XVIII. 1 l
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iG2 ÉSSAI SUR LES MOEURS
fournissent à ces scaldes arabes la matière ordinaire de leurs chants; ils y ajoutent mille histoires merveil^ leuses , et les récits de combats héroïques dont le fond est puise dans les annales de leur pays. Les Mamlouks en dignité, et qui avaient une réputation de bravoure, faisaient venir ces orateurs dans leurs maisons, exerçaient leurs talens, et les récompensaient avec muni-
ficence.
Dans les beaux cafés, on entend quelquefois une musique assez régulière pour le pays; les artistes sont payés par le cafetier et un peu par le consommateur. Chacun écoute en silence; on n'entend point de cris, ni les éclats d'une joie bruyante : tous les assistans paraissent plongés dans une rêverie profonde ; et c'est encore là un des traits distinctifs du caractère oriental. Quelquefois deux personnes ou un plus grand nombre se disputent une partie d'échecs; mais on les croirait privées de l'usage de la parole ; des curieux les regardent sans se permettre la moindre réflexion , et tout se passe en pantomime, à moins qu'un homme ivre ou un insensé ne vienne troubler le calme de la société et l'égayer par ses folies1.
§. XI. Jeux et exercices.
Les jeux des Orientaux sont généralement en harmonie avec la gravité de leur caractère. On y reconnaît
1 Nous avons donné , dans le pa- ferons de même à l'égard des cafés,
ragrapbe précédent , Pétat approxi- quoique nous en ayons déjà dit un
matif des frais que nécessite Téta- mol, chapitre Iar.
blissement d'un bain public ; nous Le mobilier du plus beau café
DES HAB1TANS MODERNES DE L'EGYPTE. i63
le goût d'un peuple penseur, qui se plaît à me'diter au milieu même de ses divertissement. Le trictrac, le jeu des dames, en arabe dâmah , et les c'cliecs, satraiig, sont les jeux favoris des Egyptiens , ceux auxquels se livrent particulièrement les gens du bon ton, et que le peuple lui-même préfère à tous les autres : les échecs surtout jouissent d'une faveur générale ; on les aime à l'excès ; il n'est pas rare de voir des joueurs y passer des journées entières. Toutes les pièces, ainsi que les pions, sont extrêmement simples , non pas seulement parce que les musulmans ont les figures en aversion, mais encore parce que leurs artistes ne sont pas très-babilcs , ou qu'on ne leur accorderait pas un salaire proportionné à leurs peines, s'ils s'appliquaient à perfectionner leur travail Les damiers et les échiquiers marquetés de bois précieux ne servent qu'aux riches et aux grands : le peuple fait usage d'un linge sur lequel sont cousus des carrés de drap de diverses couleurs ; ce linge sert tout
peut coûter , de premier achat , quarante pataquès; celui du plus médiocre n'en coûte guère que dix ou douze. Sept ou huit nattes , quinze petites cafetières, quinze fingân de faïence, autant de zarf ou petites tasses do cuivre dans lesquelles on met les fingàn, tels sont les ustensiles dont l'emplette est indispensable. Il faut en outre pour vingt-cinq ou trente parais de bois par jour, deux l'ail de café à quarante parais le roll, cj de quoi entretenir deux domestiques et le maître. Tout cela est bien peu de chose, comme on le voit : aussi la profession de cafetier est-elle une condi-
tion assez misérable en Kgyple. On peut trouver un café tout meublé à louer; le loyer coûte par jour de sept a quinze parais. Celui qui loue est tenu d'entretenir les meubles.
1 Malgré cela , nous avons vu en Kgyple des échiquiers d'une trèsgrande magnificence, cl si bien travaillés, qu'on aurait de la peine a faire nfeux en Europe. L'ivoire et l'acajou sont les matières que l'on y emploie : tout est si bien assorti, et les ornemens sont si gracieux, que l'on est étonné de trouver tant d'art allié A tant d'insouciance. Les riches et les grands possèdent seuls les beaux échiquiers.
ensemble d'échiquier et de boîte pour enfermer les pions et les pièces après la partie.
