N CD
il O
in
Il résulte du tableau ci-dessus que le bassin de l'isthme se trouve
longueur, cest-à-dire 4 pieds1, le point sur lequel il était place aurait encore été de 2 pieds 1 o pouces audessus des hautes eaux de la mer Rouge. Enfin , entre
les stations 160 et 161, distantes l'une de l'autre de 54o mètres , les mires marquaient 9 pieds 3 pouces 6 lignes et id pieds 2 pouces 2 lignes; ce qui donne au point intermédiaire où se trouvait l'instrument, une élévation d'au moins 7 pieds o pouce 10 lignes audessus de la mer Rouge. Nous étions alors dans le voisinage du Serapeum, dont les ruines sont encore plus élevées; la butte sur laquelle elles se trouvent, se lie à une suite de dunes ou de collines qui ferment, au nord, le bassin de l'isthme.
La direction que prirent les eaux dans la grande inondation de l'an ix, est également une chose remarquable; elle confirma les résultats de notre opération. Les eaux du Nil se portèrent en abondance dans la vallée de Saba'h-byâr ; elles s'élevèrent au Mouqfàr, le 5o brumaire, à 4 pieds 6 pouces 5 lignes au-dessus du point le plus bas du lit du canal3, qui est en cet
fermé au nord , dans le voisinage du vait être plus bas au moins de 3 ou Serapeum y par plusieurs digues na- 4 pouces. L'instrument, les pieds turellcs , supérieures à la mer entièrement réunis, a 4 pieds de Rouge. hauteur , depuis les lunettes jusqu'à 1 L'ouverture que nous donnions l'extrémité inférieure des pointes de au pied de notre instrument pour fer. Nous avons pris le maximum l'établir d'une manière stable , place de hauteur, afin que l'on ne puisse la ligne de mire des lunettes à 3 pas nous accuser de choisir les donpieds 6 pouces au dessus du sol , en nées les plus favorables à notre supposant le terrain assez dur pour opinion.
que les pointes de fer placées à 3 La partie supérieure de la pierre
l'extrémité des pieds, pointes qui du Mouqfâr était de 8 pieds 4 pouces
ont a pouces 7 Mgnes, ne puissent au dessus du point le plus bas du
s'y enfoncer. Ainsi, dans un ter- canal; et lorsque M. Devilliers la
rain sablonneux, l'instrument de- vit pendant l'inondation de l'an ix,
35o APPENDICE.
endroit de i5 pieds 10 pouces 2 lignes au-dessous de la mer Rouge. Les eaux du Nil près le Mouqfâr étaient donc encore de 1 1 pieds 5 pouces 1 1 lignes au-dessous de celles de la mer Rouge, et, à plus forte raison, des terrains supérieurs à cette mer, qui bordent au nord le bassin de l'isthme.
L'eau ne dut pas s'élever davantage au Mouqfâr, et plusieurs considérations me portent même à croire qu'elle n'y conserva cette élévation que très peu de temps. D'abord , il est positif que nos convois , nos troupes, les caravanes et les gens du pays y passèrent à gué pendant toute la durée de l'inondation : c'était le point de communication entre Beibeys et Sâlebyeh, la route directe étant couverte d'eau à une trop grande hauteur pour pouvoir être guéable. Nous remarquerons ensuite que les eaux, après avoir eu, en vendémiaire an ix, une marche fort lente dans la vallée de Saba'hbyâr n'avaient encore, le 5o brumaire, aucun courant sensible entre Ras el-Ouâdy et Abou-Keycheyd , tandis qu'au-delà, près le Mouqfâr, elles avaient un cours très-rapide 3. Les termes dans lesquels M. Le Père
il trouva qu'elle était alors de i mètre a4 centimètres, ou 3 pieds 9 pouces 9 lignes, au-dessus de la surface de l'eau. Cette quantité retranchée de 8 pieds 4 pouces donne 4 pieds 6 pouces 3 lignes pour la profondeur de l'eau. M. Le Père, pag. 8^, dit, en effet, que cette profondeur était d'environ 4 pieds, et que le canal était guéable. On trouvera à la fin de cet écrit un extrait du journal de M. Dcvilliers.
