‹ Description de l'Égypte ou, Recueil des observations et des recherches qui ont été faites en Égypte pendant l'expédition de l'armée françaiseChapitre 30 sur 68 · I. Note sur la cérémonie usitée à la naissance · texte numérisé non relu

I. Note sur la cérémonie usitée à la naissance

des enfans.

Nous reproduisons ici une notice qui a déjà été imprimée au Kaire, et qui donne une idée juste des usages qui se pratiquent lors de la naissance des enfans mâles : on est étonné de voir que le père ne figure en aucune façon dans cette fête intéressante.

Au septième jour de la naissance d'un enfant mâle, l'accouchée réunit ses amies, et passe tout le jour avec elles en divertissemens.

33o ESSAI SUR LES MOEURS

L'intervalle des deux repas est rempli par des chants et des danses exécutes par des a'imeh. Après le dîner, commence la cérémonie de l'inauguration de l'enfant nouveau-ne'; on la nomme souboueh : elle consiste en

une promenade dans toutes les chambres de l'habitation des femmes. Une des principales servantes marche en tête , portant un plateau de cuivre , où sont disposées circulairement autant de bougies qu'il y a de femmes qui prennent part à cette fete; ces bougies sont allumées et peintes de diverses couleurs. Vient après la sage-femme chargée de l'enfant ; à ses côtes , elle a deux autres servantes : la plus jeune porte du feu dans un rechaud d'airain; et la seconde, un plat qui renferme de l'orge, du blc, des lentilles, des fèves, du riz, do sel marin et de l'encens, sept substances qui correspondent au nombre de jours ecoule's depuis la naissance de l'enfant. La mere marche ensuite, entourée de ses principales amies et des a'imeh; les autres femmes forment le dernier groupe. Pendant la marche, on exécute une musique fort bruyante ; et chaque fois que la troupe entre dans une chambre du harem, la sagefemme prend les grenailles, l'encens qu'elle trouve à sa droite, et en jette une partie dans la chambre. On lui répond par dos cris de joie tres-prolongc's ; la musique devient plus rapide et plus bruyante , et l'on se plaît à marcher et à glisser sur les grenailles répandues de toutes parts.

De retour dans la pièce principale du harem , le plateau des bougies est place sur un tabouret au milieu de la chambre; chacun y vient déposer une pincée

de parâts; les petites filles et les servantes se jettent sur les bougies et se les disputent. Immédiatement après, la sage-femme emporte le plateau, et fait^son profit de l'argent qu'elle y trouve et qui lui est destine'.

La cérémonie est terminée par une visite que l'on rend à l'enfant : on lui orne la tête de pièces d'or dont on lui fait cadeau, ou bien on les renferme dans des mouchoirs de prix que l'on place sous sa tête.

IL Ignorance des Egyptiens et des Nubiens relativement

à la représentation des figures humaines.

Nous avons parlé ailleurs du peu de connaissances des Égyptiens modernes en tout ce qui regarde les beaux-arts; mais il nous reste à dire jusqu'à quel point cette ignorance est profonde en fait de peinture, par suite des préjugés inhe'rens à la religion mahométane. Plusieurs traits qui se sont passés sous nos yeux, le feront mieux concevoir que toutes les réflexions qu'on pourrait faire. . *

M. Rigo, peintre et membre de l'Institut d'Egypte, avait entrepris une suite d'études sur la physionomie des habitans. La caravane de Nubie, qui était an Kaire en 1799, présentait, à cet égard, une occasion heureuse à saisir; et le conducteur de la caravane, A'bdcl-Kerym, était surtout remarquable par la force du caractère nubien empreint sur sa physionomie. M. Rigo réussit à l'attirer chez lui à force d'argent. Après une négociation longue et souvent rompue, A'bd-el-Kerym vint dans l'atelier du peintre sous l'escorte de dix à

douze de ses compatriotes, et avec toutes les précautions d'un homme qui est persuade' qu'on l'attire clans

un piège. Pourtant on vint a bout de le rassurer un peu , et on le détermina à congédier sa garde ; alors M. Rigo se mit en devoir de faire son portrait de grandeur naturelle. Le Nubien parut d'abord content de l'esquisse au crayon ; il montrait avec son doigt les parties du dessin et les parties correspondantes de son visage, en disant tajeb (bien) : mais, quand l'artiste y eut mis la couleur, l'effet fut tout différent ; A'bd-el- Kcrym n'eut pas plutôt jetc' les yeux sur celte peinture, qu'il recula, en poussant des hurlemens d'effroi. Il fut impossible de le calmer; la porte de l'atelier étant ouverte , il s'enfuit à toutes jambes, et cria dans le quartier qu'il venait d'une maison où l'on avait pris sa tête et la moitié' de son corps.

Quelques jours après, M. Rigo introduisit dans l'atelier un autre Nubien , portier de l'une des maisons de l'Institut. Il ne fut pas moins effraye' par la vue des peintures que son compatriote; il courut conter à tout le voisinage qu'il avait vu chez un Français un grand nombre de têtes et de membres coupes. Ses confrères se moquèrent de lui, et se reunirent au nombre de six pour ve'rifier le fait : il n'y en eut pas un qui ne fût saisi d'effroi en entrant dans l'atelier, et aucun ne voulut y demeurer.

M. Rigo a peint une jeune femme du même pays, amenée au Kairc par A'bd-el-Kerym. 11 a fallu user de contrainte pour la re'soudre à se laisser peindre : à mesure que le peintre achevait de faire la tête ou le

bras, elle lui disait : «Pourquoi prends-tu ma tête? pourquoi m'ôtes-tu mon bras? » Elle paraissait persuadée que toutes les parties de son corps dont l'image était transportée sur la toile, allaient se dessécher.

Les chrétiens du pays croient que toutes les peintures représentent des saints; il y avait dans cet atelier un portrait de Fiançais devant lequel tous les Qobtes se prosternaient en entrant, et qu'ils baisaient de'votement.

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