PLANCHE XXVIII
FlG. I. LA FAISEUSE DE MOTTES.
En Égypte, où il y a fort peu de bois, on n'emploie guère au feu de la cuisine que des mottes faites avec la fiente des animaux. Beaucoup d'cnfàns et surtout de jeunes filles ramassent cette fiente sur les chemins , et vont la chercher dans les étables et les écuries ; ils la mettent dans de petites couffes ou corbeilles de feuilles de dattier, pour la porter aux femmes qui font des mottes. On voit , sur la gravure , deux filles ou femmes qui portent ces couffes sur leur tête ; une troisième (ait les mottes en brisant la fiente sèche , et la préparant avec un peu d'eau , de paille et de poussière.
Les faiseuses de mottes choisissent, pour ce métier, quelque cour dans les faubourgs , quelque ruelle ou passage peu fréquenté , ou un emplacement découvert , au-dehors de la ville. Elles pétrissent à terre , avec de l'eau , la fiente des animaux , et pressent , sur la poussière et sur la paille hachée, de petits tas de cette fiente , pour en faire des mottes minces et arrondies : elles font sécher ces mottes par terre , ou les collent contre les murs de leur habitation, d'où elles les ôtent quand elles sont sèches.
Ces mottes , bien allumées , donnent une flamme légère , sans beaucoup de fumée , et sans une aussi forte odeur que l'on pourrait croire. Elles se réduisent en un charbon qui donne long-temps de la chaleur avant de tomber en cendres.
L'usage de ces mottes a introduit celui de la fabrication du sel ammoniac , que l'on retire de la suie et de la poussière des maisons où l'on a ainsi brûlé la fiente des animaux. On n'obtiendrait point ce sel de la suie qui résulterait de la combustion des ma-
PLANCHE XXVIII. 489 tières seulement végétales, tandis qu'il est formé et volatilisé naturellement dans la suie , lorsqu'on a brûlé des matières animales.
FiG. 2. LE CHAMELIER.
Tous les transports de fardeaux se font en Égypte à dos de chameau , et non sur des voitures.
Le chamelier, chargé de soigner un ou plusieurs chameaux, s'occupe aussi de tout l'attirail propre à charger les marchandises.
Le chameau est nourri de paille et de fèves , ou de trèfle , mis à terre devant lui dans sa mangeoire. A la ville , on le mène boire tous les jours ; mais , lorsqu'on se propose de faire quelque voyage dans le désert , on habitue , pendant quelques jours à l'avance , les chameaux à ne boire que tous les deux jours : tous ces soins sont du devoir du chamelier. Il rend cet animal docile à s'agenouiller et à se reposer à terre , pour recevoir ou déposer sa charge. Le chameau est conduit par une simple corde liée autour de sa tête , sans gêner les mâchoires ni le museau. La selle consiste en deux barres longitudinales, liées à deux fourches qui appuient sur des coussins bourrés, pour empêcher le frottement Le chamelier attache les fardeaux aux barres de la selle , au moyen de cordes ou de filets à larges mailles. La figure représente ces filets , dont un est vide et suspendu , et dont les autres sont déposés à terre et pleins de paille, dans l'écurie, où le chamelier et le chameau sont en repos.
À. Delile.