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qâdy, ou bien il a recours à la justice du commandant de la ville. Les parties qobles font elles-mêmes valoir leurs droits devant les tribunaux.
Mais les assassinats et le jugement des grands crimes ne sont plus de la compétence du tribunal du patriarche: il n'appartient qu'aux officiers charges de la police des villes de poursuivre et de châtier les grands coupables. Quelquefois le criminel se soustrait à prix d'argent au glaive de la justice, ainsi que cela se pratique parmi les musulmans.
Le patriarche doit toujours être choisi parmi les religieux du couvent de Saint-Antoine : il est électif. Lorsqu'on veut lui donner un successeur, les ëvêques et les prêtres les plus considères, reunis, s'adjoignent les notables de la nation : l'assemblée générale se compose de quarante ou cinquante personnes \ alors on procède à la nomination , et le religieux qui obtient le plus grand nombre de suffrages est élevé à la dignité pontificale.
Les évêques tiennent le second rang dans la hiérarchie des honneurs parmi les Qobtes : ces prélats, qui sont au nombre de douze , n'ont pour tout revenu que les aumônes de leurs provinces. L'église métropolitaine rapporte* environ mille pataquès, produit de quelques fondations pieuses qui lui sont annexées : cette petite rente est l'effectif de la fortune du patriarche; mais il trouve le moyen (^augmenter ses honoraires par le casuel , qui monte quelquefois très-haut. Alexandrie est la ville patriarcale; mais le pontife réside au Raire, pour être plus a portée de protéger son peuple, et de faire valoir ses droits devant l'autorité musulmane.
Les ecclésiastiques d'un rang inférieur jouissent aussi d'une grande considération ; mais ils sont pauvres et ignorans. Les réglemens de leur église leur permettent d'avoir une femme ; mais leur mariage doit précéder leur consécration , et il ne leur est permis de se marier qu'une fois en leur vie. A la mort d'un curé qobte, ses principaux paroissiens se réunissent pour désigner à l'évéque de la province l'ecclésiastique qui leur semble le plus digne de succéder au défunt; le prélat consacre aussitôt ce pasteur de leur choix. Toutes les églises sont la propriété du clergé; elles sont entretenues par les aumônes et les quêtes.
Un Qobte se confie aveuglément aux prêtres de sa croyance; ceux-ci exercent un très-grand ascendant sur les esprits : peut-êlre qu'avec un peu plus d'art ils pourraient en abuser, et faire tourner au profit de leurs intérêts l'espèce de vénération dont l'opinion les entoure; mais ils sont pour la plupart aussi ignorans que les derniers du peuple. Il ne se trouve parmi eux qu'un bien petit nombre d'hommes assez érudits pour lire les livres de liturgie, les seuls où la langue qobte soit encore employée \ Malgré cette profonde estime pour leurs ecclésiastiques, ils ne permettent pas que leurs femmes se dévoilent devant eux (nous parlons ici de la classe opulente seulement ) : le patriarche lui-même ne voit une dame à visage découvert que lorsque le mari veut bien le permettre.
1 La langue des Qobtes passe pour augmente de quelques caractères avoir été la langue vulgaire des an- pour représenter les sons qui n"aciens Egyptiens. Leur écriture n'est v aient point d'analogues en grec, autre chose que l'alphabet grec,
2o ESSAI SUR LES MŒURS
Ces chrétiens ont leurs temps de jeûne et leurs jours de solennités religieuses : les époques en sont à peu près les mêmes que pour nous; la seule différence consiste dans le plus ou moins de durée et dans le mode d'accomplissement. Leurs carêmes sont au nombre de quatre, et précèdent les jours commémoratifs des plus grands mystères de notre religion. Celui de Pâques est le plus long de tous; il est aussi le plus rigoureux. Sa durée est de cinquante-cinq jours, et pendant tout ce temps on ne peut faire que deux repas par jour. L'usage de la viande, du poisson, et généralement de tout ce qui a vie , est sévèrement défendu. L'église ordonne qu'avant midi , heure du premier repas, il n'entre rien dans la bouche , pas même la fumée d'une pipe. Le carême de Noël dure quarante-trois jours; celui de la Vierge, quinze; et celui des Apôtres varie depuis quinze jusqu'à quarante jours, suivant l'intervalle qui se trouve entre Noël et le grand carême. Pendant les jours d'abstinence , on ne fait que deux repas ; l'un à midi , l'autre le soir : on ne peut manger ni poisson , ni œufs, ni laitage, sans obtenir des dispenses de Pévêque, et quelquefois même on doit s'adresser directement au patriarche. Pour la rigueur et la durée , ces jeûnes ont beaucoup de ressemblance avec ceux qu'ordonne l'église grecque d'Orient. Les deux sectes ont d'ailleurs une foule d'autrès rapports entre elles; cela n'est pas étonnant, puisqu'elles ont une origine commune, et qu'elles suivent à peu* près les mêmes principes.