• Sous celte dénomination, j'entends toute la vallée qui s'ouvre près d'A'bbàçeh et court de l'ouest à Test jusqu'au-delà des puits de Saba'h-byâr.
2 Journal de M. Dcvilliers, et Mémoire de M. Le Père, pages 75 et 85. M. Le Père se trompe seulement sur la date : ce n'est point le Ier brumaire an «x que MM. Le Père, Chabrol et Dcvilliers partirent du Kaire, mais le 27 brumaire.
ANCIENNES LIMITES DE LÀ MER ROUGE. 35i
s'exprime à ce sujet , font voir que cette vitesse lui parut plus grande que celle du Nil dans un de ses bras naturels, et M. Devilliers l'évalue à 4 pieds par seconde; ce qui prouve quelles avaient déjà trouve' des terrains beaucoup plus bas sur lesquels elles se répandaient. Mais où se versaient-elles ? Était-ce dans le bassin de l'isthme, comme quelques personnes l'ont imagine, parce que cela convenait à leurs hypothèses? Non; MM. Le Père, Chabrol et Devilliers s'en assurèrent en traversant ce bassin pour se rendre à Soueys : c'e'tait donc au nord , vers le Ras cl-Moyeh , qu'elles s'écoulaient , ainsi que des cheykhs arabes l'ont assuré à M. Devilliers, lorsqu'en nivose an ix il retourna dans l'Ouady-Toumylat \ Les résultats du nivellement et l'aspect du terrain devaient d'ailleurs le faire prévoir; car les lagunes nommées krah, au nord du Scrapeum et de Cheykh-Hcn âdy, reçoivent les eaux du Nil dans les inondations extraordinaires. Le général Reynier, qui a long-temps commandé daus cette partie de l'Égypte, et qui a été à portée de questionner souvent
On voit en effet , pages 3a? et 328 , laquelle cet ingénieur en chef le
que M. Le Père annonce s'être prévient de se tenir prêt à partir,
trouvé prts du Cluyldi-Hcnàdy le avec lui et M. de Chabrol, pour
icr frimaire; ce qui est exact, et reconnaître la marche des eaux dans
empêche qu'il n'ait pu être de rc- VOuâdy. Celle erreur, facile à com-
lonr au Kaire le n brumaire, mettre , était importante a rectifier,
comme il le dit page gi ; c'est là 1 M. Devilliers avait été chargé
une faule de copiste, et je suis au- à cette époque, avec M. Viard , de
torisé par lui à dire que c'est fri- relever les canaux du Nil , depuis le
maire qu'il faut lire en cet endroit, Kaire jusque dans la vallée de Sa-
au lieu de brumaire, M. Devilliers ba'lr-byàr. Voyez t a la fin de cet
a encore la lettre originale de M. Le appendice, les renseignemens qu'il
Père, en date du 2.4 brumaire, par recueillit.
les habitans, le dit positivement et il paraît n'avoir point appris d eux que les eaux du Nil se soient jamais versées dans le bassin de l'isthme : nous sommes même en état d'affirmer que cela n'a eu lieu à aucune époque, quelque reculée qu'on la suppose; car on y trouverait des traces du limon du Nil , ainsi qu'on en découvre dans tous les endroits où se sont portées les eaux de ce fleuve. Or, nous avons fait, dans le bassin de l'isthme , plusieurs fouilles , sans rencontrer la moindre parcelle de limon, tandis que, dans la vallée de Saba'h-byâr, on le trouve par couches horizontales.
Ce serait à tort que l'on opposerait à notre témoignage un passage du mémoire de M. Le Père où il dit que les eaux du Nil arrivaient jusqu'à Cheykh-Henâdya; car cet ingénieur en chef entendait par-là le pied de la butte sur laquelle est bâti le santon, et il ne s'est dispensé de le dire que parce que sa carte
à laquelle correspond l'ordonnée de i5i pieds ii pouces 10 lignes, est à environ 3ooo mètres de Cheykh- Henâdy. Enfin, lorsque M. Le Père ajoute que toute cette partie du désert était couverte des eaux de Pinondation du Nil en 1800, il n'a pas même entendu dire qu'elles arrivaient jusqu'à la station n°. 164 ; car, pour cela, il aurait fallu que les eaux du Nil eussent été élevées au moins de i3 pieds 10 pouces 4 lignes au Monqfàr, tandis qu'elles n'y ont eu pour maximum d'élévation que 4 pieds 6 pouces 3 lignes.
