A5JU
Les saqqâ1, ou porteurs d'eau , sont en quelque sorte les messagers de harem. Ils passent pour avoir souvent de bonnes fortunes : ce sont les femmes qui les choisissent et se les indiquent entre elles. Ces domestiques jouissent en géneïal d'un sort plus heureux que les autres : les maîtres de logis prennent deux le plus grand soin; les femmes les protègent et veillent à ce qu'ils soient à leur aise. Cette bienveillance peut avoir diverses causes : les femmes, naturellement douces et compatissantes, ne se conduisent peut-être ainsi que par une louable compassion , peut-être aussi par une affectation d'humanilë ; enfin , de secrètes faiblesses peuvent les déterminer à faire un sort à des hommes pour lesquels elles ont eu de l'affection.
Au reste, les domestiques sont ge'néralement bien traite's en Egypte : à part quelques légères tribulations et des châtimens quelquefois un. peu sévères que les maîtres infligent dans des mouvemens d'humeur ou d'impatience, ils n'ont point à se plaindre de leur condition. Les maîtres les affectionnent aussi beaucoup : on les voit souvent prendre le parti de leurs serviteurs avec une vivacité singulière, que ceux-ci aient tort ou raison , soit par attachement pour eux, soit par amourpropre. On cite l'exemple de plusieurs beys qui se sont disputes avec fureur pour les querelles de leurs domestiques.
Le caractère de ces derniers est généralement vicieux. Ceux qui parviennent à se procurer une sorte d'aisance,
sont impertinens et orgueilleux , délateurs et perfides , fourbes et rusés. Malheur aux hommes sans protection et sans crédit qui ont affaire à eux ! Ils sont plus durs et plus impitoyables que les Mamlouks qu'ils ont serais. Les farrâchyn, les sâys, les moqaddem et les saqqâ, sont attachés à leurs patrons. Ils sont contens de leur sort, et ne changent presque jamais de maîtres. Ceuxci les traitent avec beaucoup de douceur en général, comme nous l'avons dit : ils prennent soin de leurs enfans qui naissent chez eux, parce que les Égyptiens ont tous beaucoup d'affection pour les enfans. Us s'en donnent souvent entre eux, et ces cadeaux sont toujours reçus avec le plus grand plaisir. Pourquoi tout le reste n'cst-il pas en harmonie avec des goûts si naturels et des jouissances si pures ?