez la description de la serrure égyptienne, planche xxx.)

A. Delile.

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