‹ Description de l'Égypte ou, Recueil des observations et des recherches qui ont été faites en Égypte pendant l'expédition de l'armée françaiseChapitre 39 sur 68 · Partie du commencement de l'échancrure à 6id* o* o · texte numérisé non relu

Partie du commencement de l'échancrure à 6id* o* o

Idem de l'échancrure à travers le cintre 7 3 o.

Longueur totale 68d* 3B o1

Le pied anglais étant de 1 1° a1 du pied français =3 om3oaa, cet obélisque aurait donc G3J' 0° i*6.

Largeur de la base 7*" 7° 71

Idem au bout le plus étroit 5. 1. \ 7.

( Même ouvrage, lom. it, pag. 6a.) bien avec celles que j'en ai prises et — Ces mesures s'accordent asses données.

Digi

iii MÉMOIRE

voyage que je fis à Rome en mars 1810, je comptai dix à onze de ces monolithes élevés à la gloire du nom romain. Mais on doit avouer que les architectes qui élevèrent ces monumens, en ont détruit l'effet colossal en les plaçant sur des piédestaux qui ne font que les amaigrir , quand les anciens Égyptiens les avaient érigés, comme on le voit encore à Héliopolis et à Thèbes, sur un socle de a5 à 3o centimètres de hauteur seulement au-dessus du pavé ou du sol environnant. C'est ainsi que nous faisons disparaître en partie l'effet majestueux des colonnades de nos palais, en élevant les colonnes sur des piédestaux qui , en diminuant réellement cette force d'appui ou de stabilité monumentale qui leur est propre,. Atent encore à leur forme le double caractère de hardiesse et d'élégance qu'elle doit présenter.

Le poids de l'obélisque renversé, qui a, compris son pyramidion , dont la pointe est tronquée et polie , une hauteur de 65 d 6° = 20m627 , doit être1 de • 45im469 livres 80 centièmes de livre, ou de 219068 kilogrammes 42 décagrammes. On voit qu'il suffirait d'un bâtiment du port de 225 à 25o tonneaux pour transporter de pareils monolithes. On doit penser que, pour le transport de ceux qui sont à Rome et à Constantinople, on a employé des pontons de forme plate,

' Le pied cube de granit d'É- 2656 kilogrammes ] décagrammes.

gypte, dit oriental, est esiimé 186 H- Le cube de cet obélisque étant

vref, poids de marc, ou 91 kilogr. de 77n,3g, y compris am77 de son

5 décagr. pyramidion, on en a déduit le poids

Le mètre cube, contenant 29 pieds porté ci-dessus, à raison de :\\)o gr.

174 millièmes T doit peser 5426 liv. à la livre de seize onces. 36 centièmes, poids de marc, ou

SUR LA VILLE D'ALEXANDRIE. 4i5

que Ton a remorques à l'aide de navires à la voile ou à la rame.

Je n'en dirai pas davantage sur ces monumens , qui, ranges dans la classe des monolithes égyptiens, demandent une description particulière. Je passe à l'examen des ruines les plus considérables de l'enceinte qui les renferme. . .

20. L'enceinte de cette ville abandonnée , dont quelques parties sont fortifiées d'une contre-enceinte flanquée de plus de cent tours de diverses formes , ne renferme qu'une portion de l'ancienne ville grecque et romaine ; elle est designée depuis long-temps sous le nom enceinte de la ville des uirabes , parce qu'on pense qu'elle est l'ouvrage des princes de cette nation , à l'empire de laquelle Alexandrie et l'Egypte sont soumises depuis douze cents ans. Il paraît, en effet, que celte enceinte, dont le développement est de 7893 mètres (4o.5o toises), est, en grande partie, l'ouvrage des Arabes du ixe siècle. Ses murs, couverts par un petit fossé , sont , en général , en mauvais état. Dans le grand nombre de ses tours élevées, dont plusieurs sont vastes et d'une belle construction , on en remarque , sur le front de mer dans les deux ports et sur la ville moderne , quelques-unes qui datent des premiers siècles de l'ancienne Alexandrie. C'est ainsi que la tradition veut que l'une d'elles, donnant sur le port neuf, soit l'ouvrage des Romains , dont elle porte encore le nom; cette tour est située près et au nord des aiguilles de Cléopâtre. Deux autres sont remarquables par leur grandeur et par leur teinte de vétusté : l'une est située

Digi

4i6 MÉMOIRE

sur le port neuf, donnant sur le rentrant de 1 esplanade où. vient aboutir un aqueduc ; l'autre , la plus occidentale , donnant sur le port vieux, renferme une seconde tour qui lui est concentrique. Cette double tour , dont les murs se rattachent intérieurement par une voûte annulaire, est très-vaste et d'une très-belle construction. Quelques-unes des autres tours ont du servir à renfermer des réserves d'eau dans leurs parties inférieures : on trouve une belle citerne dans une des tours qui dominent le front méridional de la ville moderne.