( Cette note a été approuvée par M. Le Père, auquel je me suis empressé de communiquer mon travail. )
• De VBgypte après la bataille cTHêliopolis, par le général Reynier.
a M. Le Père, pages 327 et 3a8 , donne i5i pieds 11 pouces 10 lignes pour l'ordonnée de nivellement d'un lieu nommé, dit -il, Hendcly-el- Cheyhh; ce qui semble placer ce point à 1 pied 11 pouces 10 lignes au-dessous de la mer Rouge. Mais il faut savoir que ce n'est point là l'ordonnée du bâtiment lui-même de Cheykh-Henâdy : car ce santon n'a point été une de nos stations; notre ligne de nivellement l'a laissé au nord. On voit donc que M. Le Père a étendu la dénomination deC/teyA/j.
Henâdy à des terrains qui l'a voisinent. La carte du nivellement fait voir d'ailleurs que la station n°. 164,
l'indiquait suffisamment. M. Devilliers, qui accompagnait M. Le Père , s'exprime à cet égard d'une
manière très-precise dans son journal de voyage. Voici ses propres paroles : « L/eau s'étend jusqu'au pied de la dune sur laquelle est bâti Cheykh-Henady, et entoure une partie du plateau voisin , auquel on peut communiquer par une langue de terre. » Ce plateau , nomme' Gebcl-Krayeh ou Krah, prend son nom des lagunes nommées krah, qui l'avoisinent, et qui, dans les crues extraordinaires du IV il , forment le lac indique sur la carte sous le nom de Temsâh , ou lac du Crocodile \ Le Gebcl-Krayeh est supérieur de I\0 à 5o pieds aux terrains fangeux qui le bordent dans la partie nord; c'est dans ces bas-fonds que les eaux arrivaient, et aucun des ingénieurs qui les ont vues, n'a eu l'idée qu'elles aient pu s'élever jusque sur le plateau qui ferme et domine au nord le bassin de l'isthme.
Nous avons déjà dit que, le 3o brumaire an ix, les eaux du Nil n'avaient que 4 pieds 6 pouces 5 lignes de profondeur dans l'endroit le plus bas du canal près le Mouqfâr, où elles ne cessèrent point d'être gueables; et l'on a vu que , pour franchir les riches du bassin de l'isthme, il aurait fallu qu'elles s'élevassent de plus de 22 pieds au même endroit, ou plus exactement de 22 pieds 1 1 pouces, savoir : i5 pieds io pouces 2 lignes |,our atteindre le niveau de la mer Rouge, et 7 pieds 0 pouce 10 lignes pour arriver à la hauteur de la rive
' M. Le Père dit, pag. m, note', Deneb el-Temsâh (Queue du Crocodile).
É. M. xvm. 23
nord du bassin. Or, le Nil avait cesse de croître au Raire le 1 2 vendémiaire : la vitesse des eaux au Mouqfâr annonçait qu elles avaient trouvé des terrains beau- / coup plus bas , sur lesquels elles se répandaient ; et MM. Le Père, Chabrol et Devilliers reconnurent, eu brumaire et frimaire an ix , que les eaux n'arrivaient cependant point dans le bassin de l'isthme. Depuis, aucun ingénieur, aucun membre de la Commission des sciences et des arts , n'a pu , en raison des événemens de la guerre, retourner dans cette partie du désert ; seulement , à la fin de nivôse , c'est-à-dire un mois après , M. Devilliers s 'étant porté daus la vallée de Saba'h-byâr, un peu au-delà d'A'bbâçeh , il y questionna plusieurs cheykhs arabes et nombre d'habitans, qui tous s'accordèrent à lui dire que les eaux n'avaient pas dépassé à lest Cheykh-Henady, et qu'elles arrivaient au Ras el-Moych ou el-Ballah ; ce qui était dire qu'elles se versaient dans le lac Menzaleh.