Il y a plusieurs autres jeux d'adresse qui demandent aussi plus ou moins de combinaisons. Celui qu'on nomme manqaleh, diu*, qui se joue à deux avec deux planches où sont creuses six trous, dans chacun desquels les joueurs mettent six petites pierres ou autant de coquilles,- est fort en vogue. Il en est de même de celui que les Arabes nomment tâb ou-douk , dont le savant Th. Hj'dc parle fort au long , et qui est encore en vogue parmi les Orientaux : il se joue avec des pions de diverses couleurs , en Syrie avec vingt-un , en Égy pte avec dix-neuf ou dix-sept, mais toujours avec un nombre impair, que chacun place dans la rangée extérieure en commençant la partie. Nous avons vu jouer le tâb ou-douk chez des Maronites au Raire : ils avaient une planche à quatre rangées , et dans chacune il y avait vingt-un carrés. Les joueurs ont de plus quatre petits bâtons plats, noirs d'un côté et blancs de l'autre. Lorsqu'on joue en plein air, on jette ces bâtons contre un couteau fiché en terre, ou contre une aiguille à emballer plantée dans un sofa , lorsque deux marchands jouent dans leur magasin. L'un engage la partie à droite, et l'autre à gauche , afin que les pions se rencontrent. Quand le premier a amené tâb, c'est-à-dire trois blancs et un noir il avanceun des pions de la première rangée dans la case voisine 8e la seconde, sans cela c'est le
« Th. Hyde dit trois noirs et un jeu varient suivant les paya où il est blanc ; l'un de nous a doue élé mal répandu, informé , ou bien les règles de ce
DES HABITANS MODERNES DE L'ÉGYPTE. i65
tour de l'autre; ce qui dure jusqu'à ce que l'un des deux
ait amené tdb. Chaque pion de la rangée extérieure ne peut être remue la première fois qu'après qu'on a amené' tdb. Voici les autres coups : douk-etneyn , ou deux blancs et deux noirs; après ce coup, on avance de deux cases l'un des pions auxquels le coup tdb a déjà fait faire le premier pas. Trois douk el-talât, ou trois noirs et un blanc; après ce coup, on peut avancer un pion de trois cases : quatre arba } ou quatre noirs, font avancer un pion de quatre cases; setteh , ou quatre blancs, gagnent six cases; et le joueur qui amène tdb arba' ou setteh, continue toujours et fait avancer ses pions. Celui qui a pousse les siens jusqu'à la seconde rangée, les fait rétrograder dans la troisième, et réciproquement de l'un à l'autre, jusqu'à ce que l'un des deux ait perdu tous ses pions.
Les Turks et les Arabes jouent aussi à pair et impair. Nous avons vu au Kaire des chrétiens indigènes enfoucer une pièce d'argent en terre, et jouer à la toucher en lançant une boule. Ce jeu a ses règles comme les autres; le cas où les boules de deux joueurs se rencontreraient est pre'vu. Nous avons néglige de prendre note des lois qui règlent ces sortes de jeux, et nous pensons que le grand nombre des lecteurs nous pardonnera volontiers cette négligence.
L'exercice favori des Osmanlis et des grands parmi les Turks est le maniement du cheval; c'est aussi en quoi ils font consister principalement le talent militaire. Les grands personnages du Kaire se réunissent deux fois par semaine dans une grande place nommée Masta-
i66 ESSAI SUR LES MŒURS
beh; ils se font accompagner d une multitude de domestiques et d'esclaves , tous à xheval comme eux. On s'exerce au geryd, c'est-à-dire qu'on se divise en deux partis qui se chargent au grand galop : chacun est armé d'un hâton de palmier, long de quatre pieds, et de moyenne grosseur ; on le lance horizontalement et avec une extrême raideur contre son adversaire : il est des cavaliers qui emploient une telle vigueur à cet exercice, que si leur coup porte, il peut briser les os de celui qui le reçoit ; mais l'adresse consiste à éviter le bâton , et même à le recevoir dans la main. Nous avons connu un seigneur qui, dans sa jeunesse, avait eu un bras et une jambe cassés de cette manière. Ceux qui préfèrent s'exercer au tir, posent un ^ol [bardak) sur un monceau de sable, et le visent avec un mousquet chargé à balle, en courant de toute la vitesse de leur cheval.' On se sert, pour cet exercice, d'une arme à mèche, quoiqu'on ne manque pas de mousquets à ressort. Les jouteurs n'en usent ainsi que pour mieux assurer leur coup, parce qu'en courant à toute bride, l'air, vivement ébranlé , empêcherait sans doute les étincelles de pierre à feu d'atteindre la poudre , et les mèches parent à cet inconvénient. Les seigneurs s'amusent encore à tirer de l'arc. On voit dans la place plusieurs petites colonnes érigées en l'honneur de ceux. qui ont fait preuve d'une force extraordinaire dans cet exercice. Lorsque le Nil a atteint une partie de sa hauteur, les grands du Kaire se divertissent dans leurs bateaux, qui sont d'une magnificence remarquable; ils vont à la rame sur les grandes places de Birket eUFjl et de XEzbekyeh :
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ils aiment alors à faire tirer des feux d'artifice, et à prendre avec eux des musiciens qui les égaient pendant leurs promenades sur l'eau.