Le fort situe' à l'angle saillant, au sud-ouest de l'enceinte , fut réparé et mis dans un état de défense assez respectable. On le désigne sous le nom de fort Triangulaire, de la forme qui le distingue. Il fut presque entièrement détruit par l'effet du feu qui prit au magasin à poudre, vers la fin de 1801 ; M. Wilson, qui rapporte ce fait dans la relation qu'il a donnée de l'expédition des Anglais en Égypte, car Alexandrie était alors en leur pouvoir, dit qu'on ne put jamais savoir la cause de cet accident.

Les tours de l'enceinte, construites dans le système de l'ancienne tactique militaire, s'élèvent majestueusement au-dessus des murs qu'elles étaient destinées à flanquer ; elles sont toutes couronnées d'une plate-forme en saillie qui, par les regards de ses mâchicoulis, défend l'approche de leur pourtour. Presque toutes celles de la ligne extérieure ont des poternes , ou portes de sortie, donnant dans les fossés; la plupart de ces poternes, dont le seuil est élevé d'un à deux mètres au-

SUR LA VILLE D'ALEXANDRIE. ^i;

dessus du fond des fosses , sont aujourd'hui masquées par des massifs de maçonnerie.

On remarque dans le corps de maçonnerie des murs de l'enceinte, et surtout dans le soubassement de la plupart des tours , un grand nombre de colonnes de marbre et de granit qui y sont engagées horizontalement : on aperçoit l une de leurs extrémités au dehors de la place. Dans la dernière partie de ce mémoire, n°. 8g , je donnerai les observations que fait naître l'emploi inusité' de ces colonnes dans le massif même de la maçonnerie des murs de cette enceinte. Quelques parties des paremens de ces murs, surtout du côte' du sud, ont e'te recouvertes d'un enduit de mortier-plâtre, à l'effet de garantir leurs revêtemens de Faction corrosive de l'humidité' saline produite par les rosées excessives des nuits sur toute la côte maritime de l'Egypte : c est sur le parement des murs de l'enceinte ,'pfes et à l'angle saillant au sud de la porte de Rosette, que Ton voit des effets particuliers de cette décomposition de la pierre calcaire

1 Les paremens des pierres de ces tion de cet effet qu'on remarque murs sont, dans quelques parties, sur la surface de certaines pierres couverts de vermoulures si régu- calcaires, que le genre de sculpture licrement creusées en tout sens, connu sous le nom de vermoulure a que Ton est d'abord porté à croire été adopté et suivi dans le style de qu'elles sont l'ouvrage bizarre de l'architecture rustique, ainsi qu'on la main des hommes : mais, en les le voit pratiqué dans les soubasscconsidéranl attentivement, on voit mens et sur les colonnes et pil.ttrcs que ce sont des vermoulures natu- du palais des Tuileries et du Louvre relies, produites, dil-on , par des à Paris. Voir, touchant la nature vers qui rongent la pierre, comme des vers qui rongent les pierres, le il en existe qui rongent le bois à Journal des savans de l'année 1668. l'air et dans l'eau. C'est par imita-

E. M. xviii. 27

£i8 MÉMOIRE

21. On compte cinq portes pratiquées dans les murs de cette enceinte , savoir : deux sur le front de la ville moderne 5 une à l'est, dite porte de Rosette; une autre au sud , dite porte de la Colonne; et celle qui est située à l'ouest, et qui donne sur le port vieux par la grosse tour la plus occidentale de l'enceinte '.

Ces portes sont pratiquées dans des tours qui flanquent l'enceinte : leur issue est masquée au dehors par les murs des tours , et sert à éclairer et à défendre le corps de la place à la manière des poternes dans les flancs de nos bastions. Les battans de ces portes, construits en forte charpente de bois de sycomore, ont leur face extérieure recouverte de lames de fer, fixées par des clous à tête saillante et à facettes ; le fer y est réduit à l'état d'oxide ou de décomposition absolue , quand le bois , qui s'est à peine laissé effleurer, n'a fait au contraire que gagner en durtte par le laps des temps. Des inscriptions en caractères koufiques et arabes, qu'on lit sur les façades de ces portes , font connaître les époques de leur construction.

