‹ Description de l'Égypte ou, Recueil des observations et des recherches qui ont été faites en Égypte pendant l'expédition de l'armée françaiseChapitre 32 sur 68 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

État des lieux '.

Depuis la publication de mon Mémoire sur les anciennes limites de la mer Rouge, j'ai reconnu la nécessité d appuyer mon opinion de nouvelles preuves historiques , et d'ajouter à la description que j'ai déjà

1 J'ai eu soin de tracer , sur la sur les anciennes branches du Nil carte que j'ai jointe à mon Mémoire tout ce qui pouvait servir à l'intei-

34a APPENDICE.

donnée des lieux, quelques faits qui, passes sous silence, pourraient entraîner à de fausses hypothèses. Toute observation faite sur les lieux mêmes, toute donnée positive, qui tendent à faire connaître l'état physique du terrain , doivent d'ailleurs être recueillies dans une collection comme celle-ci, dont le but est d'approcher le plus possible de la description exacte et complète de PÉgj'pte.

J'ai dit que le bassin situé au nord de Soueys , et que j'appellerai dorénavant bassin de V isthme, n'était séparé du golfe Arabique que par un banc de sable de quatre à cinq mille mètres de largeur, sur un mètre d'élévation dans les parties les plus hautes de notre ligne de nivellement. Toutes ces mesures étaient un peu forcées : je voulais éviter par-là le reproche de choisir les données les plus favorables à mon hypothèse. Voici celles qui résultent du nivellement 1 :

ligence de cet appendice, ainsi que 1 Les mires dont nous nous serdu mémoire dont il est la suite, rions étaient graduées en pieds , Foir cette carte , Si. M. , tom. vin, pouces , etc. ; et la chaîne avec lapag. 49- H est nécessaire aussi de cruelle nous mesurions les distances, revoir mon Mémoire sur les an- était en mètres, ciennes limites de la mer Rouge,

É. M. y tom. xi, pag. 3^1, et celui Nous avons, pour plus d'exactide M. Rozière sur la géographie tude , rapporté , sans aucune transcomparée et l'ancien état des côtes formation , les chiffres de notre de la mer Rouge , A. M.t tom. vr , journal de nivellement, pag. a5i.

Ainsi, à 4820 mètres du point de départ, le banc de sable forme par les atterrissemens dont j'ai parle' dans mon précèdent mémoire était déjà franchi , et le point le plus élevé de la ligne que nous avions suivie pour traverser cette digue naturelle , était de 2 pieds 6 pouces 5 lignes au-dessus du niveau moyen des hautes eaux de la mer Rouge

Si Ton jette les yeux sur la planche 11 (Etat moderne), on verra que notre point de départ était à 2270 mètres au nord de Soueys, et que, si nous fussions partis du fond du golfe marqué par les laisses* des plus hautes marées , nous n'aurious trouvé que

5 à 600 mètres jusqu'au point où le terrain s'abaisse au-dessous du niveau de la mer. Enfin, il résulte des observations que nous avons faites à Soueys, que la mer s'élève dans les marées extraordinaires à 2 pieds

6 pouces au-dessus de celle qui nous a servi de plan de comparaison dans notre nivellement 3. La digue naturelle qui empêche aujourd'hui la mer, dans ses plus hautes marées , de se jeter dans le bassin de l'isthme, n'aurait donc que 5 lignes au-dessus des eaux de la mer, comme l'indiquent les nombres ci-après :

1 Quand nous parlerons des eaux vrages, pour désigner les débris de

de la mer Rouge, nous entendrons végétaux et de coquillages que la

toujours le niveau qu'elles atlei- mer jette sur ses rives et qui en

gnirent à Soueys,' le 5 pluviôse an dessinent en quelque sorte les con-

vh ( 34 janvier 1799), à la marée tours.

liante. La différence entre la haute * Voyez le Mémoire de M. Le

et la basse mer fut, ce jour-là, de Père sur la communication de la

5 pieds 6 pouces. mer des Indes à la Méditerranée

a Ce mot est employé ici, de par la mer Rouge et Pisthme de

même que dans plusieurs autres ou» Soueys, É. M. , tom. xi , pag. 3;.