Les gens du commun ont aussi leurs exercices : ils singent les hommes distingues, et font en petit ce que les autres font en grand. Nous avons vu , par exemple, les domestiques des principaux personnages du Kairc s'exercer à lancer un bâton de cinq à six pieds de longueur dans une direction horizontale : c'est ainsi qu'ils se formaient au gei-jd; ils commençaient à pied, afin d'être plus habiles pour jouter à cheval. Le peuple et même les fellah s'escriment avec de grands bâtons, en observant certaines règles. L'usage est de faire avec le bâton , au commencement du jeu , certains mouvemens, qui sont apparemment une espèce de salut; après quoi chacun s'efforce de frapper son adversaire à la tête, seule partie qu'on doive viser. L'adresse consiste À parer le coup; et cette lutte ressemble assez à l'art des bâtonnistes , si connu en Normandie et en Bretagne. D'autres gladiateurs égyptiens tiennent un bâton dans la main droite, un petit coussin dans la gauche , et dirigent leurs coups sur les bras seulement. Cet exercice se nomme lab el kab. Nous avons vu aussi en pleine rue des lutteurs qui n'avaient pour tout vêtement qu'un haut-dechausse fort étroit; tout leur corps était frotte d'huile; ils se saisissaient et cherchaient à se terrasser : mais leurs mouvemens étaient sans vigueur; ils n'avaient ni adresse ni vivacité. Après plusieurs minutes employées à des gestes , que l'on peut à peine nommer des efforts, l'un des deux se laissait tomber, et la lutte se terminait
là. Ces lutteurs n'oseraient pas montrer leur habileté* en Perse , où Ton excelle dans les exercices du corps : mais ils attirent encore l'attention en Egypte; et, dans tous les états du grand-seigneur, on n'en voit guère de plus adroits.
§. XII. Fêtes publiques, divertissemens et spectacles.
Les fêtes des musulmans correspondent toutes à quelque époque religieuse. En Égypte, le peuple n'en observe qu'une dont l'institution soit étrangère à sa croyance actuelle : c'est la lête de l'ouverture du Khalyg du Raire, ou fête du Nil. Cette fête est nationale; elle remonte à la haute antiquité. Les autres arrivent dans l'ordre ci-dessous :
Mois de moharrem Retour de la caravane de la Mekke.
Idem Fête du prophète.
Dans les mois suivans. . . Fêtes successives des santons et
des mosquées.
Le dernier jour de cha'lân. Veille du ramadâu , fête annonçant
le carême qui dure pendant tout le mois lunaire de ce, nom.
A la fin de ramadân. . . . Grande fêle qui dure trois jours.
Le 27 de chaouâl. Départ de la caravane.
Le 10 de doul-hageJi. . . . Le grand Eeyrâm , correspondant à
l'arrivée des pèlerins à la Mekke.