22. Parmi leshabitations que l'on trouvait disséminées dans la vaste enceinte des Arabes, il existait un village attenant à la porte de Rosette , qui a été entièrement détruit par suite de la guerre, dans la première et la der-

1 Au nombre des portes de cette à la dernière tour, près de la porte

enceinte, je ne compterai pas deux qui donne sur l'esplanade du port

nouvelles portes que les Français neuf. On avait élevé cette courtine

ont ouvertes , l'une près le fort baslionnée pour la défense de la

Triangulaire, dite des Catacombes, ville moderne, durant le siège d'A-

qui n'est qu'une broche du corps lexandrie par l'armée anglo-turque,

de la place. Cl l'autre dans le bas- en 1801. tion d'une courtine qui se rattache

SUR LA VILLE D'ALEXANDRIE. £i9

nîère année où nous avons occupe cette ville; quant aux autres habitations éparses au sud-ouest, qui n'ont point eu à souffrir des événemens militaires, elles se sont au contraire étendues et agrandies des ruines de celles dont nous venons de parler.

2 3. Au milieu de tant de décombres, on trouve deux monastères et une synagogue, restes des habitations de ces sectes nombreuses qui causèrent dans cette ville tant de schismes , de révoltes et de malheurs , durant les premiers siècles du christianisme. Les Juifs, que l'on a toujours à citer en première ligne en fait de guerre de religion , y conservent une synagogue, située près et au sud des aiguilles de Cléoputre; leur cimetière est situe au-delà de Fenceinte arabe , à l'est de la tour des Romains. On ne peut s empêcher, d'observer jusque dans les pierres monumentales qui recouvrent les tombes de ce cimetière, l'attachement immuable de ce peuple à ses anciens usages.

Près et à lest de cette synagogue, on trouve un monastère grec , siège du patriarche des Qobtes , c'est-àdire du premier evêque de ces chrétiens qui , d'origine égyptienne, se sont maintenus en Egypte depuis que cette contrée a passé sous la domination des Arabes et des musulmans.

Si l'on se reporte vers le centre de l'enceinte arabe, en-deçà de la porte nord , qui donne sur l'esplanade du port neuf, on trouve un autre monastère de chrétiens catholiques, de l'ordre de la Propagande, ou des religieux de la Terre-Sainte. Pour entrer dans ce couvent, que j'ai visité, on monte d'abord sur des monticules de

décombres qui l'environnent, et qui obligent ensuite de descendre quelques marclics avant d'en franchir la

porte. On croit retrouver dans son intérieur le pave' du sol primitif d'Alexandrie. Je ne sais si d'autres personnes peuvent donner de plus grands détails sur l'intérieur de ces monastères. J'ai plusieurs fois eu l'idée et l'envie d'aller passer une quinzaine dans ces lieux de retraite, pour y puiser des renscignemens inte'ressans. On doit regretter de n'avoir pas assez consulte', dans cette ville comme au Kairc, ces pieux cénobites, que l'amour de leur religion , bien différent du zèle aveugle de ces anachorètes des déserts de Nalron et de la Thebaïde, relient encore sur les ruines mêmes de l'ancienne ville forte du christianisme , et au milieu d'un peuple qui n'a conserve de son ancienne inimitié' qu'un mépris insultant pour les chre'liens.

24. Parmi les mosquées, ou temples de la religion mahomelanc, qui restent dans l'enceinte arabe, on en distingue deux, dont l'une, située près de la porte la plus occidentale, conserve depuis long-temps le nom de mosquée des Septante, parce que, suivant la tradition , c'est dans ce lieu que , trois cents ans avant J.-C. , Ptolcme'e, fils de Lagus, fit faire, par les soixante-dix interprètes que lui envoya le grand-prelre Éleazar, la traduction grecque de la Bible hébraïque. Le plan de celte mosquée, dont la forme est carrée, et qui a 1 17 sur 126 mètres de côte, renfermait, dans son pourtour intérieur, un portique à double rang de colonnes en marbre ou granit, restes d'anciens monumens ruines. Comme elle ne servait plus depuis long-temps au culte

musulman, on en restaura les murs, et l'on en fit un parc fortifie' pour notre artillerie

a5. La seconde mosquée, dite de Saint-Athanase , est située vers le centre de l'enceinte, à s5o mètres à l'est du monastère chrétien dont nous venons de parler. Cette mosquée, qui remplace une église chrétienne, l'une de celles que saint Athanase bâtit dans la ville d'Alexandrie vers le milieu du ivc siècle, prend son nom de celui de son fondateur. Ses dimensions sont de 54 sur 62 mètres de côte'. On sait que saint Athanase, patriarche d'Alexandrie, sous lequel saint Maca ire persécute se retira dans les déserts des lacs de Natron , où il bâtit quelques couvens qui portent son nom , frappa d'anathème Arius , chef de la secte hérétique des ariens, l'an 564 ^e C'est sous ce patriarche

que les schismes religieux des donatistes et des ariens causèrent dans celte malheureuse ville des dissensions aussi longues et aussi sanglantes que le furent depuis celles des Guelfes et des Gibelins , qui désolèrent l'Italie vers le milieu du xn° siècle2.

