‹ Description de l'Égypte ou, Recueil des observations et des recherches qui ont été faites en Égypte pendant l'expédition de l'armée françaiseChapitre 3 sur 68 · MARONITES · texte numérisé non relu

MARONITES

Catholiques soumis à un patriarche dans le Liban l.

Les Juifs ont aussi deux sectes en Égypte. La principale est celle des harrayn : elles se tolèrent réciproquement. Les autres sectes de cette religion dont parle Niebuhr dans son Voyage de V Arabie , sont tout à fait inconnues au Kaire et dans le reste de la vallée \

§. IV. Des Qobtes en particulier.

Parmi les habitans de l'Egypte, la classe la plus intéressante est sans contredit celles des Qobtes , puisqu'ils se considèrent comme les desecudans des anciens Égyptiens , que leur langue et les probabilités bistoriques viennent à l'appui de leur pre'tenlion. Il est incontestable qu'ils ont un caractère de pbysionomie propre aux habitans de l'Afrique ; ce qui établit suffisamment leur qualité d'indigènes en Égypte , et porte naturellement à leur supposer une origine commune avec l'ancienne nation. On peut admettre que leur race a su se conserver pure de tout me'lange avec les Grecs, puisqu'ils n'ont entre

■ Il Wy a en Egypte ni calvinistes ni luthériens.

1 Voyez Niebuhr, Description de l'Arabie, tom. iFr, pag. 36.

i4 ESSAI SUR LES MŒURS

eux aucun trait de ressemblance. Lorsqu' Alexandre fit la conquête de l'Egypte, et que les Grecs s'y fixèrent définitivement sous les Ptolémées , il dut y avoirdeux races distinctes ; et depuis lors les Egyptiens , sous le nom de Qobtes, ont toujours forme' une classe à part» maigre les envahissemens successifs des Romains , des Arabes et des Ottomans. Cette classe est encore tout à fait isolée des diverses races étrangères qui composent aujourd'hui la majeure partie de la population de TÉgypte.

Dès les premiers temps du christianisme , saint Pierre envoya aux Égyptiens saint Marc pour leur prêcher 1 évangile : leloquence et le zèle de cet apôtre entraînèrent bientôt les esprits; il eut une foule de prosélytes, et fonda ainsi l'église d'Alexandrie , qui devint fameuse en Orient. Mais , dans la suite , les opinions d'Eutychès et de Nestorius y prévalurent : ces premières semences de schisme ont germé jusqu'à nos jours.

Les Qobtes avaient des établissemens religieux d une grande magnificence , comme l'annoncent encore beaucoup d'églises et de monastères ruinés. C'était surtout dans la haute Égypte qu'ils avaient élevé des temples somptueux : la haute Egypte paraît être leur berceau ; ils y ont toujours été en grand nombre; on les y retrouve encore aujourd'hui. Mais après tant de revers et de crises politiques , ils ont éprouvé le sort des autres habitans de TÉgypte; leur culte, en perdant la prééminence que lui assurait la domination des empereurs grecs, a perdu une partie de sa splendeur : cependant

DES H ABIT ANS MODERNES DE L'EGYPTE. i5

ils ont encore une centaine de couvens, parmi lesquels on en compte cinq destines aux femmes. Ces derniers sont situés deux au grand Kaire, deux au vieux Kaire, et le cinquième dans un lieu isolé près de Manfalout. Celui-ci présente une sorte de bizarrerie assez inconvenante : il est divisé en deux parties séparées ; lune est pour les hommes , l'autre pour les femmes : les deux bâtimens sont renfermés dans la même enceinte; du reste, il n existe aucune communication entre eux.

Les Qobtes ne jouent qu'un bien petit rôle en Egypte ; leur nation vit de son industrie. Elle a su conserver sous les Turks une branche administrative dont elle ne s'est jamais départie depuis les époques les plus reculées : c'est la tenue des registres des contributions et des revenus, la connaissance générale des propriétés; en un mot, le cadastre de toute l'Égypte. On accuse les Qobtes de n'être pas toujours de stricts observateurs des règles de la probité.