Niveau de la haute mer, le 5 pluviôse an vn. o Pied,! oP°uc- o1'*"- Niveau «les plus hautes marées connues. . . 2. 6. Niveau de la station n°. 2 , qui est la plus élevée que nous ayons faite sur les atterrissemens en question 2. 6. 3.

A la vérité , cette partie de notre nivellement eut lieu dans le fond d'un ravin étroit, et les mires furent toujours placées dans les lieux les plus bas ; enfin, la laisse qui nous a servi à établir la limite des plus hautes marées , a pu nous donner une quantité trop forte de quelques pouces , attendu l'effet de la poussée du flot , et quelquefois du vent. Ainsi, sans s'en tenir à la quantité précise de 3 lignes , du moins peut-on assurer que, dans les marées extraordinaires, la mer Rouge s'élève presque au niveau de quelques parties du terrain qui la sépare du bassin de l'isthme.

Si le peu d'élévation et de largeur de ce terrain suffit cependant pour barrer l'espèce de raviu ou de canal que nous suivîmes dans cette partie de notre nivellement, et pour empêcher la mer de s'étendre au-delà de ses limites actuelles , pourquoi donc se refuserait-cn à croire qu'une semblable digue naturelle, existant à l'extrémité nord du bassin de l'isthme , ait eu le même résultat lorsque la mer remplissait autrefois ce bassin? Quelques personnes ont émis des doutes à ce sujet ; mais tous les ingénieurs et les membres de la Commission des sciences et des arts d'Égypte qui ont vu' le bassin de l'isthme et la vallée de Saba'h-byâr, partagent mon opinion'. J'ai dit qu'au nord du bassin

« Les membres de la Commission de Saba'h-byâr et le bassin de d'Égypte qui ont parcouru la vallée l'isthme , sont MM. Le Père , De-

de l'isthme il y avait une digue naturelle, analogue à celle qui, au sud, la sépare à pre'scnt du golfe Arabique ; la preuve en est dans la station n°. 160, qui est de i pied 9 pouces 4 ligues au-dessus des hautes eaux de la mer Rouge. Ce point est a 600 mètres de là station précédente, n°. i5g , qui est de 2 pieds 6 pouces 7 lignes au-dessous de la haute mer. Entre ces deux stations, notre niveau était place' sur un point plus e'ieve' que ceux où nous tenions les mires1 : car la mire d'arrière marquait 9 pieds 4 pouces 7 lignes ; et celle d'avant, 5 pieds o pouce 8 lignes. Or, lors même qu'on supposerait, ce qui est pourtant impossible, que notre instrument eût alors pour hauteur verticale toute sa

villiers, Chabrol, Saint-Genis, Favicr, Gralicn Le Père, Duchanoy, Févre, et moi : quelques autres personnes ont passé entre le bassin de l'isthme et Soucys ; mais elles ne l'ont pas traversé, ni même aperçu de loin.

1 On n'a publié dans la Description de L'Egypte que quelques ordonnées du nivellement ; il eût été util? de les faire connaître toutes , avec le détail de la hauteur des mires à chaque coup de niveau. De la sorte , on aurait non-seulement les ordoanées de toutes les stations , mais encore on connaîtrait approximativement l'élévation des points •

intermédiaires entre deux stations consécutives, en comparant la hauteur de l'instrument de niveau avec celle des mires d'avant et d'arrière.

Il eût aussi été intéressant de publier dans le plus grand détail le journal du nivellement, après l'avoir soumis à l'examen de tous les ingénieurs qui ont coopéré au nivellement.

M. Le Père a bien voulu me laisser extraire du registre de l'opération les ordonnées ci-après * ; je les ai vérifiées sur le plan minute dessiné au Kaire, et sur les livrets originaux que tenaient les ingénieurs pendant le nivellement :

* Voyez le tableau ci- contre , folios 347 et 348.

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