Le sanctuaire de cette mosquée, dont le pave avait cesse', depuis douze siècles, d'être foule par les pieds des chrétiens, renfermait, au centre de son portique, un monument bien précieux de l'antiquité égyptienne. Il ne fallait pas moins qu'une armée victorieuse pour oser franchir le seuil de la mosquée, et enlever ce monument du lieu où il restait ignore et perdu depuis si long-temps. C'est un sarcophage de brèche verte, dont

* Voir le plan de celte mosquée, a Voir le plan de celle mosquée» Si. , vol. v, pl. 37. A, t vol. v , pl. 38.

toutes les faces extérieures et intérieures sont surchargées d'inscriptions hiéroglyphiques : cette cuve est d'une forme trapézoïdale; ses dimensions, que j'ai mesurées, sont de 2m()0 de longueur, des deux grands côtes , jusqu'à l'angle de 1 cpaulement de la tête. Sa largeur, en ce point, est de im6o, d'une extre'mité à l'autre de la corde de son arc extérieur ; car la forme de la tête est arquée. Celle du petit côté des pieds est de om93 sur im2^ de hauteur totale. Son intérieur est creusé parallèlement à sa forme extérieure sur imoi de profondeur, laissant au fond, des pieds à la sommité de l'arc de la tête, une longueur de 2m4o. L'épaisseur des parois de cette cuve est de om23. Son poids doit être de 12 à i5 milliers de livres, poids de marc 5874 à 6563 kilogrammes. Ce sarcophage, un des monumens les plus curieux peut-être de ceux qui subsistent de la haute antiquité égyptienne, était un de ceux que j'avais été chargé , avec deux de mes collègues , <Je faire transporter en France 1 > mais le sort des armes en a autre-

1 Le général en chef Klébcr avait phage dont la configuration avait la nommé une commission de trois forme du corps de rhomme ; deux membres, MM. Nouet, astronome, autres petits obélisques en pierre Descostilsetmoi. Je partis du Kaire noire, dite thébaïque ,• de trois ù le 27 pluviôse an vin, ou 16 février quatre mètres de hauteur; la pierre i 800, emportant à Alexandrie, pour aux trois inscriptions, le poignet de être embarqués avec le beau sarco- Tun des colosses de Memphis , et phage de la mosquée de Saint-Alha- autres fragmens de cuves et de stanasc , deux sarcophages du Kaire, tues. Ces antiques furent cnibardont Tun , connu depuis long temps quées sur des bâlimens, que les sous le nom de Fontaine des omou- conditions de l'évacuation ne nous reux, était placé dans le soubasse- laissèrent malheureusement pas rament de l'escalier de la mosquée de mener en Franco. J^ai dessiné les Touloun, donnant sur une des gran- hiéroglyphes des deux petits obédes rues du Kaire ; un autre sarco- lisques en basalte ou espèce de

ment dispose. Si les derniers e've'nemens militaires qui ont amené l'évacuation de l'rigypte, ont prive la France d'un trophée qui devait enrichir le musée de la capitale, les arts et les sciences n'ont pas à en regretter la perle entière, puisque notre implacable rivale s'en est emparée : les savans et les artistes pourront aller admirer, dans le musée de Londres, ce monolithe si précieux pour les arts et pour l'histoire.

26. Près et vis-à-vis la mosquée de Saint-Athanase, on remarque encore sur pied trois colonnes de granit rouge, dont le fût monolithe peut avoir 12 à 1 5 mètres d'élévation, sur 140 centimètres de diamètre moven. L'alignement de ces belles colonnes, espacées de quinze à vingt pas entre elles, se dirige assez bien sur celui de la rue qui, de la porte occidentale du port vieux, se termine à la porte de Rosette. On voit sur pied sept à huit autres colonnes également colossales, obscurément engagées dans les murs de la façade intérieure des premières maisons qu'on trouve à droite en arrivant au village adjacent à cette porte orientale de l'enceinte, et

• aujourd'hui presque entièrement détruit. En juillet 1692, M. de Maillet, le consul, en compta un grand nombre d'autres sur le même alignement de celte ancienne rue.

27. Des ruines considérables que l'on voit à 160 mètres à Test de cette même mosquée, et qui présentent des pans énormes d'anciennes constructions en briques

trapp; j'ai fait les plans cl coupes nés par MM. Jomard et Raffencau, du sarcophage à forme du corps A. , vol. v, pl. ai, au, 23 et a5. humain. Voyez en les détails, don-

rouges, appartiennent, ainsi que celles qui sont situées à 55o mètres au nord-est de la mosquée des Septante, à d'anciens palais dans lesquels on aperçoit encore des arcades et des restes de bassins ou de réservoirs d'eau. L examen de ces ruines fait présumer que ces monumens ont renfermé des bains ou des fontaines publiques. Les masses de ciment rouge qui enveloppent les briques plates et à grandes dimensions de cette lourde et épaisse maçonnerie, ont acquis, par le temps, la ténacité de la roche la plus compacte et la plus dure.