Le pâchâ présidait à la fête du Khaljg, ainsi que les principaux personnages du gouvernement, tels que le cheykh el-beled, le qâdy, le defterdâr ou chancelier du gouvernement, le iyâhyah des tchâouchyeh , corps de
janissaires, les kâcheft et tous les grands. Le pâchâ arrivait le matin avec sa maison , c'est-à-dire ses officiel s et ses gens; les beys et leurs Mamlouks, accompagnes d'une foule de musiciens, occupaient une partie de la place, tandis que le canal était couvert débarques, au milieu desquelles on distinguait celles des femmes à la richesse de leurs décorations, et aux jalousies qui fermaient le dais dont elles étaient surmontées. Le pacha revêtait de pelisses d'honneur le qâdy, le kyâhyah et les autres grands officiers ; ensuite il donnait le signal : alors des ouvriers placés à cet effet renversaient dans le Nil une statue ou une colonne de terre, au bruit de mille. acclamations et d'une nombreuse musique ; ils rompaient la digue , et les eaux du canal s'étendaient rapidement dans les rues de la ville : les places publiques devenaient en un instant des espèces de lacs. Le pâchâ, avant de se retirer, jetait dans le fleuve une poignée de pièces de monnoie d'or et d'argent, que d'habiles plongeurs se disputaient bientôt. Le reste de la journée se passait en fêtes et en réjouissances , ainsi que la nuit suivante. Cette allégresse universelle est bien légitime, puisque la crue du fleuve est la garantie de la prospérité publique : le peuple se livre à l'espoir d'une récolte abondante, et jouit, pour ainsi dire, d'avance, des avantages qu'ellè lui promet \
principalement les jours de fête que tous les
1 La figure d'argile qu'on jette consacraient, dit -on, nne jeune
dans le Nil se nomme (frouseh, -vierge au fleuve, et l'y précipitaient
^J/^i la nouvelle mariée. On même quelquefois, suivant plusieurs
croit que cet usage est un reste du historiens de l'antiquité, culte des anciens Égyptiens, qui
i7o ESSAI SUR LES MŒURS
histrions et les baladins appelés bahlaouân, dont le métier est d'égayer le public, amusent la multitude par leurs tours ou leurs face'ties. Les divertissemens du peuple consistent., à proprement parler, dans les scènes burlesques , et même un peu trop libres , que des espèces de comédiens ambulans représentent en pleine rue', ainsi que dans les tours de quelques escamoteurs assez adroits dans leur genre. Nous avons vu plusieurs fois dans lés rues du Kairc des hommes qui faisaient jouer les marionnettes. Ce petit spectacle est fort en vogue : le théâtre dont on se sert est très-simple et très-petit; un seul homme peut le porter aisément. L'acteur se place derrière, ou plutôt dans le carre de planches qui le compose, de manière à pouvoir découvrir la scène et les spectateurs à travers des trous pratiques à cet effet, sans être vu de personne. Il fait ensuite passer ses poupées par d'autres trous , et leur fait faire tous les mouvemens qu'il veut , au moyen d'un fil d'archal qu'il dirige à son gré. Comme il ne serait pas convenable que ces marionnettes rendissent des sons aussi forts que lur, il déguise sa voix naturelle à l'aide d'une petite machine placée dans sa bouche , et la rend extrêmement douce et fliitée dans les discours qu'il prête à ses petits automates : le tout irait assez bien , si les pièces étaient moins défectueuses. Les poupées commencent presque toujours par se faire beaucoup de complimens; elles se querellent ensuite, et la comédie finit ordinairement par des coups. Il est vrai que ce genre est du goût du plus grand nom-
1 Karakous est le héros de ces farces : il a du rapport avec noire polichinelle.
Lie des spectateurs, et que Histrion est oblige de s y conformer.
Nous avons remarque, entre autres escamoteurs qui parcouraient les rues du Raire, un individu qui possédait une fontaine intermittente , dont l'eau coulait d'à- . bord, puis cessait tout à coup, pour recommencer à couler quelques instans après : le charlatan, en conséqucnce de la vertu de sa fontaine, qui lui était bien connue, commandait que l'eau coulât ou cessât de couler, suivant l'état de la mécanique ; le peuple applaudissait à son prétendu talent merveilleux, et le récompensait par quelques pièces de monnoie. Un autre jetait de la poussière dans un vase rempli d'eau, et la retirait sèche. Un troisième avait un gobelet à deux fonds, fermé par des couvercles; après un long discours et bien des bouffonneries , il soufflait sur une grande coquille, levait le couvercle, et montrait un œuf; il continuait ses farces, découvrait ensuite le gobelet par l'endroit opposé, et offrait aux spectateurs deux petits poussins à la place de l'œuf qu'il avait montré d'abord. Un autre jetait un cadenas fermé sur le visage d'un enfant; le cadenas s'ouvrait et saisissait la joue en dedans et en dehors'. Ces charlatans divertissent le peuple, qui les paie fort médiocrement : ils ne demandent rien d'avance; et lorsque leurs tours sont finis, chacun donne ce qu'il veut. '
Dans le mois de ramadan , qui est eu même temps
• Voyez la planche 67, 2Ê. M . , lançoires plus ou moins complioù Ton a représenté les escamoteurs quées qui servent aux divertissede la place Roumeyleh et des ba- mens du peuple.