Les Qobtes ont aussi la confession , et cette pratique religieuse leur est commune avec les chrétiens en gé-
lierai : mais un usage qui leur est propre et qui paraît tout à fait contraire ou du moins étranger à la doctrine de Jésus-Christ, c'est la circoncision pour les deux sexes *. Bien que cette opération ne semble pas d'obligation à tous les Qobtes , ils s y soumettent cependant , soit par habitude, soit par préjuge. Les femmes insistent aussi sur la nécessite de circoncire leurs enfans , parce qu'elles s'imaginent qu'ils ne seraient pas propres à l'acte de la génération sans avoir subi ce douloureux préliminaire. Au Sa'yd , tous les Qobtes se font circoncire; au Kaire, il en est beaucoup qui s'y refusent : mais l'usage de couper le clitoris aux jeunes fdles est général partout ; celte opération se lait sans le ministère du prêtre. On circoncit les deux sexes à l'âge de sept ou huit ans : le jour de la cérémonie est ordinairement terminé par une fête de famille. Mais le baptême a dû précéder la circoncision : les enfans reçoivent ce sacrement à une époque différente, suivant leur sexe; les garçons , quarante jours après leur naissance , et les filles, quatre-vingts.
On s'empresse de marier les jeunes gens aussitôt qu'on les croit nubiles. Les filles le sont communément à douze ans; et les garçons, à quatorze ou quinze. On ne sera pas surpris de voir des unions si précoces dans une contrée où le climat développe rapidement la constitution physique et excite de bonne heure le germe des passions.
1 II parait que cette pratique dote relatif à la colonie égyptienne leur a été transmise par les anciens iVsEa dans la €olcbide , livre 11 , Egyptiens , cher lesquels elle était §. 104. établie. Voyez le passage dHéro-
On envoie les enfans qobtes dans de petites écoles où, avec les premiers elémens de la religion, ils apprennent à lire et à écrire. Tous les jeunes garçons indistinctement jouissent de cet avantage : les filles ne peuvent aller aux écoles sans le consentement de leurs mères, qui s'y opposent quelquefois. Au Kaire, on ne voit jamais de filles à l'école; dans le Sa'yd, au contraire, elles y vont comme les garçons, et ne cessent de les fréquenter qu'à l'âge de huit ou neuf ans , époque à laquelle elles commencent à se former et à cesser d'être enfans. r * , *
Nous avons cru devoir entrer dans quelques détails sur les Qobtes, parce que cette nation est encore trop peu connue. Nous reviendrons sur ce sujet dans un autre chapitre , et nous tâcherons aussi de donner une idée complète des mœurs, des institutions et de l'industrie de cette nation presque oubliée jusqu'à ce jour parmi les sectateurs du christianisme.
§. V. Des Arabes, en particulier.
La masse de la population égyptienne est formée par les Arabes domiciliés et attachés au sol : ils appartiennent essentiellement à la contrée, et leurs usages ne diffèrent en rien de ceux des Égyptiens proprement dits. Les Arabes errans , divisés en tribus nomades , promènent leurs tentes de désert en désert , n'obéissent qu'à leurs cheykhs , et méconnaissent l'autorité des beys et du pâchâ. Les Arabes méritent une attention particulière , en ce qu'ils ont des habitudes différentes :
nous allons esquisser rapidement les principaux traits qui les distinguent, en faisant, en quelque sorte, le dénombrement de leurs tribus, parce que ce tableau doit concourir à fixer les idées sur l'effectif des habitans de l'Egypte en général.