28. Le nombre des bains, autrefois si considérable, se réduit aujourd'hui à deux ou trois dans l'étendue de cette enceinte. On en trouve un qui, ouvert au public, est adossé aux ruines du palais situé près de la mosquée de Saint-Athanase. Je n'en donnerai pas la description particulière, parce qu'il ressemble à tous ceux qui sont ouverts au public , au Kaire et dans toutes les villes d'Égypte, et que d'autres que moi auront ajouté des plans aux détails descriptifs qu'ils en auront donnés dans la Description de V Egypte.

29. L'aquéduc, dont les arcades élevées portaient, du centre de l'enceinte arabe, des eaux à la grosse tour de la porte nord , donnant sur l'esplanade du port neuf, était de construction moderne ou du moyen âge. 11 a été démoli dans les travaux des nouvelles fortifications faites par les Français.

5o. Les seuls monumens qui aient échappé , en partie du moins , aux ravages des temps, sont des citernes ou réservoirs d'eau destinés à l'approvisonnement annuel dè la ville. Ces souterrains, sur lesquels la ville était

bâtie, offrent des voûtes soutenues par des colonnes formant des arcades a deux et trois étages. Les parois intérieures sont enduites d'une couche épaisse d'un ciment rouge imperméable à l'eau. Etablies à des niveaux plus ou moins élevés , mais généralement inférieurs de 5 ou 6 mètres à celui des eaux de la mer, ces citernes sont vastes, profondes et à plusieurs regards ; les angles sont occupes par des puits semi-circulaires, sur les parois verticales desquels on a pratique des trous dont les ouvriers se servent comme d'échelons pour y poser leurs pieds, soit en descendant, soit en remontant, lorsqu'ils exécutent les travaux des réparations qu'on est oblige d'y faire pour le curement de la vase que les eaux du Nil y déposent annuellement.

Le plan souterrain d'Alexandrie serait aussi curieux qu'intéressant à joindre à celui que nous offrons de son site', puisqu'en facilitant l'étude de l'ancien ëtat des lieux , il présenterait l'étendue des ressources qu'une population nombreuse s'était créées pour satisfaire à l'un des premiers besoins de son existence.

Le nombre des citernes de l'enceinte était encore, il y a quelques années , de trois cent quatre-vingts à quatre cents. On n'en compte plus aujourd'hui que trois cent huit : mais cette quantité ne peut que diminuer encore par l'effet de la négligence que l'on apporte à les réparer ou à les entretenir en bon état 5 néanmoins

1 Le plan souterrain d'Alexandrie liques du port. C'est d'après les di-

avait été entrepris par M. Faye, mensions et les notes prises par ceL

ingénieur des ponts et chaussées, ingénieur que j'ai donne les détails

qui fut chargé des travaux hydrau- publics dans ce mémoire.

elle peut suffire aux besoins de la population actuelle d'Alexandrie et à ceux de la marine pendant près de deux années. On est assure qu'un nombre considérable d'autres anciennes citernes restent ensevelies sous les décombres de cette ville.

Le nombre des citernes en e'tat de service est re'duit à deux cent sept ; leur capacité' , déduction faite d'un trentième environ , par estimation , des pleins des colonnes et piliers des arcades de soutènement, a e'td portée à 33458 mètres cubes, c'est-à-dire à 161 mètres cubes de capacité partielle et moyenne. Or, le mètre cube d'eau douce pesant 2042 livres 173 millièmes, et 2000 livres , poids de marc = 979 kilogrammes 1 décagramme de compte rond, comme le tonneau de mer, à raison de 70 livres = 34 kilogrammes 27 décagrammes au pied cube d'eau douce, on a la quantité de 66876000 livres, qui, divisées par 6 livres, poids de trois pintes d'eau, qui sont la ration d'un homme dans un jour, donnent n 146000 rations, qui peuvent suffire à la consommation de vingt mille hommes, compris moitié de la garnison , en cas de siège, pendant cinq cent cinquante-sept jours , ou pendant dix-huit mois environ.

Je n'ai , dans le calcul , aucun égard aux pertes provenant des évaporations et des transports, parce que ces pertes inévitables sont suffisamment compensées par les réserves d'eaux pluviales et celles des eaux de puits , plus ou moins potables , qu'on trouve dans beaucoup de maisons particulières de la ville moderne, comme nous l'avons dit plus haut , et par les autres ressources dont nous allons parler.