Dans mon Mémoire sur les anciennes limites de la mer Rouge , j'ai fait connaître l'aspect de l'intérieur du bassin de l'isthme : j'ajouterai que le sel marin (muriate de soude , ou hydrochlorate de soude) y est en plus grande abondance que tout autre sel ; les Arabes en font l'objet d'un commerce assez considérable avec l'Egypte et la Syrie. Les grandes masses qui formaient un terrain retentissant et caverneux , étaient composées principalement de ce sel, recouvert, en quelques endroits,* d'un peu de sable : ce plateau salin est brisé çà et là ; ce qui l'a fait comparer par M. Le Père aux amas de glaçons que formerait la débâcle d'une rivière sur une plage aride
et sablonneuse1. Et moi, approuvant cette comparaison , je dirai encore que ce plateau salin représentait en grand ce que nous voyons dans nos laboratoires,
lorsqu'une dissolution saline, renfermée dans une capsule, a c'te tellement concentrée, qu'une croûte s'est formée à la surface, et s'est ensuite soulevée et brisée par l'cvaporation du liquide qui était au-dessous. Nous n'avons rien vu de semblable dans les autres parties de l'isthme; les parcelles d'hydrochlorate de soude trouvées ailleurs ne peuvent entrer en comparaison avec les masses qui existent ici.
Quant au gypse que nous avons vu dans le bassin de ristbme,il est presque toujours mêle à d'autres sels. Les torrens d'eau pluviale, quoique rares en ces contrées, auront cependant suffi avec le temps pour dissoudre les parties les plus solublcs et sillonner le terrain en certains endroits , de façon à former ces masses isolc'es qui , à uVie certaine distance , ont l'aspect d'un bois coupe' à deux ou trois pieds de terre ; le sulfate de chaux s'y présente quelquefois cristallise en aiguilles rayonnantes, de façon à former des couches concentriques.
1 M. Le Père, page 3^4, dit que Von croit ces plateaux salins d'espèce gypseuse. On voit qu'il n'émet point ici une opinion qui lui soit propre ; celle qu'il se borne à citer est Je quelqu'un qui n'avait pas visité les lieux , ou qui ne les avait pas observés avec soiu , sous le rapport tîe la nature du sol. M. Le Père m'avait attache à l'opération du nivellement , parce que je m'étais plus particulièrement occupé de minéralogie que quelques autres de
mes confrères. M. Devillicrs , qui cultivait aussi celte branche de l'histoire naturelle, dit, comme moi , dans son journal , que le muriate de soude est en grandes masses dans les endroits où le sol présente des crevasses, et qu'a travers celles-ci il n"ii pu atteindre, avec une mesure d'un mètre, le terrain qui est au-dessous. Les notes mises au journal du nivellement ne nous furent point communiquées.
35G APPENDICK.
L existence de ce sulfate de chaux est regardée par quelques personnes comme une preuve que la mer n'a jamais occupe le bassin de l'isthme. Cependant, si la mer r Rouge, vis-à-vis Qoçeyr, venait à se retirer, elle laisserait à découvert des terrains gypseux ; plusieurs collines silue'cs sur le bord de la mer, près de cette ville, sont de cette substance, et toutes les eaux souterraines qui s'écoulent a la mer en contiennent beaucoup en dissolution.