On a recours aux Qobtes pour le partage des successions territoriales; ils sont les véritables notaires de l'Egypte, comme ils en sont aussi les arpenteurs. La classe commune de la nation se livre à l'exercice des arts industriels. Les couvens se soutiennent à force d'aumônes, et à laide des modiques revenus de quelques chétives propriétés dont ils ont conservé la jouissance. On vient au secours des plus pauvres par des quêtes publiques , et ces quêtes sont faites par des inspecteurs que le patriarche a le droit de choisir; il les prend toujours dans les premières familles. Les religieux sont simples dans leurs vêtemens comme dans

leur nourriture. Les rizqah ou revenus affectes à leur entretien ne leur suffisent qu a force de privations : aussi ne mangent-ils qu'une fois par jour, et leur repas consiste en légumes et un peu de poisson ; l'usage de la viande ne leur est permis que les jours de fête. Ils nont pour tout habillement qu'une longue robe de laine ; les religieuses ne sont pas mieux vêtues.

C'est ainsi que les Qobtes se soutiennent en corps de nation dans un pays vaincu : leur petite société, à laide de quelques institutions tirées de la morale évangélique, donne à l'Égypte le spectacle de l'union et de la concorde; spectacle bien rare dans ces lieux désolés par la tyrannie et l'arbitraire.

Toutefois les Qobtes ne sont pas exempts de vices : ces vices sont la conséquence nécessaire de l'état d'avilissement où ils sont réduits sous le gouvernement des Turks. Obligés sans cesse de ramper et de feindre, la plupart ont contracté des habitudes cupides et mercenaires. C'est ici l'histoire de tous les peuples opprimés : l'abrutissement est le résultat ordinaire de l'esclavage \

Du moins la liberté du culte leur reste. Mahomet , non moins profond politique que fourbe adroit, laissait

1 Ce qui fera sentir combien ces quéc et roulée sur le tarbouch, à la Qobtes sont méprisés par les mu- hauteur des yeux. Toutefois, lorssulmans , c'est que leur turban est que les Qobtes se rendent dans les réduit à une seule couleur, qui sert provinces pour percevoir le tribut, à les faire reconnaître de loin, et à ils échappent aux insultes des mules signaler, pour ainsi dire, au mé- sulrnans, non-seulement par l'effet piis de la populace. Il ne leur est .l'une longue habitude, mais encore point permis de porter ce turban à parce qu'ils sont souvent accoinla manière des mahomélans : c'est pagnes d'une escorte, une bande étroite rt plate, appli-

aux peuples qui s'étaient soumis à sa puissance , le libre exercice de leur religion , ainsi que la faculté de se régir par leurs propres lois , sous l'influence des institutions musulmanes. Les khalifes imitèrent une conduite si sage , et leurs successeurs ne s'en sont jamais écartés. C'est peut-être à cette modération , plutôt encore qu'à la force de ses armes, que le législateur arabe dut ses rapides succès. Quoi qu'il en soit, les Qobtes, et en général tous les chrétiens de l'Orient, jouissent des effets de sa politique ; et les Mamlouks eux-mêmes n'ont pu anéantir un privilège consacré par le temps , aussi bien que par les maximes de leur religion.

La nation Qobte reconnaît pour chef suprême, au spirituel comme au temporel , un pontife qui , sous le titre de patriarche, est le premier personnage de l'église. Son pouvoir n'a d'autres bornes que celles que lui imposent les usages établis et la volonté des maîtres de la province. Il prononce dans toutes les contestations qui s'élèvent parmi ses administrés : mais son jugement n'est pas sans appel 5 les parties peuvent, d'un commun accord , en référer au qâdy, qui maintient ordinairement la sentence du patriarche. Le commandant du Kaire est aussi compétent en cas d'appel; ce fonctionnaire réussit presque toujours à concilier les différends. Les délits et les crimes se traitent d'une autre manière : le patriarche est encore le juge des crimes légers* qui n'entraînent qu'une peine correctionnelle. Quand un Qobte, par exemple , se rend coupable de vol envers un musulman, celui-ci porte plainte au patriarche ; si, au contraire, le musulman est le voleur, le Qobte l'accuse devant le É. M.

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