Si. Indépendamment du nombre des citernes, on compte encore dans l'enceinte arabe soixante-treize puisards, de i5 à 20 mètres de profondeur, qui reçoivent les eaux du Nil par des dérivations souterraines du khaljg, dont nous parlerons plus bas. Ces immenses réservoirs, de forme circulaire, et dont le fond est inférieur de 10 à 12 mètres au niveau de la mer, servent à alimenter les citernes au fur et à mesure de la consommation , et contribuent aussi à l'arrosage des jardins que I on cultive dans l'enceinte. L'eau en est retirée au moyen de roues à pots en forme de chapelet. Ces machines, d'une construction rustique, sont mises en action par des bœufs que la province de Bahyreh est tenue de fournir tous les ans à. la ville d'Alexandrie.

32. Les travaux de réparations et d'entretien des citernes étaient confies aux soins et à la surveillance d'un tcbourbagy, sous l'autorité du kâchef ou gouverneur de la ville \ On affectait au curement annuel de

à la consommation de la ville pendant Tannée.

Le tchourbàgy, en outre de ces sommes, recevait une rétribution de 358oo medins, ou de 1-278 livres 11 sous, dont 85o lui étaient payées par le kàchef , et 428 par les douanes.

M. Olivier parle de cet objet avec quelques détails, dans la Relation de son voyage dans l'empire otiiomao, l'Egypte et la Grèce, t. m, pag. 1 et 58.

On peut voir encore, à ce sujet, le Mémoire sur le canal des deux mers, section 111, §. m, touchant le canal d'Alexandrie ; et celui do

1 Les sommes affectées annuellement aux dépenses des réparations des citernes de la ville variaient, comme celles du canal d'Alexandrie , de 10 à 25ooo piastres de 4o médins, faisant de 2857! livres 10 sous à 35714 livres 7 sous, monnoie tournois. Au moyen de ces sommes, le gouverneur répond sur si tête de l'approvisionnement annuel de l'eau dans les citernes de la ville. L'acte de celte importante opération est dressé authentiquement et envoyé en forme au pâcbà du Kaire.

Cet acte contient le procès-verbal qui constate que toutes les citernes ont été remplies de l'eau nécessaire

ces citernes une somme assez considérable, dont partie était divertie. Ces travaux , comme on doit le penser, sont de la plus haute importance , puisque de leur exécution dépend l'existence des habitans d'Alexandrie. Mais l'entretien et le curement de ces citernes, ainsi que ceux de tous les canaux de l'Égypte , étaient et seront malheureusement long-temps encore mal exécutës, ou même abandonnes, tant qu'ils seront livres à la cupidité la plus coupable des agens qui en ont l'inspection.

33. Alexandrie, comme on le voit à l'article du canal de cette ville dans le Mémoire- sur le canal des deux mers, ne reçoit d'eau douce que par le canal qui, prenant l'eau du fleuve à Rahmânyeh , traverse de l'est à l'ouest la province de Bahyreh, sur une longueur de 9353o mètres. Ce canal, très-sinueux, est traversé, aux environs d'Alexandrie, par quatre ponts, les seuls que l'on trouye sur son cours x. Ces ponts, en arches surhaussées et en ogive, sont de construction arabe et en assez mauvais état. Le canal, dont les historiens arabes nous ont donné de si pompeuses descriptions, et sur les bords duquel on trouve un grand nombre de citernes et d'autres anciennes constructions , n'offre plus que les dimensions d'un fossé qui , quoique près-

M. J stève sur les finances de l'Ë- 1801, la mer versa ses eaux dans gypte, E. M. , t. xii, p. 4'^ le bassin du Mareotis par le lac 1 On peut voir sur la carte des Ma'dych, et qu'elle submergea près ports et rades d'Alexandrie le point de trente villages d'une province de ce canal où les Anglais réunis que les eaux du Nil seules devaient aux Turks en ont opéré la coupure, fertiliser, comme dans les temps de C'est par cette saignée que, dans les l'existence de cette ancienne promois d'avril et de mai de l'année vinec.

que comblé, se rend encore dans la ville, où il distribue l'eau du fleuve dans tous les puisards par quatre dérivations souterraines. La plus occidentale de ces dérivations est le prolongement même du canal, qui va se jeter dans la mer au port vieux, sous la forme d'une aiguade. C'est à cette aiguade, si nécessaire à un établissement maritime , et qui , dans ce fort , ressemble à un véritable égoût, que les bâtimens vont faire de l'eau dans le temps de la crue du fleuve \ •