Les coquilles que Ton aperçoit dans liulcrieur du bassin, ne sont pas des coquilles fluviatilcs; ce ne sont pas nou plus des coquilles fossiles, comme celles que l'on rencontre par bancs, ou aglome'rees en masse, dans la vallée de l'Egarement \ Celles du bassin de
• La vallée de l'Égarement a été de nous faire éviter les puits de parcourue par plusieurs de nos ca- Gandely, et de nous cacher toutes marades; M. Devilliers en a relevé les ressources que ce point pouvait les diverses sinuosités, et c'est son offrir à sa tribu dans le cas d'une travail qui a été rapporté sur la rupture avec les Français, grande carte d'Egypte. Lorsque j'y Les montagnes que l'on rencontre passai dans le mois de nivose an vu , d'abord, sont calcaires; i lies préaucun Français n'y avait encore pé- sentent quelquefois des masses ennétré ; mon guide ne m'ayant pas tiè rement formées de coquilles agdirigé convenablement, je ne suivis glntinées ensemble, et l'on trouve point la vallée proprement dite, dans le fond de li vallée plusieurs mais une de ses ramifications. de ces coquilles fossiles qui ont été
MM. Girard et LcPère ontdécrit détachées du rocher. Le terrain sur la vallée de l'Égarement. Je vais lequel on marche est asstz ferme: dire ici ce que je remarquai dans la on aperçoit même , en plusieurs envallée voisine. droits, la roche calcaire à nu; mais
Cette vallée se sépare de celle de elle est le plus souvent recouverte l'Égarement à quelques lieues de d'un peu de sable quartzeux : en- Baçâtyn, village situé à l'entrée de suite la vallée se rétrécit. Les monta vallée, à une lieue au sud du tagnes à gauche sont d'une pierre Kaire. Je suppose que notre guide calcaire jaune, très tendre, disposée arabe, en nous dirigeant par l'em- par couches horizontales; on y voit branchement à gauche, eut pour but aussi des couches horizontales de
l'isthme ne sont liées ni entre elles ni au sol, elles sont semblables à celles que la mer rejette sur ses grèves; et je puis ajouter à mon témoignage celui de Niebuhr. Ce voyageur a vu auprès de Soueys un amas de co-
sulfate de chaux cristallisé. Plus loin, on aperçoit sur la droite une suite de collines assez élevées qui se distinguent de la chaîne calcaire par leurs formes et par leur couleur noire. Ces collines sont formées de l'espèce de jaspe connue sous le nom de caillou d*Eeypte. Ces cailloux sont très-rapprochés ; ils sont liés ensemble par un ciment siliceux , blanc dans sa cassure avec une légère teinte rougeâtre qui indique la présence d'un peu de ftr, et explique la couleur noire qu'il a ù l'extérieur. Cette roche est d'une grande beauté à cause de sa dureté et des couleuis variées, des dessins bizarres , que présente l'intérieur des cailloux d'Egypte. Personne avant moi n'avait reconnu l'existence de cette roche, qui ne peut, je crois, titre considérée , ni comme un poudingue, ni même comme une brèche. On rencontre dans la vallée une grande quantité de cailloux d'Egypte qui en ont été détaches, et je présume que ceux que l'on trouve sur d'autres points auront appartenu à une roche semblable qui se sera décomposée.
Nous passâmes la nuit en cet endroit; nous eûmes de la pluie toute la nuit, et souffrîmes un peu du froid.
Le lendemaiu, de bonne heure, nous nous mîmes en route. Les collines de cailloux d'Égyptc en roche continuèrent quelque temps à notre droite. Dans les endroits lis plus bas
de la vallée, nous vîmes une grande quantité d'arbustes. Mais il ne faut pas se figurer ici des bois comme ceux d'Europe, où l'on trouve de l'ombre et où. quelques pas suffisent pour se dérober à tous les regards :
les parties les plus boisées des vallées désertes de l'Egypte n'offrent point d'abri con(re le soleil, et, ù travers les tiges grêles et séparées des arbustes, on aperçoit aussi loin que dans une p'aiue dépourvue de toute végétalion.
Nous sui\îmes les montagnes qui bordent la vallée à gauche; elles s'abaissèrent considérablement , et nous présentèrent encore du carbonate de chaux et des cristaux de gypse en couches horizontales.
Vers midi, les soldais maltais qui formaicut notre ^scorie, furent si fatigués de la marche et si accablés par la soif, que nous fûmes obligés de les faire monter tour à tour sur nos chameaux de bagage. Ces animaux, le premier jour, portaient l'eau que l'on avait jugée nécessaire pour notre course : mais on avait supposé que nous la renouvellerions aux puits de Gandely, que nous ne rencontrâmes point ; l'eau ne fut point assez ménagée, et un accident en fit perdre une partie.