Un calcul récent portait à quarante mille la quantité des Arabes à pied , et à vingt-cinq ou trente mille celle des Arabes à cheval. En établissant une proportion , on pourra trouver facilement le nombre approximatif de ces A rabes , femmes , enfans , etc. Ils occupent les déserts qui entourent l'Egypte de toutes parts ; quelques-uns d'entre eux se rapprochent quelquefois des bords du fleuve pour cultiver des terrains qu'ils afferment au gouverneur de la province. Ils passent tous pour observer la religion de Mahomet : eux-mêmes prennent le titre de musulmans; cependant leurs principes religieux ont paru bien différens aux Européens qui les ont visites. Il est certain^ que les dogmes de ces peuples, ainsi que les traditions qu'ils conservent sur leur origine et leurs annales , mériteraient l'attention particulière des voyageurs , ejt pourraient peut-être contribuer à f intelligence de plusieurs points obscurs de l'histoire moderne. En général , on a trop négligé cette étude intéressante. Les Arabes pasteurs se sont transmis de génération .en génération une multitude de faits historiques inconnus : il serait facile de les dégager du voile fabuleux dqnt leur superstition les enveloppe. En un mot, nous le répétons, l'archéologue et l'historien ne pourraient que gagner à la connaissance approfondie
i traditions arabes.
Voici le nom des tribus qui se partagent les vastes déserts de l'Egypte , ainsi que les provinces sur les limites desquelles ces tribus se fixent de préférence 1 :
PROVINCE DE MÀNSOURAH.
i°. Verne, tribu puissante et nombreuse, mais qui se trouve bien affaiblie par la dernière guerre que lui fit le commandant de la province : elle est momentanément dispersée.
2°. Tribu de Baoudrcheh , qui habite des villages et se livre à l'agriculture.
3°. Tribu de Haçan-Toubar : elle occupe plusieurs villages du canton de Menzaleh.
PROVINCE DE BAHYREH:
Première classe : Namiâdy Seconde classe : A ou lad A'iy.
Ces deux tribus habitent sous des tentes : elles sont les plus redoutables et les plus puissantes de l'Égypte. Quoique naturellement ennemies et séparées par des haines de religion, elles se partagent la domination de la province. L'une d'elles suit les opinions d un cheykh nommé Sa ad; l'autre croit à l'infaillibilité de son antagoniste Haram; et de là naît une sorte d'antipathie qui dure depuis des temps fort anciens, puisqu'on ne peut retrouver ni l'originelle ces sectes ni celles de leurs fondateurs. L'Égypte tôut entière a été divisée par le même schisme , et les partisans de Sa ad et de Haram mettaient à leurs opinions un acharnement tel, qu'ils se condamnaient réciproquement aux peines éternelles.
1 Cette nomenclature se rapporte tion. Voyez le Mémoire de M. Jauà l'époque qui a précédé Texpédi- bert, tora. xvi, É. M., pag. 107.
Le gouvernement du célèbre A'iy-bey mit un terme à ces fureurs fanatiques. La sagesse et la fermeté de cet homme extraordinaire, auquel il ne manqua qu'une autre éducation et un plus grand théâtre pour étonner le monde, rappelèrent les Egyptiens aux sentimens de
modération et de tolérance dont ils s'étaient si violem-
ment écartés. Dès lors on oublia presque Sa'ad et Haram; mais les noms de ces deux chefs de sectes continuèrent à entretenir la discorde parmi les peuples libres du désert.
La Syrie n'est pas exempte de cet esprit fanatique; on y retrouve les mêmes sectes sous les noms différens de kaiss et de yemeny. Cest ainsi que dans toutes ces contrées il se trouve des partis aveuglés par les raisonnemens captieux de quelques imposteurs. Leur fausse religion, qu'ils méconnaissent eux-mêmes, devient alors comme l'instrument des haines et des passions; et des peuples entiers se livrent aux excès les plus révoltans au nom d'un culte qu'ils profanent.
Les deux tribus dont nous venons de parler prélèvent sur les habitans de leur province des contributions égales à celles qu'exigent les autorités constituées; une tyrannie aussi odieuse est tolérée , faute de moyens répressifs.
PROVINCE DE CHÀRQYEH.
TRIBUS NOMADES. — Première classe.
Bïly. Àoulâd-A'ly. '
RefiTât Hyouân.
Samdâny.
Seconde classe. * , Gomayleh; Beny-Ayoub ; Djomeylâh.
Tous ces Arabes sont errans : ils ne connaissent ni l'agriculture ni le commerce ; brigands par goût, ils deviennent assassins par cupidité'. Le gouvernement ne prélève sur eux ni impositions ni tributs : seulement ils envoient chaque année au chef du Kaire un présent consistant en chevaux et en chameaux ; c'est pour obtenir en quelque sorte la protection de cet officier, et l'autorisation tacite de se livrer sans contrainte à leurs criminelles habitudes.