34. Au milieu des ruines que Ton vient de parcourir, on ne trouve plus rien qui puisse attirer la vue et arrêter les pas du voyageur attristé , que la verdure de quelques plants de palmiers dans les jardins situés autour des habitations isolées qui les renferment. Indépendamment du palmier, on trouve dans ces jardins le figuier, le mûrier, le grenadier, l'abricotier, le citronnier, l'oranger, le jujubier, le henné et d'autres arbustes. Parmi les légumes, on y cultive l'aubergine, le chou , la laitue , la chicorée , l'artichaut , etc. La

1 On a marqué par des carres peut-être sur la rôle des catacombes

inscrits au trait ponctué sur les dé- au sud-ouest. Ce consul français,

ri valions du canal d'Alexandrie les qui résida quarante ans en Egypte,

regards de ces aquéducs. Ces rc- dit positivement que le canal sou-

gards sont destinés à donner de Pair terrain qui s'étendait à Test, était

et de la clarté dans ces aquéducs assez spacieux pour qu'un homme

souterrains, et à en faciliter les eu- pût y passer debout et à Taise. C'est

remens et les autres réparations an- ce que Ton observe en effet dans les

nuelles. quatre dérivations du sud. On doit

M. de Maillet, que nous avons penserquelecanaldontparleM.de

déjà cité , parle d'autres canaux sou- Maillet, est l'ancien canal à ciel ou-

terrains qui , de son temps (de 169a vert , que l'on aura recouvert par

à 1732), portaient le» eaux du Nil, la suite des temps, et qui, d'A-

suivant toute la côte, d'Alexandrie lexandrie, se rendait à Canope et

à Abouqyr à l'est, c'est-à-dire sur à Héraclée, aujourd'hui Abouqyr. plus de 20000 mètres, et de 5 à 6000

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fraîcheur dont on jouit clans ces jardins, d'ailleurs assez mal disposes , les rend d autant plus agréables , qu'on est oblige, pour y pénétrer, de se frayer un chemin dans la poussière blanchâtre et saline d'un sol brûlant.

55. Si l'on sort de cette enceinte pour en parcourir les dehors, on ne trouve qu'un seul monument, que son élévation faiuapercevoir de la haute mer \ je veux parler de cette colonne colossale, digne d'attirer les premiers regards du voyageur qui se rend en Egypte par Alexandrie. Cette colonne, qu'on aperçoit au sud de l'enceinte arabe, est situe'e sur un mamelon de 12 à i5 mètres de hauteur, dans lequel on remarque des masses considérables d'anciennes constructions : c'est sur ce tertre qu'est e'ievee cette colonne monumentale en granit oriental, dont le fût monolithe, de 65tIs i° 31 ou de 20m5o de longueur, sur 7<ls io° 81 ou 2ra56 de diamètre moyen, pèse 573750 livres, poids de marc, ou 281 128 kilogrammes 70 decagrammes, non compris son soubassement , sa base et son chapiteau , dont la hauteur est de 25ds 4° 91 011 de 8m25 3 ce qui donne au monument 88** 6° ou 28m75 de hauteur totale. Cette colonne, qui a été jusqu'ici improprement appelée colonne de Pompée, paraît avoir e'te' élevée en l'honneur de l'empereur Septime-Sevère \ On peut dire qu'elle ressemble à une tour dont 1 érection aurait eu pour but

• Abou-l-fedâ, prince de Syrie, en reconnaissance des bienfaits qu'ils historien et géographe arabe, vivait recurent de cet empereur, qui visita en i383. Cet écrivain dit que, de l'Egypte Tan 200 de J.-C. Sans doute son temps , la colonne portait le que du temps d' Abou-l-fedâ l'innom de Scplime-Sévère, comme scriplion grecque, que l'on entreayant été élevée par les Alexandrins voit encore , mais qui est illisible

SUR LA VILLE D'ALEXANDRIE. />3i de servir de signal aux bâtrmens, qui peuvent l'apercevoir de plus de deux lieues en mer, quand les tours élevées de l'enceinte arabe se perdent encore à la vue dans le sol de la côte basse et ondulée de l'Egypte.

On voit que le lût seul de la colonne pèse un quart de plus que l'obélisque renverse dont nous avons parle' ci-dessus, et qu'il suffirait d'un bâtiment du port de • 3oo tonneaux pour en opérer le transport. Je n'en dirai pas davantage sur ce monument monolithe , dont on trouvera 1 élévation et les détails, A,, vol. v, pl. 34.