Je me tins le dernier de la colonne avec un chef de bataillon pour forcer les soldats de marcher. A chaque instant , il y en avait qui se jetaient à terre et qui ne voulaient pas aller plus loin : nous les relevions, nous
quillages vivans sur un rocher qui n'était couvert d'eau que par la marëe , et de semblables coquilles vides dans un lieu que la mer n'atteignait plus. Cependant l'opinion de ce voyageur n'est pas tout-à-fait la mienne. Il reconnaît bien que la mer Rouge s'est retirée vers le sud; mais il attribue cela à l'abaissement de ses eaux, tandis que ce sont de simples ensablemens qui ont enlevé à la mer des terrains encore inférieurs à son niveau.
les soutenions; nous fûmes même contraints d'en battre quelques-uns pour les arracher à une mort certaine : car tous auraient péri de soif, ainsi qu'il arriva deux ans après à un détachement qui, ayaut laissé , quatorze hommes tellement fatigues qu'ils ne pouvaient plus avancer, revint trois ou quatre heures après les chercher avec de l'eau qu'on avait trouvée pris de là; mais il n'était plus temps, les quatorze hommes étaient morts. Plus heureux, je ne perdis qu'un homme de la soif; et les autres soldats, loin de nous savoir, dins la suite, mauvais gré des moyens que nous avions employés pour les contraindre à continuer leur route , nous regardèrent comme leurs sauveurs. Par bonheur aussi , nous ne rencontrâmes aucun parti d'Arabes ennemis : nous n'eussions pu leur opposer une grande résistance; car, à l'exception de l'officier dont j'ai parlé, de deux ou trois soldais et de moi , tous les autres avaient attaché lenrs fusils sur les chameaux.
Je souffris peu de la soif, mais beaucoup de la crainte d'être forcé d'abandonner dans le désert quelques hommes de mon escorte : les soins que je pris d'eux m'empê-
chèrent de continuer mes observations sur la vallée ; et la crainte d'être plus éloignés que nous ne le pensions de Soueys , nous détermina à marcher une partie de la nuit : on se borna à faire quelques haltes de temps en temps. Enfin, au point du jour, nous nous trouvâmes au débouché de la vallée, et nous suivîmes le lit desséché d'un torrent jusqu'auprès du château d'Hadjeroth ou Ageroud. Ce château renferme un puits d'eau saumâtre que le besoin seul rend buvable. On la puise au moyen d'une roue à chapelet. Horsde l'enceinte , sont de vastes réservoirs en maçonnerie, que l'on remplit d'avance lorsque la grande caravane, qui part tous les ans du Kairc pour la Mekkc, doit y passer. Le torrent qui passe non loin de là , est à sec la plus grande partie de l'année. Ses eaux, dans la saison des pluies (vers frimaire et nivose ), se jettent dans la mer auprès de Soueys, après avoir rempli un bassin nommé Moyeh el-Gisr, ou la mare d'Afrique qui sert aux besoins des habitant.
Nous arrivâmes à Soueys dans la journée.
ANCIENNES LIMITES DE LA, MER ROUGE. 359 L'erreur clans laquelle Niebuhr est tombe était facile à commettre, puisqu'il n'avait pu faire aucun nivellement; mais les faits sur lesquels il s'appuie viennent
confirmer mes propres observations.
J'ai parle ailleurs de cette ligne formée de coquillages et de débris de végétaux marins, que l'on remarque à la bauteur des eaux de la mer sur le terrain qui entoure le bassin de l'isthme. Voici comment s exprime M. Le Père, page $26 : « On remarque à la surface du désert les traces des rives du lac; elles sont aussi sensibles que les laisses ordinaires des rivages de la mer, que l'on reconnaît à des amas de coquillages, de gravier et de cailloux roules. Le bassin des lacs Amers a du former, en effet , un bras de mer dans cette partie de l'isthme. On doit remarquer que le nivellement en indique d'une manière assez précise le niveau, puisque les ordonnées des deux stations entre lesquelles on retrouve ces laisses, doivent nécessairement donner dans leur intervalle celle de i5o pieds, qui est l'ordonnée du niveau de la mer Rouge. »
On a prétendu, à la vérité, que ces laisses ont pu être formées par les eaux douces que le Nil aurait versées dans le bassin de Visthme. C'est oublier que ces laisses sont au niveau des marées hautes de la mer Rouge, ou, si l'on s'en souvient, c'est dire que les eaux du 3N il peuvent être descendues dans la vallée de Saba'h-byur, et s'y être élevées au-dessus de la mer Rouge, résultat impossible d'après la forme du terrain, sa pente et celle des brandies du Nil; et si l'on disait que les eaux du fleuve ont pu s'élever dans le bassin de l'isthme à la
36o APPENDICE.
hauteur du niveau de la mer Rouge, sans qu'il ait été nécessaire pour cela qu'elles atteignissent le même niveau dans toute 1 étendue du canal des Rois, ce serait commettre une erreur si extraordinaire, que je ne saurais comment la qualifier.