i72 ESSAI SUR LES MŒURS
le carnaval et le carême des turks , le peuple du Kaire se divertit beaucoup , la nuit particulièrement. Les riches dorment pendant le jour, parce que la loi ne permet pas de manger à cette époque aussi long-temps que le soleil est sur l'horizon \ on ne prend de la nourriture que la nuit : mais le jour on voit sur les places, et particulièrement sur celle que l'on nomme Roumeyleh, au bas de la citadelle , une foule de charlatans pareils à ceux dont nous avons parle'.
On voit aussi en Égyptedes individus qui n'ont pour toute industrie et pour tout moyen d'existence que l'art assez commun de dresser des singes et autres animaux intelligens à faire des tours pour amuser le public: d'autres, plus patiens, exercent des serpens à danser , ou plutôt à figurer en mesure divers mouvemens indiques par un air joue' sur un instrument quelconque*. Ceci paraîtrait fort extraordinaire , si l'on ne savait que les reptiles, en ge'ne'ral, ont beaucoup d'instinct , qu'ils aiment la musique, et lèvent naturellement la tète et la partie supérieure du corps au bruit du tambour : ces mouvemens composent leurs danses. Il est aussi facile de faire danser les singes, qui sont tous d'une espèce commune dans l'Yémen : les Arabes les y choisissent de pre'ference pour les e'iever, parce qu'ils sont plus dociles que les autres.
Nous ne pouvons nous dispenser dédire un mot des come'diens et des spectacles des Égyptiens : on ne se douterait peut-être pas qu'il y a des acteurs réels en
1 On a traité ailleurs des ophio- Psylles, Voyez la Notice sur JRogènes modernes, reste des anciens sette , par M. Je i lois.
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Égypte et des repre'sentalions dans toutes les règles ; cependant nous avons vu au Kaire une troupe de comédiens composée de mahométans , de Juifs et de chrétiens. Leur aspect annonçait assez qu'ils ne faisaient pas fortune dans le pays. Ils allaient jouer chez tous ceux qui leur offraient une faihlc récompense : la cour de la maison leur servait de théâtre; un paravent pose dans un coin cachait leur garderobe , et c'était là qu'ils changeaient d'habits. Plusieurs Européens qui habitaient l'Egypte depuis quelques années sans avoir jamais vu de spectacles arabes, profitèrent de celle occasion ; on fit venir la troupe en question chez un négociant italien : elle joua dans un appartement dispose à cet effet. Mais rien ne nous satisfit, ni la musique, ni les acleurs : nous ne savions pas encore assez d'arabe pour les bien comprendre, et nous pensâmes que ce n'était pas la peine de nous faire expliquer le sens de la pièce; le tout était fort mauvais , dépourvu de grâce et de naturel. C'était une femme arabe qui attirait les voyageurs dans sa tente, les volait , et les faisait ensuite maltraiter et partir : elle en avait déjà dépouille plusieurs, et devait sans doute faire subir le même sort à une foule d'autres, lorsqu'un négociant impatiente' manifesta hautement l'indignation que lui causait la pièce; et les autres, pour montrer que leur goût n'était pas moins épure' , se hâtèrent d'interrompre les comédiens lorsqu'ils n'étaient peut-être pas à la moitié de la* représentation.
Nous aurons encore à parler des almeh dont nous avons déjà dit quelques mots : comme ces femmes sont très- nombreuses au Kaire , et qu'elles composent en
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quelque sorte un» corps de rae'tier, nous renverrons au chapitre des professions ce qu'il nous reste à dire sur leur compte.