56. Pour suivre avec ordre les dernières recherches que nous avons à faire, nous allons, à l'imitation du voyageur qui calcule sa marche pour ne plus revenir sur ses pas, regagner le port neuf, et parcourir de l'est à l'ouest les autres ruines qui existent au dehors de cette ville.

aujourd'hui, était assez bien cotiser- briand, tome m , page 100, etc. yce pour attester ce fait historique. On peut voir la description spé- Un savant anglais, qui serait, dit- cialc qu'a donnée de celle colonne on , parvenu à Ja déchiffrer après M. Norry, architecte et membre de notre départ, prétend que celte in- la Commission des sciences et des scriplion porte en effet que cette arts en Egypte, dans les Anliquitéscolonnc a élé érigée en l'honneur de Descriptions, iTe suite du chapi- Sepliinc-Sévèrc. ire XXVI.

M. de Chateaubriand, qui visita M> Wilson dit, tome n dé son cette ville en octobre el deeem- ouvrage, page 1^9, que, parmi dibre 1806, donne cette inscription verses antiquités 'que les Anglais grecque, dont la traduction est: trouvèrent , on remarque une pierre Au très-sage empereur tfAlexan- en forme d'une grande table, sur drie Dioctétien Auguste ; Pollion, laquelle est une inscription dont la préfet de V Egypte. Mais celte in- traduction porterait : A quiconque scriplion ne détruit pas, selon moi, il appartient : elle fut érigée en les témoignages qui attribuent Té-. IVionneur de Septime-Sévère par recliou de la colonne à Septime- les vétérans de la xie légion. Cette Sévère. Voir YTlinérairc de Jéru- lable est en la possession du génésalem à Paris, par M. de Château- ral Coat.

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Si l'on sort de l'enceinte arabe par la tour des Romains , qui donne sur le port neuf, on trouve à chaque pas, en suivant la côte, des vestiges d'anciennes constructions, telles que des bains et des arcades remarquables par les massifs de leur maçonnerie en brique rouge et ciment, des môles en pierres énormes, des murs de quai dëpendans d'un port , et d'autres ruines. On peut dire que cette partie orientale dn port neuf, aujourd'hui absolument déserte, depuis la tour des Romains jusqu'au cap duPbarillon , est hérissée des débris d'anciennes constructions que la main des hommes , plus encore que les vagues de la mer qui viennent journellement en battre le pied , a renversées de fond en comble.

57. Le Pharillon est ce fortin dont nous avons déjà parle , et qui , bâti sur l'extrémité' de la ligne des récifs qui ferment à l'est l'entrée du port neuf qu'il défend, a pris sa dénomination de sa position en regard du fort Phare. La digue qui conduit à ce fortin , est rasëe au niveau des eaux de la mer, qui la recouvre dans les gros temps. Le Pharillon ne consiste aujourd'hui que dans une tour carre'e tombant en ruine. J'y ai vu quelques grosses pièces de canon en fer que l'oxidation causée par l'humidité* saline des eaux de la mer avait portées à un tel ëlat de décomposition , que le fer en tombait par lames et scories métalliques.

58. Parmi les ruines de la côte à l'est , on ne trouve plus que celles d'une vaste enceinte fermée par des murs de 7 à 8 mètres d'élévation ; ouverts en quelques parties, les côtes de cette enceinte quadrangulaire , flanquée de tourelles, peuvent avoir 120 à 140 mètres de longueur.

Les murailles de ces ruines considérables, qu'on nomme dans le pays Qasr Kyasseràh, c'est-à-dire le château des

Césars, sont d'une grande épaisseur; leur construction, en pierre blanchâtre d'espèce calcaire , et en briques rouges de grandes dimensions, présente l'appareil distinct de couches horizontales et séparées, de diverses hauteurs, à la manière des fabriques romaines. C'est sur les hauteurs qui environnent les ruines de ce château, situé à 455o mètres (223il 5a*) au nord-est de la porte de Rosette, que se donna la bataille sanglante du 5o ventôse an ix (21 mars 1801), entre l'armée française et l'armée anglo-turque.

5g. On ne trouve plus sur la longue et étroite péninsule qui s'e'tend au nord-est jusqu'à Abouqyr, que quelques citernes et quelques maisons éparses au milieu de champs cultivés ou de bois de palmiers que les sables du désert , les eaux de la mer au nord et celles du lac Ma'dych au sud , resserrent de toutes parts.

40. Abouqyr, dont le nom rappellera toujours de grands souvenirs par les revers et les triomphes de l'armée française en Egypte, est un cap avancé en mer, dont la pointe est occupée par un fort. Sa distance, en ligne directe, du fort Phare, est de 22210 mètres (iiSqS1 2ds), et de 20700 mètres (106201 5d'), nordest, de la porte de Rosette. Le village qui existait sous les murs de ce fort , a été entièrement détruit à l'époque du combat d' Abouqyr et du siège de ce même fort, du 7 au i5 thermidor an vu (du 25 juillet au 2 août 1799'.

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