Maintenant nous demanderons si ces masses de sel , ces coquilles marines, ces laisses de la mer, dont nous venons de constater l'existence dans le bassin de l'isthme, indiquent seulement que la mer Rouge occupait autrefois ce terrain , en donnant à ce mot autrefois une valeur vague qui puisse faire croire qu'il s'agit ici d'un île ces bouleverse mens du globe antérieurs aux temps historiques, ou bien si Ton doit entendre par-là une époque aussi rapprochée de nous que le supposent les membres de la Commission des sciences et des arts d'Égypte qui ont visité les lieux 1 : tous pensent , comme moi, que, lorsqu'Hérodote voyageait en Égypte, le lieu indiqué sur notre carte squs le nom de Serapeum se trouvait sur le rivage du golfe Arabique*.
Il peut paraîtrè surprenant , au premier abord , que la mer Rouge ait occupé le bassin de l'isthme, sans s'être frayé à la longue un passage jusqu'à la Méditer-
1 Nous les avons déjà nommés, l'institut du Kaire, le 16 brumaire
page 345, note ', an ix, sur les anciennes limites de.
a On -voit, par la note qui ter- la mer Rouge ; et qu'il regarde
mine le Mémoire de M. Le Père, maintenant comme certain que cette
Ê. M., tom. xt, pag. 35i, que mer, au temps d'Hérodote, occu-
l'cnsemble des faits qu'il a réuuis pait le bassin de l'isthme. Ainsi ce
et discutés avec beaucoup de talent, serait à tort que, pour soutenir l'o-
l'a déterminé, en finissant son ou- pinion contraire , on s'appuierait de
vrage , à adopter tout-à-fait l'opi- ce qu'il avait dit précédemment,
nion que j'avais émise le premier, à pages n3 et 114.
ANCIENNES LIMITES DE LA MER UOTJGE. 3Gi
ranëe et dans la vallée de Saba'h-byâr; les terres qui séparaient alors les deux mers , sont en effet peu élevées au-dessus du niveau du golfe Arabique : mais cette difficulté disparaît , si l'on se rappelle que ce sont des terres moins élevées encore que celles-ci, qui empêchent aujourd'hui la mer Rouge de se jeter dans le bassin de l'isthme1.
De tout ce que nous avons dit, il résulte que rien n'était plus facile que de joindre les deux mers : mais aussi ce n'est pas là que gisait la difficulté 5 elle consistait à empêcher les eaux de la mer Rouge d'inonder les terres de la basse Égypte. Le canal entrepris sous les Pharaons fut dérivé du Nil un peu au-dessus de Bubaste ; et il devint facile, lorsque les travaux s'avancèrent vers Test dans la vallée de Saba'h-byâr, de voir que la mer Rouge, à marée haute, était supérieure à la prise d'eau : une crue semblable à celle de l'an ix put même hâter la connaissance de ce fait et faire apercevoir tous les dangers de l'entreprise, sans qu'il ait été nécessaire de constater la différence de niveau par des opérations géométriques. Les Egyptiens, qui, à cette époque, avaient déjà poussé fort loin les sciences et les arts, en avaient négligé, comme l'on voit, quelques applications importantes; car ce qu'ils regardèrent en cette circonstance comme fort difficile, serait exécuté sans peine par nos ingénieurs.
• N'est-ce pas à une coupure de tence ? Un terrain de plus de trente
quelques mètres faite pendant le lieues de circonférence fut alors en-
siége d'Alexandrie, en 1801 , que le vahi par les eaux de la mer. lac Manotis doit sa nouvelle cxis~